Alan Jones est le fils de Stan Jones, un excellent pilote des années 1950 qui a refusé de tenter sa chance en Europe.
Il commence la compétition à la fin des années 1960 en Australie, d'abord en karting, puis en monoplaces de promotion, où il se montre rapidement compétitif grâce à sa constance et à sa capacité à développer une voiture. En 1968, il participe à des épreuves de Formule Ford et de Formule 3 en Australie, ce qui lui permet de se faire remarquer au niveau national.
Son père ayant fait faillite, il se retrouve bientôt acculé par les dettes. Alan doit donc se débrouiller seul et décide de partir en Angleterre. Il s'engage en Formule 3 britannique en 1970. L'année suivante, il monte à plusieurs reprises sur le podium et remporte une victoire sur le circuit de Castle Combe. C'est en 1973 qu'il commence à se faire remarquer. Il remporte plusieurs victoires et se classe deuxième du championnat John Player. En 1974, il participe au championnat britannique de Formule Atlantic et remporte quatre victoires.
À l'aube de la saison 1975, Alan est alors reconnu comme un pilote expérimenté, malgré une carrière internationale encore récente. Ses performances dans les catégories intermédiaires constituent les bases solides sur lesquelles va s'appuyer la suite de sa carrière au plus haut niveau.
En F1 avec Hesketh
Alan commence sa carrière en Formule 1 en 1975, lors du Grand Prix d'Espagne sur le circuit de Montjuïc. Il pilote une Hesketh 308 engagée par l'écurie privée Harry Stiller Racing. Lors de sa première séance de qualification, il réalise le 20e temps. Sa course prend fin prématurément après un contact avec les rails de sécurité. Lors de l'épreuve suivante, à Monaco, il abandonne en fin de course après avoir perdu une roue. Qualifié en treizième position en Belgique, il abandonne après un accrochage lors du premier tour. Il se reprend en Suède, où il franchit la ligne d'arrivée en onzième position.
Hill
Après le retrait de l'équipe de Harry Stiller, il rejoint l'écurie Embassy Racing de Graham Hill pour remplacer Rolf Stommelen. Au volant de la Hill GH1, il se qualifie 17e aux Pays-Bas et termine 13e. Il se classe ensuite 16e en France et 10e en Grande-Bretagne. Lors du Grand Prix d'Allemagne, disputé sur le périlleux circuit du Nürburgring, il s'élance de la 21e position sur la grille. Profitant des nombreux abandons, il termine cinquième. Cette performance lui permet d'inscrire ses premiers points au championnat du monde. Cependant, il quitte l'équipe à la suite de mésententes avec Graham Hill. Il termine la saison en participant au championnat européen de Formule 5000 avec RAM Racing, remportant deux victoires, une deuxième place et deux troisièmes places sur huit courses.
Surtees
Pour la saison 1976, il signe avec l'écurie de John Surtees pour piloter la nouvelle TS19. L'écurie n'amenant qu'une seule voiture lors des deux premières manches, il ne fait ses débuts qu'à Long Beach, où il se qualifie en fond de grille. Il termine non classé, à dix tours du vainqueur, à cause d'un problème de carburateur. Il réalise une belle course en Espagne, terminant neuvième après s'être élancé de la 20e position. Lors de la course suivante, en Belgique, il réalise une performance solide en terminant cinquième, ce qui lui rapporte deux points. Après trois courses sans éclat, il termine de nouveau cinquième en Grande-Bretagne, confirmant ainsi sa capacité à tirer parti d'une voiture rarement en mesure de viser plus haut. Il alterne ensuite entre arrivées lointaines et abandons, comme en Allemagne ou en Autriche, mais il continue d'accumuler les kilomètres et d'affiner son pilotage. Aux Pays-Bas, puis en Italie, il reste dans le peloton et termine au-delà de la dixième place. Pour les deux manches en Amérique du Nord, il termine loin au Canada, mais parvient à se classer huitième aux États-Unis. Au Japon, sous la pluie et dans une course chaotique, il s'élance de la 20e position, mais remonte patiemment pour s'emparer de la quatrième place, son meilleur résultat depuis ses débuts en F1. Cette performance clôt une saison au cours de laquelle, malgré les limites techniques de son équipe, il a su transformer quelques opportunités en résultats solides et s'affirmer comme un pilote capable de faire mieux que ne le promet la voiture.
