Jacques Villeneuve et le Québec: l'heure du désamour ?
Malgré une saison 2002 jusqu'alors calamiteuse avec BAR-Honda (zéro point au compteur), Jacques Villeneuve demeure l'enfant chéri des Québécois, qui plus est en cette année qui marque le vingtième anniversaire de la mort tragique de son père. Cependant, comme à son habitude, il refuse de s'étendre sur celui-ci et encore moins sur le tragique week-end de Zolder 1982. On ne le verra donc pas défiler comme des dizaines de milliers de Québécois devant la Ferrari 126 C n°27 de Gilles Villeneuve, exposée rue Peel, en plein cœur de Montréal. Ici, Jacques Villeneuve se concentre plutôt sur l'évolution de sa BAR 004, avec laquelle il espère inscrire enfin quelques points. Le champion du monde 1997 est aussi préoccupé par son avenir puisque ses relations avec David Richards sont de plus en plus distendues. Pour l'heure, il rejette avec véhémence la réduction de salaire que souhaite lui imposer son patron en échange de sa reconduction pour 2003. Cette attitude désole Bernie Ecclestone: « Villeneuve serait le pilote idéal pour une écurie de pointe, mais il a choisi l'argent plutôt que la recherche de la performance. Il s'est enferré chez BAR par appât du gain et aura bien du mal à retrouver un top-team. Sa gloire est loin désormais. » Un constat sévère, mais lucide.
Du reste, Jacques Villeneuve n'est désormais plus épargné par la presse canadienne. Sa conférence de presse d'avant-course, donnée dans son restaurant montréalais le « Newtown », lui laisse ainsi un goût amer. Il a la maladresse de commencer son propos par l'énumération de ses sponsors, parmi lesquels on trouve les silencieux d'échappements Remos. « Il est intéressant qu'une marque de silencieux soit promue par un pilote qui fait de moins en moins de bruit », cingle La Presse. Les autres commentaires sont à l'avenant. Et Radio-Canada ne donne pour la première fois aucune publicité à cette conférence de presse. Assez vexé, Villeneuve choisit dès lors de fuir la foule pour le reste de la semaine. Il s'enferme dans son cocon familial avec sa petite amie Ellie Green, sa sœur Mélanie et sa mère Joann. « Jacques a besoin de calme », glisse Craig Pollock.
Présentation de l'épreuve
Le circuit de l'Île Notre-Dame a subi de profondes modifications depuis 2001. La sortie des stands a par exemple été complètement repensée. Jusqu'alors, celle-ci donnait directement sur le premier freinage et les pilotes qui déboulaient à fond se retrouvaient dans l'angle mort de ceux quittant les stands. Désormais, cette sortie est rallongée et se termine à la fin du deuxième tournant, d'où les bolides surgiront moins rapidement. À l'autre bout du tracé, à l'épingle du Casino, la corde est ramenée vers l'intérieur afin d'agrandir la zone de dégagement qui n'est plus un bac à graviers mais un espace bitumé, permettant aux pilotes de rejoindre plus facilement la piste. En outre, le fameux mur « Bienvenue au Québec », théâtre de multiples accidents ces derniers années, est repoussé de deux mètres et bordé de piles de pneus. Enfin, les tribunes ont été rénovées et comptent 4000 places assises supplémentaires, portant la capacité d'accueil à 110 000 spectateurs. Tous les tickets seront vendus. Le GP du Canada se porte en effet très bien, comme s'en félicite son promoteur Normand Legault qui évoque 100 millions de dollars de retombées directes. Bien sûr, ce serait encore mieux si Jacques Villeneuve revenait aux avant-postes. « Cependant, si Jacques signait chez Ferrari et remportait des courses, nous ne pourrions pas pour autant entasser 200 000 spectateurs sur l'île, souligne Legault. En revanche, les audiences TV grimperaient de 400 000 à 1 million de téléspectateurs. »
Michael Schumacher s'est ressourcé dans un ranch de l'Utah avant de gagner le Québec. Il en revient avec une panoplie complète de cow-boy, avec Stetson et bottes à éperons ! Il admet au passage qu'il avait besoin de prendre du recul après la pesante polémique du GP d'Autriche. D'autant qu'il est attendu quelques jours plus tard à Paris pour s'expliquer devant la FIA. « J'avais besoin d'évacuer le stress accumulé, lâche-t-il. Je ne veux plus parler de ces histoires. D'ailleurs, je n'ai nul besoin de consignes pour vaincre. » C'est dit. Bien sûr, les journalistes canadiens lui parlent de Villeneuve, qui a eu des mots très durs à l'égard de Ferrari après le final autrichien. « D'accord, parlons de Villeneuve, mais aussi de Montoya, de Coulthard et de mon frère Ralf ! » cingle Schumacher. Manière de dire qu'il se fiche éperdument des propos de son meilleur ennemi.
