Ralf SCHUMACHER
 R.SCHUMACHER
Williams Supertec
Heinz-Harald FRENTZEN
 H.FRENTZEN
Jordan Mugen Honda
Mika SALO
 M.SALO
Ferrari

643o Gran Premio

LXX Gran Premio d'Italia
Piena di sole
Monza
domenica 12 settembre 1999
53 giri x 5.770 km - 305.810 km
Affiche
F1
Coupe

Lo sapevate?

Pilota
Costruttore
Motore
L'accrochage entre Luca Badoer et Tora Takagi.

Transferts: Barrichello chez Ferrari, Irvine chez Jaguar

Le 4 septembre 1999, Ferrari officialise le remplacement d'Eddie Irvine par Rubens Barrichello pour la saison 2000. Le chassé-croisé entre les deux pilotes d'Eddie Jordan se confirme puisque l'Irlandais supplantera le Brésilien chez Jaguar Racing, future dénomination de Stewart GP. Après de longues années de vaches maigres, Barrichello a enfin pris une autre dimension en 1999 et multiplie les prouesses au volant de la Stewart-Ford. C'est ainsi qu'il bénéficiera chez Ferrari d'un statut de « n°1 bis » qui doit lui permettre (théoriquement) de rivaliser avec Michael Schumacher, une faveur que Eddie Irvine n'a jamais pu conquérir. Quelques jours plus tard, lorsqu'il débarque à Monza, Barrichello est l'objet de la fiévreuse attention des tifosi, d'autant plus que son patronyme trahit ses origines italiennes. Le Pauliste est « baptisé » dans la marée rouge. Il signe plus d'autographes en 72 heures que durant toute sa saison 1999. Certains fans s'approchent uniquement pour lui serrer la main, voire pour le toucher. Barrichello, surpris, avoue n'avoir jamais rencontré pareille idolâtrie dans son Brésil natal. Au bout d'un certain temps, cette pression pèse sur les nerfs de ce grand timide. Son agent Federico Della Noce engage quelques « gorilles » chargés d'assurer le plus souplement possible sa tranquillité.

 

Le 14 septembre, deux jours après le GP d'Italie, Jaguar Racing (future dénomination de Stewart GP) confirme l'engagement d'Eddie Irvine pour 2000. Il fera équipe avec Johnny Herbert, prolongé pour une saison supplémentaire. Le vétéran anglais (35 ans) réalise pourtant une saison au-dessous du médiocre et ne parvient jamais à approcher les excellents chronos de Rubens Barrichello. Au cours de l'été, la rumeur l'envoyait à la retraite. Mais le sympathique Herbert a su malgré tout conquérir l'estime de l'équipe technique et son expérience sera précieuse pour développer la première Jaguar sur laquelle travaille Gary Anderson. Accessoirement, son salaire est aussi dix fois moins élevé que celui d'Irvine, ce qui est assez bienvenu... En outre, Wolfgang Reitzle, patron des marques haut de gamme du Groupe Ford, présente une maquette de la future Jaguar F1 parée du fameux « British Racing Green » qui accompagna les triomphes de tant de bolides britanniques dans les années 1950 et 60, et notamment les légendaires Jaguar Types C et D. Avec ce vert « so british » distinctif, Jaguar titille bien sûr la fibre patriotique britannique, et Reitzle proclame son désir de transformer Jaguar Racing en un « Ferrari anglais ». Vaste programme...

 

Essais préliminaires: M. Schumacher reporte son retour

Une semaine avant le Grand Prix d'Italie, toutes les écuries (sauf Arrows) sont à pied d'œuvre à Monza pour trois jours d'essais préliminaires. C'est l'occasion de rencontrer quelques jeunes pousses. Williams aligne ainsi le jeune Brésilien Bruno Junqueira, une des révélations de la saison de Formule 3000, puissamment soutenu par Petrobras. La presse le place en tête de liste des candidats à la succession d'Alessandro Zanardi, même si officiellement Williams garde sa confiance à celui-ci pour 2000. Eddie Irvine réalise le meilleur temps de ces séances (1'23''876'''), ce qui redonne espoir à Ferrari après un GP de Belgique très difficile. Cependant Adrian Newey prévient que McLaren n'a pas cherché la performance mais uniquement la mise au point de la MP4/14.

