Revue de presse après le scandale Ferrari
Présentation de l'épreuve
Ce week-end, il est encore largement question des consignes qui ont gâché le dénouement du GP d'Autriche. L'opinion publique reste très remontée contre Ferrari et Michael Schumacher, coupables d'avoir « volé » une victoire à Rubens Barrichello. Ici, le Brésilien se tient coi, refusant de se poser en victime. Cependant un malaise palpable entoure le motorhome Ferrari. Celui-ci avait pourtant l'occasion d'être en fête puisque Schumacher célèbre son 100e Grand Prix en rouge et Barrichello son 30e anniversaire. Mais Jean Todt élève une muraille médiatique autour de ses hommes. Celle-ci est finalement ébréchée par Luca di Montezemolo. Le président de Ferrari affiche une humeur joyeuse et fait plusieurs déclarations qui ressemblent à mea-culpa. « Jamais plus Ferrari n'osera reprendre une telle décision, humainement et sportivement si déchirante », clame-t-il. Il ajoute que la direction sportive veillera à ce que toute situation identique ne se reproduise plus. Par ces paroles apaisantes, Montezemolo souhaite tourner cette page pénible. Sans convaincre, car le paddock continue de jaser. « La pantomime de Schumacher sur le podium a terni l'image de la F1 ! » cingle Jacques Villeneuve. « Ici, à Monaco, il y a le tunnel. Schumacher et Barrichello pourront donc échanger leurs positions dans le noir ! » ironise Giancarlo Fisichella. Le public monégasque n'est guère plus aimable. Schumacher est hué à chacune de ses apparitions. Dans les tribunes, circulent des autocollants « Ferrari Mafia » ou « Je ne freine pas pour Schumacher » que certains arborent par provocation. A contrario, Barrichello est acclamé par des spectateurs qui oublient un peu vite qu'il est une victime consentante.
Malgré ce climat délétère, ce Grand Prix de Monaco pourrait être un rendez-vous intéressant car son tracé atypique permettra peut-être à la concurrence de s'exprimer contre Ferrari. Michael Schumacher vise en tout cas une sixième victoire en Principauté qui lui permettrait d'égaler le record détenu par Ayrton Senna. Juan Pablo Montoya se pose en challenger n°1 du champion allemand et répète à l'envi combien il apprécie le circuit monégasque. Son père Pablo lui prédit un grand week-end: « Juan est génial en ville. La première fois qu'il a couru à Pau, en 1997, il a gagné avec 37 secondes d'avance sur Tom Kristensen. Aux Etats-Unis, il a triomphé à Houston et Long Beach. Ici, je vois une grande réussite. »
Takuma Sato apparaît à Monte-Carlo flanqué de sa petite amie Chiharu. Le jeune Japonais n'a visiblement aucune séquelle de son effrayant accident autrichien. « Un vrai petit miracle ! » commente le Pr. Watkins qui a présidé à sa désincarcération. Quelques jours plus tôt, Sato a même disputé le Grand Prix historique de Monaco au volant de la Lotus 49 pilotée jadis par Graham Hill. Il a fini dans le rail... Pendant ce temps-là, Alex Yoong s'est classé second avec la JPS-Lotus 72 de Ronnie Peterson. Le Malais serait-il plus à l'aise avec les anciennes F1 ?... En vérité, son avenir chez Minardi serait menacé car ses sponsors n'auraient pas versé les 15 millions de dollars promis par contrat. Paul Stoddart s'inquiète et réclame à Bernie Ecclestone les droits TV que tente toujours d'accaparer Tom Walkinshaw au nom de la fantomatique écurie Phoenix, ex-Prost... L'homme d'affaires australien se montre pressant: si les sponsors de Yoong font défaut, Minardi pourrait mettre la clef sous la porte avant même la fin de la saison !
Mika Häkkinen avait donné rendez-vous à la presse dans le splendide motorhome McLaren pour faire état de ses intentions quant à son futur. Officiellement en « année sabbatique », le Finlandais goûte des jours heureux avec son épouse Erja et leur petit Hugo. Pour preuve, il a pris huit kilos ! Pour le reste, le double champion du monde déclare qu'il n'a... rien à dire. « Je vous exposerai mes plans pour 2003 dans quelques semaines », lâche-t-il. Selon toute vraisemblance, Häkkinen restera dans ses pénates. Personne ne le voit reprendre le volant de sa McLaren, brillamment occupé depuis cette année par son compatriote Kimi Räikkönen, qu'il couvre d'ailleurs d'un regard protecteur. Ron Dennis peut déchirer le contrat à 13 millions de dollars qu'il avait prévu pour Häkkinen pour 2003 et 2004...
