Le Madring; retour de la F1 en Castille
Quarante-cinq ans après la dernière escale à Jarama, le Grand Prix d'Espagne revient dans la banlieue de Madrid, sur le tout nouveau circuit du « Madring », situé au nord-est de la cité castillane. Ce projet est né de la volonté d'Isabel Diaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, de faire revenir le GP d'Espagne dans la capitale espagnole. La FIA et le Groupe F1 ont donné leur feu vert en 2023. Mme Diaz Aysuo a su se montrer persuasive, proposant une contribution annuelle de 48 millions d'euros, soit près du double de ce que versait le circuit rival de Catalogne. Ce nouveau circuit semi-permanent s'installe sur le campus du Parc des expositions IFEMA, dans le quartier de Valdebebas, près de l'aéroport de Madrid-Bajeras, pour un coût est estimé à 83 millions d'euros. La construction prend beaucoup de retard au cours de l'année 2025, mais le circuit est finalement livré dans les délais prévus et des Formules 3 peuvent l'arpenter dès l'été 2026. Par ailleurs, la Communauté de Madrid a chargé le directeur du Grand Prix, Luis Garcia Abad, de créer un événement très festif, à la fois populaire et mondain, sur le modèle du GP de Miami. Cet objectif est parfaitement rempli avec 350 000 spectateurs en trois jours, dont de très nombreux VIP. Presque toutes les stars du Real Madrid viennent en voisins, tel l'entraîneur José Mourinho ou l'attaquant-vedette Vinícius Júnior. Les spectateurs « lambda » sont quant à eux gâtés puisque de très nombreux stands et attractions sont mis à leur disposition dans un paddock immense.
Le « Madring » est un circuit semi-urbain à l'instar de Montréal ou de Miami. Conçu par Jarno Zafelli et long de 5,5 kilomètres, il comprend tous types de virages, mais le plus spectaculaire est sans aucun doute « la Monumental », plus longue courbe relevée du championnat du monde (550 mètres), comprenant un dévers de 24 degrés. Les charges y seront très élevées. Le parcours est mouvementé, avec une forte montée conduisant aux virages n°7 et 8 (le « bunker »), suivie d'une brusque descente, et deux sections de tunnel passant sous une autoroute surélevée. En outre, les vitesses atteintes s'annoncent impressionnantes. Comme les murs sont très proches, beaucoup de pilotes comparent le circuit madrilène à celui de Djeddah, même si des portions plus techniques l'apparentent aussi à Miami. Les virages du troisième secteur, presque tous à angle droit, seront en revanche très critiqués. Les rapides changements de direction et le « juge de paix » du « banking » pèseront aussi sur les pneus, d'autant que Pirelli n'a pas choisi ici sa gamme la plus dure (C2 à C4). Au fil du week-end, les pilotes s'aperçoivent que les gommes souffrent beaucoup en raison du grand nombre de longues courbes rapides. Le graining est l'ennemi n°1 et le rythme de course pâtira. « Ce sera grand-mère au volant ! » rigole Kimi Antonelli au soir des qualifications. George Russell et Carlos Sainz redoutent tant l'attrition des gommes qu'ils évoquent une course.... « à six arrêts » !
En tout cas, ce circuit très technique s'annonce sélectif, ce qui n'est pas pour déplaire aux pilotes avides de sensations fortes, comme l'exprime George Russell: « C'est un circuit très exigent où il faudra une confiance absolue dans la voiture. Des virages à haute vitesse, des vibreurs très agressifs... L'objectif sera de rester à l'écart du mur tout en construisant son rythme étape par étape. » Pierre Gasly prédit une course où rien ne sera épargné aux coureurs: « La piste a l'air folle. Le défi de conduite ne doit pas être sous-estimé: vingt-deux virages absolument dingues, avec des ondulations, des montées, des descentes, des inclinaisons, des portions lentes et de la très haute vitesse. Le niveau d'adrénaline sera gigantesque ! » Bien sûr, les courbes rapides, les murs proches et le bitume neuf, donc a priori peu abrasif, sont aussi très accidentogènes. Les premiers essais menés ici par des Formules 3 ont occasionné beaucoup de casse. Cependant, il n'est pas certain que le spectacle sera au rendez-vous. De prime abord, quatre zones semblent propices aux dépassements, à savoir les lignes droites conduisant aux virages n°1, 5, 11 et 17. Mais les pilotes sont dubitatifs. « La seule chose qui est déjà un peu décevante, c'est que beaucoup de zones de freinage sont en courbe, explique Max Verstappen. Cela signifie qu'il est pratiquement impossible d'attaquer un concurrent parce que vous freinez tout en tournant à droite ou à gauche, et c'est la pire chose que vous puissiez faire si vous voulez créer une possibilité de dépassement. » En revanche, la multiplicité de ces freinages sera assez bénéfique pour la recharge de l'énergie électrique.
