Emergence du GPWC et faillite de Kirch
Présentation de l'épreuve
Après de nouveaux essais à Fiorano et au Mugello avec Michael Schumacher, Rubens Barrichello et Luca Badoer, Ferrari remise définitivement la F2001 et aligne enfin deux F2002 à l'occasion de son Grand Prix à domicile, à Imola. Conséquence de la probante victoire de Schumacher au Brésil, l'objectif des Rouges est évidemment de signer le doublé ici. Barrichello couvre d'éloges sa nouvelle monture: « La F2002 est meilleure que la F2001 dans tous les domaines. Elle est plus rapide sur le sec comme sur le mouillé, freine mieux, a une meilleure traction. Tout a été optimisé. » Le Brésilien a hâte d'ouvrir enfin son compteur de points, toujours vierge après trois abandons en trois Grands Prix. « J'ai abandonné trois fois alors que j'étais en tête. Cela signifie que je vais gagner tôt ou tard ! » sourit-il. Pour sa part, Michael Schumacher appréhende ce rendez-vous avec beaucoup de prudence et hisse les Williams-BMW au rang de favorites: « Elles ont gagné ici l'an passé, ne l'oublions pas. Les Williams ont une excellente vitesse de pointe, un élément crucial ici, et se sont améliorées depuis. Je suis donc assez inquiet. » Le croit qui veut. Au passage, Schumacher égale ce week-end le record du nombre de Grands Prix disputés avec Ferrari (96), codétenu avec Gerhard Berger. « Mais je resterai à tout jamais le dernier pilote recruté par le Commendatore en personne ! » sourit l'Autrichien.
En effet, Williams-BMW avait triomphé à Imola l'an passé avec Ralf Schumacher et compte rééditer cet exploit en terre ferrariste. Patrick Head, Mario Theissen et Gerhard Berger répètent que la Ferrari F2002 n'est pas si impressionnante que ça et qu'ils peuvent la battre. Pour cela, ils comptent beaucoup sur la qualité des pneus Michelin qui furent souverains ici en 2001. Cependant, Ralf Schumacher apparaît irrité à l'égard de la presse. Il digère mal les critiques qui l'ont assailli après Interlagos. Certains journalistes l'ont jugé trop timoré face à son frère aîné qu'il n'a pas su attaquer en fin de course, alors que celui-ci semblait vulnérable. « Je considère Michael comme mon adversaire n°1 pour le titre mondial. Je ne suis pas un gentil petit frère résigné ! » assène-t-il. Juan Pablo Montoya a lui toujours en travers de la gorge sa touchette avec l'aîné des Schumacher au départ du dernier Grand Prix: « Michael est un grand pilote, si l'on fait abstraction de certaines de ses manœuvres lors des départs. Au Brésil, il a louvoyé devant moi sans regarder dans ses rétroviseurs. Les commissaires ont jugé qu'il n'y avait pas là matière à pénalité. Très bien, c'est bon à savoir. Je ferai pareil à l'avenir ! » Des menaces à peine voilées qui ne troublent pas l'intéressé: « Montoya a du potentiel, mais il a encore besoin de deux à trois ans pour avoir le niveau d'un champion du monde », cingle Michael Schumacher.
Michelin est attendu au tournant en Italie après l'échec brésilien. D'ordinaire très forts dans la fournaise, les pneumatiques français se sont inclinés là-bas devant la Ferrari de Schumacher chaussée de Bridgestone incroyablement endurants. Ici, les conditions seront différentes avec un temps beaucoup plus frais et humide. A priori, Bridgestone part favorite, et son président Shigeo Watanabe effectue justement dimanche une importante visite dans le paddock, accompagné par Hiroshi Yasukawa, directeur du département compétition, et Hirohide Hamashima, responsable du développement. Il s'attarde évidemment chez Ferrari en compagnie de Luca di Montezemolo, Jean Todt et Michael Schumacher, mais tient aussi à discuter avec ses autres clients: Peter Sauber, Eddie Jordan, David Richards (BAR), Tom Walkinshaw (Arrows) et Paul Stoddart (Minardi). Ceci fait, le président Watanabe s'installe sur la pré-grille pour attendre et observer la Ferrari n°1 de Schumacher. Il connaît la valeur médiatique et publicitaire d'un succès du champion allemand...