Juan Pablo Montoya a mal digéré son échec du GP de Monaco. Parti en pole, le Colombien espérait remporter en Principauté sa première victoire en 2002. Las, il a été doublé dès le départ par David Coulthard avant d'être trahi par une panne de moteur, une première cette année en course. Débarqué à Montréal, Montoya a le plaisir d'apercevoir de nombreux fans sud-Américains, qui pour la plupart le soutiennent depuis ses années en IndyCar. Ce qui lui donne l'occasion de se confier brièvement sur sa vie en F1: « Chip Ganassi m'avait averti que je ne trouverais pas beaucoup d'amis dans le paddock et devrais m'assumer tout seul. Et en effet, à part Connie, ma fiancée, je ne compte que trois amis, pas un de plus. »
Auréolé de sa victoire à Monaco, David Coulthard se répand ici en opérations promotionnelles, principalement pour Mercedes et Boss. Sourire aux lèvres, l'Écossais espère avoir enfin lancé sa saison et compte aider McLaren à rattraper son retard au championnat sur Williams-BMW. Un peu présomptueux, Ron Dennis a même confié à Mansour Ojjeh qu'il n'avait pas tiré un trait sur le titre mondial ! Coulthard compte pourtant la bagatelle de 40 points de retard sur Michael Schumacher... « Nous travaillons tellement que cela va bien finir par payer », lâche-t-il, sans réelle conviction. En effet, outre les problèmes intrinsèques à la MP4/17, McLaren doit composer avec un V10 Mercedes encore un peu faiblard. Mais son concepteur Mario Illien souhaite pour l'heure se concentrer sur une fiabilité très perfectible. Les chevaux supplémentaires attendront, et Ron Dennis s'agace de cette dissonance avec son partenaire.
Huit équipes ont participé le 30 mai à une séance d'essais à Silverstone. Si Rubens Barrichello a signé le meilleur temps avec la Ferrari F2002, le principal événement fut la présence de Fernando Alonso au volant de la Jaguar R3. Le jeune Espagnol était prêté par Flavio Briatore à l'équipe britannique, à la demande de Niki Lauda. Et il a fait forte impression puisqu'il a battu d'un dixième le titulaire Pedro de la Rosa, et ce sur piste humide ! Ce test est toutefois sans lendemain puisque Alonso est lié avec Renault pour la saison 2003. Et Briatore ne le lâcherait pour rien au monde à la concurrence... Du reste, Jaguar a bien d'autres chats à fouetter. En premier lieu, tirer quelque chose de sa calamiteuse R3, toujours privée d'évolutions. Que fait donc le staff technique ? L'« effet Lauda » se fait toujours attendre. Eddie Irvine enjoint la presse à la patience, en taclant au passage son ancien patron: « C'est Bobby Rahal qui a détruit l'équipe l'an passé ! Depuis, Niki essaie de nous sortir la tête de l'eau... »
Olivier Panis arrive au Québec heureux papa d'une petite Laurène, son troisième enfant après Aurélien et Caroline. Voilà de quoi le rasséréner avant un voyage qui lui rappelle évidemment le douloureux souvenir de son accident de 1997. Quant à son début de saison, mieux vaut ne pas lui en parler: après sept Grands Prix, il n'a toujours pas vu une seule fois le drapeau à damier ! Panis voyage avec Giancarlo Fisichella, son collègue de Jordan. Les deux hommes évitent soigneusement de parler du moteur Honda évolué qu'ils vont étrenner ici. Et pour cause: le clan Jordan suspecte le motoriste japonais de fournir ses meilleurs blocs à BAR...
Face aux difficultés financières rencontrées par Jordan, Minardi et Arrows, Bernie Ecclestone envisage de débloquer les 15 millions de dollars de droits TV qui auraient dû revenir à feue Prost GP. Son idée serait d'offrir 10 % de la somme, soit 1,5 million, à chaque écurie engagée en 2002, à l'exception de Toyota qui n'était pas présente en 2001. Cependant Tom Walkinshaw publie un communiqué dans lequel il affirme à nouveau que ces droits ont été « rachetés » par l'évanescente écurie Phoenix dans le cadre de la liquidation de Prost GP. Un pieux mensonge. Walkinshaw semble en vérité aux abois, car cette mascarade arrive à son terme. Le 23 mai, la Haute Cour de Londres, saisie par Charles Nickerson, a conclu que « Phoenix GP » n'avait aucun droit à recevoir les droits commerciaux de Prost GP et que son exclusion du championnat du monde 2002 par la FIA et la FOM était amplement justifiée.
