Max VERSTAPPEN
 M.VERSTAPPEN
Red Bull Honda
Lewis HAMILTON
 L.HAMILTON
Mercedes
Valtteri BOTTAS
 V.BOTTAS
Mercedes

1056o Grande Prémio

I Saudi Arabian Grand Prix
Noite
Djeddah
domingo, 5 de dezembro de 2021
50 voltas x 6.174 km - 308.450 km
(Offset: 250 m)
info
Course interrompue au 13e et au 15e tour suite à des accidents
Affiche
F1
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Mort de Frank Williams

Le 28 novembre 2021, l'écurie Williams annonce la disparition de son fondateur à l'âge de 79 ans. Cette nouvelle n'est hélas pas surprenante car la santé de Sir Frank Williams était fragile depuis de nombreuses années. Sa dernière apparition remontait au GP de Grande-Bretagne 2019 et il ne s'était pas publiquement exprimé lors de la vente de son équipe en août 2020. Avec lui disparaît un personnage majeur de l'histoire de la Formule 1. On retient bien sûr son palmarès unique (sept titres de champion du monde des pilotes, neuf titres chez les constructeurs), son amitié avec son inséparable associé Patrick Head et ses glorieuses collaborations avec Honda, puis Renault, qui lui ont permis de dominer la F1 des années 1980 et 90. Son existence fut pourtant loin d'être un conte de fées. Frank Williams ne s'était jamais remis de la mort tragique son ami Piers Courage, autour duquel il avait construit sa première écurie, en 1970. Ce drame expliquait pourquoi il manifestait toujours une certaine réserve, voire de la froideur, à l'égard de ses pilotes, y compris ceux pour lesquels il éprouvait une réelle affection, comme Alan Jones, Keke Rosberg ou Nigel Mansell. La mort d'Ayrton Senna, au volant d'un de ses bolides, en 1994, et les poursuites judiciaires auxquelles il dut faire face par la suite, ont également profondément ébranlé cet homme plus sensible qu'il ne le laissait paraître.

 

Mais Frank Williams, c'était aussi une volonté d'acier, une abnégation peu commune. Il en fit preuve dès les années 70 lorsqu'il parvint à maintenir à flots sa petite équipe désargentée. Puis, à compter de 1978, grâce à son ami l'ingénieur Patrick Head et au soutien de généreux sponsors, il bâtit l'un des fleurons du sport automobile britannique, une écurie de course victorieuse appuyée sur un staff technique novateur et des infrastructures modernes. Ce fut le début de la gloire, mais une gloire amère. En 1986, ce grand sportif, qui chaque vendredi laissait tout le monde derrière lui lors des courses de repérage, perdit l'usage de ses jambes dans un dramatique accident d'automobile. Il mit un an à revenir sur un circuit et, travailleur acharné, continua pendant trente-trois ans à diriger son entreprise sans jamais élever la moindre plainte. La vie ne fut pas tendre avec ce grand pudique. En 2013, il perdit sa chère épouse Virginia. Au cours de cette dernière décennie, il transmit peu à peu le flambeau à sa fille Claire qui n'avait cependant pas son habileté. Sir Frank Williams aurait pu voir l'œuvre de sa vie disparaître. Il eut au moins la joie de la sauver grâce au rachat opéré par Dorilton Capital en 2020. Ainsi Williams Racing survit-elle à son glorieux fondateur. Frank Williams était plus qu'un grand homme, il est un Homme, digne, courageux, passionné, un modèle et un exemple.

 

Présentation de l'épreuve

La Formule 1 se rend à Djeddah, sur les bords de la Mer Rouge, pour le premier Grand Prix d'Arabie saoudite. Cette course se déroulera en nocturne, comme toutes celles organisées dans cette région. Cet événement participe à la stratégie de « soft power » par le sport adoptée par la monarchie wahhabite sous l'impulsion du prince héritier Mohamed ben Salmane. En la matière, elle ne fait que suivre son ennemi qatari avec quinze ans de retard. Les Saoudiens ont déjà obtenu de beaux succès, comme l'organisation du Rallye Dakar depuis 2020 ou la tenue d'épreuves de Formule E à Dariya. Mais pour conquérir la Formule 1, l'Arabie saoudite a été contrainte de sortir le chéquier: selon certaines sources, elle verserait 60 millions de dollars par an pour organiser cet événement, soit plus du double des oboles des circuits européens.