Si ce Grand Prix sera un grand succès populaire grâce à des tifosi survoltés, les infrastructures du Circuit Enzo e Dino Ferrari sont vieillissantes et suscitent de nombreuses critiques. Cette vétusté apparaît au grand-jour lors des journées préparatoires du jeudi et du vendredi, marquées par de nombreuses averses. Les parcs de stationnement sont embourbés, ce qui retarde l'arrivée sur place des spectateurs, mais aussi des journalistes et des photographes. Pire, en s'installant dans l'étroit paddock, les écuries découvrent qu'elles n'ont accès ni à l'eau, ni à l'électricité ! Il faudra plusieurs heures pour tout remettre en ordre. Christian Blum, responsable de l'organisation chez Renault, ne cèle rien de sa colère: « Les stands sont trop petits, les semi-remorques sont coincés les uns contre les autres, rien ne marche ! Quand va-t-on se débarrasser de ce circuit pourri ? »
McLaren, Mercedes et leur sponsor West dévoilent un énorme motorhome, immédiatement surnommé le « château ». Cette structure en verre et métal, lourde de 35 tonnes et agencée autour d'une cour intérieure, possède un intérieur ultra-moderne, entièrement peint en gris argenté. Ses deux étages comportent un accueil, plusieurs bureaux et pas moins de cinq salles de réception. « Nous avons voulu tout centraliser par commodité opérationnelle », énonce Wolfgang Schattling, directeur de la communication de Mercedes. Beaucoup y voient cependant la patte de la mégalomanie de Ron Dennis. Le coût estimé est de 15 millions de dollars ! À côté d'un pareil mastodonte, Michelin joue la carte de l'authenticité avec sa nouvelle structure d'accueil, plus modeste, dont les boiseries ont été réalisées à Olby en Auvergne. Enfin, le Toyota F1 Team présente un motorhome sobre et fonctionnel, où chacun est à sa place: pilotes et ingénieurs d'un côté, médias, sponsors et VIP de l'autre.
David Richards poursuit la réorganisation de BAR en puisant dans le vivier Prodrive: Nick Fry vient d'être nommé directeur général de l'écurie et Hugh Chambers directeur commercial. Le premier avait rejoint Prodrive en 2001 après une longue carrière chez Ford, tandis que le second est le bras droit de Richards depuis les années 1990. L'ancien rallyman estime toutefois n'être qu'au début d'un long processus. « Il y a plus de travail que je ne le pensais », lâche-t-il. Interrogé sur Jacques Villeneuve, Richards admet que son énorme salaire l'interpelle: « Il nous coûte réellement très cher... » Autrement dit, Villeneuve doit se montrer moins gourmand s'il veut rester sur le navire BAR-Honda.
L'écurie Sauber célèbre ce week-end son 150e Grand Prix. Pour l'occasion, Peter Sauber convie à une petite fête les journalistes suisses, lesquels découvrent dans son stand 150 panetoni et 150 petites boîtes-cadeaux aux couleurs du Crédit Suisse, principal sponsor de l'écurie. Peu après, Sauber reçoit un beau présent des mains de Yann Lefort, le responsable du motorhome BAT: une boîte de 50 cigares Dunhill ! Réservée aux connaisseurs... Sur un plan plus sérieux, Peter Sauber annonce qu'il ouvrira en 2003 une nouvelle soufflerie près de son usine d'Hinwil. « Ce sera la plus moderne d'Europe ! » clame-t-il.