Présentation de l'épreuve
Les batteries et leur consommation, voilà qui donne de l'urticaire à Max Verstappen ! En arrivant à Madrid, le quadruple champion du monde peste une nouvelle fois contre ces contraintes et affirme que les pilotes sont devenus aujourd'hui de purs gestionnaires, dont le talent brut n'est plus vraiment mis à contribution. Il prend pour cela un exemple spécieux, ciblant son ex-équipier Yuki Tsunoda, intérimaire chez Racing Bulls depuis trois Grands Prix: « Aujourd'hui, on passe son temps à se dire: ''Dans ce virage, je vais peut-être devoir me retenir un peu. Accélérer plus tard. Ou freiner plus tôt. Ou lever le pied. Et je gagnerai ainsi en vitesse de pointe.'' Tout cela est contre nature. Et que devient le pilote là-dedans ? Sans vouloir être désobligeant, regardez Tsunoda. Il a pris le volant de la Racing Bulls aux Pays-Bas, ne l'avait jamais pilotée auparavant et s'est révélé immédiatement compétitif. Pareil pour Lawson quand il est passé de la Racing Bulls à la Red Bull. C'est parce que ces voitures sont insensibles aux actions du pilote ! Bien sûr, les meilleurs resteront les meilleurs, mais notre talent est entravé, étouffé. » Tsunoda ne se démonte pas et répond avec vigueur à Verstappen: « Ces voitures sont différentes de celle de l'an passé, c'est certain, avec un déploiement d'énergie qui ne nous permet pas d'attaquer dans certains virages. Mais je pense surtout avoir accompli un bon travail ! Je ne me préoccupe pas beaucoup des commentaires des uns et des autres... »
Victime à Monza d'un impressionnant accident dans la Parabolica, mesuré à 60 G, Charles Leclerc a un temps été jugé incertain pour ce Grand Prix d'Espagne. Il se plaignait en effet de quelques troubles de la vision, et Ferrari a dépêché à Madrid son réserviste Antonio Giovinazzi pour parer à toute éventualité. Finalement, après un dernier check-up, Leclerc est déclaré bon pour le service... et doit aussitôt affronter la presse qui l'a éreinté après son catastrophique week-end italien. À son passif est surtout inscrite la friction avec Lewis Hamilton au départ. Pour beaucoup, Leclerc a trahi la confiance de la Scuderia en ruinant d'emblée la course de son équipier. Frédéric Vasseur s'est employé à faire redescendre la tension entre ses deux pilotes. Ici, Hamilton raconte s'être expliqué avec Leclerc en tête-à-tête. Ce dernier consent à un mea-culpa: « Après avoir revu les images, j'ai parlé avec Lewis. J'ai admis être allé trop loin au virage 2. Il ne faut plus que cela se reproduise. Quand ces choses arrivent lors de notre course à domicile, cela crée un énorme désordre. Mais cela n'affecte en rien mes bonnes relations avec Lewis. » Hamilton affirme lui aussi que l'incident est clos: « Personne n'a cherché à fuir la discussion. Nous avons admis que nous serions à l'avenir de nouveau confrontés l'un à l'autre, parce que nos performances sont très proches. Nous ferons toujours primer l'intérêt de l'équipe. Pour moi, ces échanges furent positifs. »
Le Madrilène Carlos Sainz Jr. sera ici le régional de l'étape. Il est bien sûr très heureux de pouvoir courir dans sa ville natale, un rêve qui lui paraissait inimaginable il y a encore quelques années: « Je vais vraiment beaucoup apprécier ce week-end. C'est fou de me retrouver ici en F1, vingt ans après mes premiers tours en karting à Madrid. En outre, on dirait que ce circuit a un caractère charismatique, avec ces virages très différents. » Sainz s'improvise aussi promoteur de la capitale espagnole qui enregistre un afflux de touristes pour ce grand événement: « Quiconque découvre Madrid pour la première fois ce week-end devra prendre son mal en patience, parce qu'il y a énormément de monde. Franchement, c'est une ville formidable. Je l'ai toujours recommandée à ceux qui veulent visiter une capitale européenne un peu moins connue. La ville s'est beaucoup développée ces dernières années. Et ne vous méprenez pas, on fera encore mieux pour les prochains Grands Prix ! L'objectif est que cette course devienne un classique de la F1, pour donner aux gens l'envie de revenir chaque année. » En écoutant Sainz, le maire de Madrid José Luis Martínez-Almeida a le sourire: il ne pouvait rêver meilleur ambassadeur !