Vendredi soir, Ove Andersson et Ange Pasquali, patrons du Toyota F1 Team, donnent sur le yacht Nafisa une petite fête en l'honneur de Mika Salo qui célèbre ici son 100e Grand Prix. Le Finlandais est accompagné de son épouse japonaise Noriko et de leur jeune fils Max, âgé de 10 mois. « C'est mon seul enfant... du moins je crois ! » lâche Salo, rigolard. Le natif d'Helskini ajoute qu'à 35 ans il n'a aucune intention de raccrocher: « À six ans, je conduisais déjà en karting, et vingt-neuf ans plus tard je cours encore, sans me sentir vieux ! » Son contrat avec Toyota court en tout cas jusqu'à fin 2003, après quoi il pourrait intégrer l'encadrement de l'équipe. Mais ce soir, Salo attendra en vain la visite de son compatriote Kimi Räikkönen, pourtant convié. Installé sur un yacht voisin avec sa fiancée Jenni Dahlman, le pilote McLaren a très mal dormi à cause du boucan effectué par son voisin, qui n'était autre que Nigel Mansell ! Furieux, Räikkönen a plié bagages pour regagner la terre ferme.
Les trois pilotes Renault Jarno Trulli, Jenson Button et Fernando Alonso se sont offert un périple sur la côte méditerranéenne avant ce Grand Prix. Après une journée d'entraînement au centre de la Turbie, propriété de l'AS Monaco, ils ont visité le Festival de Cannes dont Renault est un des partenaires officiels. Puis, le mercredi 22 mai, les trois jeunes gens ont visité l'usine Mecachrome d'Aubigny-sur-Nère dans le département du Cher, là où sont assemblés leurs moteurs V10. Le directeur Jean-Yves Houé leur a présenté les lignes de montage. À un moment donné, Button a pris appui sur un V10 en position instable, manquant de peu de le faire tomber. C'eût été dommage: il s'agissait de son moteur pour le GP de Monaco !
Comme c'est désormais la tradition, le stade Louis-II est en début de semaine le théâtre d'un match de football caritatif organisé par le prince Albert de Monaco. L'héritier du trône est le capitaine d'une « Star Team » affrontant l'équipe des pilotes dans laquelle on peut retrouver Michael Schumacher, Giancarlo Fisichella, Alex Caffi, Ricardo Patrese ou encore Fernando Alonso. Le coup d'envoi est donné par Alessandro Zanardi qui se remet peu à peu de l'effroyable accident dans lequel il a perdu ses deux jambes, en septembre 2001. Un peu plus tard, la journée blanche du vendredi est consacrée à un tournoi de golf amateur regroupant pilotes d'hier et d'aujourd'hui. Enfin, toujours côté réjouissances, le célèbre Stars'N'Bars, haut lieu du Monte Carlo by night, accueille dimanche soir Eddie Jordan, batteur émérite, pour un bœuf improvisé qui fait le bonheur de la colonie rockeuse.
Pour ce circuit demandant beaucoup d'appui, les équipes adoptent toutes peu à prou la même configuration aérodynamique, à savoir des ailerons arrière à trois éléments et des ailerons avant avec deux profils. Seule Toyota utilise un ensemble conçu spécifiquement pour cette course, doté notamment d'un petit aileron central au-dessus de l'arceau. Ferrari et McLaren apportent ici pas moins de cinq châssis. Si les Rouges n'auront pas besoin de tous les employer, les Gris utiliseront leurs cinq coques suite aux accidents de Räikkönen. Par ailleurs, la F2002 est dotée d'un aileron avant spécifique pour Monaco, avec un volet arrondi. Williams a retaillé les dérives latérales de son aileron avant. Chez Renault, Button bénéficie d'un châssis neuf. La R202 apparaît aussi avec un nouvel aileron arrière à trois éléments, dont un avancé. La Jordan reçoit une nouvelle suspension antérieure et réutilise l'aileron avant monté en Autriche. Enfin, les déflecteurs réapparaissent derrière les roues avant de la Jaguar R3.
Essais et qualifications
La journée d'essais du jeudi se déroule sous un chaud soleil. Les pilotes se contentent d'apprivoiser la piste et le meilleur chrono de la journée revient à Trulli (1'18''915''') devant les deux Écossais McNish et Coulthard. De la Rosa, Räikkönen et Yoong heurtent le rail à la Rascasse. Massa et Irvine sont aussi victimes de touchettes. La séance du samedi est consacrée aux réglages pour les qualifications. Trulli est de nouveau le plus rapide (1'17''429'''). Räikkönen et Sato tapent à Sainte-Dévote, tandis que Irvine subit un nouvel accident à la Piscine suite à un bris de suspension. Webber glisse sur l'huile répandue par la Jaguar.