Shadow
Après avoir refusé de poursuivre avec l'équipe Surtees, il se retrouve sans volant en Formule 1 pour la saison 1977. Il s'engage alors dans la Rothmans International Series en Australie. A la suite de l'accident mortel de Tom Pryce en Afrique du Sud, l'écurie Shadow le contacte et lui propose de remplacer le pilote disparu. Alan accepte et revient donc dans le paddock de Formule 1, au volant de la Shadow DN8, lors du Grand Prix de Long Beach, où il abandonne à mi-course, la boîte de vitesses étant cassée. En Espagne, il abandonne à la suite d'un accrochage. Il marque ses premiers points lors du Grand Prix de Monaco, en terminant sixième, puis enchaîne avec une cinquième place en Belgique. Au fil des courses, il se montre régulier, malgré les performances variables de la Shadow, et parvient à tirer parti des conditions changeantes. Le fait majeur de sa saison se produit lors du Grand Prix d'Autriche. Qualifié en quatorzième position sur la grille de départ, il entame une remontée méthodique sur une piste qui s'assèche progressivement. Il profite des défaillances mécaniques de ses concurrents et des erreurs de pilotage pour prendre la tête de la course. Il franchit la ligne d'arrivée en vainqueur, signant ainsi sa première victoire en Formule 1, mais aussi l'unique succès de l'histoire de l'écurie Shadow. Malgré un abandon aux Pays-Bas, la fin de saison de l'Australien est marquée par une présence constante aux avant-postes. Il termine troisième du Grand Prix d'Italie. Après un abandon précoce aux Etats-Unis, il termine à nouveau quatrième au Canada. Il conclut son année au Japon par une nouvelle quatrième place, obtenue dans une course exigeante où il profite de sa régularité pour remonter dans le classement. Alan se classe 7e du championnat du monde des pilotes, un résultat notable compte tenu de son intégration tardive et des performances de la Shadow.
Williams
Fin 1977, Frank Williams cherche un pilote rapide, travailleur et abordable sur le plan financier pour accompagner la relance de sa nouvelle structure, Williams Grand Prix Engineering. Ses performances en font l'un des profils les plus attractifs du marché et il est recruté par l'écurie britannique pour piloter la FW06. Sa saison commence en Argentine par un abandon dû à une défaillance mécanique. Dès la troisième manche, en Afrique du Sud, il termine quatrième. Lors du Grand Prix des États-Unis Ouest à Long Beach, il confirme le potentiel de sa voiture. Qualifié en huitième position sur la grille, il se hisse à la deuxième place durant une grande partie de la course. Une rupture de l'aileron avant le contraint finalement à ralentir, et il termine septième. La campagne européenne commence par une série de résultats en dehors de la zone des points et d'abandons consécutifs à des problèmes mécaniques. En France, l'Australien marque des points en terminant cinquième. Cette performance isolée précède une période de fragilité technique pour la FW06. Entre juillet et septembre, Alan subit une série de quatre abandons consécutifs. En Italie, il se qualifie en sixième position, mais ne termine que treizième à cause d'une crevaison. Au Grand Prix des États-Unis Est, il se qualifie en troisième position et réalise une course solide et sans erreur. Il franchit la ligne d'arrivée en deuxième position, derrière Carlos Reutemann. Ce résultat constitue le point d'orgue de sa saison et valide le développement de la voiture. La saison se termine sur le circuit de l'Île-Notre-Dame, à l'occasion du Grand Prix du Canada, où il se classe neuvième après avoir rencontré des problèmes de tenue de route. Au terme des seize épreuves du calendrier, l'Australien se classe onzième du championnat du monde des pilotes.
Sa saison 1979 commence par une phase de transition technique, puisqu'il pilote encore la FW06 lors des quatre premières manches. Après une neuvième place en Argentine, il abandonne au Brésil et en Afrique du Sud. Pour sa dernière course avec la FW06 aux Etats-Unis, Alan réalise une belle performance en décrochant la troisième place. Le tournant de l'année survient lors du Grand Prix d'Espagne, où Williams présente la FW07, une monoplace qui exploite l'effet de sol. Cependant, les premières apparitions de ce nouveau châssis sont perturbées par des problèmes de mise au point et de fiabilité, qui lui coûtent une victoire possible en Belgique, où l'Australien a mené la course avant de rencontrer un problème électrique. Il commence à exploiter le potentiel de sa monture lors du Grand Prix de France, où il termine quatrième. Le Grand Prix de Grande-Bretagne, à Silverstone, confirme la supériorité technique de l'écurie : Alan y signe la première pole position de sa carrière, ainsi que la première de Williams. Bien qu'il domine largement la première moitié de la course, une défaillance de la pompe à eau l'oblige à abandonner, laissant la victoire à son coéquipier Clay Regazzoni, la première pour Williams. Mais Alan se rattrape rapidement en signant une série de performances dominantes. En Allemagne, il part de la deuxième place, prend la tête dès le départ et ne la lâche plus, pour finalement remporter la victoire. Deux semaines plus tard, il enchaîne avec le Grand Prix d'Autriche, qu'il remporte après avoir mené l'essentiel de la course. Sa série victorieuse se poursuit aux Pays-Bas, où il remporte sa troisième victoire consécutive. Grâce à ces résultats, il est troisième du championnat, mais ne peut plus prétendre au titre en raison du barème de points. De plus, en Italie, des problèmes d'allumage le relèguent à la neuvième place. Il retrouve rapidement les avant-postes au Canada. Il réalise un week-end parfait en obtenant la pole position, le meilleur tour en course et la victoire. La saison se termine par un abandon aux Etats-Unis Est, causé par la perte d'une roue alors qu'il occupait la tête de la course. Alan termine à la troisième place du championnat, derrière les pilotes Ferrari Jody Scheckter et Gilles Villeneuve.