Le jeune Français Sébastien Bourdais (23 ans) s'illustre à Imola en remportant l'épreuve de Formule 3000 pour le compte de l'équipe Super Nova. Le Manceau soutenu par la Filière FFSA et Elf est reçu dans la foulée par Patrick Faure qui s'intéresse de près à son ascension. Voilà qui alerte Flavio Briatore, peu désireux de laisser le chauvinisme tricolore présider aux destinées du Renault F1 Team. Avec Fernando Alonso, l'Italien a déjà un espoir dans sa manche, prêt à remplacer Jenson Button ou Jarno Trulli à brève échéance. Aussi Briatore fait-il savoir à Faure que Bourdais n'est pas une option pour l'avenir...
À Imola, Ferrari aligne enfin deux F2002, dotées d'ailerons retouchés. Certains glosent autour de leurs réservoirs qui seraient plus petits que ceux des F2001, ce qui semblent faux, même s'ils sont en effet moindres que ceux des Williams. La McLaren MP4/17 reçoit de nouveaux déflecteurs derrière les roues avant et des écopes de frein agrandies. Sur ce tracé demandant beaucoup d'appui, Williams apporte l'aileron arrière type Hongrie. Jordan retrouve son traditionnel mini-aileron central au-dessus de l'arceau. Chez Sauber, Heidfeld reçoit un nouveau châssis remplaçant celui endommagé au Brésil. La Toyota reçoit sa première grande évolution, avec un moteur plus souple, des déflecteurs avant rapprochés de la coque, de nouveaux ailerons et des ailettes type Ferrari sur les pontons. Enfin, Honda apporte une évolution bienvenue à son V10, jusqu'ici jugé à la fois faiblard et fragile. Chez Jordan, Giancarlo Fisichella s'en satisfait: « Le moteur est plus souple, compte une dizaine de chevaux supplémentaires, et la puissance arrive mieux. » En revanche, chez BAR, Olivier Panis et Jacques Villeneuve sont plus circonspects...
Essais et qualifications
Les essais du vendredi débutent sous une pluie battante. L'averse se calme avant de devenir intermittente durant la journée. Les pilotes ne pourront pas prendre les pneus secs. M. Schumacher survole les débats (1'38''898'') mais finit tout de même la journée dans les graviers après un triple tête-à-queue. Samedi matin, le soleil revient et la piste s'assèche petit à petit. Les participants doivent dans l'urgence dénicher les bons réglages pour piste sèche. M. Schumacher domine encore (1'23''046''') devant Coulthard et Barrichello.
Les qualifications sont dominées par les Ferrari. Très en verve, Barrichello détient la pole jusqu'à l'ultime minute. M. Schumacher le déloge in extremis (1'21''091''') après trois échecs dus au trafic ou à des erreurs. Barrichello partira deuxième après avoir pris le mulet, le moteur de sa voiture de course lui donnant quelque inquiétude. Les Williams-BMW sont nettement dépassées par les Ferrari. R. Schumacher (3e), est repoussé à trois dixièmes de la pole. Montoya (4e) patauge dans ses réglages et déplore un intense sous-virage. McLaren reste en retrait malgré les évolutions. Räikkönen (5e) concède une seconde à Schumacher. Coulthard (6e) prend la piste tardivement après un changement de moteur. Heidfeld conduit sa Sauber au septième rang malgré un passage dans l'herbe. Massa (11e) rencontre quelques soucis hydrauliques. Peu de réussite chez Renault: Trulli (8e) bute sur du trafic et Button (9e) se rate dans son dernier tour rapide.