La séance qualificative est particulièrement disputée. Montoya décroche sur le fil la pole position (1'16''676''') et salue notamment l'excellente tenue des pneus Michelin. Sur l'autre Williams-BMW, R. Schumacher a été gêné par du trafic et partira seulement quatrième. Coulthard (2e) détenait la pole jusqu'à la dernière minute, mais se satisfait du net regain de forme de sa McLaren-Mercedes. Räikkönen (6e) est encore accablé par la malchance: victime d'un défaut de lubrification, il se qualifie avec le mulet réglé pour son équipier. Les Ferrari sont un peu en difficulté, la faute semble-t-il à des pneus Bridgestone moins performants que les Michelin. M. Schumacher (3e) dit avoir été gêné par Montoya tandis que Barrichello (5e) se plaint de Coulthard. Les Renault affichent un beau doublé en quatrième ligne, mais Trulli (7e) comme Button (8e) prétendent avoir été bouchonnés par Massa. Joli tir groupé aussi pour les Toyota bien équilibrées de Salo (9e) et McNish (10e).
Fisichella (11e) est plutôt satisfait de sa Jordan-Honda. Son équipier Sato (16e) peine à dénicher les bons réglages. Chez Arrows, Frentzen (12e) se dit confiant quant à la performance des Bridgestone sur les longs relais. Bernoldi (19e) est en revanche très en retrait. Les Sauber-Petronas (Massa 13e, Heidfeld 17e) déçoivent à cause d'un cruel manque d'adhérence. Les BAR-Honda ne sont performantes qu'en pneus rodés. Villeneuve (14e) fait mieux que Panis (18e), gêné par Yoong. Webber amène sa Minardi-Asiatech en 19e position malgré une panne hydraulique. Yoong (22e) tape à Sainte-Dévote et se qualifie avec le mulet. Enfin, le calvaire se poursuit pour les pilotes Jaguar. De la Rosa (20e) précède Irvine (21e) qui a employé la voiture de réserve après son accident de la matinée.
Le Grand Prix
Dimanche matin se tient un warm-up sans histoire. Frentzen réaffirme le potentiel de son Arrows-Ford en signant le meilleur temps (1'20''875''') devant M. Schumacher, Coulthard et Trulli.
L'après-midi, le soleil brille sur la Principauté tandis que les vingt-deux bolides se garent sur le boulevard Albert-Ier. Bridgestone fournit à ses clientes, Ferrari en tête, des pneumatiques plus tendres destinés à rivaliser avec les voitures chaussées par Michelin. Troisième sur la grille, M. Schumacher aura toutefois du mal à virer en tête au premier virage... La grande majorité du peloton ne prévoit un unique ravitaillement
Départ: Coulthard démarre mieux que Montoya et le déborde par l'extérieur avant Sainte-Dévote. Suivent M. et R. Schumacher tandis que Trulli surprend Räikkönen et Barrichello. Button a relâché trop tôt l'embrayage. Sautant sur ses freins, il manque son envol et se retrouve en queue de peloton. Villeneuve demeure cloué sur la grille à cause d'un souci d'embrayage. Sa BAR est poussée vers les stands.
1er tour: Coulthard mène devant Montoya, M. Schumacher, R. Schumacher, Trulli, Räikkönen, Barrichello, Salo, McNish et Frentzen.
2e: Coulthard prend une seconde d'avance sur Montoya, menacé par M. Schumacher. Villeneuve quitte les stands avec un tour de retard.
4e: Coulthard devance Montoya (1.2s.), M. Schumacher (1.7s.), R. Schumacher (2.6s.), Trulli (4.8s.), Räikkönen (6.7s.), Barrichello (7.3s.), Salo (9s.), McNish (11s.), Frentzen (14s.), Fisichella (15s.) et Sato (16.5s.).
5e: Montoya et M. Schumacher mettent la pression sur Coulthard qui souffre de « graining ». R. Schumacher reste au contact de ce trio.
6e: Schumacher se montre dans les rétroviseurs de Montoya à la sortie du tunnel. Button reçoit une pénalité (drive-through) pour départ anticipé et s'y plie dans la foulée.
7e: Coulthard, Montoya, M. Schumacher et R. Schumacher sont désormais roues dans roues. Le pilote Ferrari semble le plus rapide du paquet, mais il est bloqué derrière Montoya.
8e: Montoya est un peu plus rapide que Coulthard, mais il doit surveiller Schumacher de près et lui barre le passage dans la descente de Mirabeau.