 

Le circuit urbain de Djeddah été dessiné par Carsten Tilke, le fils de l'inévitable Hermann, architecte attitré de la F1. Les travaux ont commencé en avril 2021 et ne s'achèvent que quelques jours avec le Grand Prix. Ce tracé sillonne la Corniche de Djeddah sur plus de six kilomètres, ce qui en fait le plus long du championnat après Spa-Francorchamps. Il est en outre très rapide puisqu'il ne comporte que deux enchaînements lents: la chicane qui suit la ligne de départ/arrivée, et l'avant-dernier tournant. Le reste est constitué de courbes douces qui se prennent à fond. La plus impressionnante est le tournant n°13 qui s'achève en un léger « banking ». Les pilotes roulent pied au plancher sur la quasi-totalité du parcours et atteignent les 250 km/h de moyenne, avec une pointe à 325 km/h. Cependant, cette piste est étroite, bordée de simples murs en béton, sans TechPro, et la plupart des courbes se prennent en aveugle. Pis encore: lors des essais du vendredi, la différence d'allure entre les bolides lancés à fond et les autres donne des frissons. Une caméra embarquée montre ainsi Hamilton frôlant quatre attardés dans le même enchaînement à 300 km/h !

 

Dès vendredi, certains pilotes pointent les dangers de ce nouveau circuit. « C'est très rapide, aussi mais très compliqué », confie Pierre Gasly. « Il y a beaucoup de virages rapides et beaucoup d'adrénaline dans la voiture La situation peut être très dangereuse parce qu'il y a des différences de vitesse assez énormes dans les lignes droites. Or, si un concurrent se décale de façon inconsidérée... On se fait quelques frayeurs. Il va falloir faire preuve de bon sens en piste car ça peut devenir très périlleux. » « C'est assurément bien pire que beaucoup de circuits sur lesquels nous nous rendons, bien pire que Monaco. La vitesse avec laquelle nous arrivons sur les autres voitures nous met en danger », lâche Lewis Hamilton. Lando Norris s'alarme quant à lui des virages en aveugle qui vont contraindre les ingénieurs à rester sur le qui-vive pour prévenir leurs pilotes en cas d'incident. Seulement, même avertis d'un danger imminent, ceux-ci pourront-ils agit en conséquence à 250 km/h ? Néanmoins, et par chance, les pilotes saluent une excellente adhérence qui leur évitera peut-être quelques « cartons »... Entre vendredi et samedi, Michael Masi fait rallonger l'entrée des stands afin de sécuriser celle-ci, et interdit aux pilotes de ralentir entre les virages n°23 et 25 pour préparer leur tour rapide en qualifications, et ce afin d'éviter un fâcheux embouteillage.

 

A deux étapes du terme de cette saison, Max Verstappen ne compte plus que huit points d'avance sur Lewis Hamilton au championnat des pilotes (351,5 pts contre 543,5), alors que chez les constructeurs Mercedes ne devance Red Bull-Honda que de cinq longueurs (546,5 pts contre 541,5). L'attention se concentre bien sûr principalement sur le duel explosif opposant Hamilton et Verstappen, que beaucoup comparent à la légendaire rivalité entre Alain Prost et Ayrton Senna. Il est vrai que jamais deux pilotes en bagarre pour la couronne mondiale ne s'étaient accrochés autant de fois en une saison, et beaucoup redoutent une issue qui rappelleraient les tristes heures de Suzuka en 1989 et 1990. Le comportement de Max Verstappen est particulièrement scruté depuis la manœuvre de défense litigieuse qu'il a opposée à Hamilton trois semaines plus tôt au Brésil. Le jeune Batave, en quête de sa première couronne, paraît prêt à tout pour la conquérir, pendant que Hamilton affecte le détachement, non sans lancer à son adversaire quelques piques condescendantes. Les observateurs s'inquiètent de la tension qui règne entre les deux hommes, savamment entretenue par leurs patrons respectifs Christian Horner et Toto Wolff. Toujours est-il que la dynamique actuelle favorise Hamilton et Mercedes. Le Britannique reste sur deux victoires consécutives et bénéficie d'un moteur surpuissant qui devrait lui accorder un net avantage sur ce tracé ultra-rapide de Djeddah. Reste qu'il n'a pas le droit à l'erreur: un abandon conjugué à une victoire de Verstappen lui ferait perdre sa couronne mondiale.

 

L'écurie Williams rend hommage à son fondateur disparu en arborant son nom sur la carrosserie des FW43B. George Russell porte pour sa part un casque commémoratif entièrement bleu, couleur « historique » de l'équipe de Grove. Dimanche, peu avant le départ, pilotes et officiels se réunissent autour d'un portrait géant de Sir Frank afin de respecter une minute de silence à sa mémoire. Enfin, Damon Hill prend la piste pour un tour d'honneur au volant de la FW07, la première Williams à avoir remporté un titre mondial, en 1980, avec Alan Jones. A signaler enfin que Renault célèbre ici cent Grands Prix de collaboration avec Castrol, et rajoute en conséquence une touche de vert à la livrée bleue de l'Alpine.