Les BAR-Honda semblent en léger progrès puisque Villeneuve atteint une honorable 10e place. Panis (12e) pointe en revanche de mauvais réglages. Frentzen (13e) estime que l'Arrows-Ford a encore une belle marge de progression. Bernoldi (20e) casse d'emblée son moteur puis se rabat sur un mulet mal réglé. Sato (14e) place sa Jordan-Honda devant celle de Fisichella (15e) qui saute dans la voiture de réserve après une panne hydraulique. Les Toyota améliorées (Salo 16e, McNish 17e) souffrent sur les bordures et manquent d'adhérence. Suite à une perte de puissance, Webber prend le mulet Minardi-Asiatech et signe le 19e chrono. Yoong réalise le dernier temps, à six secondes de la pole, soit au-delà de la barre des 107 %. Le jeune Malais n'est donc pas qualifié. Enfin, les Jaguar-Ford (Irvine 18e, de la Rosa 21e) sont dans la nasse: pas d'appuis, donc impossibilité de faire chauffer les gommes et donc pas d'adhérence...
Le Grand Prix
Le warm-up du dimanche matin est très studieux. Les Ferrari caracolent en tête. Le meilleur temps revient à Barrichello (1'25''483''') devant Schumacher. À noter que les deux équipiers ont échangé leurs voitures. Schumacher a en effet récupéré le châssis de réserve 219 avec lequel Barrichello a brillé la veille. Le Brésilien conduit désormais la 220 utilisée jusqu'alors par son leader. S'il avait oublié qu'il n'est qu'un « n°1 bis »...
Le ciel se couvre à la mi-journée sur la Romagne et une petite averse tombe une demi-heure avant le départ. Toutefois, le vent balaie vite les nuages, le soleil réapparaît et la piste est sèche au moment du coup d'envoi. La majeure partie du peloton part pour deux arrêts. Le clan Michelin se divise toutefois sur la nature des gommes: pneus rodés chez Williams, neufs pour McLaren et Renault.
Départ: M. Schumacher reste en tête tandis que son frère Ralf double d'emblée Barrichello. Le pilote Williams se positionne dans le sillage de son aîné mais bloque finalement une roue au premier freinage. Suivent Barrichello, Montoya, Räikkönen et Coulthard. McNish stoppe au bout de quelques mètres suite à un bris de transmission. Sa Toyota est poussée vers les stands.
1er tour: M. Schumacher devance R. Schumacher, Barrichello, Montoya, Räikkönen, Coulthard, Trulli, Button, Heidfeld et Massa.
2e: M. Schumacher prend une seconde et demie d'avance sur son frère. Räikkönen menace Montoya.
3e: Schumacher porte son avance sur son cadet à plus de deux secondes. Barrichello est à quatre secondes de son leader.
4e: M. Schumacher précède R. Schumacher (3.3s.), Barrichello (4.8s.), Montoya (8s.) Räikkönen (8.6s.), Coulthard (10.5s.), Trulli (11.5s.), Button (12.3s.), Heidfeld (12.7s.), Massa (13.2s.), Villeneuve (14.8s.) et Panis (15.5s.).
5e: Quatre secondes séparent Michael et Ralf Schumacher. Bloqué en première vitesse, Sato rejoint son stand pour faire réinitialiser sa boîte. Le Japonais reste immobilisé deux minutes.
7e: M. Schumacher roule une seconde au tour plus vite que son cadet. Barrichello est isolé au troisième rang. Montoya se débat avec un train avant instable et résiste à Räikkönen. Chargé en essence, Coulthard retient les Renault et les Sauber.
8e: Reparti pour un tour, Sato ne parvient toujours pas à monter les rapports et s'arrête après Tamburello.
10e: M. Schumacher mène devant R. Schumacher (8s.), Barrichello (9s.), Montoya (16.7s.), Räikkönen (19.3s.), Coulthard (23.6s.), Trulli (25.4s.), Button (26s.), Heidfeld (26.5s.) et Massa (27s.).
12e: M. Schumacher tourne en 1'25''677''' et repousse son cadet à dix secondes. Barrichello est sur les talons de la Williams.
14e: Schumacher aîné réduit légèrement sa cadence... il ne gagne plus que quelques dixièmes par tour sur son frère !