 

Le 1er septembre, pas moins de 16 000 tifosi assistent à la première journée de ces essais privés. Cette affluence s'explique: Michael Schumacher fait son retour au volant de la Ferrari F399 ! La Scuderia concocte au champion convalescent un plan de travail imposant puisqu'il doit parcourir toute la distance du futur GP d'Italie. Hélas, l'Allemand arrête les frais au bout de seulement 25 tours. Sa jambe droite le fait trop souffrir. A la mi-journée, il tient une conférence de presse avec Luca di Montezemolo et Jean Todt pour annoncer qu'il ne disputera ni GP d'Italie ni celui d'Europe sur le Nürburgring quinze jours plus tard. « Dès le premier tour, j'ai eu si mal que j'ai compris que c'était fichu », lâche-t-il. Certains s'étonnent car son premier roulage au Mugello, le 20 août, s'était bien déroulé. Mais Schumacher souligne que le revêtement de ce circuit était très lisse, ce qui n'est pas du tout le cas de celui de Monza: « Ici, on atteint des vitesses beaucoup plus importantes et on ressent fortement les vibrations du moteur tournant à plein régime. La piste bosselée par endroits et les bordures que nous escaladons sont féroces. J'ai très vite ressenti des douleurs que les médicaments n'ont pas adoucies ».

 

En vérité, Michael Schumacher doit admettre qu'il n'est pas un « superman » au point de surmonter une double fracture tibia/péroné en deux mois. Reprendre le volant trop tôt a été une erreur. « Après mon opération à Northampton, les médecins avaient prévu une guérison entre 12 et 16 semaines. Or, j'ai roulé au Mugello après seulement 7 semaines et demie. J'ai repris ma préparation physique en forçant la cadence, mais j'ai exagéré. Je dois faire machine-arrière ». Ce forfait désole Jean Todt qui croit de moins en moins Eddie Irvine capable de remporter la couronne mondiale sans l'aide son prestigieux coéquipier. Quant à Mika Salo, il ne démérite pas mais ne remplit pas sa tâche qui est d'engranger le plus de points possibles pour le championnat des constructeurs. Il ne peut se prévaloir que d'une seule entrée dans les points en quatre courses, sa seconde place d'Hockenheim.

 

Présentation de l'épreuve

Ferrari aborde ainsi son grand rendez-vous de Monza sans sa vedette, ce qui ne décourage pas les tifosi, présents en grand nombre. Mas ils sont très inquiets des récentes prestations du « Cavallino Rampante ». Ni Eddie Irvine ni Mika Salo ne trouvent les bonnes formules pour régler correctement la F399. Avec deux mois de recul, il apparaît désormais que le déclin de la Scuderia a commencé avec l'accident de Michael Schumacher... et que les deux victoires d'Irvine en Autriche et en Allemagne découlèrent de sacrés concours de circonstances. En lice pour le titre mondial, le Nord-Irlandais ne dissimule pas sa nervosité. Il craint de concéder ici de gros points à Häkkinen. Quant à Jean Todt, il s'alarme surtout pour la première place du classement des constructeurs dont Ferrari vient d'être délogée pour la première fois de la saison. Ah, si « Schumi » était là ! La citrouille rouge redeviendrait peut-être carrosse...

 

Au grand dam des tifosi, les McLaren-Mercedes sont bien les favorites de ce Grand Prix d'Italie. Toutefois, malgré l'hermétisme qui entoure l'écurie britannique, il apparaît que l'atmosphère n'est plus au beau fixe entre Mika Häkkinen et David Coulthard. Le « doublé à l'envers » de Spa-Francorchamps a laissé des traces. Et le Finlandais est d'autant plus agacé de voir son équipier jouer les électrons libres que celui-ci est revenu dans la course au titre mondial. Coulthard (46 points) n'est plus très loin de Häkkinen (60 pts) au classement général et débarque à Monza sans rien celer de ses ambitions: « Si Mika avait gagné à Spa et que je n'avais marqué aucun point, je me serais mis à sa disposition dès ce week-end. Mais ce ne fut pas le cas. Je suis encore en course pour le titre et puisque l'équipe me laisse carte blanche, pourquoi n'en profiterai-je pas ? D'ailleurs, Mika et moi sommes parfaitement d'accord sur ce point. » Puisqu'il le prétend...

 

Ron Dennis défend de son côté sa politique de fair-play et tacle au passage la Scuderia pour sa stricte hiérarchie et ses consignes parfois douteuses: « Avec Mika, nous nous sommes expliqués après Spa. Il a compris que notre objectif était de ramener les deux titres mondiaux et que le nom de celui qui rapportera celui des pilotes importe peu. J'aime l'esprit sportif et je ne parviendrai jamais à me comporter comme les gens de Ferrari. Comment font-ils pour motiver leurs pilotes ? Moi, je ne veux pas d'un second pilote qui sait dès le départ qu'il ne pourra pas gagner. Ils ont fait ça hier avec Irvine, aujourd'hui c'est avec Salo. Je veux deux pilotes qui se battent. La compétition, c'est le sang de la course automobile. A moi, en tant que manager, de veiller à ce que cette rivalité ne dégénère pas. C'est un choix que j'assume ».