 

Début décembre, Pascal Picci démissionne de son poste de président de Sauber Holdings et explique à la presse qu'il ne souhaitait plus travailler avec Frédéric Vasseur. Les deux hommes étaient en total désaccord sur la stratégie à adopter pour le futur d'Alfa Romeo Racing. Picci souhaitait renforcer les liens avec Ferrari tandis que Vasseur, au contraire, réclamait plus d'indépendance. Le manager français a ainsi imposé les recrutements de Valtteri Bottas et de Guanyu Zhou pendant que Picci privilégiait Antonio Giovinazzi et un autre pilote de l'Académie Ferrari. Par ailleurs, Vasseur s'est semble-t-il vivement opposé au rachat de l'équipe par Michael Andretti, auquel Picci était favorable. Ayant échoué sur toute la ligne, le Suisse a rendu son tablier à Finn Rausing, le propriétaire d'Alfa Romeo-Sauber, lequel n'a pas encore nommé son successeur. En tout cas, voici Frédéric Vasseur conforté à la tête de la structure d'Hinwil.

 

Mercedes expose un nouveau sponsor pour les deux derniers Grands Prix, l'entreprise irlandaise de BTP Kingspan. Ce contrat suscite toutefois une vive polémique en Grande-Bretagne car cette compagnie est accusée de porter une lourde responsabilité dans le terrible incendie de la Tour Greenfell, survenu à Londres en 2017 et qui a coûté la vie à 80 personnes. Kingspan n'aurait pas utilisé des matériaux anti-feu adéquats pour rénover cette construction et pourrait être amenée à rendre des comptes devant la justice britannique. Le secrétaire d'État au Logement Michael Gove condamne publiquement cet accord de sponsoring tandis que la presse anglaise attaque Lewis Hamilton qui avait pris jadis fait et cause pour l'association de soutien aux victimes de cette tragédie. De fait, face à la pression médiatique, Mercedes rompt ce partenariat après le GP d'Arabie saoudite.

 

Jean Todt effectue à Djeddah son voyage d'adieu en tant que président de la FIA. Le Français, âgé de 75 ans, arrive en effet au terme de son troisième et dernier mandat. Le 17 décembre 2021, l'Assemblée générale de la fédération se réunira à Paris, place de la Concorde, pour élire son successeur. Deux candidats sont en lice: l'avocat Graham Stoker, ancien président adjoint et dauphin désigné de Todt, et l'ancien pilote de rallye émirati Mohammed ben Sulayem. Toutefois, Todt ne quitte pas l'univers de la compétition automobile. Tout au contraire, certaines rumeurs annoncent son retour à Maranello, chez Ferrari, pour occuper un poste de « super conseiller » aux côtés de Mattia Binotto...

 

Essais et qualifications

Hamilton et Verstappen dominent la première séance du vendredi après-midi. Le Britannique précède le Hollandais de quelques millièmes. Le soir, lors de la seconde session libre, Hamilton se montre à nouveau le plus rapide et précède cette fois son équipier Bottas, ainsi qu'un Gasly très en verve. Leclerc est victime du premier accident du week-end: il perd le contrôle de sa Ferrari dans le très rapide virage n°22 et se fracasse contre les glissières, heureusement sans dommage pour lui.

 

Samedi, la troisième séance libre se déroule au crépuscule. Verstappen s'empare du meilleur temps avec 2/10e d'avance sur Hamilton. Ce dernier se fait d'ailleurs une frayeur lorsqu'il voit Mazepin surgir derrière lui à pleine vitesse dans un de ces fameux virages en aveugle. Le Russe se déporte de justesse vers l'échappatoire, mais aurait fort bien pu percuter la Mercedes à 280 km/h... Hamilton écope de 25 000 dollars d'amende pour cette faute d'inattention. Également convoqué par les commissaires pour avoir supposément ignoré des doubles drapeaux jaunes, il sera blanchi car une erreur d'affichage l'a empêché d'apercevoir ce signal. Néanmoins, et toujours dans le cadre de la guéguerre Mercedes – Red Bull, Helmut Marko conteste cette décision et dépose une réclamation qui n'aura pas de suite.