Sergio Rinland effectue son premier déplacement en tant que directeur technique d'Arrows. Il succède à Mike Coughlan, recruté par McLaren. Et l'ingénieur argentin subit un « bizutage » footballistique. Son équipe nationale vient en effet d'être battue par l'Angleterre en match de poule de la Coupe du Monde. Les techniciens britanniques s'en donnent à cœur joie pour se moquer des prestations désastreuses de l' « Albiceleste ». Le Brésilien Enrique Bernoldi en rajoute une couche. « Pourvu que Frentzen ne s'en mêle pas... » soupire Rinland en souriant. Peine perdue : « HHF » débarque avec son manager Ortwin Podlech et tous deux poursuivent le chambrage !
Le Circuit Gilles-Villeneuve est un important test pour les freins et cette année les trois manufacturiers, l'Italien Brembo, l'Américain Hitco et le Français Carbone Industrie apportent tous des éléments renforcés spécialement conçus pour ce juge de paix. Plusieurs pilotes passent d'une marque à une autre. Ainsi, Ralf Schumacher parcourt les essais avec les nouveaux disques avant CCR de Brembo, avant d'opter pour les habituels Carbone Industrie pour la course. À l'inverse, Rubens Barrichello emploie d'abord les disques français avant de reprendre les Brembo. McLaren, Renault, Arrows et Minardi utilisent pour leur part les Hitco.
Williams étrenne la première évolution du V10 BMW qui lui permet de gagner encore quelques chevaux. Montoya adopte pour les qualifications un nouvel aileron avant éprouvé vendredi par R. Schumacher. L'aileron arrière à deux volets est aussi inédit. Il doit garantir une bonne charge sans générer trop de traînée. McLaren a dans ses bagages six exemplaires de la dernière évolution du V10 Mercedes, dotée de culasses renforcées. La MP4/17 reçoit un nouvel aileron avant à profil simple. L'aile arrière est pour sa part réduite à deux profils. Chez Ferrari, Barrichello teste en essais une ailette asymétrique perchée sur le capot avant. De l'autre côté du museau se trouve une caméra embarquée. Le diffuseur de la F2002 arbore en outre un renflement, une solution aperçue l'an passé à Indianapolis. Enfin, Ferrari emploie la deuxième version du V10 051 pour les qualifications. La Sauber C21 perd du poids avec des triangles de suspension avant désormais entièrement en titane. Par ailleurs, la fixation de l'aileron avant retrouve sa forme de V inversé. La Renault R202 possède un nouveau profil de diffuseur, un aileron arrière inédit à deux volets et de nouvelles écopes de freins. Elle bénéficie en outre d'une évolution moteur pour les qualifications. Jordan a retouché sa suspension avant. Toyota arbore un capot-moteur plus étroit et un nouveau profil de diffuseur. Jaguar inaugure aux essais une nouvelle version du V10 Ford-Cosworth baptisée CR-4 et offrant cinq chevaux supplémentaires.
Mais le bolide le plus attendu est la BAR-Honda 004 deuxième manière, revue et corrigée par Geoff Willis. Sans grande surprise, celle-ci ressemble beaucoup à la Williams FW24 dessinée par ce même ingénieur. Le nouveau modèle est plus long, plus léger et plus rigide. Les grands déflecteurs derrière les roues arrière laissent place à des éléments plus petits, comme sur la FW24. Issues du même moule, de grandes dérives type Indianapolis prolongent les pontons et une mini-dérive couvre la cheminée de refroidissement. Enfin, Honda offre à BAR et à Jordan une évolution de son V10, qui n'est en fait que la version « qualifications » utilisée en Autriche, avec quelques chevaux de plus. Les deux équipes espéraient un tout nouveau moteur, mais les Japonais prennent leur temps pour peaufiner celui-ci qui pourrait bien n'apparaître qu'en 2003 !
Essais et qualifications
Cette année, la piste a été balayée avant les essais du vendredi, ce qui permet aux pilotes d'entrer immédiatement dans le vif du sujet. Les pilotes chaussés par Michelin se montrent à leur avantage à partir de l'après-midi et Coulthard réalise le meilleur chrono de la journée (1'15''407''') devant Montoya et M. Schumacher. Samedi, la seconde séance se déroule par temps frais. M. Schumacher est cette fois le plus rapide (1'13''395'''). Il précède Montoya et Barrichello qui a heurté le mur après le pont de la Concorde.