Ce Grand Prix d'Espagne est aussi l'occasion d'évoquer le futur de Fernando Alonso qui entretient toujours le mystère à ce sujet. À Madrid, l'Asturien paraît assez dépité. Encore accablé aux essais par des soucis électriques, déçu par l'évolution du moteur Honda, il semble avoir perdu foi dans la capacité de rebond d'Aston Martin, du moins à court terme. Or, à 45 ans, il sait qu'il ne pourra sans doute plus jamais revenir vers les sommets de la discipline. C'est pourquoi, il admet ici envisager un retour en Endurance, même s'il dément avoir pris une décision définitive. En tout cas, Mohammed Ben Sulayem et Stefano Domenicali déclarent tous deux avoir l'intention de le persuader de rester en F1. Au soir du Grand Prix, le président de la FIA ira même jusqu'à déclarer être parvenu à ses fins: Alonso lui aurait confier son désir de continuer un ou deux années supplémentaires...
Isack Hadjar est de nouveau forfait pour ce Grand Prix et remplacé par Liam Lawson, tandis que Yuki Tsunoda pilotera encore la Racing Bulls. L'avenir de ces deux pilotes est d'ailleurs actuellement en suspens. Malgré ses bonnes prestations avec Racing Bulls, Lawson pourrait céder son volant en 2027 à l'étoile montante de la galaxie Red Bull, le Bulgare Nikola Tsolov, actuel leader du championnat de F2. Quant à Tsunoda, il n'a pas tout à fait renoncé à un volant de titulaire et lorgne vers Haas, Cadillac ou Aston Martin, où des baquets pourraient se libérer. Le Japonais déclare toutefois n'avoir pas l'intention d'effectuer une deuxième saison comme réserviste et considère sérieusement un départ en IndyCar. Enfin, la filière Red Bull prépare l'avenir en engageant Robin Räikkönen, fils du champion du monde 2007, âgé de seulement onze ans (!), mais auteur de belles performances en karting.
En dépit des dénégations d'Ayao Komatsu, il se pourrait bien que Esteban Ocon perde le volant de la seconde Haas en 2027. L'écurie américaine organisera ainsi les 14 et 15 septembre une séance d'évaluation à Jerez. La VF-25 de l'an passé sera confiée au réserviste Jack Doohan et à deux membres de la galaxie Toyota: Ryo Hirakawa, déjà aperçu de nombreuses fois en essais libres, et Sho Tsuboi, l'un des meilleurs pilotes japonais, vainqueur de la Super Formula en 2024 et quadruple champion de Super GT. Toutefois, il est peu probable que Hirakawa et Tsuboi, déjà trentenaires, soient des postulants sérieux, tout comme Doohan qui n'a pas brillé lors de sa courte titularisation chez Alpine. Le successeur le plus probable d'Ocon est Rafael Câmara, actuel second du championnat du monde de Formule 2 et protégé de Ferrari.
Red Bull annonce l'arrivée de Tom McCullough au poste de directeur des opérations en piste, où il succédera à Gianpiero Lambiase, en partance vers McLaren. Âgé de 51 ans, McCullough travaille en F1 depuis un quart de siècle: il a débuté chez Williams en 2002 avant de rejoindre Force India, devenue depuis Aston Martin, où il a occupé jusqu'en 2025 les fonctions de directeur de la performance, avant d'être de facto remplacé par Mike Krack. Il est ensuite passé chez Aston Martin Performance Technologies avant d'être recruté par Red Bull. Il prendra ses nouvelles fonctions début 2027.
Tetsushi Kakuda, responsable du moteur Honda F1, sera quant à lui remplacé à compter du 1er octobre par son adjoint Yoichiro Fukao, par ailleurs à la tête du département des logiciels. Jadis directeur du programme qui avait conduit Honda au titre mondial avec Red Bull et Max Verstappen, Kakuda a cette fois-ci échoué et paie les débuts calamiteux du groupe propulseur nouvelle génération. Son successeur est loin d'être un néophyte puisque Fukao est entré chez Honda en 2002 et a presque toujours travaillé sur les moteurs de F1, malgré un bref passage en Moto GP. À lui désormais de tirer le maximum du tout nouveau moteur hybride qui doit apparaître en 2027, même si l'ingénieur en chef Shintaro Orihara admet que Honda ne pourra sans doute pas combler son retard sur le reste du plateau avant 2028...
Williams utilise ce week-end une décoration « rétro », blanche avec des touches vertes et noires, pour rappeler celle qu'elle arborait en 1981, date du dernier Grand Prix à Jarama, près de Madrid. Cette idée apparaît toutefois maladroite. En effet, à l'époque Williams était sponsorisée par le groupe saoudien Albilad, dirigé par la famille Ben Laden, nom devenu depuis tristement célèbre. Or les premiers essais de ce GP d'Espagne ont lieu le vendredi 11 septembre, jour du vingt-cinquième anniversaire des attentats de New-York et Washington ! Toutefois, il est bon de rappeler que Oussama Ben Laden n'avait strictement aucun lien avec le financement de l'équipe britannique..