 

Samedi soir, Hamilton réalise la 103ème pole position de sa carrière (1'27''511''') avec une courte avance d'un dixième sur son équipier Bottas (2e). La vitesse de pointe des Mercedes est phénoménale, et pourtant Verstappen, déchaîné, est en passe de battre le chrono de Hamilton lorsqu'il heurte le muret en sortant du dernier virage. Suspension touchée, le Hollandais ne va pas plus loin et s'élancera seulement troisième. Pérez se classe cinquième avec la seconde Red Bull-Honda après avoir rencontré du sous-virage. Accidenté la veille, Leclerc décroche une belle quatrième place avec sa Ferrari. En revanche, Sainz est victime d'une embardée et endommage son aileron arrière contre le mur. L'Espagnol (15e) ne franchit pas la Q2. Gasly conduit son AlphaTauri-Honda au sixième rang, à seulement deux millièmes de Pérez. Tsunoda (8e) est également très performant. Les McLaren-Mercedes sont en difficulté: Norris (7e) doit utiliser les pneus tendres pour s'extraire de la Q2 et Ricciardo (11e) ne franchit pas cette étape après avoir endommagé sa monoplace sur un vibreur. Ocon (9e) parvient à conduire son Alpine-Renault en Q3, contrairement à Alonso (13e) qui se plaint d'un train arrière nerveux. Les Alfa Romeo-Ferrari se montrent ici à leur avantage. Giovinazzi (10e) atteint la Q3 tout en demeurant avec les gommes médiums. Räikkönen (12e) suit de près son coéquipier. Russell (14e) hisse sa Williams-Mercedes en Q2, ce que ne parvient pas à faire Latifi (16e) qui a commis une erreur dans son dernier tour rapide. Les Aston Martin-Mercedes sont très en retrait. Du reste, ni Vettel (17e) ni Stroll (18e) ne parviennent à boucler un tour clair. C'est la plus mauvaise qualification de la saison de l'équipe britannique. Les Haas-Ferrari sont en dernière ligne. Schumacher (19e) précède Mazepin (20e) d'une seconde.

 

Le Grand Prix

Le soleil s'est couché mais il fait encore chaud ce dimanche soir sur les bords de la Mer Rouge. Pirelli ne prévoit néanmoins qu'un seul arrêt en course. La plupart des pilotes partent avec les pneus médiums (C3), excellents sur cette piste. Ricciardo, Sainz et Vettel choisissent cependant les pneus durs (C2) tandis que Norris sélectionne les tendres (C4).

 

Départ: Hamilton démarre bien devant Bottas et Verstappen. Pérez prend l'ascendant sur Leclerc dans les premiers mètres mais il freine très tard et évite de peu de percuter Verstappen. Leclerc repasse ensuite devant le Mexicain. Un petit contact oppose Ocon à Tsunoda qui va perdre plusieurs places. En queue de peloton, Stroll double Russell en empruntant l'échappatoire.

 

1er tour: Hamilton mène devant Bottas, Verstappen, Leclerc, Pérez, Norris, Ocon, Gasly, Ricciardo et Giovinazzi.

 

2e: Hamilton possède une seconde d'avance sur Bottas, deux secondes sur Verstappen. Alonso prend la dixième place à Giovinazzi.

 

3e: Hamilton est le plus rapide en ce début d'épreuve. Stroll rend sa position à Russell, mais le repasse aussitôt.

 

4e: Sainz grimpe dans la hiérarchie. Après avoir effacé Räikkönen, il déborde Tsunoda par l'extérieur au premier freinage.

 

5e: Hamilton est premier devant Bottas (1.5s.), Verstappen (2.7s.), Leclerc (5.7s.), Pérez (6.7s.), Norris (10.5s.), Ocon (12.1s.), Gasly (13.4s.), Ricciardo (14.1s.), Alonso (15.5s.), Giovinazzi (16.3s.) et Sainz (17.8s.).

 

6e: Alonso est menacé par Giovinazzi et Sainz. L'Espagnol tire tout droit au premier virage après avoir bloqué ses roues.

 

7e: Ricciardo poursuit Gasly. Giovinazzi déborde Alonso par l'extérieur au virage n°1.

 

8e: Hamilton compte deux secondes et demie de marge sur Bottas, quatre secondes sur Verstappen. Ricciardo se défait de Gasly au premier virage. Plus loin, Sainz dépasse Alonso.

 

9e: Schumacher perd la maîtrise de sa Haas dans le très rapide virage n°22 et se fracasse contre les glissières par l'arrière, puis par l'avant. Le double choc est rude pour le jeune Allemand qui sort cependant sans peine de sa monoplace.

 

10e: La voiture de sécurité est envoyée en piste suite à l'accident de Schumacher. Sainz double Giovinazzi quelques secondes avant que le drapeau jaune soit brandi. Stroll et Russell passent aux stands pour changer de gommes.

 

11e: Hamilton entre aux stands pour mettre les pneus durs (2.4s.). Bottas l'imite, mais après avoir longuement décéléré devant Verstappen qui hurle à l'obstruction. Cette manœuvre ne soulèvera aucune enquête. Le Hollandais demeure en piste et se retrouve premier. Leclerc, Pérez, Alonso, Norris et Latifi remplacent aussi leurs gommes.

