Jean-Pierre BELTOISE
 J.BELTOISE
Matra
Jackie STEWART
 J.STEWART
Matra Ford Cosworth
Pedro RODRIGUEZ
 P.RODRIGUEZ
BRM

166o Grande Prémio

XVI Grote Prijs van Nederland
Chuva
Zandvoort
domingo, 23 de junho de 1968
90 voltas x 4.193 km - 377.370 km
Affiche
F1
Coupe

Sabiam-no?

Piloto
Construtore
Motore

Présentation de l'épreuve

Après Spa et ses records de vitesse, la Formule 1 retrouve un circuit plus classique. Situé en bord de mer du Nord, Zandvoort est assez sinueux, avec un record du tour à 171km/h en 1967. Sa particularité est sa longue ligne droite qui se termine par la fameuse épingle de « Tarzan ». Tracé entre les dunes, il est plutôt apprécié par les pilotes, mais le vent venant de la mer, chargé de sable, rend les conditions d'adhérence précaires. En cas de pluie, tout se complique encore. Et la pluie, à Zandvoort, on connait bien...


La saison avance, et les nouveautés deviennent plus rares, les équipes trouvant peu à peu leur rythme de croisière.

Mc Laren engage deux M7A pour Bruce et Denny Hulme, dans une configuration aérodynamique identique à celle vue en Belgique : capot arrière caréné et terminé par un becquet, et aucun dispositif à l'avant.


Chez Lotus Hill, et Oliver retrouvent leurs 49B inchangées, avec 2 petits ailerons à l'avant et un capot arrière formant becquet.


Equipement complet avec ailettes avant et aileron arrière chez Brabham pour les BT 26 confiées à Jack et à Jochen Rindt, sans changement par ailleurs.


Honda aligne toujours John Surtees, mais le poids élevé de la RA 301 devrait la rendre moins à l'aise sur ce circuit sinueux qu'à Spa. La monoplace est dépourvue de tout aileron.


La Matra MS10 de Jackie Stewart est extérieurement identique à celle vue à Spa. Son châssis a pu être allégé par l'emploi accru de titane, et sa voie avant est élargie de 5cm.


Chez Ferrari, on a validé pour les deux voitures l'aileron arrière fixe au-dessus du moteur et les deux « moustaches » avant. Amon et Ickx adoptent tous deux cette configuration. Les 500tr/mn de régime moteur perdus en ligne droite leur semblent largement compensés par l'amélioration de l'adhérence dans les nombreuses courbes du circuit. De façon anecdotique, les ouïes de refroidissement du capot avant ne sont plus recouvertes de grillage.


Après la mort de Scarfiotti début juin, puis le grave accident de Redman à Spa, Cooper est très éprouvé et n'aligne que Lucien Bianchi sur une 86B inchangée depuis la Belgique.


Aucun changement chez BRM, avec toujours Pedro Rodriguez sur une P133 V12 et Richard Attwood sur une P126 V12.


La Matra MS11 V12 de Jean-Pierre Beltoise a bénéficié de quelques améliorations : légère baisse de poids, échappements redessinés pour améliorer la souplesse du moteur et réservoir supplémentaire à l'avant. Extérieurement, aucun changement avec une monoplace toujours vierge de tout aileron.


Petite surprise ensuite sur la liste des engagés : Dan Gurney apparait sur une Brabham. Il s'agit de la troisième voiture de l'usine, un modèle BT 24 de 1967 avec l'ancien moteur Repco type 740, moins performant que le 860 de 1968, mais plus fiable. Dan assure lui-même la préparation de sa monoplace. Lassé des nombreux problèmes rencontrés avec son Eagle, Gurney revient le temps d'une course, à Brabham, marque avec laquelle il a déjà couru avec succès par le passé. Pendant le week-end, le pilote Américain apparaitra à plusieurs reprises équipé d'un nouveau type de casque, qui sera comparé à un scaphandre. Il s'agit donc là des débuts en Formule 1 du fameux casque intégral qui deviendra peu à peu la norme dans toutes les courses en circuit.