10e: Coulthard précède Montoya (0.8s.), M. Schumacher (1.2s.), R. Schumacher (1.8s.), Trulli (4s.), Räikkönen (4.6s.), Barrichello (5.6s.), Salo (7s.), McNish (7.8s.), Frentzen (9.8s.), Fisichella (10.4s.) et Sato (14.7s.).
12e: La quatuor de tête se tient en moins de deux secondes. Coulthard allonge cependant un peu sa foulée. Le trio Trulli - Räikkönen - Barrichello reste donc à distance.
14e: Coulthard peut enfin accélérer après avoir « poli » ses Michelin. Il prend une seconde d'avance sur Montoya qui retient les deux Schumacher. Plus loin, les pilotes Toyota Salo et McNish se battent pour la huitième place.
15e: Coulthard est premier devant Montoya (1.4s.), M. Schumacher (2s.), R. Schumacher (2.6s.), Trulli (7.6s.), Räikkönen (8.6s.), Barrichello (9.6s.), Salo (12s.), McNish (13s.), Frentzen (14.5s.), Fisichella (15.2s.) et Sato (19s.).
16e: McNish escalade la bordure à la sortie de Sainte-Dévote et se retrouve projeté contre la barrière. L'Ecossais abandonne avec une suspension avant-gauche tordue. Une grue ôte très vite la Toyota.
17e: Montoya et M. Schumacher sont revenus à huit dixièmes de Coulthard. R. Schumacher laisse ceux-ci prendre un peu de champ pour ménager ses pneus.
18e: Coulthard s'empare du meilleur chrono (1'21''205''') mais ne gagne que quelques centièmes sur Montoya. Désormais en difficulté, Salo est assailli par Frentzen, Fisichella et Sato. Le Japonais de Jordan double peu après son équipier.
19e: Frentzen double Salo par l'intérieur à la chicane du Port. Sato tente de s'infiltrer à son tour mais le Finlandais lui barre la route.
20e: Les leaders prennent un tour à Villeneuve. Salo retient un peloton comprenant Sato, Fisichella, Massa et Bernoldi. Fisichella tente de repasser son équipier au port, sans succès. Surpris par cette manœuvre, Massa court-circuite la chicane.
21e: Sato double Salo à Mirabeau. Le pilote Toyota souffre en fait d'une crevaison lente et laisse passer Fisichella.
22e: Coulthard devance Montoya (1.2s.), M. Schumacher (1.7s.), R. Schumacher (2.6s.), Trulli (13s.), Räikkönen (14s.), Barrichello (15s.) et Frentzen (17.5s.). Salo stoppe chez Toyota avec un pneu crevé. Il ravitaille et tombe au 19e rang, derrière Button.
23e: Jordan demande à Sato de laisser passer Fisichella. Le Nippon décide de s'exécuter sous le tunnel, mais il glisse sur la poussière et percute violemment le rail externe. La Jordan part en toupie à 200 km/h Par chance, Fisichella parvient à l'éviter. Sato frotte de nouveau le rail avant d'atterrir à petite allure contre la barrière de pneus de la chicane. Il sort indemne de sa monoplace.
24e: Les drapeaux jaunes sont déployés pour l'évacuation de la Jordan accidentée. Coulthard garde une seconde et demie d'avance sur Montoya, toujours très menacé par M. Schumacher.
26e: Massa et Bernoldi bataillent pour la 10e place. Heidfeld, Panis, Webber et de la Rosa suivent de près ce duo. Yoong ravitaille.
28e: Bernoldi déboîte Massa par l'extérieur au passage de la ligne. Mais le Brésilien de Sauber freine ensuite bien tard, touche l'arrière de l'Arrows et la pousse en tête-à-queue. Tous deux atterrissent dans l'échappatoire de Sainte-Dévote ! Bernoldi puis Massa reprennent leur route après avoir perdu de nombreuses positions.
29e: Coulthard prend un tour à Massa et en profite pour s'échapper. Le pilote Sauber entre ensuite aux stands pour ravitailler, changer de pneus et d'aileron avant. Arrêt de Webber.
30e: Coulthard précède Montoya (2s.), M. Schumacher (2.4s.), R. Schumacher (3.4s.), Trulli (22.4s.), Räikkönen (23.3s.), Barrichello (24s.) et Frentzen (31s.).
32e: La McLaren de Coulthard laisse échapper une légère fumée lors des freinage, mais il ne s'agit heureusement que d'un trop-plein d'huile. Yoong rentre au garage Minardi avec une suspension arrière-droite cassée, conséquence d'une touchette à Massenet.