15e: M. Schumacher précède R. Schumacher (10.6s.), Barrichello (11.5s.), Montoya (22.5s.), Räikkönen (26s.), Coulthard (33s.), Trulli (36s.), Button (36.7s.), Heidfeld (37.3s.) et Massa (37.8s.).
16e: Suite à une erreur de communication, Heidfeld rejoint les stands alors que ses mécaniciens ne sont pas prêts. Ceux-ci remplacent ses roues, mais il est renvoyé en piste sans avoir repris de carburant.
18e: M. Schumacher compte treize secondes de marge sur son frère, toujours menacé par Barrichello. Massa subit son premier pit-stop.
19e: Schumacher arrive sur les premiers retardataires, à savoir Irvine, Webber et de la Rosa. Heidfeld effectue finalement son premier ravitaillement, mais il est désormais bon dernier.
20e: M. Schumacher devance R. Schumacher (12.6s.), Barrichello (13.4s.), Montoya (27s.), Räikkönen (31.2s.), Coulthard (40.3s.), Trulli (43s.) et Button (43.7s.). Fisichella se gare dans l'herbe avant Tosa suite à une chute de pression hydraulique.
22e: M. Schumacher perd un peu de temps en doublant de la Rosa, mais se défait aisément de Webber. Son avance sur son frère se maintient à douze secondes.
23e: Trulli passe chez Renault pour ravitailler (7.8s.) puis repart entre Frentzen et Massa. Arrêt aussi pour Bernoldi
24e: Button subit son premier pit-stop (7.8s.) et ressort devant son équipier Trulli. Premier arrêt aussi pour Salo. Heidfeld écope d'un « drive-through » pour excès de vitesse aux stands et s'exécute dans la foulée.
25e: M. Schumacher améliore le record du tour (1'24''730''') et devance R. Schumacher (13.3s.), Barrichello (14s.), Montoya (27.4s.), Räikkönen (33.3s.), Coulthard (44s.), Villeneuve (50s.) et Panis (52s.).
26e: M. Schumacher affole le chrono (1'24''656''') tandis R. Schumacher et Barrichello arrivent sur les premiers attardés. Webber et Panis ravitaillent. Frentzen est frappé d'une perte de puissance suite à une chute de pression d'essence et se gare dans la pelouse.
27e: R. Schumacher et Barrichello arrivent sur Irvine. Salo abandonne, bloqué en 4e vitesse suite à un bug électronique. Pour la première fois de la saison, aucune Toyota ne verra l'arrivée.
28e: Irvine ouvre la porte à R. Schumacher sur la ligne, mais se rabat ensuite devant Barrichello à Tamburello. Il le bloque ensuite à la chicane et ne le laisse filer qu'à Tosa. Barrichello lui adresse un poing furieux. Villeneuve ravitaille et repart derrière Massa.
29e: M. Schumacher compte seize secondes d'avance sur son frère. Montoya est désormais le plus rapide en piste, si l'on excepte le leader.
30e: Barrichello fait le forcing pour recoller à R. Schumacher avant leurs ravitaillements. Premier arrêt pour Irvine.
31e: Räikkönen opère son premier ravitaillement (10.8s.) et repart derrière Coulthard.
32e: M. Schumacher passe chez Ferrari, reprend de l'essence et des pneus neufs (7.4s.). R. Schumacher stoppe pour sa part chez Williams (7.4s.) puis ressort derrière Montoya. Barrichello prend la première place. De la Rosa s'immobilise après la rupture d'un arbre de transmission.
33e: Barrichello subit un prompt pit-stop (7.4s.) et parvient à repartir devant R. Schumacher. Montoya stoppe pour la première fois (6.8s.) et retombe au quatrième rang. M. Schumacher est de retour au commandement.
34e: M. Schumacher mène devant Barrichello (16.5s.), R. Schumacher (19s.), Montoya (33.7s.), Coulthard (38s.), Räikkönen (49.2s.), Button (55s.), Trulli (1m. 01s.), Massa (1m. 05s.) et Villeneuve (1m. 14s.).