Chez les équipes indépendantes et les concurrents privés, peu d'évolutions techniques. Seul Rob Walker fait équiper la Lotus 49 de Siffert de deux tôles inclinées de chaque côté du moteur, espérant améliorer l'appui aérodynamique. Bonnier et Courage courent sur leur voiture habituelle, et Moser fait son retour après avoir manqué le Grand Prix de Belgique.


Essais et qualifications

Prévus sur les deux journées du vendredi et du samedi, ils débutent vendredi matin sur piste sèche grâce au vent, malgré la pluie des jours précédents.

Les Brabham officielles ne participent pas le matin: suite à une information de dernière minute les mécaniciens doivent intervenir sur les moteurs Repco 860 dont les pistons risquent d'entrer en contact avec les soupapes.

Les McLaren semblent d'abord les plus à l'aise, puis Chris Amon place sa Ferrari en première position avec un chrono de 1'23''54 qui ne sera pas battu durant tout le week-end.


Prenant la piste seulement l'après-midi, Rindt place sa Brabham en deuxième position devant Hill et Brabham. Stewart n'est pas très loin, mais souffre encore de son poignet, qui enfle et devient douloureux. Plus loin, Ickx confirme la bonne forme des Ferrari. Les McLaren stagnent en 7e et 8e position, Denny Hulme précédant son coéquipier et patron Bruce Mc Laren.

Surtees peine un peu avec sa lourde Honda, et se retrouve devancé par les Lotus d'Oliver et Siffert ainsi que la BRM de Rodriguez. Courage précède ensuite Beltoise dont la Matra V12 semble peu à l'aise et ne parvient à battre que deux voitures officielles : la BRM d'Attwood et la Cooper de Bianchi. Ce dernier est encore précédé par Moser et Bonnier termine ce vendredi à la dernière place.


La journée du samedi débute sous la pluie et le vent. La pluie faiblit ensuite et le vent sèche la piste en début d'après-midi, avant que la bruine ne vienne rendre à nouveau la piste très glissante. Certains pilotes parviennent quand-même à améliorer : avec 1'23''70, Rindt gagne 5/100 mais reste derrière Amon qui va donc réaliser sa troisième pole position de la saison, en quatre participations cette année. Surtees remonte 9e derrière les deux McLaren, Rodriguez dépasse Siffert et Gurney s'intercale entre eux avec sa Brabham qui n'avait pu participer à la séance du vendredi.

Si Courage reste 14e, Beltoise est battu par Attwood. Sur la grille de départ, il ne précédera que Moser, Bianchi et Bonnier, dans cet ordre.


Le Grand Prix

Les 19 engagés vont prendre le départ sous la pluie. Dans ces conditions, le choix des pneumatiques est évidemment crucial. Trois manufacturiers se partagent l'équipement des monoplaces : l'Anglais Dunlop et les Américains Firestone et Goodyear. Ces deux derniers ont moins d'expérience de la pluie pour deux raisons : Dunlop pratique la Formule 1 depuis plus longtemps que ses rivaux Américains et ces derniers connaissent encore assez mal le sujet puisque les courses sont interrompues en cas d'averse aux Etats-Unis.

La plupart des équipes ont un fournisseur défini par contrat. Goodyear équipe McLaren et Brabham, Firestone fournit Lotus, Honda, Ferrari, Cooper et le Team Rob Walker pour la Lotus de Siffert. Matra est sous contrat avec Dunlop, qui équipe également les BRM d'Attwood et Courage, alors que Rodriguez utilise des Goodyear, tout comme les deux privés Moser et Bonnier.

Les Matra inaugurent un nouveau type de pneu à bande de roulement un peu plus étroite et pourvus d'une grosse rainure centrale permettant de mieux évacuer l'eau. Sans doute le premier véritable pneu pluie conçu spécifiquement et sans compromis.


Départ : Rindt est le plus prompt à démarrer et passe l'épingle de Tarzan en tête, mais il se fait dépasser par Hill et Stewart avant la fin du tour.


1er tour : Hill devance Stewart de 2 secondes, puis Rindt, Amon, Ickx, McLaren, Siffert, Brabham, Rodriguez, Surtees. Plus loin arrivent Oliver, puis Beltoise qui a gagné déjà quatre places, suivi de Gurney, Courage, Attwood et Hulme qui a raté son départ. Il ne devance que Moser, Bianchi et Bonnier.


