La carrière d'Alberto Ascari dans le championnat du monde fut courte, mais très dense en résultats.
Alberto est le fils d'Antonio Ascari, qui compte parmi les grands pilotes de l'entre-deux-guerres, et qui se tue sur le circuit de Montlhéry en 1926 alors qu'il menait la course. Alberto avait alors sept ans. En 1937, il se lance dans les courses de moto, puis passe aux voitures en 1940. Cette année-là, il pilote une des Auto Avio Costruzioni, la marque créée par Enzo Ferrari, en attendant de pouvoir utiliser son nom. Il éprouve d'abord des réticences à revenir au sport automobile à la fin de la guerre, mais il cède finalement à l'insistance de son ami Luigi Villoresi qui l'encourage et l'introduit dans le milieu des Grands Prix.
En 1947, il participe à ses premières courses de Grand Prix au volant d'une Maserati et s'impose rapidement lors du Grand Prix de Modène. Dès 1948, il se fait remarquer pour son talent et ses qualités de pilote, ce qui attire l'attention d'Enzo Ferrari. Ce dernier l'intègre à la Scuderia Ferrari en 1949. Cette année-là, il enchaîne les victoires, remportant la plupart des courses majeures auxquelles il participe, dont le Grand Prix de Buenos Aires, de Suisse et d'Italie.
Avec Ferrari pour le championnat du monde de F1
En 1950, il débute officiellement dans le championnat du monde de Formule 1 en tant que pilote de la Scuderia Ferrari, avec une Ferrari 125 équipée d'un moteur V12, mais dont la fiabilité reste en retrait par rapport aux Alfa Romeo dominantes. Il ne participe pas au premier Grand Prix de la saison à Silverstone, car Ferrari a préféré aller courir à Mons, en Belgique, où les primes de départ sont plus élevées. Dès le Grand Prix de Monaco, il se distingue en évitant le spectaculaire carambolage au départ et parvient à terminer la course à la deuxième place, offrant ainsi à Ferrari son tout premier podium dans la nouvelle compétition mondiale. Au cours de la saison, il participe à cinq Grands Prix comptant pour le championnat, avec trois arrivées dans les points, dont deux podiums, le second ayant lieu lors du Grand Prix d'Italie à Monza, où il termine à nouveau deuxième, cette fois en partageant le volant avec Dorino Serafini. Il termine la saison à la cinquième place du classement général. Parallèlement à son implication en Formule 1, Ascari continue de courir avec Ferrari dans diverses épreuves hors championnat de Formule 1 ou de Formule 2, et remporte notamment les Grands Prix de Modène, de Mons, de Rome et d'Allemagne.
En 1951, il dispute sa deuxième saison de championnat du monde de Formule 1 au sein de la Scuderia Ferrari, dans un contexte où l'écurie italienne commence à concurrencer sérieusement Alfa Romeo. Dès le début de la saison, il se distingue par deux deuxièmes places (partagées avec José Froilán González en France), des performances notables face à la domination sans partage des Alfa Romeo jusqu'alors. Lors du Grand Prix de Grande-Bretagne, il abandonne alors que González l'emporte. Lors du Grand Prix suivant, en Allemagne, disputé sur le circuit du Nürburgring le 29 juillet, il signe sa première pole position et remporte sa première victoire en championnat du monde. Il confirme ce succès lors de la course suivante, à Monza, où il s'impose devant son public, offrant ainsi à Ferrari sa première victoire à domicile en championnat. Cette série de résultats fait de lui un véritable prétendant au titre mondial, face à Juan Manuel Fangio. A la veille de la dernière épreuve, disputée à Barcelone, Alberto pointe à deux points de Fangio au classement général. En pole position pour ce Grand Prix d'Espagne, il subit néanmoins une course difficile en raison d'un mauvais choix de pneus. Il se classe quatrième, laissant la victoire et le titre mondial à Fangio. Il termine donc la saison vice-champion du monde, à l'issue d'un duel serré.