33e: Massa est puni d'un « stop-and-go » de 10 secondes pour avoir percuté Bernoldi. Il exécute aussitôt cette pénalité.
34e: Coulthard prend un tour à Salo, ce qui permet à Montoya et M. Schumacher de se rapprocher. R. Schumacher est en revanche un peu gêné par le pilote Toyota.
36e: Coulthard a réagi et pris deux secondes et demie d'avance sur Montoya et M. Schumacher, tandis que R. Schumacher est distancé. Bien plus loin, Barrichello harcèle Räikkönen pour la sixième place.
38e: Coulthard s'envole désormais et prend quatre secondes d'avance. Schumacher esquisse une attaque contre Montoya par l'intérieur avant la chicane. Button effectue son ravitaillement.
39e: Coulthard devance Montoya (4.6s.), M. Schumacher (5s.), R. Schumacher (7s.), Trulli (27s.), Räikkönen (29.5s.), Barrichello (30s.), Frentzen (33s.), Fisichella (47s.) et Heidfeld (53s.).
40e: Barrichello tente un dépassement bien trop hardi sur Räikkönen. Il plonge à l'intérieur à la chicane du Port alors que le Finlandais a déjà commencé à braquer ! La Ferrari escalade la roue arrière-gauche de la McLaren, puis retombe sans museau dans l'échappatoire. Les deux protagonistes rejoignent les stands.
41e: Barrichello reçoit du carburant, des pneus et un nouvel aileron avant de repartir en 12e position, entre Salo et Webber. Räikkönen quitte son habitacle, le temps pour ses mécaniciens de remplacer son aileron arrière endommagé.
42e: Coulthard est premier devant Montoya (5s.), M. Schumacher (5.4s.), R. Schumacher (7s.), Trulli (28.3s.), Frentzen (32.3s.), Fisichella (56s.), Heidfeld (-1t.), Panis (-1t.) et de la Rosa (-1t.). Bernoldi et Irvine ravitaillent. Barrichello écope d'un « stop-and-go » de 10 secondes pour avoir percuté Räikkönen et purge sa pénalité dans la foulée.
43e: Surpris par une coupure moteur, Montoya court-circuite la chicane du Port mais reste devant Schumacher. Salo double un Irvine en pleine glissade à la sortie de l'épingle. Trulli passe chez Renault pour son unique pit-stop et se relance derrière Fisichella. Räikkönen a repris la piste.
44e: M. Schumacher effectue son ravitaillement (8.5s.) et repart en quatrième position. Barrichello est pénalisé d'un second passage dans la ligne des stands pour un excès de vitesse dans celle-ci.
45e: Barrichello effectue sa punition et chute au 12e rang. Heidfeld exécute son ravitaillement. Räikkönen abandonne car son support d'aileron arrière est trop abîmé.
46e: Coulthard compte dix secondes d'avance sur un Montoya en difficulté, rattrapé par R. Schumacher. Frentzen s'arrête chez Arrows pour ravitailler, mais sa pompe à essence ne fonctionne pas. L'Allemand est renvoyé en piste sans avoir repris de carburant.
47e: Le moteur de Montoya agonise. Le Colombien laisse filer son équipier sur la ligne, puis répand de l'huile sur le bitume jusqu'à l'explosion finale après la Piscine. Montoya abandonne là sa Williams. Villeneuve se gare aussi avec un moteur coupé suite à un bug électronique. Frentzen revient aux stands et cette fois peut reprendre de l'essence. Il parvient à rester devant Panis et Salo.
48e: Coulthard a quatorze secondes d'avantage sur R. Schumacher. M. Schumacher est à trente-et-une secondes du leader.
49e: M. Schumacher est désormais le plus rapide en piste. Salo assaille Panis à la chicane. Surpris, le Français tire tout droit, puis laisse passer le Finlandais pour éviter une pénalité. De la Rosa ravitaille.
50e: R. Schumacher fait halte chez Williams pour reprendre des pneus et de l'essence (7.7s.). Il ressort logiquement derrière son frère. Barrichello prend la huitième place à Panis.
51e: Coulthard rejoint les stands pour son unique ravitaillement (7s.) et repart deux secondes devant M. Schumacher qui vient d'améliorer le record du tour (1'18''652''').
52e: Schumacher profite de ses pneus chauds pour revenir à moins d'une seconde de Coulthard. Fisichella effectue son ravitaillement et cède la quatrième place à Trulli. Alors qu'il n'a toujours pas ravitaillé, Panis s'incline devant Webber.