 

Jeudi midi, Giancarlo Minardi organise dans son motor-home une petite réception destinée à promouvoir des produits italiens, à laquelle participe notamment Simona Ventura, la sculpturale présentatrice de Media Sept. Minardi et le directeur sportif Cesare Fiorio sont surtout interrogés sur les négociations menées avec Telefónica. Aux dernières nouvelles, le géant des télécoms souhaiterait fonder une équipe 100 % espagnole, dirigée par Joan Villadelprat (qui officie pour l'instant chez Benetton), avec un duo de pilotes composé de Marc Gené et d'un jeune espoir ibère comme Antonio Garcia ou Fernando Alonso. Mais Fiorio confirme que Gabriele Rumi, l'actuel P-DG de Minardi, et Telefónica ne sont pas d'accord sur la future répartition de l'actionnariat. Du reste, les Espagnols refuseraient de se porter acquéreurs tant que Minardi n'aura pas signé un contrat de motorisation avec Supertec.

 

Comme chaque année, de nombreuses vedettes déambulent dans le paddock de Monza. Rubens Barrichello accueille par exemple chez Stewart son compatriote le footballeur Ronaldo qui se glisse dans le cockpit de la SF-03, puis suit toute la séance d'essais du samedi aux côtés de Jackie Stewart. Jean Alesi prend lui ses quartiers chez le chanteur Eros Ramazzotti, où il voisine avec Angelo Peruzzi, le gardien de la Squadra Azzura. Les trois hommes déclenchent une mini-émeute lorsqu'ils apparaissent ensemble.

 

Christian Contzen, le directeur général de Renault Sport, est attendu à Monza ce samedi 11 septembre. Une folle rumeur prétend qu'il vient procéder à une « grande annonce », comprendre le retour de Renault en Formule 1 en 2001. Mais il n'en sera rien. Contzen reste une heure tout juste dans le paddock. Mais il prend le temps de s'entretenir avec Frank Williams, Alain Prost, Tom Walkinshaw, Philippe Gurdjian etc. Le mystère plane toujours sur ce qui se trame entre Billancourt et Viry-Châtillon. Le « Supertec de l'an 2000 » vanté par Flavio Briatore préfigure-t-il un tout nouveau V10 Renault officiel ?

 

Comme toujours à Monza, les monoplaces sont gréées au minimum pour accroître la vitesse de pointe. Les différentes configurations aérodynamiques ont été déterminées lors des essais préliminaires, mais elles font encore l'objet de modifications durant le week-end. Ferrari peine particulièrement à trouver les bons compromis et modifie en permanence les ailerons comme la répartition des poids. Chez BAR, les deux coques pulvérisées par Villeneuve et Zonta à Spa ont été réparées en un temps record. Il est vrai que l'écurie de Brackley n'avait pas le choix, puisque la quatrième PR01 devait être expédiée au Japon pour réaliser les premiers essais avec le moteur Honda. En ce qui concerne les cavaleries, Ferrari teste une nouvelle version de son V10 tournant à 17 350 tours/minute et offrant une dizaine de chevaux en plus.

 

Essais et qualifications

La séance libre du vendredi se déroule dans une atmosphère très lourde. Il fait plus chaud que pour les essais préliminaires et les réglages adoptés lors de ceux-ci doivent être corrigés. Les pilotes McLaren et Ferrari pataugent. Dans ces conditions, personne ne court après le chronomètre, et le meilleur temps revient à R. Schumacher (1'24''507''') devant Trulli et Zanardi. Samedi matin, sous un ciel brumeux, Frentzen se montre le plus rapide (1'23''142''') avant de tamponner son équipier Hill. Coulthard et Häkkinen le suivent à 3/10e.

 

Samedi après-midi, Häkkinen obtient sous le soleil sa onzième pole position de l'année en pulvérisant le record de la piste (1'22''432''', soit 251,990 km/h de moyenne). Sur l'autre McLaren, Coulthard (3e) compose avec du sous-virage et est gêné par les drapeaux jaunes. Frentzen confirme l'excellent forme de la Jordan-Mugen-Honda en décrochant la seconde place, comme à Hockenheim. Il concède cependant une demi-seconde à Häkkinen. Hill (9e) déçoit et de son propre aveu ne parvient pas à tirer le meilleur parti de sa machine. Les Williams-Supertec n'ont jamais été aussi en verve cette année. Revigoré, Zanardi décroche une superbe quatrième place et entraîne R. Schumacher (5e) dans son aspiration. Les Ferrari, très instables, sont humiliées à domicile. Salo (6e) met un peu plus d'appui que Irvine (8e), mais celui-ci, plus rapide en ligne droite, est en perdition dans les courbes. Les Stewart-Ford sont capricieuses au freinage et de nouveau Barrichello (7e) s'en sort beaucoup mieux que Herbert (15e).