35e: Coulthard subit un pit-stop assez court (7.2s.), mais il repart derrière la Renault de Button et se retrouve hors des points.
37e: Tout va bien pour M. Schumacher qui compte seize secondes d'avance sur Barrichello. R. Schumacher ne parvient pas à suivre le Sud-Américain et lui concède cinq secondes.
38e: Barrichello réalise le meilleur tour de la course (1'24''170'''). Massa se plie à un long second pit-stop (11.6s.).
39e: M. Schumacher précède Barrichello (15.5s.), R. Schumacher (22s.), Montoya (38s.), Räikkönen (56.6s.), Button (1m. 03s.), Coulthard (1m. 06s.), Trulli (1m. 14s.), Villeneuve (-1t.) et Panis (-1t.). Heidfeld ravitaille pour la seconde fois.
41e: Trulli effectue un second ravitaillement assez long (9.8s.) et repart devant Massa. L'Italien ne peut donner sa pleine mesure car sa boîte surchauffe.
42e: Quinze secondes séparent les Ferrari. Button exécute un second arrêt (9s.) et ne perd qu'une place au profit de Coulthard.
44e: M. Schumacher devance Barrichello (13.7s.), R. Schumacher (23s.), Montoya (39s.), Räikkönen (1m.), Coulthard (1m. 15s.), Button (1m. 27s.) et Villeneuve (-1t.). Second arrêt pour Bernoldi.
45e: Räikkönen est rappelé au stand McLaren pour abandonner: le bris d'un échappement menace de brûler ses amortisseurs. Panis renonce aussi après la rupture d'un papillon d'accélérateur sur une rangée de cylindres.
46e: M. Schumacher passe chez Ferrari pour son deuxième pit-stop (7.4s.). Barrichello recueille le commandement provisoire. R. Schumacher effectue lui aussi son second arrêt (7.2s.).
47e: Barrichello arrive aux stands pour ravitailler. L'opération dure 14 secondes à cause d'un écrou récalcitrant à l'arrière-gauche. Le Brésilien parvient tout de même à repartir devant R. Schumacher. M. Schumacher se dirige vers la victoire. Juste après son second pit-stop, Irvine se range dans l'herbe, victime comme de la Rosa d'un bris de demi-arbre.
49e: Dix-sept secondes séparent M. Schumacher et Barrichello. Montoya subit son second pit-stop (7.4s.) et repart quatrième. Villeneuve s'arrête une deuxième fois et parvient à rester devant Trulli et Massa.
50e: Coulthard passe chez McLaren pour un deuxième ravitaillement (6.8s.) puis repart sixième.
51e: M. Schumacher précède Barrichello (14s.), R. Schumacher (21s.), Montoya (39s.), Button (1m. 17s.), Coulthard (1m. 24s.), Villeneuve (-1t.), Trulli (-1t.), Massa (-1t.) et Heidfeld (-1t.).
53e: Le moteur de Bernoldi coupe brutalement à Rivazza et le Brésilien se gare dans les graviers. Une grue intervient pour évacuer l'Arrows.
54e: M. Schumacher revient sur Button et Coulthard, séparés par quatre secondes. Barrichello est à douze secondes de son leader.
55e: Coulthard laisse Schumacher lui prendre un tour sur la ligne. Une humiliation pour McLaren-Mercedes...
57e: Schumacher prend un tour à Button. Massa pourchasse Trulli pour la huitième place.
59e: Massa prend l'aspiration de Trulli dans la descente vers Rivazza et plonge hardiment au freinage. Sa roue avant-droite frôle la roue arrière-gauche de la Renault, mais il passe au forceps, Trulli ayant été envoyé vers l'extérieur.
60e: M. Schumacher est premier devant Barrichello (15s.), R. Schumacher (24s.), Montoya (49s.), Button (-1t.) et Coulthard (-1t.).