Les qualifications se déroulent sous un ciel menaçant et la pluie joue les trouble-fêtes durant les cinq dernières minutes. La séance se résume à un duel entre Montoya et M. Schumacher, remporté par le Colombien qui signe sa sixième pole position (1'12''836'''). Montoya salue à la fois sa Williams-BMW et ses pneus Michelin. Son collègue R. Schumacher (4e) se qualifie avec le mulet à cause d'un problème de circuit pneumatique sur son moteur. Chez Ferrari, M. Schumacher (2e, 1'13''018''') est un peu déçu de ne pas avoir signé la pole, mais il partira du côté propre de la piste. Barrichello (3e) est rapide mais gâche ses chances dans un tête-à-queue. McLaren-Mercedes roule avec peu d'appui, mais Räikkönen (5e) est tout de même relégué à une seconde de la pole. Coulthard (8e) perd beaucoup de temps dans le trafic. Toujours à l'aise sur ce tracé, Fisichella (6e) offre à Jordan sa meilleure qualification de la saison. Trahi par son moteur Honda, Satō (15e) doit se rabattre sur la voiture de réserve.
Heidfeld conduit sa Sauber à une bonne septième place tandis que Massa (12e) est gêné par un souci de différentiel. La BAR-Honda remaniée donne plutôt satisfaction à Villeneuve (9e) et à Panis (11e), bien que ce dernier subisse un problème de boîte de vitesses. Chez Renault, Trulli (10e) heurte un mur et finit la séance avec le mulet. Button (13e) est transparent. Jaguar utilise le nouveau V10 Cosworth en qualifications. Malgré une panne de pompe hydraulique, Irvine (14e) s'en sort mieux que de la Rosa (16e). Les Arrows-Ford sont mal réglées et manquent d'équilibre, d'où une séance désastreuse pour Bernoldi (17e) et Frentzen (19e), victime d'une fuite d'eau. Les Toyota n'aiment pas décidément pas les bordures: Salo (18e) et McNish (20e) vivent le même calvaire qu'à Imola. Enfin, les Minardi-Asiatech peuplent la dernière ligne, Webber (21e) devançant Yoong (22e) qui a rencontré une panne de boîte.
Le Grand Prix
Dimanche matin, Montoya réalise le meilleur chrono (1'15'970''') de l'échauffement. Seul événement remarquable: M. Schumacher casse le moteur (bougie défectueuse) sur sa Ferrari de réserve. « Mieux vaut que cela arrive maintenant que cet après-midi ! » sourit le champion du monde.
Le soleil perce sous les nuages l'après-midi et le mercure atteint les 24°C. Les pilotes ont le choix entre des stratégies à un ou deux arrêts, sachant que le circuit montréalais est gourmand en carburant, mais que la nouvelle ligne des stands réduit le temps perdu lors des arrêts. Au final, la majorité des pilotes, dont les Schumacher, optent pour un seul pit-stop et un départ en pneus durs. Le poleman Montoya choisit lui deux arrêts et des pneus tendres, à l'instar de Barrichello. Tous deux partent du côté sale de la piste et espèrent ainsi faciliter leur élan. Du côté de Bridgestone et de Michelin, le combat s'annonce rude car les deux manufacturiers semblent afficher ce week-end des performances égales. « L'usure du pneu en fonction de la charge est difficilement chiffrable, car non linéaire », admet Pierre Dupasquier.
Départ: Montoya bifurque vers le côté propre de la piste, coupe la route à M. Schumacher et reste en tête, mais ce faisant il ouvre aussi la voie à Barrichello qui déborde son équipier par l'intérieur. Räikkönen double R. Schumacher à la sortie du premier enchaînement.
1er tour: En toute fin de boucle, Montoya escalade le trottoir de la chicane et sort avec peine de cet enchaînement. Barrichello en profite pour le déborder sur la ligne. Suivent M. Schumacher, Räikkönen, R. Schumacher, Coulthard, Heidfeld, Fisichella, Trulli et Button. McNish se rabat devant de la Rosa aux abords du dernier freinage. Le Catalan frôle l'arrière de la Toyota puis frotte le mur extérieur. Victime d'une crevaison, il regagne aussitôt les stands.
2e: Barrichello s'impose à Montoya au premier freinage. De la Rosa change de pneus et fait vérifier ses suspensions avant de repartir.
3e: Barrichello a pris une seconde d'avance sur Montoya. M. Schumacher est au contact du Colombien pendant que son frère Ralf menace Räikkönen.
4e: Barrichello précède Montoya (1.2s.), M. Schumacher (3.3s.), Räikkönen (5.9s.), R. Schumacher (7.1s.), Coulthard (9.2s.), Heidfeld (10.3s.), Fisichella (11.8s.), Trulli (12.8s.), Button (14s.) et Villeneuve (16.2s.). Très rapide en ce début de course, Salo prend la 12e place à Panis.
6e: Une seconde et demie sépare Barrichello et Montoya. Salo double Villeneuve à l'épingle. Satō déborde Panis à la dernière chicane.