 

Panis classe sa Prost-Peugeot à une belle dixième place et précède Trulli (12e) qui sort de la piste à la première chicane et se rabat sur le mulet. Villeneuve positionne sa BAR au 11e rang malgré un tête-à-queue. Zonta (18e) subit une panne de pompe à essence puis une sortie de piste. Les Sauber-Petronas (Alesi 13e, Diniz 16e) sont particulièrement vicieuses sur ce tracé réclamant peu d'appuis. Les Benetton (Wurz 14e, Fisichella 17e) sont de nouveau « à la ramasse », faute de grip. Les Minardi parviennent à peupler l'avant dernière-ligne, même si Badoer (19e) et Gené (20e) ont, tous deux, vécu de grosses sorties, vendredi pour l'Espagnol et samedi pour l'Italien. Les Arrows sont en queue de peloton. De la Rosa (21e) précède le pauvre Takagi (22e), affecté de graves problèmes de transmission, puis d'un affaissement de son aileron arrière...

 

Le Grand Prix

Dimanche matin, les pilotes peaufinent leurs réglages. Barrichello réalise un meilleur chrono peu significatif devant Coulthard et Häkkinen. Chez Ferrari, Irvine est 14e, Salo 18e... Les tifosi s'angoissent. L'après-midi, la course se déroule dans une atmosphère estivale. Tout le monde s'élance muni des pneus durs pour n'effectuer qu'un seul arrêt, à l'exception des Prost-Peugeot qui ont pris le composé tendre et s'arrêteront deux fois.

 

Départ: Häkkinen prend un envol idéal et reste en tête. Zanardi surgit de la deuxième ligne pour doubler Frentzen et Coulthard. Au freinage, de nombreux pilotes coupent la chicane, dont R. Schumacher qui dépasse ainsi Coulthard et Barrichello qui retrouve le bitume devant Irvine. Dans le peloton, Herbert se frotte à Panis et Takagi harponne Gené après avoir roulé sur le terre-plein.

 

1er tour: Frentzen prend la deuxième place à Zanardi par l'extérieur à la Variante della Roggia. Coulthard repasse devant R. Schumacher, mais il manque une vitesse en gagnant Lesmo. Schumacher et Salo en profitent pour le doubler. L'Écossais attaque ceux-ci dans la ligne droite menant à la Variante Ascari. Les trois bolides arrivent de front à ce tournant, mais finalement Schumacher demeure devant Salo et Coulthard. Irvine se défait de Hill. De la Rosa touche Gené à la seconde chicane, et cette fois le Catalan de Minardi échoue dans le bac à graviers. Häkkinen mène devant Frentzen, Zanardi, R. Schumacher, Salo, Coulthard, Barrichello, Irvine, Hill et Villeneuve.

 

2e: Häkkinen compte une seconde et demie d'avance sur Frentzen. Au cœur du peloton, Fisichella manque son freinage à la première chicane. Il évite de peu la Prost de Trulli, sort dans les graviers et arrache son museau contre le rail. Quelques mètres plus loin, Wurz effleure Diniz qui pirouette et rejoint Fisichella dans les décors. De la Rosa passe aux stands pour faire réparer son Arrows, endommagée par le contact avec Gené.

 

3e: Frentzen reste dans le sillage de Häkkinen. Zanardi est en revanche déjà semé et menacé par son équipier R. Schumacher. Les commissaires évacuent les monoplaces abandonnées de Fisichella, Diniz et Gené.

 

4e: Häkkinen devance Frentzen (2.2s.), Zanardi (4.3s.), R. Schumacher (5s.), Salo (5.6s.), Coulthard (6.2s.), Barrichello (6.8s.), Irvine (9s.), Hill (11s.), Villeneuve (14s.), Wurz (15s.) et Alesi (16s.). De la Rosa traverse la pelouse à Lesmo.

 

5e: Häkkinen attaque et repousse Frentzen à trois secondes. Zanardi retient un peloton comprenant Schumacher, Salo, Coulthard et Barrichello. Très chargé en essence, Irvine est incapable de suivre ce quintet.

 

6e: Frentzen réplique à Häkkinen et lui reprend une demi-seconde. Dans le peloton, Wurz résiste à un trio Alesi – Trulli – Panis.

 

8e: Häkkinen rappuie sur le champignon et prend quatre secondes de marge sur Frentzen. Wurz commence à perdre l'usage de quelques rapports et cède devant Alesi, puis devant les Prost.