Alberto dispute la saison 1952 dans un contexte radicalement changé par le retrait d'Alfa Romeo et par l'adoption d'un nouveau règlement limitant la cylindrée des moteurs à 2 litres. Ferrari utilise alors sa nouvelle 500, équipée d'un moteur quatre cylindres en ligne conçu en fonction des besoins et du style de pilotage d'Alberto. Il manque la première manche du championnat, préférant tenter l'aventure des 500 Miles d'Indianapolis avec une Ferrari 375 spécialement adaptée ; une expérience peu couronnée de succès puisqu'il doit abandonner sur casse mécanique. A son retour, il entame une série historique de victoires, s'imposant consécutivement lors des six Grands Prix restants. Il rafle également la pole position et le meilleur tour presque à chaque fois, ce qui témoigne d'une domination rarement vue dans l'histoire de la discipline. La compétition est rapidement limitée, les principaux rivaux ne parvenant pas à contester la suprématie de la Scuderia. Ces succès répétés lui permettent d'être sacré champion du monde avec un total de six victoires sur les huit courses du championnat. En marge du championnat, il remporte également de nombreuses victoires dans des courses hors championnat ou d'endurance, et devient une figure adulée du public italien.
En 1953, Alberto Ascari entame la saison de Formule 1 en tant que favori pour défendre son titre, toujours au volant de la Ferrari 500. Il commence sa campagne par une victoire convaincante au Grand Prix d'Argentine. De retour en Europe, il enchaîne avec les victoires aux Grands Prix des Pays-Bas et de Belgique. Lors du Grand Prix de France, il part en pole position, mais doit se contenter de la quatrième place après un intense duel avec Mike Hawthorn, Juan Manuel Fangio et José Froilán González. Il retrouve la pole position et la victoire lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Lors du Grand Prix suivant, en Allemagne, il ne termine que huitième, mais comme ni Fangio ni Hawthorn, ses rivaux au championnat, n'ont remporté la course, il est assuré mathématiquement de remporter son second titre mondial. Il retrouve la première marche du podium lors du Grand Prix de Suisse. Le championnat se termine à Monza, où Alberto est victime d'un accrochage lors du dernier tour et abandonne, laissant la victoire à Fangio. La saison 1953 assoit définitivement le statut d'Alberto comme référence du début des années 1950. Il est le premier pilote italien à décrocher deux titres consécutifs, un record, ce qui fait de lui l'homme à battre sur la scène internationale.
Lancia
En 1954, Alberto quitte la Scuderia Ferrari pour rejoindre l'écurie Lancia, une décision motivée par des problèmes de contrat, la promesse d'un salaire plus élevé et la perspective de travailler avec le designer Vittorio Jano. Cependant, la nouvelle Lancia D50 n'est pas prête au début de la saison, ce qui le contraint à piloter temporairement pour Maserati et Ferrari lors des premières courses de l'année. Au cours de cette saison, il ne dispute que quatre Grands Prix, dont le premier avec Lancia, lors du dernier Grand Prix de la saison en Espagne. Il décroche la pole position et mène la course pendant plusieurs tours, mais une défaillance mécanique de l'embrayage l'oblige à abandonner. Ses performances restent néanmoins prometteuses et montrent qu'il pourrait redevenir un concurrent sérieux une fois la voiture pleinement opérationnelle. Parallèlement, il remporte la prestigieuse course de la Mille Miglia au volant d'une Lancia D24, l'une de ses autres grandes réussites en dehors du championnat. Cette victoire souligne sa polyvalence et son habileté en endurance, et renforce sa réputation au-delà de la Formule 1.
En 1955, il continue avec l'écurie Lancia, engagée sur la D50, une voiture très rapide mais encore fragile en termes de fiabilité. Lors du premier Grand Prix en Argentine, il se classe deuxième sur la grille de départ et parvient à mener la course avant d'avoir un accident. De retour en Europe, il réalise des performances encourageantes hors championnat, en remportant les Grands Prix de Valence et de Naples. Ces succès laissent entrevoir un potentiel de retour au premier plan, car il s'agit de sa première saison complète avec la D50. Lors du Grand Prix de Monaco, il se qualifie deuxième, à égalité de temps avec la pole position, juste derrière Juan Manuel Fangio. Mais il est victime d'un accident spectaculaire au cours de la course : sa Lancia quitte la piste et plonge dans le port de Monaco. Heureusement, il s'en sort avec un nez cassé et quelques contusions.
Quatre jours plus tard, il se rend à Monza pour assister aux essais de la Ferrari 750 de sport qu'il doit partager avec Eugenio Castellotti le dimanche suivant. Alors qu'il n'est pas censé piloter la voiture, il demande à faire quelques tours et s'installe au volant en costume, ayant emprunté le casque de Castellotti. Lors de son dernier tour, dans le virage qui porte désormais son nom, la voiture dérape et se renverse, écrasant le pilote qui meurt sur le coup. Comme son père, il est décédé à l'âge de 36 ans, le 26 du mois : le symbole de la superstition d'Alberto Ascari.
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