Les équipes apportent ici peu d'évolutions. Mercedes et McLaren ont simplement retouché leurs ailerons arrière pour rajouter de l'appui. Chez Ferrari, Leclerc a endommagé son nouveau moteur lors de son accident à Monza et doit reprendre ici l'ancienne spécification. Chez Haas, Ocon reçoit la nouvelle configuration aérodynamique dévolue à Monza au seul Bearman. Enfin, chez Cadillac, Marcin Budkowski annonce l'abandon du développement de la monoplace actuelle, tous les efforts se portant sur celle de 2027.
Essais et qualifications
Ce week-end de course se déroule sous une forte chaleur. Russell réalise le meilleur chrono (1'34''077''') des premiers essais devant Antonelli et Leclerc. Un peu plus tard, lors de la seconde séance libre, Antonelli se montre le plus rapide (1''33''662''') devant les Ferrari de Leclerc et Hamilton. Lindblad se classe 4e, mais est aussi le premier pilote à se crasher sur le Madring, au virage n°13. Samedi, toujours sous le soleil, Antonelli réalise derechef le meilleur temps (1'32''197''') des derniers essais. Hamilton heurte le mur dans le dernier virage tandis que Bearman fracasse sa Haas contre les barrières au virage n°10. Le jeune Anglais dit avoir été surpris par une rafele de vent en encaisse un choc très rude de près de 40 G.
L'après-midi, Norris, jusqu'ici en retrait, crée la surprise en décrochant la pole position (1'31''824'''), après ce qu'il estime « l'un des meilleurs tours de [s]a carrière ». Sur l'autre McLaren, Piastri (7e) se rate dans son dernier tour rapide, malgré un rythme qu'il définit comme « raisonnable ». Antonelli conduit sa Mercedes en seconde position, à seulement onze millièmes de Norris. En revanche, Russell (6e) n'a pu préserver ses pneus lors des phases d'attaque. Verstappen (3e) est heureux d'avoir maîtrisé une Red Bull qu'il jugeait jusqu'ici assez rétive. Lawson (8e) est en revanche peu satisfait de sa prestation. Chez Ferrari, Hamilton est un temps le plus rapide en qualifications, avant qu'un sous-virage soudain le relègue en quatrième position. Leclerc (5e) ne parvient pas à devancer son coéquipier. Colapinto (9e) hisse son Alpine en Q3, contrairement à Gasly (14e) qui déplore un brusque manque d'équilibre au freinage.
Malgré son crash de la veille, Lindblad (10e) conduit à nouveau sa Racing Bulls en Q3. Tsunoda (15e) se plaint en revanche d'un manque d'adhérence. Les Audi (Hülkenberg 11e, Bortoleto 12e) loupent de très peu la Q3. Ocon (13e) se dit satisfait de la Haas évoluée. Bearman ne roule pas, sa monoplace étant toujours en réparation suite à l'accident des EL3. Les Williams manquent de rythme et de puissance, mais Albon (16e) atteint tout de même la Q2 pour quelques millièmes. Éliminé d'emblée, Sainz (20e) est pénalisé de trois places pour avoir gêné Bottas. Un Alonso pugnace hisse son Aston-Martin-Honda en 17e position. Stroll (21e) ne roule pas suite à une chute de pression d'eau, et est de toute façon lourdement pénalisé pour changement de composants. Enfin, les Cadillac affichent un bon rythme et se rapprochent du peloton. Pérez (18e) devance Bottas (19e) qui a été gêné par Sainz.
Le Grand Prix
La chaleur est toujours au rendez-vous pour cette course, et on enregistre plus de 30°C dans l'air, 53°C sur le bitume ! A priori, les pneumatiques devraient souffrir... Les choix d'enveloppes sont justement très variés. Norris, Antonelli Colapinto, Lindblad, Ocon, Albon et Pérez sont en pneus médiums (C3). Verstappen, Hamilton et Hülkenberg prennent les pneus tendres (C4). Le reste du peloton, notamment Leclerc, Russell et Piastri, tablent sur un long premier relais en sélectionnant les pneus durs (C2). Bearman s'élance des stands après des modifications sous parc fermé.
Départ: Norris barre la voie à Antonelli qui tente de s'infiltrer à l'extérieur au premier virage, mais finit par couper celui-ci. L'Italien se retrouve brièvement en tête. Derrière eux, Hamilton se faufile à l'intérieur mais Verstappen tire tout droit et reste devant la Ferrari. Au freinage, Piastri se frotte par deux fois à l'arrière-droit de Russell et endommage quelque peu son aileron. Sainz touche Tsunoda.