 

10e: Häkkinen est premier devant Frentzen (5s.), Zanardi (8.3s.), R. Schumacher (9.2s.), Salo (10s.), Coulthard (11s.), Barrichello (11.4s.), Irvine (14s.), Hill (15.5s.) et Villeneuve (17.5s.).

 

11e: Barrichello prend l'aspiration de Coulthard dans la première ligne droite, se déporte à l'extérieur, freine tard et s'impose à la Variante del Rettifilo. Le voilà sixième. Wurz ne parvient plus à rentrer ses rapports suite à une défaillance électronique. Il tire tout droit à la Variante della Roggia puis à la Variante Ascari, avant de rejoindre son stand à petite allure.

 

12e: Häkkinen possède maintenant six secondes d'avance sur Frentzen. R. Schumacher freine tard à la première chicane et doit tirer tout droit pour ne pas emboutir Zanardi. Wurz met pied à terre.

 

14e: Häkkinen précède Frentzen (6.7s.), Zanardi (12.2s.), Schumacher (11.3s.), Salo (12.1s.), Barrichello (12.7s.), Coulthard (13.5s.), Irvine (16s.), Hill (18s.), Villeneuve (21s.), Alesi (24s.) et Trulli (24.5s.).

 

16e: Frentzen concède maintenant sept secondes à Häkkinen. Zanardi contient toujours le même groupe compact, au sein duquel Barrichello menace Salo. Panis apparaît chez Prost pour son premier pit-stop.

 

17e: Trulli entre aux stands à son tour pour un premier ravitaillement et ressort devant son collègue Panis.

 

18e: Zanardi rencontre des problèmes de tenue de route après avoir abîmé son fond plat sur un trottoir. Il laisse passer R. Schumacher avant le premier freinage.

 

19e: R. Schumacher s'échappe facilement devant Zanardi. Barrichello dépasse Salo à la Variante della Roggia.

 

20e: Häkkinen mène devant Frentzen (7.8s.), R. Schumacher (11.7s.), Zanardi (14.4s.), Barrichello (15s.), Salo (16.2s.), Coulthard (17s.), Irvine (19.5s.), Hill (21s.), Villeneuve (26s.), Alesi (28s.) et Herbert (29s.).

 

21e: Barrichello est sur les talons de Zanardi pendant que Coulthard menace Salo. Irvine et Hill se rapprochent de ce groupe.

 

23e: L'intervalle entre Häkkinen et Frentzen atteint huit secondes. R. Schumacher revient à deux secondes de son compatriote.

 

24e: Häkkinen réalise son meilleur chrono (1'26''060'''). Takagi assaille Badoer par l'intérieur avant la première chicane. Le Japonais, kamikaze, freine bien trop tard et sa roue avant-droite s'envole sur l'arrière-gauche de l'Italien. L'Arrows détruit le train arrière de la Minardi avant de retomber dans les graviers. Badoer, en tête-à-queue, doit renoncer, mais Takagi parvient à reprendre la piste. Furieux, Gabriele Rumi accusera les pilotes Arrows d'avoir volontairement « sorti » ses monoplaces...

 

25e: Häkkinen précède Frentzen (8s.), Schumacher (10s.), Zanardi (16s.), Barrichello (16.5s.), Salo (18s.), Coulthard (19s.), Irvine (21s.) et Hill (24s.). Zonta revient aux stands à petite vitesse pour faire vérifier ses freins défectueux. Takagi ravitaille et fait remplacer son museau.

 

26e: Barrichello prend la quatrième place à Zanardi dont le fond plat se délamine peu à peu. Le Bolonais devient une proie pour Salo.

 

27e: Après une rude bagarre avec Alesi, Herbert se plie à son ravitaillement. Zonta renonce car à ses problèmes de freins s'ajoute une défaillance de son roulement de roue arrière-droit.

 

28e: Häkkinen garde huit secondes de marge sur Frentzen. Salo déborde Zanardi sur la ligne de chronométrage. Le pilote Williams est ensuite menacé par Coulthard.

 

29e: Coulthard attaque Zanardi par l'extérieur aux abords de la première chicane. Mais l'Italien résiste et l'Écossais doit court-circuiter la chicane. En fin de tour, Barrichello passe chez Stewart pour son ravitaillement.

 

30e: Häkkinen, facile leader, aborde le premier virage un peu vite et surtout descend un rapport de trop. Lorsqu'il freine, son train arrière se bloque. La McLaren exécute un demi-tête-à-queue, rebondit sur la bordure et atterrit dans le gazon, à gauche de la piste. Le moteur cale. Fou de rage, Häkkinen envoie son volant dans les airs, quitte son cockpit, jette un gant à terre, avant de s'enfuir, honteux de son erreur. Frentzen est le nouveau leader. Trulli abandonne car ses températures d'eau et d'huile grimpent dangereusement.