7e: Satō déborde hardiment Villeneuve par l'intérieur avant la chicane. Il court-circuite ensuite celle-ci, mais le Québécois fait de même ! Néanmoins Satō lui rend la position juste après. Barrichello coupe lui aussi la chicane en fin de boucle.
8e: Barrichello a deux secondes d'avance sur Montoya. M. Schumacher est à quatre secondes. Satō repasse devant Villeneuve dans le dernier enchaînement et cette fois reste « dans les clous ». Massa a doublé Panis après une rude bagarre.
9e: Villeneuve s'arrête avec un moteur surchauffé dans la portion longeant le bassin olympique. Le héros local laisse sa BAR dans une position périlleuse, à la sortie du coude inaugurant la ligne droite conduisant vers les stands.
10e: En difficulté avec sa balance de freins, Montoya tire lui aussi tout droit à la chicane et concède maintenant plus de deux secondes à Barrichello. Plus lourd en essence, Schumacher laisse filer ce duo.
11e: Les drapeaux jaunes sont déployés dans le troisième secteur car la BAR de Villeneuve, loin des échappatoires, ne peut pas être dégagée facilement par les commissaires.
12e: Barrichello est premier devant Montoya (3.8s.), M. Schumacher (7.3s.), Räikkönen (18s.), R. Schumacher (18.3s.), Coulthard (23.5s.), Heidfeld (26s.), Fisichella (28s.), Trulli (29s.) et Button (30s.).
13e: Les pneus Michelin semblent enfin bien chauds puisque Montoya accroît son rythme. Mais Barrichello, léger en essence, est toujours le plus rapide (1'16''947'''), portant son avantage à quatre secondes et deux dixièmes.
14e: La voiture de sécurité entre en piste pour permettre aux commissaires de retirer la BAR de Villeneuve. Montoya entre aux stands pour un ravitaillement un peu long (11s.) qui le fait repartir en cinquième position. Satō passe aussi aux stands.
15e: Le peloton évolue derrière la Safety Car. Bernoldi opère un premier pit-stop.
16e: Un véhicule retire la BAR de Villeneuve. Bernoldi se plaint de fortes vibrations sur son train arrière et rentre aux stands pour faire examiner son Arrows. Il est renvoyé en piste après plus d'une minute d'arrêt.
17e: La voiture de sécurité s'efface à l'issue de ce tour. Les deux Ferrari emmènent le peloton et Räikkönen se laisse semer. Bernoldi abandonne à cause d'une défaillance de sa fixation de roue arrière-droite.
18e: Barrichello prend une seconde d'avance sur M. Schumacher. Räikkönen et R. Schumacher escaladent tous deux le vibreur de la chicane et court-circuitent celle-ci, ce qui permet à Montoya de les attaquer.
19e: Montoya déborde R. Schumacher sur la ligne puis, sur sa lancée, plonge à l'intérieur au premier tournant et surprend Räikkönen !
20e: Plus légères en essence, les Ferrari s'envolent devant Montoya. R. Schumacher tente de réaliser l'extérieur sur Räikkönen au premier virage, mais le Finlandais ne lui laisse aucun espace.
21e: Barrichello devance M. Schumacher (1.8s.), Montoya (7s.), Räikkönen (10s.), R. Schumacher (10.4s.), Coulthard (12s.), Heidfeld (13.5s.), Fisichella (14.5s.), Trulli (16s.) et Salo (17s.).
23e: Barrichello affole le chrono (1'16''305''') et repousse M. Schumacher à quatre secondes. Le Brésilien a cependant beaucoup moins d'essence que son leader. Montoya est à onze secondes tandis que Räikkönen résiste toujours à R. Schumacher.
25e: Cinq secondes séparent les Ferrari. Barrichello s'est forgé une avance de quatorze secondes sur Montoya. Salo effectue un premier pit-stop et fait seulement changer ses pneus arrière.
26e: Barrichello se plie à son premier ravitaillement. L'opération est un peu longue car les mécaniciens retirent des cailloux des radiateurs (10.6s.). Le Pauliste ressort en sixième position derrière Coulthard. Salo repasse aux stands à cause d'une crevaison sur son pneu avant-droit qui n'avait pas été remplacé...
28e: M. Schumacher mène devant Montoya (14.2s.), Räikkönen (16.8s.), R. Schumacher (17.4s.), Coulthard (22.4s.), Barrichello (23.2s.), Heidfeld (25s.) et Fisichella (26.5s.).
30e: Barrichello met la pression sur Coulthard sans pouvoir porter l'estocade. Premier arrêt pour Frentzen.
31e: M. Schumacher améliore le record du tour (1'16''052''') et compte dix-sept secondes de marge sur Montoya. R. Schumacher est sur les talons de Räikkönen.