2e : Pas de changement pour les cinq premiers, puis on trouve Rodriguez qui a passé Brabham, McLaren et Siffert. Ce dernier, classé 7e, est rattrapé par Beltoise qui remonte comme une fusée : 8 places gagnées en deux tours. Il est suivi par McLaren, Surtees, Brabham, Gurney puis Oliver. Les six derniers sont inchangés, mais Bonnier a passé Bianchi qui se retrouve lanterne rouge.


3e : Hill mène toujours mais il est rattrapé par Stewart qui va le passer au freinage de Tarzan. Amon et Ickx suivent et précèdent Beltoise qui a doublé Siffert et Rodriguez. En difficultés, Rindt se retrouve 8e entre Siffert et McLaren. La suite du classement est inchangée, sauf pour la dernière place, où Bianchi a redoublé Bonnier.


4e : Stewart a pris la tête devant Hill et Beltoise que rien n'arrête. Les pneus Dunlop des Matra semblent faire merveille dans ces conditions. La pluie fine recouvre la piste d'une pellicule d'eau et les monoplaces sont entourées de gerbes énormes. On apprendra plus tard que, faute de pouvoir lire les panneaux de signalisation de son stand, Beltoise se croyait à ce moment en tête de la course. Dans le peloton, Gurney remonte également et vient de passer Surtees et Brabham pour se retrouver 10e. Plus loin, Courage a doublé Oliver et Bonnier a repoussé de nouveau Bianchi en dernière position.


5e : pas de changement en tête, mais Gurney trouve un bon rythme et double encore McLaren, Rindt et Siffert pour se retrouver 7e. En fin de peloton, Oliver s'est fait dépasser par Attwood et Hulme.


6e : Rindt et McLaren ont doublé Siffert et Courage perd quatre places suite à une perte de contrôle de sa BRM. Il va rentrer à son stand pour repartir plus tard.


7e : Surtees double Siffert, Hulme passe Attwood et Courage devient dernier.


9e : c'est maintenant Brabham qui double Siffert, et Attwood a repassé Hulme.


10e : Bianchi sort et endommage son radiateur : c'est l'abandon. Hulme se retire lui aussi, pour cause d'allumage noyé.


11e : Brabham prend la 10e place à Surtees, mais c'est Beltoise qui retient l'attention. Il dépasse Hill au freinage de Tarzan et prend la deuxième place de ce Grand Prix, en établissant au passage le record du tour.


12e : Surtees perd quatre places pour changer ses pneus et ses bougies. Il se retrouve avant dernier, devant Courage qui était bon dernier depuis sa sortie de route du 7e tour.


13e : McLaren double Rindt, qui connait des ennuis de batterie.


14e : Rindt ralentit toujours et passe de la 9e à la 15e place en un tour.


16e : Rindt perd encore deux places et passe 17e et dernier.


17e : Moser passe Oliver qui a fait un bref arrêt à son stand et ne perd qu'une place.


20e : McLaren sort à Tarzan et finit sa course dans les filets de sécurité. Seize voitures restent encore en course.


22e : Beltoise part à la faute dans Tarzan et fait une incursion sur le bas-côté. Accélérateur bloqué par du sable suite à cette sortie, il rejoint son stand en jouant avec le contact de l'allumage. On nettoie le mécanisme d'accélérateur et on en profite pour faire l'appoint en carburant. Il repart en 7e position. Dans ce même tour, Brabham abandonne en panne de batterie et Rodriguez passe Ickx.


23e : Frayeur pour Beltoise qui perd à nouveau le contrôle dans Tarzan, mais sans quitter la piste cette fois. Stewart mène donc devant Hill, Amon, Rodriguez, Ickx, Gurney, Beltoise, puis le peloton inchangé avec, dans l'ordre Siffert, Attwood, Moser, Oliver, Bonnier, Surtees, Courage et Rindt.


24e : Très en forme, Rodriguez a doublé Amon pour la troisième place.