 

31e: Frentzen mène avec deux secondes d'avance sur R. Schumacher. La victoire se jouera entre les deux Allemands. Zanardi contient Coulthard en louvoyant dans les lignes droites. Pendant ce temps-là, Häkkinen, prostré, fond en larmes avant de regagner les stands à pied.

 

32e: Zanardi subit un assez long ravitaillement et redémarre en dixième position, derrière Barrichello.

 

33e: Frentzen précède R. Schumacher (2.7s.), Salo (15s.), Coulthard (17.1s.), Irvine (19.8s.), Hill (21s.), Villeneuve (28s.) et Alesi (30s.). Deuxième arrêt de Panis.

 

34e: R. Schumacher effectue son pit-stop (8.7s.) et repart en sixième position. Alesi ravitaille aussi et ressort devant Herbert. Coulthard est aux trousses de Salo.

 

35e: Hill apparaît chez Jordan afin de ravitailler. Hélas, le Britannique coupe le contact par mégarde, et ses mécaniciens doivent le relancer à la poussette. Son arrêt dure 10 secondes. Hill est en outre gêné en repartant par de la Rosa qui subit un pit-stop.

 

36e: Frentzen pénètre aux stands pour remettre de l'essence et des pneus rodés (7.6s.). Il repart derrière Salo et Coulthard, mais loin devant R. Schumacher. Irvine fait escale chez Ferrari pour son ravitaillement (7s.), puis se relance entre Barrichello et Zanardi. Villeneuve passe aussi aux stands et ressort devant Hill qui a perdu sa direction assistée.

 

37e: Après un tour en tête, Salo effectue son ravitaillement (7s.), imité par Coulthard (7.6s.). Le Finlandais et l'Écossais repartent dans le même ordre, mais Barrichello s'intercale entre eux. Frentzen retrouve le commandement. Takagi part en tête-à-queue après la première chicane et s'évanouit dans les graviers. Cette fois, il ne repartira pas.

 

38e: Frentzen est premier devant R. Schumacher (5.5s.), Salo (15.5s.), Barrichello (16.8s.), Coulthard (17.4s.), Irvine (21.4s.), Zanardi (23s.), Villeneuve (35s.), Hill (37s.) et Alesi (38s.). De la Rosa abandonne suite à un bris de triangle avant, conséquence de son choc avec Gené.

 

40e: Cinq secondes et demie séparent Frentzen et Schumacher cadet. Coulthard évolue dans le sillage de Barrichello sans pouvoir porter une attaque.

 

41e: Jusqu'ici onzième, Herbert abandonne suite à une panne d'embrayage. Sa direction était de toute façon endommagée depuis une touchette avec Panis au départ.

 

43e: L'intervalle est stable entre Frentzen et Schumacher. Salo est isolé au troisième rang pendant que Coulthard met la pression sur Barrichello. Plus loin, Irvine n'arrive pas à semer Zanardi qui guigne son premier point de la saison.

 

44e: Frentzen mène devant R. Schumacher (5.5s.), Salo (13.3s.), Barrichello (18.7s.), Coulthard (19.3s.), Irvine (24.2s.), Zanardi (25.5s.), Villeneuve (37s.), Hill (41s.), Alesi (42s.) et Panis (53s.).

 

46e: R. Schumacher a repris quelques dixièmes à Frentzen. Coulthard maintient la pression sur Barrichello mais le moteur Ford est puissant. L'Ecossais ne pourra pas porter l'estocade.

 

48e: R. Schumacher réalise le meilleur tour de la course (1'25''579''') et revient à quatre secondes de Frentzen.

 

49e: Alesi prend la neuvième place à Hill qui achève l'après-midi avec une direction très lourde.

 

50e: Schumacher roule à trois secondes et demie de Frentzen. Coulthard se place dans le sillage de Barrichello avant la première chicane et freine tard. Il doit tirer tout droit pour éviter la Stewart. Zanardi demeure sur les talons d'Irvine.

 

51e: Frentzen précède R. Schumacher (4s.), Salo (11s.), Barrichello (18.4s.), Coulthard (18.9s.), Irvine (26s.) et Zanardi (27s.).

 

52e: Frentzen contrôle la situation dans ces derniers kilomètres et possède un matelas de trois secondes sur R. Schumacher.

 

53e et dernier tour: Le moteur Peugeot de Panis serre dans cette dernière boucle. Seuls dix pilotes recevront le drapeau à damiers.