1er tour: Antonelli rétrocède la première place à Norris, puis tente de l'attaquer par l'extérieur à l'étroit virage n°5. De nouveau, le pilote Mercedes tire tout droit et doit relaisser filer Norris. Verstappen le surprend alors par l'intérieur au niveau du « Bunker ». En fin de boucle, Norris devance Verstappen, Antonelli, Hamilton, Leclerc, Russell, Colapinto, Lawson, Lindblad et Piastri.
2e: Norris prend deux secondes d'avance sur Verstappen. Hamilton se plaint par radio du comportement du Hollandais et exige que celui-ci lui rende la position. Mais cela impliquerait que Verstappen laisse aussi passer Antonelli...
3e: Gianpiero Lambiase demande à Verstappen de s'effacer devant Antonelli et Hamilton. Le Néerlandais renâcle mais il va devoir s'exécuter pour éviter une pénalité.
4e: Verstappen laisse filer Antonelli et Hamilton juste après le banking, puis parvient à rester de justesse devant Leclerc. Cependant Hamilton ralentit ce peloton car il rencontre des problèmes de freins, sa pédale s'allongeant de plus en plus.
5e: Hamilton tire tout droit au premier virage et laisse filer Verstappen... avant de contenir Leclerc. Ce dernier attend le tournant n°15 pour doubler son équipier. Puis Hamilton sort dans l'échappatoire au virage n°20, et doit exécuter un demi-tour pour reprendre la piste en 10e position.
6e: Norris a creusé un écart de quatre secondes sur Antonelli. Hamilton n'a plus de freins. Il regagne son stand en fin de tour et met pied à terre. C'est son premier abandon de la saison.
7e: Norris précède Antonelli (4.3s.), Verstappen (9s.), Leclerc (11.3s.), Russell (13s.), Colapinto (19s.), Lawson (19.5s.), Lindblad (20.7s.), Piastri (22.1s.), Ocon (23s.), Hülkenberg (23.8s.) et Gasly (25.2s.).
9e: Tout va bien pour Norris qui compte cinq secondes d'avance sur Antonelli, onze secondes sur Verstappen. Lawson pourchasse Colapinto qui compose avec des pneus arrière déjà dégradés.
10e: Norris est de loin le plus rapide en piste (1'39''091'''). Lawson déborde Colapinto dans l'enchaînement des virages n°5 et 6.
11e: Norris mène devant Antonelli (5.6s.), Verstappen (11.3s.), Leclerc (13.3s.), Russell (15.3s.), Lawson (30s.), Colapinto (34s.), Lindblad (34.7s.), Piastri (35s.), Ocon (36s.), Hülkenberg (36.6s.) et Gasly (38.2s.).
12e: Alonso attaque Sainz pour la 17e place, mais ce dernier se rabat devant lui avant le virage n°5. Les deux Espagnols se frottent et Alonso perd quelques morceaux de carbone dans l'aventure.
13e: Six secondes séparent Norris et Antonelli. Leclerc commence à se rapprocher de Verstappen.
14e: Stroll se gare en panne de freins dans l'échappatoire du virage n°20. La « voiture de sécurité virtuelle » est enclenchée... au moment où Norris franchit la ligne ! Antonelli et Verstappen se précipitent en revanche aux stands. Déjà en pneus durs, Leclerc reste dehors.
15e: Antonelli (3s.) et Verstappen (2.4s.) chaussent des pneus durs, Russell des médiums (2.3s.). Colapinto, Lindblad, Ocon, Hülkenberg, Albon et Pérez s'emparent d'enveloppes dures. Alonso prend des pneus tendres et fait changer son museau. Norris joue de malchance car le drapeau vert est agité au moment même où il atteint la pit-lane !...
16e: Norris reçoit des pneus durs lors d'un arrêt trop long (7s.) en raison d'un cafouillage à l'avant-droit. Comme la ligne des stands est en plus très longue, l'Anglais repart seulement en cinquième position. Il vient de perdre la course. Leclerc est le nouveau leader.
17e: Antonelli est revenu à une seconde et demie de Leclerc. Le pilote en rouge n'a plus qu'à espérer un drapeau de la même couleur pour conserver sa première place sans s'arrêter d'ici le damier.
18e: Leclerc devance Antonelli (0.6s.), Verstappen (7.5s.), Russell (10.5s.), Norris (16.5s.), Lawson (23.2s.), Piastri (33.8s.), Gasly (38.6s.), Bortoleto (40.3s.), Colapinto (44s.), Lindblad (44.6s.) et Hülkenberg (47s.).
19e: Antonelli menace Leclerc et bénéficie du mode dépassement, mais le Monégasque tient bon au commandement.
21e: L'intervalle entre Leclerc et Antonelli fluctue entre sept et neuf dixièmes. Sainz reçoit cinq secondes de pénalité suite à l'accrochage avec Alonso.