32e: R. Schumacher court-circuite encore la chicane. De la Rosa s'arrête après le pont de la Concorde à cause d'une panne de boîte de vitesses. Salo se plie à un « drive-through » pour excès de vitesse aux stands.
33e: M. Schumacher précède Montoya (19s.), Räikkönen (22s.), R. Schumacher (22.6s.), Coulthard (27.5s.), Barrichello (28.8s.), Heidfeld (32s.), Fisichella (33s.), Trulli (34s.) et Button (39s.).
35e: Schumacher creuse méthodiquement l'écart sur Montoya avant son arrêt. Vingt-et-une secondes le séparent du Colombien. Toujours derrière Coulthard, Barrichello est à trente-trois secondes de son équipier et a déjà perdu de facto le commandement.
36e: Button subit son unique ravitaillement et repart juste devant M. Schumacher. Il s'écarte aussitôt devant celui-ci.
37e: Heidfeld entre aux stands, ce qui surprend Fisichella qui le suivait de près. Le Romain rattrape un début de glissade et coupe la chicane. Heidfeld exécute son seul pit-stop et ressort seulement en 14e position, entre Webber et Satō.
38e: M. Schumacher s'arrête chez Ferrari pour son seul ravitaillement. Comme Barrichello, il patiente pas moins de 11 secondes en raison du nettoyage de ses pontons, et ressort en seconde position derrière Montoya. Yoong opère un premier pit-stop.
40e: Montoya devance M. Schumacher (3.8s.), Räikkönen (5.6s.), R. Schumacher (6s.), Coulthard (10.4s.), Barrichello (13.5s.), Fisichella (22s.) et Trulli (23s.). Irvine et Webber ravitaillent.
41e: R. Schumacher stoppe chez Williams pour ravitailler. La seringue est hélas défaillances et les mécanos doivent changer de tuyau. Schumacher repart finalement au bout de vingt secondes, en septième position, et sans le carburant pour aller au bout ! Arrêt aussi pour Panis.
42e: McNish fait halte aux stands. Son ravitaillement s'éternise plus d'une minute en raison de la défaillance de sa pompe à essence. Irvine se gare dans la pelouse avec un moteur en feu.
43e: Montoya compte six secondes et demie d'avance sur M. Schumacher, menacé par un Räikkönen très léger. Trulli ravitaille sans perdre sa huitième place. Salo abandonne, ses freins ayant été endommagé par un débris.
44e: R. Schumacher repasse aux stands pour recevoir un surcroît d'essence (10s.), puis repart en 10e position. Heidfeld écope d'un drive-through pour excès de vitesse aux stands. Le jeune Allemand passe aux stands et repart derrière Massa et Panis.
45e: Räikkönen reçoit de l'essence et des pneus neuf au cours d'un bon arrêt (7.8s.), puis repart cinquième. Fisichella fait escale chez Jordan et conserve sa sixième place devant Trulli. Yoong se plie à un drive-through pour excès de vitesse aux stands.
47e: Montoya est premier devant M. Schumacher (10s.), Coulthard (11.3s.), Barrichello (15.6s.), Räikkönen (34.7s.), Fisichella (55.4s.), Trulli (58s.) et Massa (1m. 05s.).
48e: McNish manque une vitesse et part en tête-à-queue à la sortie de la première chicane. Il évite le mur, pirouette puis cale son moteur. Les commissaires parviennent à rapidement pousser la Toyota vers la bordure herbée. McNish n'ira pas plus loin.
49e: Coulthard arrive chez McLaren pour un ravitaillement tardif (9.2s.) et quitte les stands devant Räikkönen, auquel il chipe la quatrième place. Massa effectue son pit-stop et repart derrière Panis et Heidfeld.
50e: Montoya réalise le meilleur tour en course (1'15''960''') et porte son avance sur Schumacher à treize secondes. Second arrêt pour Frentzen.
51e: C'est l'heure du second ravitaillement pour Montoya. Les mécaniciens de Williams travaillent bien (pour une fois, 8.2s.), mais le Colombien se réinsère derrière les Ferrari.
52e: Schumacher et Barrichello prennent un tour aux Sauber. Montoya est à neuf secondes du duo rouge.
53e: Les pilotes Ferrari sont roues dans roues, Barrichello ayant beaucoup moins d'essence que Schumacher. Heidfeld est sanctionné d'un second passage obligatoire dans l'allée des stands, toujours pour avoir roulé trop vite dans celle-ci. Le pilote Sauber sombre au 14e rang.
54e: Barrichello observe un deuxième pit-stop très court (5.8s.), mais il glisse derrière Coulthard qui bénéficiait contrairement à lui d'une piste claire. Contraint d'économiser de l'essence, Räikkönen laisse filer son équipier.