 

Heinz-Harald Frentzen remporte sa deuxième victoire de la saison. R. Schumacher termine deuxième et donne à Williams son meilleur résultat en 1999. Salo (3e) grimpe sur son second podium pour Ferrari. Barrichello recueille une belle quatrième place alors que Coulthard est un décevant cinquième. Irvine (6e) empoche un maigre point. Zanardi, Villeneuve, Alesi et Hill rejoignent aussi l'arrivée.

 

Après la course: Frentzen, le jaune est mis

Cette victoire inattendue de Heinz-Harald Frentzen fait chavirer le stand Jordan. Les mécaniciens aux chemisettes jaunes hurlent leur joie au pied du podium. Ian Philips, le fidèle bras droit d'Eddie Jordan, qualifie cette liesse de véritable « carnaval ». « Si Eddie m'avait dit en début de saison que je gagnerais plusieurs courses, je lui aurais répondu qu'il était fou ! », souffle Frentzen. « Je n'arrivais pas à suivre Häkkinen. Je me contentais de préserver mes pneus tout en surveillant Ralf. Quand j'ai vu Mika sortir de la piste j'ai pensé: ''Pas de chance pour lui, super pour moi !'' Après cela, je n'avais plus qu'à maintenir mon avance sur Ralf et à ramener ma tire à la maison ! ». Devant la presse, « HHF » rayonne de bonheur, au point de se laisser aller à une charmante confidence: « Ma fiancée Tanya est enceinte ! » glisse-t-il sans préméditation. « Je n'avais pas prévu d'avouer cela avant le GP du Japon », ajoute-t-il, un brin ému.

 

Surtout, cette victoire relance complétement la lutte pour la couronne mondiale. Jusqu'ici, Frentzen était seulement considéré comme un sympathique outsider. Mais avec ce second succès en 1999, conquis au volant d'une Jordan-Mugen-Honda de plus en plus compétitive, il ne concède plus que 10 points à Mika Häkkinen et Eddie Irvine, co-leaders du championnat. L'Allemand admet désormais songer au titre. « Cette année, nous avons su saisir toutes les opportunités d'inscrire des gros points, et ce fut le cas encore aujourd'hui. La bataille pour le championnat est serrée. McLaren ne profite pas de son potentiel. Cela devrait me permettre de réduire l'écart lors des prochaines courses et de jouer le titre ». Eddie Jordan est sur la même longueur d'onde. Ce dimanche soir, il tient un briefing pour évaluer les chances de Frentzen de devenir champion du monde, et y associe le représentant de Honda Hiroshi Shirai. Car en effet, le V10 japonais, devenu l'un des plus puissants du peloton, sera un élément décisif dans le dénouement du championnat.

 

Ce Grand Prix d'Italie se conclut par un « doublé allemand ». Ralf Schumacher, deuxième, obtient son meilleur résultat depuis son arrivée chez Williams. « Les premiers tours étaient particulièrement chauds avec Salo et Coulthard qui essayaient de me dépasser », raconte-t-il. « Je dois remercier mon équipier qui m'a considérablement facilité la tâche en me laissant passer. Alex et moi avons un accord d'entraide mutuelle, si l'un est plus rapide que l'autre. Sans son coup de main, je n'aurais pas fini deuxième. Il ne fait aucun doute que la FW21 a progressé. Ce n'est plus la même voiture qu'en Hongrie. » Williams (30 pts) est désormais solidement installée à la quatrième place du championnat des constructeurs, loin devant Stewart-Ford (17 pts) et Benetton (16 pts). Seule ombre au tableau: Alessandro Zanardi n'est pas parvenu à ouvrir son compteur alors qu'il réalisait un excellent week-end. L'Italien a été victime d'une défaillance de son fond plat. « Tant pis, ce sera pour une prochaine fois. Mais je suis las d'attendre ce point », soupire-t-il. Et Frank Williams aussi...

 

Les larmes de Häkkinen...

Mais ce sont les larmes de Mika Häkkinen après sa sortie de route qui constitueront les images fortes de ce Grand Prix d'Italie. Pour la seconde fois en 1999, après Imola (déjà devant les tifosi...), le champion finlandais s'est auto-éliminé alors qu'il tenait fermement les rênes de la course. De nouveau, il a commis une faute de néophyte: descendre une vitesse de trop. Accablé, Häkkinen se fait violence pour délivrer quelques commentaires devant la presse aux aguets: « C'est ma deuxième erreur de la saison et je suis sûr qu'elle restera la dernière ! » soupire-t-il. « Rien n'annonçait pareille mésaventure. Je menais la course sans subir la moindre pression de Frentzen. Pendant tout le week-end, j'ai abordé cette chicane en deuxième vitesse. Cette fois, j'ai fait la faute de descendre un rapport de plus. Mes roues arrière se sont bloquées partiellement et je suis parti en tête-à-queue. Je me suis rendu compte très vite que j'avais commis une grosse bêtise... »

