Grand Prix annulé

IV Gran Premio dell'Emilia-Romagna
21 mai 2023 - Imola
63 tours x 4.909 km - 309.049 km
Affiche



 

Le Grand Prix d'Émilie-Romagne et du « Made in Italy » doit se tenir le 21 mai 2023, deux semaines après l'épreuve du Miami et huit jours seulement avant le GP de Monaco. Les paddocks de Formule 1 et de Formule 2 arrivent sur l'autodrome Enzo e Dino Ferrari à compter du lundi 15 mai, alors que des pluies diluviennes frappent la province d'Émilie-Romagne. Cette violente dépression est la seconde à frapper la région en l'espace d'une dizaine de jours. Hélas, le mardi 16 mai, les premières inondations sont recensées. En cours de journée, la rivière Santerno, qui traverse Imola et longe l'autodrome, sort de son lit. La situation devient préoccupante. Giancarlo Minardi, le directeur de Formula Imola, la structure gérant le circuit, se concerte avec les autorités politiques et sportives. Avec leur accord, il ordonne l'évacuation de tout le personnel présent sur place, soit quelques centaines de personnes. Les pilotes et les teams managers ne sont pour la plupart pas encore arrivés en Italie. Dans un premier temps, les organisateurs du Grand Prix se montrent rassurants et jugent son annulation peu probable. Toutefois les éléments ne sont pas de cet avis. Sur les réseaux sociaux fleurissent des vidéos montrant les eaux se rapprocher dangereusement du circuit. Mardi soir, le paddock de F2 et le secteur dédié aux équipes de télévision sont inondés. Pis encore: les météorologues annoncent de nouvelles averses pour le mercredi 17.

 

Surtout, les crues dévastent les communes et les campagnes avoisinantes. Plusieurs villages sont sous les eaux, des milliers de personnes évacuées, les routes coupées. Les cultures sont dévastées, ce qui est un désastre pour cette région agricole. Quatorze morts sont à déplorer. Pompiers, médecins, carabinieri sont mobilisés dans toute l'Émilie-Romagne pour porter secours aux sinistrés, et il devient impossible de leur demander d'encadrer un simple Grand Prix de Formule 1. Dans ces conditions, le maintien de celui-ci serait non seulement une gageure (les voies d'accès à Imola sont noyées sous les eaux ou la boue), mais une indécence. Au matin du mercredi 17 mai, le vice-président du conseil italien Matteo Salvini demande l'annulation. Dans l'après-midi, la FIA, la F1 et les organisateurs annoncent que le Grand Prix d'Émilie-Romagne n'aura pas lieu. Le président de la Formule 1 Stefano Domenicali, natif d'Imola, ne peut qu'acquiescer: « C'est une grande tragédie de voir ce qui arrive à la ville et la région où j'ai grandi. Mes pensées et mes prières vont aux victimes des inondations, aux familles et aux populations touchées. La décision qui a été prise est la bonne car nous devons assurer la sécurité et ne pas créer un fardeau supplémentaire pour les autorités pendant qu'elles s'occupent de cette terrible situation. » Domenicali ajoute que le Formula One Group fera un don d'un million d'euros en faveur des sinistrés.

 

Par ailleurs, ce désastre touche la ville de Faenza, sise à seulement 15 kilomètres au sud-est d'Imola, et menace l'usine d'AlphaTauri. Celle-ci est heureusement épargnée, mais les rues de la cité sont inondées, et Yuki Tsunoda se distingue en prêtant main forte aux habitants pour ôter, pelle à la main, les eaux boueuses obstruant rues et maisons. Son coéquipier Nyck de Vries est pour sa part bloqué dans un hôtel d'une petite localité, bientôt transformé en abri d'urgence, où il retrouve d'ailleurs une partie du personnel de McLaren. L'un des techniciens du team anglais, Frazer Burchell, a la gentillesse de prêter sa chambre au pilote hollandais, qui rejoint ensuite son domicile après moult péripéties.

 

Pendant ce temps-là, une partie du paddock d'Imola est envahie par les eaux les 17 et 18 mai. Cependant, les camions ont pu être déplacés vers des hauteurs avant la crue, et seuls quelques transporteurs de Pirelli ont les roues dans l'eau. Heureusement, les conditions météorologiques s'améliorent à compter du jeudi 18 mai et la décrue s'amorce, ce qui permet aux équipes d'intervention de commencer le nettoyage des installations. Le lendemain, vendredi 19, les écuries peuvent démonter les stands et les motorhomes. Le Grand Prix de Monaco pourra donc se tenir comme prévu. Samedi 20 mai, Giancarlo Minardi estime avoir agi avec célérité et que le pire a été évité. « Il était normal d'annuler le Grand Prix pour respecter la tragédie qui a frappé la population d’Émilie-Romagne, souligne-t-il. L’équipe de Formula Imola a été impeccable. Le plan d’évacuation étudié lors des mois précédents a parfaitement fonctionné, malgré un scénario apocalyptique comme celui-ci, absolument inimaginable. Le paddock avait déjà été nettoyé et sécurisé jeudi matin. Malheureusement, la situation autour du circuit est toujours désastreuse, avec l’eau et la boue. Toutes les forces de l’ordre – médecins, ambulanciers, pompiers, carabiniers – sont engagées à 100% pour secourir les gens et il était impensable de voler ce capital humain pour les dédier au Grand Prix. »

 

L'annulation du Grand Prix d'Émilie-Romagne a quelques conséquences sur le déroulement du championnat du monde, réduit à 22 manches (contre 24 initialement prévues). Ainsi, cette épreuve devait inaugurer un nouveau format de qualifications obligeant les pilotes à chausser les gommes dures en Q1, les médiums en Q2 et les tendres en Q3. Ces dispositions doivent aussi être testées lors du GP de Hongrie fin juillet, mais il est possible que la FIA et la F1 cherchent à les éprouver plus tôt, peut-être à l'occasion du GP d'Espagne. Par ailleurs, la quasi-totalité des écuries avaient prévu d'introduire ce week-end des évolutions sur leurs monoplaces. Or celles-ci seront difficiles à évaluer sur le tracé atypique de Monaco, et il est possible que plusieurs de ces innovations n'apparaissent qu'à Barcelone, début juin. En tout cas, Mercedes annonce que sa W14 « B » roulera bien à Monaco huit jours plus tard. Enfin, cette annulation fait un heureux en la personne de Pierre Gasly qui voit se clore une période « probatoire » avec seulement deux points sur son « permis », ce qui le plaçait sous l'épée de Damoclès d'une suspension à la moindre incartade...

Tony