56e: Montoya était revenu à six secondes de Schumacher, mais il perd du temps en prenant un tour à Panis et Massa. L'écart grimpe ainsi à sept secondes et demie.
57e: Le moteur BMW de Montoya explose au passage de la ligne. Le Sud-Américain gare sa Williams dans la pelouse. Coulthard hérite de la deuxième place.
58e: M. Schumacher a course gagnée, mais son dauphin Coulthard est très menacé par un Barrichello pressant. Septième, R. Schumacher pourchasse Trulli pour la 6e place. L'Italien est en délicatesse avec ses freins.
59e: M. Schumacher précède Coulthard (20s.), Barrichello (20.6s.), Räikkönen (42s.), Fisichella (51s.), Trulli (57s.), R. Schumacher (57.5s.), Panis (-1t.), Massa (-1t.) et Button (-1t.).
60e: Coulthard et Barrichello débordent Satō dans la longue ligne droite. Profitant de l'aspiration, le Brésilien déboîte la McLaren par l'intérieur et prend l'ascendant, mais Coulthard retarde son freinage, repasse devant son assaillant, puis coupe la chicane. Pris dans l'élan de la McLaren, Barrichello fait de même, mais indique aux commissaires, d'un geste du doigt, ce qu'il pense de la défense de l'Écossais...
62e: M. Schumacher compte seize secondes d'avance sur Coulthard. Barrichello reste en embuscade derrière ce dernier.
64e: Fisichella est revenu à seulement trois secondes de Räikkönen. Trulli contient R. Schumacher malgré des freins défaillants.
66e: M. Schumacher devance Coulthard (16s.), Barrichello (16.8s.), Räikkönen (44s.), Fisichella (47s.), Trulli (53s.), R. Schumacher (54s.) et Panis (-1t.).
67e: Button s'arrête sur un bas-côté de la grande ligne droite, suite à une coupure électrique sur son moteur.
68e: Coulthard résiste toujours à la pression de Barrichello. Aux trousses de Trulli, R. Schumacher glisse au premier freinage, traverse le dégagement gazonné et rejoint le bitume à plus d'une seconde du pilote italien.
69e: Schumacher lève nettement le pied dans ces derniers tours et laisse le duo Coulthard - Barrichello revenir à quatre secondes. Le Brésilien coupe la dernière chicane.
70e: Michael Schumacher gagne le GP du Canada devant Coulthard et Barrichello. Räikkönen (4e) inscrit ses premiers points depuis l'Australie. Fisichella finit cinquième pour la troisième course consécutive. Trulli (6e) arrache un point, juste devant R. Schumacher (7e). Viennent ensuite Panis, Massa, Satō, Webber, Heidfeld, Frentzen et Yoong.
Après la course
Cette victoire de Michael Schumacher, la sixième de la saison, fut un peu plus longue à se dessiner qu'à l'ordinaire. Le pilote allemand s'est fait griller la politesse par Juan Pablo Montoya en qualifications, puis par Rubens Barrichello dans le premier tour. N'importe, il bénéficiait de la meilleure stratégie, celle à un seul arrêt. Schumacher a gagné la course entre le premier arrêt de Montoya et le sien propre, en imprimant un rythme démentiel qui lui a permis de gagner une seconde par tour sur le Colombien. « Montoya et Barrichello partant avec moins d'essence, je n'ai pas été surpris d'être battu au départ, raconte-t-il. Mais ensuite, j'ai déroulé ma tactique habituelle. J'ai rencontré un peu de cloquage sur mon pneu arrière-gauche, mais rien de bien inquiétant ! » Schumacher a toutefois noté que Montoya revenait très fort avant sa casse moteur. « Nous aurions eu une belle bataille, mais je pense que j'aurais pu le garder derrière moi », assure-t-il. Sur le podium, Schumacher ignore les sifflets du public québécois (qui se souvient du GP d'Autriche...) et arrose copieusement son ingénieur Luca Baldisserri. Sa 40e victoire pour Ferrari coïncide avec le 150e succès en F1 de la Scuderia. « C'est un très grand jour pour nous ! » s'enthousiasme-t-il. D'autant plus qu'il caracole en tête du championnat avec 70 points engrangés sur 80 possibles. Il compte 43 unités d'avance sur les pilotes Williams, ses poursuivants immédiats... À ce rythme, il pourra décrocher sa cinquième couronne fin juillet, au GP de France !