62e et dernier tour: Michael Schumacher remporte le GP de Saint-Marin. Barrichello (2e) assure un doublé pour Ferrari. R. Schumacher se classe troisième devant son équipier Montoya. Button (5e) inscrit deux points supplémentaires. Coulthard se contente d'une piètre sixième place. Viennent ensuite Villeneuve, Massa, Trulli, Heidfeld et Webber.
Après la course: la F2002 souveraine
Les tifosi célèbrent bruyamment ce doublé Ferrari, le premier à Imola depuis 1982, avec chants, coups de trompettes et force banderoles. Jean Todt invite Rory Byrne à grimper sur le podium pour recevoir le trophée des constructeurs. Un geste loin d'être anodin: l'ingénieur sud-africain est le principal architecte de cette formidable F2002 qui semble bien être l' « arme absolue » redoutée par la concurrence. Michael Schumacher analyse son tranquille triomphe: « Nous pouvons être fiers. L'an passé, nous avions échoué ici, et triompher devant les tifosi est toujours quelque chose de formidable. Il est aussi très bien que Rory Byrne m'accompagne sur podium. C'est quelqu'un qui a toujours compté beaucoup dans ma carrière. Nous ne nous attentions pas à tant dominer après des qualifications serrées. Je pensais que la course serait disputée. Mais la voiture était fantastique et Bridgestone a produit un pneu très endurant. Nous allons boire une coupe de champagne pour fêter ce succès, mais à ce stade de la saison, il serait imprudent de se démobiliser. Nous sommes déjà tournés vers le GP d'Espagne. »
Rubens Barrichello est heureux de compléter le succès du Cheval cabré: « Je suis très satisfait parce que ce sont mes premiers points de la saison, mais aussi parce que j'ai conduit la meilleure voiture de ma carrière. Bien réglée, son adhérence est remarquable. Certes, Ralf m'a passé au départ, mais c'était parce que j'étais sur la partie sale de la piste et que je ne pouvais fermer la porte. Le problème sur ce circuit est qu'on ne peut pas dépasser. Mais j'ai eu un premier arrêt très rapide qui m'a permis de le doubler. Après le second arrêt, je me suis concentré sur ma conduite car l'équipe m'a demandé de faire attention au moteur. Bref, un week-end parfait pour Ferrari. » Malgré sa joie, Barrichello n'oublie pas de régler ses comptes avec Eddie Irvine qui l'a honteusement bouchonné: « Il se plaint de notre façon de conduire lors des briefings et se comporte en piste comme un soudard. Je lui ai dit ma façon de penser. C'est un sombre abruti ! » Le Rubens sensible reprend surtout le dessus : « Je suis aussi très heureux car c'est mon premier podium depuis le naissance de mon fils Eduardo, en octobre... »
Le triomphe de Ferrari est à peine gâché par une fumisterie qui émerge dans les stands quelques heures après la course. Selon quelques journalistes, des irrégularités auraient été décelées sur la F2002 via des vidéos fournies, dit-on, par McLaren. Le directeur de course Charlie Whiting, le commissaire Paul Gutjahr et le délégué technique Jo Bauer examinent les enregistrements, par acquis de conscience, avant de reconnaître qu'ils sont face à une pure intox. « Aucune irrégularité », constate Gutjahr, tandis que chez Ferrari Ross Brawn traite la nouvelle par le mépris. Chez McLaren, on prétend ne pas connaître la provenance des fameuses vidéos.