 

Ce nouvel abandon, son cinquième déjà en 1999, est d'autant plus dommageable que Häkkinen jette les points par les fenêtres depuis la blessure de Michael Schumacher. Si l'on prend en compte Silverstone, Zeltweg, Hockenheim, cette course de Monza, et même Spa où il s'est heurté à son équipier David Coulthard, ce ne sont pas moins de cinq victoires qu'il a laissé échapper depuis cet été. « Quand je pense à toutes ces occasions perdues en si peu de temps, j'ai peine à y croire », lâche-t-il. « Le championnat est ouvert certes, mais on gaspille de belles opportunités ! Nous avons un moteur puissant, une voiture excellente et nous n'en profitons pas ! » Plus exactement, lui-même n'en profite pas, car pendant ce temps-là David Coulthard est revenu à seulement 12 points de son équipier et devient lui aussi un prétendant sérieux à la couronne mondiale... même si sa performance à Monza fut très oubliable.

 

Quoiqu'il en soit, personne n'a le cœur à accabler Mika Häkkinen ce dimanche soir. Ron Dennis et Norbert Haug l'assurent de leur plein soutien. Mais certains journalistes se demandent si le Finlandais pourra se relever d'une pareille désillusion. Inévitablement, le doute va s'instiller dans son esprit et il lui faudra un mental d'acier pour le surmonter. Certains décèlent en ses pleurs le signe infaillible d'une faille psychologique. Mais ne sont-ils pas plutôt un salutaire exutoire ? Un an plus tôt, à la même époque, Häkkinen était dans une situation tout aussi inconfortable face à Michael Schumacher en personne et il pourtant a su triompher et conquérir la couronne mondiale. Alors face à Irvine...

 

... et l'embarras d'Irvine

Car si la morosité règne chez McLaren, on ne pavoise pas non plus chez Ferrari. Certes, Mika Salo ramène une troisième place tout à fait estimable. Mais cela importe peu. Le niveau de la F399 est très inquiétant. Visiblement, la Scuderia a perdu le secret du bon fonctionnement de cette voiture. « Elle l'a perdu avec Schumacher », ajoute-t-on en sourdine. C'est fort probable. Reste que désormais Ferrari n'apparaît plus que comme la troisième force du peloton, derrière McLaren et Jordan. Eddie Irvine est très en colère. Sa piètre sixième place est indigne d'un prétendant au titre mondial. Elle lui permet certes de revenir au niveau de Häkkinen, mais il aurait dû finir beaucoup plus haut et reprendre les commandes du championnat. Et là encore, chacun ne peut s'empêcher de penser au glorieux absent. Face à un Mika Häkkinen aussi fragile, Michael Schumacher aurait sans doute empoché les dix points de la victoire... « Ce point sera peut-être lourd de conséquences à l'heure du bilan », assène pourtant Irvine. « Je l'admets, nous ne pouvons pas être fiers après ce week-end... Nous verrons comment nous serons au Nürburgring. Et au pire, on pourra toujours compter sur un coup de main de Mika. Je parle de Häkkinen, pas de Salo !... » Pour une fois, il ne fait rire personne.

 

Quant à Jean Todt, il reprend peu ou prou le discours déroulé au soir du GP de Belgique: « Tout peut arriver, comme on l'a vu aujourd'hui. Il faut croire en nos chances et garder les pieds sur terre. Notre premier objectif est de mettre le doigt sur ce qui nous empêche d'optimiser une machine qui est intrinsèquement bien meilleure que ce qu'elle montre ces temps-ci ». Et son soutien à l'égard d'Eddie Irvine est toujours aussi... franc: « Bah, il a pris un point. Il a fait de son mieux avec la machine dont il disposait. Bien que le résultat de Salo ait prouvé un potentiel supérieur... » Si avec ça Irvine ne se sent pas rasséréné...

 

La lutte pour le titre des pilotes concerne désormais quatre prétendants : Häkkinen, Irvine (60 points chacun), Frentzen (50 pts) et Coulthard (48 pts). Chez les constructeurs, McLaren-Mercedes (108 pts) n'a qu'une faible avance sur Ferrari (102 pts).

 

Sources :

- Renaud de Labroderie, Le Livre d'Or de la Formule 1999, Solar, 1999

- Formule 1, la saison 1999, Mixing GmbH, 1999

- Sport Auto, octobre 1999

Tony