53e: Button attaque Panis par l'intérieur à Sainte-Dévote, mais freine bien trop tard, emboutit son adversaire et le projette contre la glissière. La Renault se retrouve perchée sur la roue avant-droite de la BAR. Panis quitte son habitacle, furieux contre Button. Les drapeaux jaunes sont déployés pendant que des grues évacuent les deux bolides.
54e: Coulthard est premier devant M. Schumacher (1s.), R. Schumacher (19s.), Trulli (40s.), Fisichella (1m. 02s.), Frentzen (1m. 09s.), Salo (-1t.), Barrichello (-1t.), Webber (-1t.) et Heidfeld (-1t.).
56e: Schumacher reste dans le sillage immédiat de Coulthard. Plus loin, Fisichella revient sur Trulli. Ce dernier est gêné par Heidfeld auquel aucun drapeau bleu n'est présenté.
58e: Coulthard se retrouve derrière son vieil ami Bernoldi. Ce dernier le laisser passer sans faire d'histoires, puis cède aussi le passage à M. Schumacher. Cinq dixièmes séparent les deux leaders.
59e: Coulthard précède M. Schumacher (0.5s.), R. Schumacher (20s.), Trulli (44s.), Fisichella (54s.), Frentzen (1m. 07s.), Salo (-1t.) et Barrichello (-1t.).
61e: Salo effectue un second ravitaillement. Barrichello récupère la septième place et se lance aux trousses de Frentzen.
63e: Coulthard et Schumacher roulent de concert. Tous deux prennent un tour à Frentzen. Toujours bloqué derrière Heidfeld, Trulli voit Fisichella grossir dans ses rétroviseurs.
64e: Bernoldi se plie à un drive-through car il a coupé la chicane et en a tiré un avantage. Excellent neuvième, Webber doit cependant repasser aux stands pour changer ses pneus abîmés. L'arrêt s'éternise vingt secondes et le jeune Australien chute au 12e rang.
65e: R. Schumacher est victime d'une crevaison à l'arrière-droit et rejoint le stand Williams pour prendre quatre nouveaux pneus. Il parvient à conserver sa troisième place.
66e: Privé de freins, Massa file tout droit à Sainte-Dévote et s'encastre avec violence dans la barrière de pneus. Ses deux roues avant sont arrachées. Sonné, le jeune Brésilien reste un temps dans son habitacle avant d'en sortir sans trop de peine.
67e: Une grue retire la Sauber de Massa. Coulthard compte une petite seconde d'avance sur Schumacher.
68e: Barrichello réalise le meilleur tour de la course (1'18''023''') et revient à six secondes de Frentzen.
70e: Coulthard devance M. Schumacher (0.8s.), R. Schumacher (1m. 09s.), Trulli (1m. 16s.), Fisichella (1m. 25s.), Frentzen (-1t.), Barrichello (-1t.), Salo (-1t.), Heidfeld (-1t.) et Irvine (-2t.).
71e: Salo perd l'usage de ses freins au sommet du Casino et touche le rail interne avec sa roue avant-gauche. La Toyota part immédiatement en tête-à-queue et s'écrase dans le mur opposé. Les drapeaux jaunes sont déployés dans le secteur.
72e: Fisichella est revenu sur les talons de Trulli tandis que Barrichello roule désormais derrière Frentzen. La Toyota de Salo a déjà été évacuée.
74e: Coulthard garde quelques dixièmes d'avance sur M. Schumacher. Si R. Schumacher est isolé, Trulli est menacé par Fisichella. Barrichello tente de trouver une ouverture contre Frentzen, sans succès.
77e: Trulli et Fisichella concèdent un tour à Coulthard et Schumacher. Les deux leaders finissent l'épreuve séparés par une demi-seconde.
78e et dernier tour: David Coulthard remporte son deuxième Grand Prix de Monaco. M. Schumacher finit deuxième, R. Schumacher troisième. Trulli (4e) marque ses premiers points en 2002. Fisichella termine cinquième. Frentzen (6e) décroche un point précieux pour Arrows. Barrichello échoue au septième rang. Viennent ensuite Heidfeld, Irvine, de la Rosa, Webber et Bernoldi.
Après la course: victoire de Coulthard, bol d'air pour la F1
Affaibli par un récent séjour à l'hôpital, le prince Rainier III est tout de même présent pour remettre à David Coulthard le trophée de ce 60e Grand Prix de Monaco. Le prince Albert et la princesse Caroline remettent les coupes aux frères Schumacher, tandis que Michel Boeri, président de l'ACM, délivre le trophée des constructeurs à Ron Dennis. Après le God Save the Queen, Coulthard asperge ses mécanos de champagne et n'oublie pas Jo Ramirez, ex-team manager de McLaren, venu visiter ses anciens collègues. M. Schumacher partage lui le vin pétillant avec la Scuderia. Pour la première fois du week-end, le quadruple champion du monde est épargné par les sifflets. Peut-être par égard pour la famille princière...