En 1980, Alan accueille un nouveau coéquipier : l'Argentin Carlos Reutemann. La saison de Williams s'ouvre sous le signe de la continuité technique, avec l'utilisation de la Williams FW07B, une version optimisée de la monoplace de la saison précédente. Dès le premier Grand Prix, en Argentine, sur les terres de Reutemann, l'Australien domine les débats en signant la pole position et en remportant la course, malgré une excursion hors piste en début d'épreuve. Il confirme sa forme lors de la manche suivante, au Brésil, en montant sur la troisième marche du podium. En Afrique du Sud, puis à Long Beach, il abandonne, interrompant ainsi sa dynamique. La campagne européenne débute de manière plus irrégulière, avec une deuxième place en Belgique et un abandon à Monaco. Alan est alors troisième du championnat, derrière Nelson Piquet et René Arnoux. Il reprend toutefois l'ascendant en France, sur le circuit du Castellet. Parti de la quatrième position, il remonte ses adversaires et s'impose devant les pilotes Ligier, reprenant ainsi la tête du championnat. Il enchaîne immédiatement avec une deuxième victoire consécutive en Grande-Bretagne. En août, Alan mise sur la régularité pour contenir le retour de Piquet. Il termine troisième en Allemagne, puis deuxième en Autriche. Une erreur lors du Grand Prix des Pays-Bas le relègue à la onzième place, tandis que Piquet l'emporte, ce qui permet à ce dernier de revenir à sa hauteur au championnat. En Italie, Alan se classe deuxième, derrière Piquet qui prend pour la première fois la tête du championnat. Le dénouement du championnat a lieu au Canada. La course est marquée par un accrochage entre les deux prétendants au titre lors du premier départ, ce qui entraîne une interruption. Lors du second départ, Piquet prend la tête, mais son moteur casse, ce qui permet à l'Australien de filer vers la deuxième place, qui se transforme en victoire, car Didier Pironi est pénalisé pour un départ anticipé. Ce succès assure mathématiquement le titre de champion du monde à Alan. Il conclut sa saison par une cinquième victoire au Grand Prix des Etats-Unis Est. A 34 ans, il devient le deuxième Australien champion du monde de F1 après Jack Brabham.
Alan aborde donc la saison 1981 en tant que champion du monde en titre, au volant de la Williams FW07C. Le championnat commence avec le Grand Prix des Etats-Unis Ouest, sur le circuit de Long Beach, qu'il remporte dès la première course, profitant d'une erreur de son coéquipier Carlos Reutemann. Cette victoire inaugurale le place d'emblée comme un candidat à sa propre succession. Lors de la deuxième manche, au Brésil, il termine deuxième, derrière Reutemann. Cette course marque le début d'une tension interne majeure, l'Argentin ignorant délibérément les consignes de l'écurie qui lui demandaient de laisser passer l'Australien. Après une quatrième place en Argentine, la campagne européenne offre des résultats contrastés. Alan subit une série de déconvenues techniques et d'incidents de course. En Belgique, alors qu'il est en tête, il abandonne à cause d'un accident et c'est Reutemann qui l'emporte. Il parvient ensuite à décrocher une deuxième place à Monaco. Malgré ce podium, l'Australien se classe deuxième du championnat, derrière Reutemann et devant Piquet. Malheureusement, il termine hors des points en Espagne et en France, puis abandonne en Grande-Bretagne à la suite d'un accrochage. Il n'est que onzième en Allemagne, ce qui le fait descendre à la quatrième place du championnat. Il retrouve ensuite de la régularité, se classant quatrième en Autriche, puis montant sur la troisième marche du podium aux Pays-Bas. Lors du Grand Prix d'Italie, il termine deuxième, juste devant Reutemann, puis annonce officiellement son intention de se retirer de la Formule 1 à l'issue de la saison pour passer plus de temps avec sa famille. Après un abandon au Canada qui l'exclut de la course au titre, il aborde la finale du championnat avec l'objectif de terminer son parcours chez Williams sur une note positive. A Las Vegas, Alan réalise une démonstration de force lors de cette épreuve. Qualifié en deuxième position sur la grille, il prend la tête dès le premier virage et domine l'intégralité de la course, franchissant la ligne d'arrivée avec une confortable avance sur ses poursuivants. Cette dernière victoire lui permet de terminer à la troisième place du championnat du monde des pilotes, derrière Nelson Piquet et Carlos Reutemann.
