Grand Prix reporté

XLIII Grand Prix de Belgique
2 juin 1985 - Spa-Francorchamps
43 tours x 6.940 km - 298.420 km
Affiche



 

Retour à Francorchamps

Du 31 mai au 2 juin 1985, le Grand Prix de Belgique fait de nouveau escale à Spa-Francorchamps pour la plus grande joie des pilotes. En effet le nouveau tracé découvert en 1983 fait l'unanimité car il permet aux meilleurs de s'exprimer dans des enchaînements rapides et très sélectifs. En outre, il bénéficie d'un nouveau revêtement comprenant une importante proportion de caoutchouc ainsi qu'une texture très ouverte afin de faciliter l'évacuation de l'eau en cas d'averse. Le souci est que ce bitume original a été coulé dix jours seulement avant l'épreuve... La FISA est la première surprise. Elle avait pourtant demandé que cette réfection ait lieu six mois avant le Grand Prix mais, lourdeur bureaucratique oblige, personne ne s'était jusqu'ici enquis de l'état du chantier...

 

Brabham-BMW: Marc Surer remplace François Hesnault

Huit jours avant cette course, François Hesnault est victime d'une violente sortie de route lors d'essais privés au Castellet. S'il s'en sort indemne, le jeune Français est moralement à bout de forces. Conduire pour un « top-team » comme Brabham était au-dessus de ses capacités, d'autant plus que la BT54 est une monoplace très rétive. Bernie Ecclestone accepte une rupture à l'amiable de son contrat.

 

Nelson Piquet donne son sentiment sur son désormais ex-coéquipier « Dans l'équipe on l'appelait « Frenchie ». Jamais je n'ai vu un pilote plus attentionné pour son entourage. Il ne manquait jamais d'apporter de la bière à ses mécaniciens. Mais au volant, il était trop crispé. Il essayait de conduire avec trop de zèle. Il risquait un accident grave. Il valait mieux pour lui qu'il arrête. » Hesnault cède son baquet à Marc Surer qui fait son retour en Formule 1 après un détour en Protos. A 33 ans, le Suisse est une valeur sûre mais n'a jamais bénéficié d'un bon volant. Ecclestone l'a choisi pour sa bonne connaissance du moteur turbo BMW qu'il a expérimenté chez Arrows.

 

Présentation de l'épreuve

Les deux pilotes Lotus, Senna et de Angelis, sont désormais munis du moteur Renault EF15. Les Williams étrennent des moteurs Honda modifiés, avec une course allongée, des pistons et des soupapes différentes. Les Renault adoptent une boîte de vitesses à cinq rapports au lieu de six. Tambay bénéficie d'une coque allégée et rigidifiée. Chez Brabham, on constate l'apparition de mini-ailerons sur les pontons. Les Ferrari possèdent une nouvelle géométrie de suspensions avant. La Scuderia teste un ordinateur chargé d'analyser la consommation d'essence, mais son système d'affichage dans le cockpit étant très perfectible, il est pour l'instant laissé au placard. Enfin, on aperçoit des retouches sur les Alfa Romeo : nouvelles prises d'air, extracteurs d'échappement agrandis et aileron arrière modifié.

 

Bonne nouvelle pour Ligier : le contrat avec Gitanes est enfin prolongé de cinq ans, jusqu'en 1990. Les négociations furent âpres et difficiles, mais les « amitiés » de Guy Ligier lui ont permis de conserver ce précieux partenariat.

 

Essais du vendredi

Vendredi, les pilotes sont étonnés de l'extraordinaire adhérence générée par cet asphalte caoutchouteux. Alboreto réalise la pole position provisoire en 1'56''046''', améliorant de huit secondes le temps de référence réalisé par Prost en 1983 ! Suivent de Angelis et Senna, à moins d'une demi-seconde de l'Italien de Ferrari. Tambay réalise un très beau quatrième temps : avec une vitesse de pointe de 320 km/h aux Combes, le moteur Renault EF15 fait des merveilles. Johansson et Rosberg se partageant la troisième ligne. Suivent Piquet, de Cesaris, le surprenant Berger, Lauda et Mansell. Victime de trois pannes de moteur, Prost se retrouve en bas de la feuille des temps. Il s'attend à un Grand Prix très pénible, mais les circonstances vont venir à son secours...

 

Du chewing-gum en guise de bitume...