 

13e: Verstappen précède Hamilton et Bottas derrière la Safety Car. Toutefois, il s‘avère que les glissières du virages n°22 sont trop endommagées suite à l'accident de Schumacher et nécessitent une réparation. En conséquence, Michael Masi brandit le drapeau rouge.

 

Les pilotes regagnent la voie des stands pour une interruption de quinze minutes. Durant ce laps de temps, les pilotes sont autorisés à changer leurs enveloppes, ce que ne manque pas d'effectuer Verstappen qui s'empare de gommes dures. C'est un coup de Trafalgar pour Hamilton et Mercedes qui perdent ainsi les commandes par pure malchance. Tous les autres pilotes profitent de cette opportunité pour prendre des gommes neuves. Ocon, Gasly, Giovinazzi, Tsunoda, Räikkönen et Mazepin prennent les pneus durs, Pérez, Ricciardo, Sainz, Vettel et Latifi des pneus médiums.

 

Une fois les barrières réparées, Michael Masi relance les pilotes en piste pour un nouveau tour de chauffe qui précédera un second départ arrêté.

 

14e: Seconde boucle de formation. Verstappen sera en « pole » de ce nouvel envol devant Hamilton, Bottas, Ocon, Ricciardo, Leclerc, Gasly, Pérez, Sainz, Giovinazzi, Tsunoda, Räikkönen, Vettel, Norris, Alonso, Mazepin, Russell, Stroll et Latifi.

 

Deuxième départ: Hamilton démarre mieux que Verstappen. Cependant le Hollandais, placé à l'extérieur, freine tard, roule sur la bordure et revient en piste devant son adversaire, lequel doit donner un coup de volant pour l'éviter. Ocon saisit cette opportunité pour se faufiler entre Verstappen et Hamilton.

 

15e: A l'entame du troisième virage, Leclerc se retrouve coincé entre le mur et Pérez, et finit par harponner la Red Bull. Le Mexicain heurte le mur intérieur, puis se retrouve en perdition en travers du circuit et sème la confusion. Russell ralentit pour l'éviter et se fait percuter de plein fouet par Mazepin. La Williams se soulève sous la violence du choc. La piste est obstruée et, sans grande surprise, la direction de course brandit à nouveau le drapeau rouge !

 

Les bolides regagnent derechef la pit-lane. Pérez, Russell et Mazepin sortent indemnes de leurs monoplaces. Le Russe peut s'estimer heureux de ne pas avoir reçu la voiture de Russell sur la tête... Pendant ce temps-là, un épineux débat agite les commissaires. Verstappen a très manifestement doublé Hamilton en quittant les limites de la piste. Il devrait donc lui rendre sa position. Or, cela est impossible puisque Ocon s'est intercalé entre eux lors de ce départ chaotique ! Le Hollandais devrait donc être pénalisé, mais Michael Masi sort de son chapeau une alternative: faire glisser Verstappen derrière Hamilton sur la grille du troisième départ. Il contacte à cette fin Jonathan Wheatley, le directeur sportif de Red Bull, qui lui rappelle que Ocon s'est glissé entre les deux rivaux. Masi contacte alors Alan Permane, directeur sportif d'Alpine, pour lui apprendre que son pilote s'élancera en « pole » devant Hamilton et Verstappen. Après avoir obtenu l'accord de Toto Wolff, le directeur de course propose cette solution à Wheatley qui donne son feu vert. Ce n'est plus un Grand Prix, c 'est un souk !

 

Par ailleurs, Verstappen choisit de repartir cette fois en gommes médiums afin de réussir un excellent envol. Bottas, Stroll, Tsunoda et Vettel saisissent aussi cette monte, alors que Latifi préfère repasser en gommes dures.

 

16e: Le peloton quitte la voie des stands pour un troisième tour de chauffe et, comme convenu, Verstappen laisse passer Ocon et Hamilton. La nouvelle grille s'établit donc comme suit: Ocon premier devant Hamilton, Verstappen, Ricciardo, Bottas, Gasly, Leclerc, Giovinazzi, Sainz, Vettel, Räikkönen, Tsunoda, Alonso, Stroll, Latifi et Norris.

 

Troisième départ: Ocon conserve un léger ascendant sur Hamilton au premier virage mais Verstappen surgit à l'intérieur, retarde au maximum son freinage et réussit à surprendre ses deux adversaires. Ocon se frotte à Hamilton, part tout droit dans l'échappatoire et redémarre devant le Hollandais, mais il va devoir lui rendre la position.

 

17e: Verstappen déborde Ocon dans le second bout droit et retrouve ainsi les commandes de l'épreuve. Grâce à son départ-canon, il a annulé de facto sa pénalité ! Plus loin, Tsunoda dépasse Leclerc, mal parti, au virage n°13.