L'an passé, Ralf Schumacher remportait ici sa première victoire en F1, qui était aussi la première du trio Williams - BMW - Michelin. Mais cette année, ceux-ci ont subi la loi des nouvelles Ferrari. Ralf Schumacher s'avoue vaincu et se console en songeant qu'il a tout de même résisté trente tours à Barrichello... « Nous avons fait le maximum, dit-il. Nous avions une bonne stratégie et j'ai dépassé Barrichello au démarrage. La voiture, le moteur, les pneus étaient bons, mais pas assez pour vaincre Ferrari. Il va falloir faire mieux, tout simplement ! » Juan Pablo Montoya fut de son côté inexistant, en grande partie à cause de réglages inadéquats: « Il n'y avait tout simplement rien à faire avec la voiture, l'équilibre était trop mauvais. Nous avons effectué quelques petits changements après le warm-up, mais ils n'ont apporté aucune amélioration. C'est un week-end vraiment décevant. »
« Ce ne fut pas un grand week-end, renchérit Mario Theissen. Les Ferrari nous ont ont collés une demi-seconde en qualifications, et ce fut pire aujourd'hui. » Le directeur BMW Motorsport n'incrimine pas les pneus Michelin et admet les faiblesses de la FW24: « Les pneus ne furent pas le facteur déterminant. Bien sûr, avec 10°C de plus, nous aurions été en meilleure posture. Mais les relevés pointent un déficit de traction en sortie de virage. Un gros programme de développement est en cours. Pas question de baisser les bras ! » Pierre Dupasquier est cependant contraint d'admettre que les produits Michelin ont été ici inférieurs aux Bridgestone: « Je n'ai jamais été autant à côté de mes pompes qu'aujourd'hui ! Je n'y comprends rien. Nous n'avions rien vu venir avant la course. Perdre une seconde au tour, c'est énorme. Bien sûr, nous aurions pu apporter une gomme un poil plus tendre, mais est-ce que cela aura changé grand-chose ?... »
Si Williams est assommée, que dire de McLaren ? Une sixième place pour David Coulthard et un abandon pour Kimi Räikkönen, neuf points en quatre courses, soit seulement un de plus que Renault: tel est pour l'heure le triste bilan des Gris. « J'ai manqué de grip tout le week-end, notamment sur le train arrière, soupire Coulthard. Nous avons braqué les ailerons pour la course, mais cela n'a pas suffi. La voiture était très nerveuse. » Et qui dit ailerons braqués dit moins de vitesse de pointe. « L'équilibre n'était pas trop mauvais, mais nous n'étions tout simplement pas assez rapides » constate Räikkönen. En outre, les ingénieurs de McLaren se plaignent du manque de chevaux délivrés par le V10 Mercedes, nettement dépassé par le Ferrari et le BMW. Les conciliabules entre Ron Dennis, Adrian Newey et Norbert Haug s'annoncent un peu houleux...
En revanche, le sourire prédomine chez Renault grâce aux deux nouveaux points engrangés par un Jenson Button décidément transfiguré. « J'ai tenu la cadence régulièrement, je ne crois pas avoir eu besoin de me défoncer, glisse-t-il. La voiture et le moteur étaient parfaits ! » L'Anglais pétille, à l'image de la chope de bière soulevée par son père John pour fêter son résultat, non seulement chez Renault, mais aussi BAR et Jaguar ! Jean-Jacques His observe le jeune Button: « Jenson est métamorphosé. Avec lui, Renault peut monter plus haut. Surtout si Jarno Trulli termine ses courses... » Que l'on n'en parle pas au jeune Italien, encore ralenti par des pépins mécaniques ! Reste qu'avec huit points, Renault talonne McLaren-Mercedes au classement des constructeurs, un résultat plutôt inespéré en début de saison ! « En performances, nous restons loin des leaders, tempère Patrick Faure. Il ne faut pas oublier que Schumacher nous a collés 25 secondes en 10 tours ! C'est quand même dur à avaler. Il ne faut donc pas se laisser griser, l'important est moins le résultat que la performance globale, qu'il faut améliorer. »
Sources :
- Dir. Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2002-03, Chronosports Editions, 2002
- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2002, Paris, Solar, 2002
- Sport auto, mai 2002
- Auto hebdo, 17 avril 2002
Tony