David Coulthard décroche son premier succès depuis plus d'un an, et surtout le premier de la saison pour une équipe McLaren-Mercedes jusqu'alors déconfite. Bien sûr, Monaco est un circuit très particulier, et il y a peu de chances que l'Écossais et les Gris soient une menace pour Ferrari d'ici la fin de la saison. Mais « DC » a tiré ici son épingle du jeu, exploitant notamment la supériorité des pneus Michelin sur les Bridgestone en qualifications. Son excellent envol lui a permis de doubler d'emblée Juan Pablo Montoya, et dès lors il a parfaitement su contenir ses poursuivants, le Colombien dans un premier temps, puis Michael Schumacher himself. « C'est une victoire dont on mesure la difficulté physique après l'arrivée, dit-il. Mon cockpit est une vraie piscine ! Tout s'est joué au départ, c'est évident, même si je n'ai rien fait de spécial, hormis relâcher le bouton de l'embrayage. Mais je m'estime vengé de la panne que j'ai subie ici sur la grille l'an passé ! Puis, j'ai eu beaucoup de pression sur les épaules. Après quelques tours, les pneus ont commencé à « grainer ». J'ai alors perdu deux à trois secondes au tour, le temps de les nettoyer. Ceci fait, j'ai pu recommencer à attaquer. Mais j'ai eu une autre alerte avec cette inquiétante fumée bleue. Mon moteur a alors perdu un peu de puissance, mais le stand m'a indiqué que la télémétrie n'indiquait rien de préoccupant. Ce n'était donc qu'un trop-plein d'huile. »
Coulthard admet que ce succès le rassérène après un début de saison calamiteux: « Je souffrais de ne pas pouvoir me battre avec les Ferrari et les Williams, alors que je songeais à me battre pour le titre mondial. Jusqu'ici, Schumacher avait tout gagné. J'espère que ma victoire va rebattre un peu les cartes. Mais nous avons du pain sur la planche, car la voiture reste très difficile à mettre au point. » Aussi, Ron Dennis, Mansour Ojjeh et Adrian Newey, s'ils ne boudent pas leur plaisir, reconnaissent que ce succès doit beaucoup aux particularités du circuit monégasque. Sur une piste où les dépassements sont possibles, Schumacher n'aurait fait qu'une bouchée de Coulthard... Il s'agit aussi du premier succès de McLaren avec Michelin. Pierre Dupasquier s'en réjouit, même si lui aussi admet que la concurrence est très rude: « C'est bien de stopper la série de victoires de Schumacher, mais il n'est pas possible de l'écarter du podium pour le moment. » « Cette victoire ravive surtout notre motivation », conclut Coulthard. Quant à son équipier Kimi Räikkönen, percuté par Rubens Barrichello, il reste sur une incroyable série de six abandons consécutifs. Cependant, le toujours mutique Finlandais n'exprime guère sa frustration...
Michael Schumacher n'est pas déçu de cette seconde place qui lui permet de creuser le gouffre (33 points) le séparant des pilotes Williams au championnat. L'Allemand a surtout pâti de la méforme des pneus Bridgestone en qualifications. Ce dimanche, les gommes japonaises étaient semble-t-il un peu supérieures aux Michelin mais, partant en deuxième ligne, Schumacher devait compter sur la chance pour gagner. « Si nous étions partis devant, nous aurions été largement les plus rapides, insiste-t-il. Ma course aurait été différente si je n'étais pas resté 43 tours derrière Montoya, cependant Coulthard avait pris suffisamment d'avance pour rester en tête, même après son ravitaillement. Après mon propre arrêt, j'ai cru tout de même pouvoir faire la différence, mais je suis tombé sur du trafic. Je ne me plains pas des retardataires, ils ont tous été très corrects, mais ils étaient là au mauvais moment. Je me suis retrouvé derrière David en fin d'épreuve et j'ai continué à attaquer, car ici rien n'est jamais acquis. Mais il a disputé une belle course et ne m'a laissé aucune chance. » De fait, cette « défaite » de Ferrari vient finalement à point nommé après le final désastreux du GP d'Autriche. Les dieux de la F1 font bien les choses: après cette pantalonnade, il est sain de voir les Rouges céder quelques menus lauriers. Du reste, ce n'est pas Rubens Barrichello qui aurait pu ici les porter au pinacle. Le nouveau trentenaire ne s'est pas du tout montré à son avantage ce week-end. Mal qualifié, mal parti, il a anéanti ses chances d'inscrire des points dans une tentative de dépassement très maladroite sur Kimi Räikkönen.