 

18e: Hamilton se débarrasse d'Ocon au premier freinage et se lance à la poursuite de Verstappen.

 

19e: Verstappen mène devant Hamilton (1.2s.), Ocon (3s.), Ricciardo (5s.), Bottas (6s.), Gasly (7.7s.), Giovinazzi (9s.), Vettel (10.2s.), Tsunoda (11s.), Leclerc (11.8s.), Sainz (12.4s.) et Stroll (13.4s.).

 

20e: Verstappen fait le forcing mais Hamilton bénéficie de la meilleure vitesse de pointe et revient à une seconde de la Red Bull.

 

22e; L'usage de l'aileron arrière mobile est autorisé. Hamilton commet une petite faute dans son premier secteur et concède quelques dixièmes supplémentaires à Verstappen

 

23e: Tsunoda harponne Vettel au premier virage et l'expédie en tête-à-queue. L'Allemand repart aussitôt mais le Japonais se retrouve coincé contre le mur, avec un aileron avant brisé. Il parvient difficilement à se tirer de ce mauvais pas mais abandonne son museau sur le bitume. Au même endroit, Leclerc résiste à Sainz en coupant le virage. Il s'effacera un peu plus loin devant son équipier.

 

24e: La « Virtual Safety Car » est enclenchée pour permettre l'évacuation des débris laissés par Tsunoda. Ce dernier fait halte aux stands pour faire réparer sa voiture et se retrouve dernier. Le drapeau vert est agité en fin de tour.

 

25e: Verstappen devance Hamilton (1s.), Ocon (11.3s.), Ricciardo (13s.), Bottas (13.8s.), Gasly (17.5s.), Giovinazzi (20s.), Sainz (29s.), Leclerc (30s.) et Stroll (32.6s.). Alonso perd plusieurs positions dans un tête-à-queue exécuté à haute vitesse, sans dommage pour son Alpine.

 

26e: Räikkönen attaque Vettel et tente de passer en force par l'extérieur au quatrième tournant. Les deux pilotes se tamponnent et reviennent en piste après avoir semé une foule de morceaux de carbone. Räikkönen regagne son stand pour changer de pneus et d'aileron avant. Tsunoda écope de cinq secondes de pénalité pour son accrochage avec Vettel.

 

28e: La « voiture de sécurité virtuelle » est de nouveau instaurée pour trente secondes, le temps pour un commissaire de ramasser un débris laissé par Vettel. Une seconde sépare toujours Verstappen et Hamilton.

 

29e: Le répit fut bref: Michael Masi réimpose la voiture de sécurité virtuelle car Räikkönen, Vettel et Tsunoda ont semé force débris dans le premier secteur. Les pilotes roulent au pas tandis que les commissaires s'activent pour ramasser les fragments de carbone.

 

31e: La neutralisation s'éternise en raison du carbone disséminé sur l'asphalte. Hamilton revient par instant dans les échappements de Verstappen afin de lui mettre la pression.

 

33e: Après quatre tours parcourus à faible allure, le drapeau vert est brandi. Verstappen et Hamilton prennent un tour à Räikkönen. L'écart entre eux se chiffre à une seconde et demie.

 

34e: Verstappen mène devant Hamilton (1.5s.), Ocon (20.7s.), Ricciardo (23s.), Bottas (24.8s.), Gasly (33s.), Giovinazzi (39s.), Sainz (42s.), Leclerc (44s.), Stroll (53s.), Norris (54s.) et Latifi (1m.). Alonso double Vettel.

 

36e: La « Virtual Safety Car » est une fois de plus de mise quelques secondes, le temps d'ôter un énième débris. Hamilton rattrape Verstappen et peut user de l'aileron arrière mobile à la fin de cette boucle. Norris rejoint Stroll et le dépasse au tour suivant.

 

37e: Hamilton ouvre son aileron arrière à l'entame de ce tour et déborde Verstappen qui se défend au prix d'un freinage trop tardif. Le Hollandais sur-vire, dérape et coupe le premier virage, mais contraint aussi Hamilton à braquer en catastrophe pour éviter l'incident. Quelques instants plus tard, Verstappen reçoit logiquement l'ordre de céder sa position. Il lève le pied dans le bout droit menant à l'avant-dernier tournant. Hamilton le rejoint mais hésite à passer car il sait que son adversaire bénéficiera aussitôt du DRS. Agacé, Verstappen finit par donner un brusque coup de frein. Hamilton, surpris, braque tout à gauche mais heurte la Red Bull avec son aileron avant. Verstappen remet alors la gomme. Par miracle, la Mercedes est intacte mais Hamilton crie au fou dans sa radio.

 

38e: Hamilton compte deux secondes de retard sur Verstappen mais ce dernier est placé sous enquête par les commissaires en raison de ses deux manœuvres du tour précédent. Sainz puis Leclerc se défont aisément de Giovinazzi.