22e: Antonelli perd soudain deux secondes sur Leclerc, visiblement à cause d'un brusque manque d'adhérence.
23e: Leclerc devance Antonelli (3.6s.), Verstappen (9.2s.), Russell (12.2s.), Norris (15s.), Lawson (28s.), Piastri (39.5s.), Gasly (47s.), Bortoleto (50.6s.) et Colapinto (55.6s.).
24e: Leclerc prend un tour à Alonso et Bottas, non sans quelque difficulté. Sainz change de pneus et subit sa pénalité.
26e: Antonelli semble avoir repris en main sa Mercedes et revient à deux secondes de Leclerc. Plus loin, Norris est revenu sur les talons de Russell, à la peine avec ses pneus médiums.
28e: Leclerc mène devant Antonelli (2.5s.), Verstappen (8.3s.), Russell (14s.), Norris (14.8s.), Lawson (31.5s.), Piastri (39.5s.), Gasly (49s.), Bortoleto (54s.) et Colapinto (1m.).
29e: Russell revient chez Mercedes pour chausser des pneus durs (2.2s.) et repart sixième, juste devant Piastri.
31e: Leclerc repousse Antonelli à trois secondes et demie. Le jeune Italien n'a pas besoin de forcer puisqu'il sait que le leader doit encore changer de pneus. Arrêt de Bottas.
32e: Leclerc précède Antonelli (3.4s.), Verstappen (9s.), Norris (14.7s.), Lawson (38s.), Russell (39.5s.), Piastri (44.2s.), Gasly (55s.), Bortoleto (1m. 01s.), Colapinto (1m. 06s.), Lindblad (1m. 07s.) et Hülkenberg (1m. 09s.).
33e: Pérez abandonne suite à une chute de pression d'eau. Sainz change de nouveau d'enveloppes.
34e: Norris réalise le meilleur tour (1'37''133''') et revient à moins de cinq secondes de Verstappen. Russell est dans les roues de Lawson.
35e: Lawson est déséquilibré en tapant le vibreur à l'enchaînement des virages n°5-6. Il évite le mur, mais Russell le double aisément. Changement de pneus pour Bearman.
37e: Leclerc devance Antonelli (2.5s.), Verstappen (8s.), Norris (11s.), Russell (41s.), Lawson (43.4s.), Piastri (44.2s.), Gasly (56.6s.), Bortoleto (1m. 06s.) et Colapinto (1m. 09s.). Tsunoda prend des pneus jaunes.
39e: Norris est revenu à deux secondes de Verstappen. Tous deux se rapprochent peu à peu d'Antonelli. Piastri est coincé derrière Lawson alors qu'il doit s'arrêter prochainement.
41e: Leclerc est premier devant Antonelli (2.7s.), Verstappen (6.4s.), Norris (7.8s.), Russell (38s.), Lawson (47s.), Piastri (47.6s.), Gasly (1m.), Bortoleto (1m. 10s.) et Colapinto (1m. 11s.).
43e: Norris roule désormais à moins d'une seconde de Verstappen. Piastri chausse les pneus médiums et fait ajuster son aileron avant endommagé (3s.). Il repart seulement onzième, derrière le trio Bortoleto - Colapinto - Lindblad.
44e: Pressé par le retour de Verstappen et Norris, Antonelli force la cadence et revient à une seconde de Leclerc. Piastri prend la 10e place à Lindblad.
45e: Lawson chausse les pneus médiums (2.6s.) et repart en septième position. Colapinto tente hardiment de surprendre Colapinto au « pif-paf » et finit par couper le virage.
46e: Bearman et Bottas changent à nouveau d'enveloppes. Sainz rentre définitivement au garage, le fond plat de sa Williams étant trop abîmé après ses touchettes.
47e: Leclerc, Antonelli, Verstappen et Norris se tiennent désormais en moins de trois secondes. Russell remonte à grandes enjambées sur le quatuor de tête. Ferrari va donc devoir rappeler Leclerc pour sauver la quatrième place. Colapinto vient à bout de Bortoleto qui change de pneus dans la foulée.
48e: Leclerc fait halte chez Ferrari, se saisit de pneus tendres (2.4s.) et repart en quatrième position. Antonelli, Verstappen et Norris vont (peut-être) en découdre pour la victoire.
49e: Antonelli prend une seconde d'avance sur Verstappen, menacé par Norris. Russell réalise le meilleur tour de la course (1'35''587''').
50e: Antonelli précède Verstappen (1.3s.), Norris (2.2s.), Leclerc (26s.), Russell (28.5s.), Gasly (1m. 08s.), Lawson (1m. 14s.), Colapinto (1m. 21s.), Piastri (1m. 23s.), Lindblad (1m. 25s.), Hülkenberg (1m. 27s.) et Ocon (1m. 30s.).