En effet, toujours vendredi, Mansell est victime d'une crevaison à haute vitesse tandis qu'un morceau d'asphalte fait voler en éclat la visière de Piquet. Plusieurs portions du tracé partent en lambeaux. Le nouveau revêtement n'a pas tenu le coup... Des réparations sont effectuées dans la nuit du vendredi au samedi. Mais les sections réparées se révèlent extrêmement glissantes. La piste est absolument impraticable : selon José Rosinski, il suffit de gratter la surface du sol avec l'ongle pour la faire céder ! « C'est injouable, on ne pilote plus, on laboure ! » s'exclame Stefan Johansson.

 

La séance qualificative de l'après-midi est repoussée et finalement annulée. Vers 15 heures, les pilotes inspectent le circuit et concluent à l'impossibilité de conduire dans ces conditions. Chaque virage est obstrué par une couche de graviers. A 15h30, on lance en piste les Alpine de l'Europa Cup Renault Elf. Leurs conducteurs confirment le jugement de leurs confrères de Formule 1.

 

Le bras de fer Lauda - Ecclestone

Délégués par leurs pairs, Niki Lauda et Alain Prost s'entretiennent alors avec les organisateurs et John Corsmit, le délégué de la FISA. Les pilotes souhaitent qu'une décision soit arrêtée dès le samedi soir, car ils savent que le lendemain matin il sera trop tard pour boycotter l'épreuve. Ils se souviennent du précédent de Dallas, en 1984... Contacté par téléphone à Paris, Jean-Marie Balestre approuve leur position. Président de la commission des pilotes, Lauda prend les choses en main et clame son refus de courir. Appuyé par ses amis Alboreto, Prost, Piquet et Boutsen, l'Autrichien impose son point de vue à l'ensemble de ses collègues... ou presque. Jugeant ces palabres inutiles, Jacques Laffite se consacre ainsi à une passionnante partie de belote en compagnie de ses mécaniciens.

 

L'annulation paraît inévitable. Mais il y a un os : de la billetterie jusqu'à la plus petite place de parking, ce Grand Prix est entièrement organisé par la FOCA. Bernie Ecclestone annonce que de nouveaux travaux auront lieu durant la nuit et qu'il serait préférable d'attendre le lendemain pour statuer définitivement sur le sort du Grand Prix. Plusieurs patrons d'écurie comme Gérard Toth, Alex Hawkridge ou Gérard Larrousse opinent dans le même sens. Les pilotes flairent le piège. Niki Lauda refuse catégoriquement de prolonger l'incertitude. Si la FOCA ne se soumet pas, les pilotes plieront bagage. « Et si finalement on allait à Zolder ? » suggère Alboreto en souriant.

 

Report du Grand Prix

Les autorités sont au pied du mur. Finalement, à 19h45, les commissaires sportifs annoncent que le Grand Prix de Belgique est reporté à une date ultérieure. C'est une décision sans précédent dans l'histoire de la Formule 1.

 

En revanche, l'épreuve de Formule 3000, qui était prévue pour le dimanche 2 juin au matin, est maintenue. Les pauvres « bleus » sont contraints de rouler sur un revêtement péniblement rafistolé durant la nuit. Beaucoup sortent de la route, heureusement sans mal. Mike Thackwell triomphe de cette course difficile... et prend le contre-pied de ses aînés : « Les organisateurs ont mis du ciment là où la piste se défaisait. Ça glisse terriblement, mais l'adhérence est constante sur toute la zone, elle ne se désagrège pas comme hier. On peut courir : le Grand Prix aurait pu avoir lieu ! »

 

Les temps des essais qualificatifs du vendredi :

1. Alboreto : 1'56''046'''

2. de Angelis : 1'56''277'''

3. Senna : 1'56''426'''

4. Tambay : 1'56''586'''

5. Johansson : 1'57''506'''

6. Rosberg : 1'57''705'''

7. Piquet : 1'58''122'''

8. de Cesaris : 1'58''302'''

9 : Berger : 1'58''343''

10. Lauda : 1'58''374'''

11. Mansell : 1'58''658'''

12. Boutsen : 1'58''874'''

13. Warwick : 1'59''129'''

14. Fabi : 2'00''592'''

15. Laffite : 2'00''729'''

16. Cheever : 2'00''782'''

17. Patrese : 2'01''396'''

18. Surer : 2'01''555'''

19. Palmer : 2'04''990'''

20. Bellof : 2'05''070'''

21. Brundle : 2'05''782'''

22. Ghinzani : 2'05''888'''

23. Winkelhock : 2'06''771'''

24. Martini : 2'12''279'''

25. Prost : pas de temps

26. Alliot : pas de temps

Tony