 

39e: Bottas rejoint Ricciardo et le déborde dans la ligne droite principale. Le pilote McLaren riposte néanmoins et repasse devant le Finlandais au premier virage.

 

40e: Hamilton recolle à Verstappen bien que son aileron soit sévèrement abîmé du côté droit. Bottas dépasse pour de bon Ricciardo sur la ligne de chronométrage.

 

41e: Hamilton améliore le record du tour (1'31''089'''). En piste, Verstappen précède Hamilton (1.5s.), Ocon (25s.), Bottas (30s.), Ricciardo (38s.), Gasly (43.4s.), Sainz (45s.), Leclerc (48.7s.), Giovinazzi (1m. 02s.), Norris (1m. 07s.) et Stroll (1m.09s.).

 

42e: Verstappen reçoit une pénalité de cinq secondes pour sa défense trop musclée contre Hamilton au début du 37ème tour. Finalement, le Batave laisse passer son rival dans l'avant-dernière ligne droite, mais il prend aussitôt son aspiration, actionne son DRS et le redouble par l'intérieur dans l'ultime épingle !

 

43e: Hamilton ouvre de nouveau son aileron et déborde Verstappen dans l'accélération menant au virage n°27. Comme au tour précédent, le pilote Red Bull réplique, cette fois-ci par l'extérieur. Il met cependant les quatre roues sur la bordure et doit céder. Hamilton reprend enfin les commandes du Grand Prix.

 

44e: Hamilton est en tête devant Verstappen (2s.), Ocon (26.6s.), Bottas (29s.), Ricciardo (35s.), Gasly (39s.), Sainz (44s.), Leclerc (45.5s.), Giovinazzi (53s.), Norris (1m. 04s.), Stroll (1m. 13s.) et Latifi (1m. 20s.).

 

45e: Alonso stoppe chez Alpine pour changer de pneus. Vettel rejoint lui aussi son garage, mais pour abandonner suite aux dommages causés par les collisions avec Tsunoda puis Räikkönen.

 

46e: Hamilton perd le flap avant-gauche de son aileron avant. Cela ne l'empêche pas de tourner une seconde au tour plus que Verstappen, désormais relégué à quatre secondes, sans compter sa pénalité. Bottas remonte à grandes enjambées sur Ocon.

 

47e: Hamilton s'empare du meilleur chrono définitif (1'30''734'''). Verstappen doit lui aussi se battre avec une monoplace abîmée au niveau du diffuseur. Ocon perd un morceau de fond plat et subit dès lors un gros sur-virage. Bottas revient à une seconde.

 

48e: Hamilton compte huit secondes d'avance sur Verstappen. Ocon résiste férocement à Bottas.

 

49e: Bottas déborde Ocon dans la ligne droite principale, mais le jeune Français garde l'ascendant au freinage. Leclerc reprend l'avantage sur son équipier Sainz.

 

50ème et dernier tour: Lewis Hamilton coupe la ligne d‘arrivée en vainqueur, six secondes devant Verstappen. A l'entame de la dernière ligne droite, Bottas ouvre son aileron mobile et coiffe Ocon au poteau pour un petit dixième ! Ricciardo se classe cinquième, Gasly sixième. Suivent les Ferrari de Leclerc et de Sainz. Giovinazzi (9e) obtient son meilleur résultat de la saison. Norris se classe dixième. Viennent ensuite Stroll, Latifi, Tsunoda, Alonso et Räikkönen. Tsunoda recule d'un rang en raison de sa pénalité.

 

Après la course: Hamilton - Verstappen, balle au centre

Rarement une telle fin de saison aura donné lieu à une telle intensité dramatique. Après ce premier Grand Prix d'Arabie saoudite au cours duquel ils se sont battus comme des chiffonniers, Max Verstappen et Lewis Hamilton se retrouvent à égalité parfaite (369,5 points chacun), et ce, huit jours avant la « finale » d'Abou Dhabi. Si les choses en restaient là, Verstappen serait titré grâce à un plus grand nombre de victoires (9 contre 8) que son adversaire. Et après la guérilla urbaine à laquelle se sont livrés ces deux chiens fous, il n'est pas impossible que la compétition s'achève par une collision fatale. Verstappen a notamment démontré qu'il était prêt à tout pour ne pas laisser échapper la couronne, y compris les manœuvres les mesquines, tel ce coup de frein au 37ème tour, qui lui vaut d'ailleurs dix secondes de pénalité supplémentaires. Cette punition ne change rien à son classement, mais elle aurait pu être beaucoup plus lourde, car le pilote néerlandais s'est livré à un véritable « break test » qui aurait pu avoir de graves conséquences.