51e: Antonelli s'est forgé une avance de deux secondes sur Verstappen et roule désormais vers la victoire.
52e: Antonelli se fait une frayeur en frottant le mur au virage n°7, mais il creuse toujours l'écart sur Verstappen, lequel contient Norris.
54e: Norris coupe la petite chicane. Russell menace désormais Leclerc tandis que Lawson klaxonne derrière Gasly qui attend le dernier tour pour changer de pneus !
55e: Antonelli compte trois secondes et demie d'avance sur Verstappen et Norris. Lawson efface Gasly.
56e: Verstappen perd un peu d'équilibre sur le vibreur du « pif-paf », mais retient Norris. En fin de tour, Gasly change enfin de gommes et chute au 12e rang.
57e et dernier tour: Kimi Antonelli remporte le GP d'Espagne devant Verstappen et Norris. Leclerc garde sa quatrième place devant Russell. Lawson finit sixième sur la seconde Red Bull. Colapinto récolte une belle 7e place pour Alpine. Piastri est seulement huitième. Lindblad finit 9e, Hülkenberg 10e. Viennent ensuite Ocon, Gasly, Bortoleto, Tsunoda, Albon, Bearman, Alonso et Bottas. Gasly reçoit 5 secondes de sanction pour excès de vitesse aux stands, sans perdre de place.
Après la course
Kimi Antonelli n'a pas remporté ici sa plus belle victoire, puisqu'il a surtout bénéficié de la déveine de Lando Norris, contraint de changer ses pneus après la « voiture de sécurité virtuelle ». « Je n'ai pas fait du très bon travail au départ, j'ai été trop agressif, admet-il. Je n'aurais sans doute pas dû attaquer autant aux deux premières chicanes. Puis, ce fut une course très délicate, pas fluide du tout, centrée sur la gestion des pneus. Mais au final, c'est quand même une victoire de plus ! C'est bien, mais pour être réaliste et honnête, je ne méritais pas la victoire. Celle-ci aurait dû revenir à Norris. Je suis désolé pour lui. » Néanmoins, Antonelli ne boude pas un succès qui lui permet de faire un grand pas vers le titre mondial. Il compte en effet désormais 81 points d'avance sur son équipier George Russell qui a encore vécu un week-end pénible, notamment à cause d'une curieuse stratégie à deux arrêts. L'Anglais refuse toutefois d'accabler Mercedes: « Évidemment, je me suis demandé si je n'aurais pas dû rester sur le pneu dur, mais quoiqu'il en soit, j'aurais fini à la même place. Dépasser est impossible ici. Je vais continuer à tout donner. Les dernières courses étaient meilleures même si le résultat n'était pas très bon aujourd'hui. Je sais que je ne peux plus viser le titre, donc je me concentre sur la performance, je continue à aider l'équipe. » Pour l'anecdote, Antonelli vient en outre de remporter sa 8e victoire en F1, soit une de plus que Russell... Toto Wolff ne cesse de s'extasier sur son protégé: « Il dépasse largement nos attentes et les siennes. Son calme olympien m'impressionne. Je pense qu'il y a une part de génétique: on naît ou pas avec cette sérénité. Kimi porte la gestion du stress à des niveaux jamais atteints. »
Max Verstappen a fait le maximum pour décrocher la deuxième place, ce dont il est le premier surpris car la peu agile Red Bull n'était guère à l'aise sur ce tracé technique: « Je suis chanceux de finir second, car nous n'avions pas de rythme. Alors je me suis adapté. Je plaçais la voiture au milieu de la piste, cela m'a permis de garder du grip en pneus durs. Cependant, le plus rapide était aujourd'hui Lando. Avez-vous vu comment il m'a rattrapé ? Mais on ne peut pas doubler ici, ce qui m'a sauvé. » Verstappen garde en outre en travers de la gorge sa passe d'armes avec Lewis Hamilton au départ. Selon lui, il ne pouvait faire autrement que couper le virage: « J'ai vu Lewis mordre sur le vibreur, puis il a rebondi assez lourdement sur la piste. Si j'étais resté là, il y avait un grand risque de collision, j'ai donc choisi de couper par le virage 2. » Certains remarquent que si Verstappen n'avait pas laissé filer Antonelli, la victoire lui serait peut-être revenue... « Non, ce n'était pas à l'ordre du jour, tranche-t-il. Si j'avais gardé ma position, on m'aurait sans doute pénalisé, même si j'estime que cela aurait été injuste. Et encore une fois, si je n'avais pas coupé ce premier virage, j'aurais heurté Hamilton et ma course se serait arrêtée là... »
