Le championnat du monde 1974 de Formule 1 débute dans un contexte troublé par le choc pétrolier. Celui-ci frappe de plein fouet l'industrie automobile et la compétition est atteinte. Les gouvernements européens entendent limiter le nombre d'épreuves sportives pour économiser de l'essence. Le Rallye de Monte-Carlo a ainsi été annulé. Certaines rumeurs annoncent la possible annulation des premières épreuves de la saison de Formule 1 mais il n'en sera rien.
Cinq équipes semblent se détacher du lot pour cette nouvelle saison.
Tout d'abord Lotus, championne du monde des constructeurs en titre, qui utilise toujours la 72. Celle-ci accuse cependant quatre ans d'âge et les hommes de Colin Chapman ont lancé la conception d'une nouvelle voiture, la 76. Vainqueur de quatre courses en 1973, Ronnie Peterson semble être le favori de ce championnat. Il est associé à Jacky Ickx qui a répondu aux sollicitations de Chapman après les avoir repoussées un an auparavant. Sur le papier, ce duo apparaît comme le meilleur du plateau.
Les ambitions de McLaren sont très grandes. La M23 conçue par Gordon Coppuck a démontré en 73 tout son potentiel. L'équipe bénéficie désormais du soutien de deux importants sponsors, Marlboro et Texaco. Grâce à eux, Teddy Mayer a pu recruter le champion du monde 1972 Emerson Fittipaldi qui entend bien reconquérir sa couronne après une année décevante avec Lotus. Son équipier est le vétéran Denny Hulme qui entame probablement sa dernière saison en Formule 1. L'ingénieur néo-zélandais Alastair Caldwell a été nommé directeur sportif par Mayer. Enfin une troisième voiture est engagée par une équipe semi-officielle sponsorisée par Yardley et dirigée par Phil Kerr. Mike Hailwood pilotera cette machine.
L'équipe Tyrrell est très diminuée par le retrait de Jackie Stewart et le décès accidentel de François Cevert. Après avoir envisagé un temps d'aligner un duo Chris Amon - Jacky Ickx, Ken Tyrrell a opté pour l'engagement de deux quasis débutants, Jody Scheckter et Patrick Depailler. Le premier traîne derrière lui une réputation de pilote rapide mais dangereux. Quant au second, encore mal remis d'un accident de motocross contracté en septembre 73, il doit surtout sa titularisation à l'entregent de François Guiter, patron de la compétition chez Elf, le principal sponsor de l'équipe. La nouvelle 007 n'étant pas prête, Scheckter commence l'année avec la 006 tandis que Depailler doit piloter la vieille 005.
Bernie Ecclestone a de grandes ambitions pour Brabham après une saison 1973 satisfaisante. La nouvelle BT44 conçue par Gordon Murray fait ses débuts dès l'Argentine et surprend par sa structure pyramidale très fluide. Les flancs du cockpit se fondent vers l'arrière pour intégrer la prise d'air et le capot-moteur en une ligne ininterrompue. Murray place aussi sur la BT44 une nouvelle géométrie de suspension « in-board » à flexibilité variable. Premier pilote indiscutable, Carlos Reutemann est un candidat à la victoire. A ses côtés se trouve désormais le jeune pilote anglais Richard Robarts issu de la F3.
L'Irlandais John Watson disputera quant à lui cette saison sur une Brabham BT42 de l'équipe Hexagon dirigée par John Goldie. Le développement de cette machine est confié à l'ingénieur Alan McCall qui travaillait naguère chez Tecno. A noter qu'Hexagon utilisera des pneus Firestone, contrairement à MRD équipée par Goodyear.
Ferrari prend un nouveau départ cette saison-là. La Scuderia a abandonné le championnat de Sport-Prototypes pour se consacrer à la Formule 1. Elle a désormais à sa tête un jeune aristocrate de 26 ans issu du clan Agnelli, Luca di Montezemolo. Mauro Forghieri a considérablement revu la 312B3 autour du principe de « faible inertie polaire » tandis que le flat 12 a été amélioré. Clay Regazzoni est de retour au bercail comme premier pilote tandis que le jeune et très prometteur Niki Lauda lui est associé.
Outre ces cinq équipes, les outsiders ne sont pas nombreux. BRM est très affaiblie par la perte du soutien de Marlboro et n'affiche plus que Motul comme sponsor. Mike Pilbeam a conçu une nouvelle voiture mais en attendant sa construction c'est l'antique P60 qui débute la saison. L'équipe britannique engage un trio tricolore: Jean-Pierre Beltoise est premier pilote, associé à Henri Pescarolo qui retrouve une place de titulaire en F1 et au débutant François Migault.
L'équipe américaine Shadow débute sa deuxième saison avec de nouvelles ambitions. Jackie Oliver et George Follmer sont remplacés par un duo composé de Peter Revson, vainqueur de deux Grands Prix en 1973 avec McLaren, et du jeune espoir Jean-Pierre Jarier, champion de Formule 2. Seul Revson débute la saison avec la nouvelle DN3.
Les turbulents Lord Hesketh et James Hunt démarrent l'année avec leur March 731 améliorée mais ils attendent leur propre voiture pour la saison européenne. L'équipe March officielle, toujours très désargentée, a pu construire une 741 et engager deux pilotes: Howden Ganley et le novice Hans-Joachim Stuck, fils de l'ancienne gloire du sport automobile allemand.
A 45 ans Graham Hill poursuit l'aventure avec son écurie mais cette fois-ci au volant de châssis construits par Lola. De plus il s'associe le pilote anglais Guy Edwards. Frank Williams continue péniblement d'exister en Formule 1 avec une seule Iso conçue par Gian Paolo Dallara et confiée à Arturo Merzario, renvoyé par Ferrari. L'équipe de John Surtees, en difficultés financières, va essayer de survivre grâce à une nouvelle voiture, la TS16, et deux jeunes brillants pilotes, Carlos Pace et Jochen Mass. Enfin Ensign et Rikky von Opel vont tenter de bien faire figurer la N174.
Enfin la guerre des manufacturiers de pneumatiques se poursuit même si de fait Goodyear a un net avantage, équipant toutes les grandes équipes (Tyrrell, Lotus, McLaren, Ferrari, Brabham, March et Shadow) tandis que Firestone se contente du fond de la grille (BRM, Surtees, Williams, Embassy-Hill, Ensign, Hesketh, Hexagon). La marque américaine quittera la Formule 1 à la fin de cette saison.
Tony