Arrows
Alan sort de sa retraite sportive au début de l'année 1983 pour rejoindre l'écurie Arrows. L'écurie de Jackie Oliver cherche alors à gagner en notoriété et en résultats pour attirer de nouveaux commanditaires. Mais le retour d'Alan est conditionné par un accord financier avec un sponsor potentiel. L'Australien ne participe pas au premier Grand Prix au Brésil, car sa condition physique est incertaine à la suite d'une chute de cheval en janvier. Fin mars, il est présent lors du Grand Prix des Etats-Unis à Long Beach, où il se classe douzième sur la grille de départ, une performance jugée solide pour un pilote éloigné des circuits depuis plus d'un an. En course, il utilise son expérience pour gagner des places. Cependant, il doit repasser par les stands pour changer une biellette de direction après avoir heurté un mur de protection, puis abandonne à cause d'une suspension endommagée. Lors de la Course des Champions, disputée hors championnat, il se distingue lors des qualifications en signant le troisième temps, puis parvient à conserver sa position. Comme Jackie Oliver n'a pas réussi à trouver de commanditaire, Alan refuse de courir gratuitement et, conscient que sa forme physique n'est pas optimale, préfère rentrer dans son ranch australien.
Lola
Il effectue un retour plus pérenne en Formule 1 à la fin de l'année 1985 en rejoignant une nouvelle écurie américaine. Dirigée par Carl Haas et Teddy Mayer, cette structure engage une monoplace construite par Lola. La THL1 est propulsée par un moteur quatre cylindres Hart turbocompressé. L'Australien fait ses débuts lors du Grand Prix d'Italie, en septembre. Qualifié en 25e et avant-dernière position, il abandonne après six tours en raison d'une surchauffe du moteur. Sa participation au Grand Prix d'Europe à Brands Hatch se solde également par un abandon, cette fois-ci à cause d'un bris de radiateur. Forfait en Afrique du Sud à cause d'une grippe, il participe à la clôture de la saison à Adélaïde, sur ses terres. Qualifié au 19e rang, il doit renoncer à la suite d'une panne électrique.
En 1986, il fait équipe avec le Français Patrick Tambay. Les deux premières courses se disputent avec la THL1 équipée d'un moteur Hart, en attendant la THL2 motorisée par Ford-Cosworth. Les débuts sont laborieux, avec quatre abandons consécutifs, dont deux dus à des accrochages. En Belgique, une panne d'essence l'oblige à abandonner à trois tours de l'arrivée, alors qu'il pouvait prétendre à une place dans les points. Il parvient à terminer dixième lors du Grand Prix du Canada, puis connaît trois abandons lors des manches suivantes. Après une neuvième place en Allemagne et un abandon en Hongrie, il connaît enfin plus de réussite en Autriche. Profitant d'une hécatombe chez les favoris, l'Australien réalise une course solide et franchit la ligne d'arrivée en quatrième position. Il confirme cette embellie lors de l'épreuve suivante, en Italie. Parti de la 18e position, il remonte méthodiquement dans le peloton pour terminer sixième. La fin de saison est cependant plus difficile, avec une série de trois abandons au Portugal, au Mexique, puis en Australie, où une casse moteur met un terme définitif à sa carrière en Formule 1. A 40 ans, Alan achève ce dernier exercice mondial à la quatorzième place du classement des pilotes.
L'après-F1
En 1987, il participe aux 24 Heures du Mans au volant d'une Toyota 87C d'usine, mais ne termine pas l'épreuve en raison d'une panne d'essence. Le début de la décennie 1990 marque son arrivée dans le championnat australien de voitures de tourisme, au volant d'une Ford Sierra. En 1991, il termine à deux reprises sur la deuxième marche du podium avec une BMW M3. Sa saison 1993 marque l'apogée de sa carrière en Touring Car. Au volant d'une Ford Falcon, il remporte des victoires significatives sur les circuits de Phillip Island et de Lakeside. Il maintient la pression sur le leader du championnat tout au long de l'année et termine deuxième du classement final. À partir de 1996, il pilote au sein de sa propre structure, l'Alan Jones Racing, mais ses résultats en piste déclinent progressivement au tournant des années 2000.
Parallèlement, Jones entame une reconversion médiatique durable. Il devient le consultant de référence pour les retransmissions de Formule 1 en Australie, d'abord pour la chaîne Nine Network, puis pour la chaîne Ten Network. En 2005, il participe au lancement de la série A1 Grand Prix en tant que directeur de la franchise australienne. Cette fonction de gestionnaire marque sa dernière implication d'envergure dans le sport automobile international, mais il reste une figure historique du paddock mondial.
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