 

Les deux adversaires sortent de leurs bolides épuisés de leurs efforts. Hamilton, surtout, reste de longues secondes prostré. Il n'échangera aucun regard avec Verstappen. Devant les micros, en revanche, le pilote Mercedes vide son sac et revient surtout sur la collision du 37ème tour: « Nous savons tous comment faire la course, sauf l'un d'entre nous... Je ne savais pas que Verstappen devait me laisser passer et d'un seul coup, je le vois décélérer. C'était très déroutant. Puis il s'est mis à bouger. Je me suis dit qu'il devenait fou. Des messages me sont enfin parvenus, mais trop tard, Il a freiné si fort que j'ai failli monter sur l'arrière de sa voiture. » Hamilton accuse clairement Verstappen d'avoir souhaité un double abandon qui aurait été forcément bénéfique pour celui-ci. « Cela lui importait peu qu'aucun de nous deux ne termine car il menait de huit points au départ. J'avais besoin de garder mon sang-froid. J'ai affronté beaucoup de pilotes au cours de ma carrière, beaucoup de personnalités différentes... Verstappen est au-delà de toute limite. »

 

Il est difficile de ne pas donner raison à Hamilton car, si Verstappen a démontré ce soir-là qu'il était un pilote exceptionnel, notamment avec son splendide troisième départ, il a aussi commis au 37ème tour deux manœuvres indignes de son talent. « Pour le premier virage, c'était un peu comme au Brésil, se défend-il. J'ai freiné tard et nous avons tous les deux raté le virage. Pour cela, je mérite la pénalité. Mais Hamilton a franchi la ligne lui-aussi, pourquoi est-il épargné ? Ensuite, on m'a demandé de rendre la position. Je me suis mis à droite, j'ai descendu les vitesses et je n'ai pas compris pourquoi il restait derrière moi. C'est étrange que nous ayons pu tous les deux franchir la ligne d'arrivée... » Le pilote Red Bull n'a aucun regret. Tout glisse sur lui, les triomphes comme les revers. Cette insensibilité irrite les observateurs mais peut être aussi considérée comme une force. « Les gens qui me connaissent vous diront que j'ai toujours été comme ça » répond-il avec un brin de lassitude. Verstappen est déjà tourné vers la finale d'Abou Dhabi. Y fera-t-il montre de la même absence de scrupules qu'à Djeddah ? C'est ce que tout le monde redoute...

 

Les innombrables frictions entre Hamilton et Verstappen n'ont évidemment pas apaisé leurs patrons respectifs. De rage, Toto Wolff a démoli son casque audio lorsque que le Hollandais a « pilé » devant le Britannique. Mais Christian Horner ne voit que du « hard racing » dans la conduite de son pilote. Il critique par ailleurs le tour de passe-passe auquel s'est livré Michael Masi lors de la seconde interruption. « Nous nous sommes crus au souk... Charlie Whiting nous a manqué aujourd'hui », déplore-t-il. Wolff a cependant davantage de raisons de se réjouir que Horner. D'abord parce que Hamilton abordera la dernière manche en favori, grâce à sa série de trois victoires de rang. Ensuite parce que Mercedes s'est presque assurée du titre de constructeurs en repoussant Red Bull-Honda à 28 points (587,5 pts contre 559,5). L'abandon de Sergio Pérez fut le tournant de cette compétition.

 

Ces éternelles polémiques éclipsent la très belle course d'Esteban Ocon qui fut tout près d'offrir à Alpine-Renault un deuxième podium de rang. Mais Valtteri Bottas lui a soufflé cette troisième place sur la ligne. Alpine n'est pas encore capable de se mesurer à la cavalerie Mercedes... En outre, Ocon devait aussi composer avec une monoplace endommagée depuis son choc avec Yuki Tsunoda au départ. Une soirée animée donc pour le jeune Normand, qui s'est même un temps retrouvé en « pole » devant les deux furieux Hamilton et Verstappen. « J'imaginais qu'ils seraient agressifs entre eux, mais pas qu'ils le seraient aussi avec moi ! » confie-t-il à Fabrice Bosset, de L'Equipe. « Je ne me suis pas battu avec eux, je ne voulais pas gâcher ma course... J'ai eu plusieurs contacts, avec Tsunoda au démarrage, avec Hamilton au troisième départ. Et j'ai perdu un gros bout de fond plat à deux tours de l'arrivée. Je n'avais plus de grip à l'arrière. J'ai tiré sur ma batterie pour résister à Valtteri, mais je n'avais plus de réserve dans la dernière ligne droite. » Peu importe au fond: grâce aux douze points récoltés par Ocon, Alpine s'assure définitivement de la cinquième place du classement des constructeurs, devant AlphaTauri.

Tony