25e : Surtees s'arrête à nouveau pour changer de pneus et remettre le train choisi au départ. Il repart dernier.


26e : Moser passe Siffert. Il est rare que les deux pilotes Suisses roulent classés dans cet ordre, et le courageux privé Silvio Moser réalise une de ses plus belles courses. Beltoise reprend sa remontée en dépassant Gurney.


28e : Dans cet ordre, ils doublent tous deux Ickx, parti en tête-à -queue à Hunzerung, le gauche légèrement relevé derrière les stands.


29e : Beltoise dépasse cette fois Amon et se retrouve 4e.


30e : L'ordre est devenu Stewart, Hill, Rodriguez, Beltoise, Amon, Gurney, Ickx, Moser, Siffert, Attwood, Oliver, Bonnier, Courage, Rindt et Surtees.


32e : Beltoise devient troisième en passant Rodriguez, et Courage double Bonnier.


39è : Rindt abandonne finalement, de grosses vibrations s'ajoutant à ses problèmes d'allumage dus à une batterie défaillante.


49è : Beltoise parvient à repasser Hill et retrouve la deuxième place.


50e : Courage sort de la route et abandonne. Surtees renonce lui aussi, en panne d'alternateur. Ickx profite d'un tête-à-queue de Gurney pour lui reprendre la 6e place.


53e : Ickx dépasse Amon et Attwood double Siffert.


54e : Amon passe à son stand pour changer de pneus et perd deux places.


55e : Abandon de Siffert sur problème de boite de vitesse.


60e : tête-à-queue de Hill à Tarzan, et Rodriguez en profite pour prendre la troisième place.


62e : Aux prises avec ses lunettes qui se détachent, et après deux tours effectués à l'aveuglette, Gurney finit par sortir lui aussi, à Tarzan comme tant d'autres. Accélérateur bloqué par le sable, il ne pourra repartir.


64e : On retrouve donc Stewart largement en tête devant Beltoise, Rodriguez, Hill, Ickx, Moser, Amon, Attwood, Bonnier, puis Oliver, très attardé suite à plusieurs sorties de route ayant ensablé sa commande d'accélérateur.


81e : Encore une sortie au virage de Tarzan : cette fois, c'est Hill qui se fait piéger, sans doute victime d'une commande d'accélérateur grippée par du sable. C'est l'abandon pour le leader du championnat.


90e et dernier tour : Jackie Stewart l'emporte largement avec 1'34'' d'avance sur Jean-Pierre Beltoise qui réalise ici sa meilleure performance depuis ses débuts en Formule 1. Les deux Matra sont les seules à terminer dans le même tour. Oliver, toujours en piste sur sa Lotus mais n'ayant accompli que 80 tours, ne sera pas classé. Son coéquipier Hill, stoppé après le 81e tour, pourra figurer au classement, à neuf tours du vainqueur.


Après la Course

Malgré le handicap d'un poignet encore douloureux suite à un récent accident, Jackie Stewart a dominé la course pour remporter le troisième Grand Prix de sa carrière et le premier de Matra. La deuxième place de Jean-Pierre Beltoise prouve la qualité du châssis Français, et constitue un bel encouragement pour la jeune marque.

Mais il ne faudrait surtout pas oublier l'importance des pneumatiques. Dans les conditions de cette course, Dunlop avait un coup d'avance sur ses concurrents Firestone et Goodyear. Les Matra étaient les seules monoplaces disposant des nouveaux pneus « pluie » et leur avantage est apparu évident.


Parmi leurs concurrents, Rodriguez s'est encore montré aussi habile que courageux, comme toujours dans des conditions difficiles. Amon et Ickx ont limité les dégâts au volant de leurs Ferrari moyennement chaussées. Lotus et McLaren ont complètement sombré, ce qui a permis aux méritants privés Moser et Bonnier de finir un peu plus haut que d'habitude dans le classement.

Après McLaren en Belgique, c'est au tour de Matra de faire son entrée dans le club des vainqueurs de Grand Prix.

Au championnat, Hill mène toujours, mais Stewart remonte du septième au deuxième rang. Il faudra compter avec lui pour la suite de la saison.

Jacques