Malgré la pole de Montoya, le succès continue de fuir Williams en Principauté. Son unique victoire ici remonte à 1983, avec Keke Rosberg... Doublé dès le départ par Coulthard, Montoya n'a jamais pu menacer celui-ci, en grande partie à cause d'un manque de motricité, comme l'explique Mario Theissen: « Le déficit de motricité nous pénalise dans certains virages. On rajoute de l'appui, mais la tenue de route en est affectée, d'où un manque de motricité, ce qui maltraite les pneus arrière. » Reste à savoir d'où vient le problème. De l'aérodynamisme, du travail des suspensions ou de l'antipatinage ? Pour parachever sa déroute, Montoya a été frappé de sa première panne de moteur de la saison. « Je pense que mon mauvais départ est dû à un souci avec le logiciel, soupire le Sud-Américain. Malheureusement, ensuite, je n'ai rien pu faire contre Coulthard car doubler ici est impossible. C'est vraiment dommage de casser le moteur, car dans l'ensemble j'étais plutôt content de mon week-end. » Ralf Schumacher, troisième, est quant à lui heureux de voir pour la première fois l'arrivée du GP de Monaco ! « Je suis très content de ce résultat, dit-il. Évidemment, nous n'étions pas assez rapides aujourd'hui, mais ce circuit ne nous est pas très favorable. Cela devrait être mieux au Canada. »
Jarno Trulli ouvre enfin son score avec une très belle quatrième place, mais estime qu'il aurait pu hisser sa Renault sur le podium sans un incident assez curieux: il est resté bloqué 20 tours derrière Nick Heidfeld qui ne s'est jamais vu présenter de drapeau bleu ! « J'espère que la chance vient de tourner, dit-il. Ce week-end, tout a enfin bien marché et j'ai pu exploiter le potentiel de la voiture. J'ai pris un très bon départ grâce à notre système de lancement et j'ai gagné deux places. Notre stratégie était excellente. J'ai surtout souffert en fin de course puisque j'ai été bloqué derrière Heidfeld. J'ai essayé de le doubler à droite, à gauche, en vain ! Ça me met hors de moi, car sans cela, j'aurais sans doute doublé Ralf lorsqu'il a crevé ! De plus, j'ai abîmé mes pneus et Fisichella m'a ramarré. Mais j'ai su le contenir sans faire d'erreurs. Heureusement que la Renault était vraiment bien équilibrée. » Trulli n'est pourtant au bout de ses peines : après la course, il apparaît qu'un scellé manque sur son boîtier électronique ! L'ombre de la disqualification point à l'horizon ! Heureusement, lorsque les commissaires techniques de la FIA inspectent ledit boîtier, aucune anomalie n'est décelée et Trulli conserve sa quatrième place.
Eddie Jordan se félicite du joli résultat de Giancarlo Fisichella, de nouveau cinquième. L'Italien termine dans les roues de son compatriote Trulli, mais admet qu'il ne pouvait rien faire contre celui-ci: « J'étais rapide grâce à mes pneus plus frais, mais Jarno n'a commis aucune erreur. Il était de toute façon trop tard pour que je puisse tenter quelque chose. Doubler ici est si difficile... » C'est ce que semble avoir oublié l'équipier de Trulli, Jenson Button, qui a embouti la BAR d'Oliver Panis devant Sainte-Dévote ! Une erreur de débutant... « Je suis tombé sur le seul mec qui ignore qu'on ne peut pas dépasser ici ! » s'époumone Panis, contraint à l'abandon pour la septième fois en autant de courses. Enfin, Heinz-Harald Frentzen apporte à Arrows un point précieux, le deuxième de la saison, qui pourrait valoir cher en fin d'année, à l'heure de la distribution des droits TV. Si Arrows survit jusque là... En tout cas, Frentzen est motivé comme jamais pour sortir son équipe de l'ornière : « Grâce aux changements successifs opérés sur la suspension avant, l'Arrows était vraiment devenue performante. J'ai vu Rubens revenir, mais il était hors de question que je le laisse passer ! » Tom Walkinshaw félicite chaleureusement Frentzen pour son opiniâtreté. Il a besoin d'un tel réconfort, à l'heure où son partenaire la banque Morgan - Grenfell se retourne contre lui...
Sources :
- Dir. Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2002-03, Chronosports Editions, 2002
- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2002, Paris, Solar, 2002
- Wikipedia
- Auto hebdo, 29 mai 2002
- Sport auto, juillet 2002
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