Parti avec peu d'essence et des pneus Bridgestone tendres, Rubens Barrichello a bien rempli sa mission en s'emparant d'emblée des commandes du Grand Prix. Hélas, sa stratégie à deux arrêts n'était pas la meilleure et fut ruinée par l'irruption de la Safety Car. Il finit seulement troisième derrière David Coulthard. « Dès le début, j'ai compris que Montoya était lui aussi parti pour deux arrêts, narre-t-il. Dans le premier tour, il a viré large et frôlé le mur. J'ai saisi aussitôt cette opportunité pour le doubler, puis j'ai creusé facilement l'écart. Mais la voiture de sécurité a ruiné mes efforts. Je n'ai d'ailleurs pas bien compris pourquoi elle est intervenue. Et de toute façon, Villeneuve aurait pu se garer de façon plus intelligente !... » Barrichello a aussi peu apprécié son bras de fer avec Coulthard au 60e tour. Le Brésilien avait doublé l'Écossais qui l'a repassé au prix d'un freinage tardif. Comme tous deux ont coupé la chicane, Coulthard n'a pas eu à rétrocéder la position à son adversaire. « Je t'aurais laissé passer si tu avais pris la chicane correctement », lâche David à Rubens avant la cérémonie du podium. Celui-ci fait une moue dubitative.
David Coulthard recueille une seconde place inattendue puisqu'il partait huitième. Mais le pilote McLaren a tiré profit d'une audacieuse stratégie à un arrêt tardif... et des déboires des Williams-BMW. « Je pensais pouvoir finir dans les points, mais guère mieux, admet-il. J'ai dû composer avec un peu survirage en début de course. Mais cela m'a permis de ménager mes freins et d'attaquer en fin de course. Au final, je bénéficie surtout de ma stratégie à un arrêt. Comme quoi, rien n'est écrit dans notre sport. Néanmoins nous ne sommes toujours que la troisième force du peloton. Mais, avec une bonne stratégie, un peu de chance et de la fiabilité, on tire notre épingle du jeu. » Kimi Räikkönen est lui content de rallier enfin l'arrivée après une série de six abandons consécutifs. Il n'en dira pas grand-chose, à son habitude... À noter qu'il aura fallu attendre la huitième course pour voir les deux McLaren-Mercedes couper la ligne !
Ce Grand Prix a viré au désastre pour Williams-BMW qui représentait pourtant une menace sérieuse pour Ferrari. Les pneus Michelin étaient performants et Juan Pablo Montoya aurait peut-être pu contester la victoire dans les derniers tours à Michael Schumacher, grâce à des gommes fraîches et un réservoir plus léger. Mais une casse moteur, la seconde consécutive, a éteint ses espoirs. « J'avais Michael en ligne de mire quand tout s'est arrêté. Tout avait bien marché jusqu'ici, mais ce n'était pas notre jour ! » soupire le pilote colombien. « Juan avait la course en poche, assure Patrick Head. Je pense que Schumacher était très juste en carburant, ce qui explique pourquoi il roulait assez lentement vers la fin. De plus, ses pneus cloquaient ; je pense donc que Juan aurait été en excellente posture. » Certes, mais cette deuxième rupture du V10 BMW en deux Grands Prix fait désordre. Tout comme le cafouillage aux stands - triste constante chez Williams - qui a rejeté Ralf Schumacher hors des points. Williams quitte donc Montréal avec un zéro pointé et accuse maintenant 32 points de retard sur Ferrari au championnat des constructeurs.
Giancarlo Fisichella a fait honneur à son circuit-fétiche de Montréal en décrochant une belle cinquième place qui permet à Jordan d'afficher désormais six points, contre zéro à ses rivaux de BAR, également motorisés par Honda. « J'ai toujours bien marché ici, sourit l'Italien. C'est un circuit avec très peu d'adhérence, où il est difficile pour beaucoup de trouver la limite tout en étant agressif. Mais pas pour moi ! La Jordan était très bien équilibrée et à la fin je revenais sur Räikkönen. J'aurais peut-être pu l'attaquer, mais j'ai préféré assurer des points dont nous avons grandement besoin. » En effet, Jordan doit s'assurer un bon classement en fin de saison, car les droits commerciaux pèseront lourd dans son budget en pleine contraction. Chez BAR en revanche, Jacques Villeneuve maudit son moteur Honda qui l'a empêché de briller à domicile tandis que Olivier Panis en est à se réjouir d'avoir reçu le damier pour la première fois de la saison ! « Je n'en reviens pas, je recommence à finir les courses ! D'ici à ce que j'y prenne goût... » ironise-t-il. En tout cas, Eddie Jordan comme David Richards font le siège de Shuhei Nakamoto, directeur sportif de Honda: quand diable apparaîtra un vrai nouveau moteur ?...
Sources :
- Dir. Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2002-03, Chronosports Editions, 2002
- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2002, Paris, Solar, 2002
- Wikipedia
- Auto hebdo, 12 juin 2002
- Sport auto, juillet 2002
Tony