Le plus déçu est Lando Norris qui dominait largement le Grand Prix jusqu'à ce qu'une inopportune « voiture de sécurité virtuelle » ruine ses espoirs. Cette neutralisation a en effet commencé trop tard pour qu'il puisse immédiatement changer de pneus, puis s'est achevée trop tôt, avant qu'il n'achève son tour supplémentaire et rentre aux stands. « Nous méritions la victoire, mon début de course était parfait, mais la chance n'a vraiment pas été de mon côté ! soupire-t-il. Je suis bien remonté sur Verstappen à la fin, mais il n'a commis aucune erreur et je n'ai eu aucune opportunité de dépassement. C'est très frustrant. » « Nous avions la victoire en main, mais le sort s'est acharné ! » confirme Zak Brown. « La VSC est intervenue quelques secondes trop tard pour notre passage devant les stands, puis s'est terminée quelques secondes avant que nous puissions en profiter. Sans cela, nous aurions gagné avec 20 ou 25 secondes d'avance... » Norris n'en reste pas là et s'appuie sur sa mésaventure pour réclamer une réforme de la voiture de sécurité virtuelle: « Cette mesure ne devrait pas décider du sort d'une course. Celle-ci devrait être gagnée par celui qui réalise la meilleure performance, qui prend le risque de prolonger son relais. Que tout le monde sauf le leader bénéficie du gain de temps permise par la VSC, c'est profondément injuste ! Il faudrait réformer cela. Soit on permet à tout le monde de stopper, soit on ferme la voie des stands ! » Bien sûr, on remarque aussi que McLaren aurait pu rappeler Norris plus tôt aux stands... Pour terminer cette mauvaise journée, le champion du monde se fait taper sur les doigts parce qu'il est aperçu en train d'avaler une canette de Coca Cola. Or le sponsor officiel de la F1 est... Pepsi ! Scandale. Norris devra présenter ses excuses...
Ferrari a encore vécu un triste week-end. Lewis Hamilton a presque aussitôt abandonné sur panne de freins et Charles Leclerc termine seulement quatrième, après avoir prolongé au maximum son premier relais en pneus durs. Seul un drapeau rouge aurait pu lui offrir la victoire... « Nous avons attendu une neutralisation qui n'est pas venue, confirme-t-il. Je ne suis pas trop déçu, parce que mon moteur est assez vieux et que je perdais un peu de puissance. J'admets que c'est difficile en ce moment, nous allons essayer de rebondir... » « Comme quelques autres écuries, nous avons opté pour une stratégie différenciée en faisant partir une voiture en pneus tendres et l'autre en pneus durs, explique Frédéric Vasseur. Charles a réalisé un excellent premier relais, enchaînant près de 50 tours à un rythme soutenu. Comme il y avait une possibilité non négligeable de neutralisation, nous avons décidé de prolonger ce relais. Un drapeau rouge aurait pu nous donner la victoire, tandis qu'une voiture de sécurité en fin de course nous aurait peut-être offert la troisième place. Finalement, aucun de ces scénarios ne s'est produit. » Quant à Lewis Hamilton, son abandon enterre ses espoirs de titre mondial puisqu'il concède dorénavant plus de 100 points à Antonelli.
Sieste à l'espagnole
Enfin, on retiendra surtout le profond ennui généré par cette première course sur le « Madring ». « J'ai failli m'endormir ! » sourit Gabriel Bortoleto. De fait, l'épreuve s'est résumée à une procession et les dépassements se sont comptés sur les doigts d'une main. Il est vrai que toutes les prévisions en matière de dégradation des pneus se sont révélées erronées: on s'attendait à un carnage de caoutchouc, et au final les pneus durs pouvaient facilement tenir toute la course ! Mais c'est bien le dessin du circuit qui est surtout en cause. Comme le redoutaient les pilotes, il est presque impossible de tenter un dépassement ici. « On avait déjà vu ça avec les F3, il ne fallait pas s'attendre à des miracles avec les F1 ! » cingle Alexander Albon. Ce dernier estime avec bon nombre de ses collègues que plusieurs portions doivent être modifiées, notamment la petite chicane des virages n°5 et 6. Même le virage relevé de la « Monumental » ne donne pas satisfaction ! « Je voulais y aller à fond, mais la batterie tombe vite à plat, donc il faut lever le pied ! » soupire Max Verstappen. « Pour l'instant, ce n'est pas un grand circuit, déclare Lando Norris. Le fait de devoir tourner et freiner en même temps va à l'encontre de l'idée même de la course. Il y a des changements simples à effectuer. » C'est aussi l'opinion de Carlos Sainz Jr. qui demande aux organisateurs à revoir leur copie 2027. Un appel visiblement entendu puisque Luis Garcia Abad annonce que des modifications seront apportées. Il est vrai aussi que le ministre espagnol des Transports, M. Óscar Puente Santiago, a lui-même déclaré s'être passablement ennuyé ce dimanche...
Sources :
- Nextgen-auto.com
- Auto hebdo, n°2579, 16 septembre 2026.
Tony