Depuis son retrait officiel à l'issue de la saison 1987, BMW a conservé un œil sur la Formule 1, entretenant toujours plus ou moins le projet d'y revenir. Cette tentation est aiguisée à compter de 1993 avec l'implication dans la catégorie reine du grand rival allemand Mercedes. À compter de 1995, l'alliance de la firme de Stuttgart avec McLaren, un des géants de la F1, pousse le directoire de la Bayerische Motoren Werke à fomenter une réplique à la même échelle. C'est ce qu'affirme Didier Maitret, président de BMW France, à Renaud de Laborderie, dès mars 1995: « En face de la présence de Mercedes en Formule 1, BMW ne restera pas sans réaction. Ce n'est qu'une affaire de réflexion et d'étude de marché. »

 

Pour concurrencer Mercedes, le constructeur bavarois doit choisir un puissant partenaire, une écurie de référence. Une opportunité apparaît en juin 1996 lorsque Williams, la grande rivale britannique de McLaren, apprend le retrait de Renault à l'issue de la saison 1997. Un mois plus tard, le président de BMW Bernd Pischetsrieder effectue une visite très remarquée à Frank Williams à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne, à Silverstone. Les contacts noués à cette occasion ne cesseront de s'approfondir. En mars 1997, lors du salon automobile de Genève, des représentants de BMW confirment que les tractations sont en voie d'aboutissement. Il s'agit cependant d'un plan à long terme. Les Munichois ne veulent pas se précipiter et prennent leur temps pour évaluer leurs stratégies financière et technologique. Ils préviennent ainsi Frank Williams qu'ils ne seront pas prêts avant l'an 2000. C'est pourquoi, en janvier 1997, Williams achète les futurs V10 Renault rebadgés Mecachrome pour deux saisons (1998-1999) qui s'annoncent donc comme une période de transition.

 

Au printemps 1997, Karl-Heinz Kalbfell, le patron de BMW Motorsport, devient un familier des ateliers de Grove. Flanqué de l'ingénieur vétéran Paul Rosche, il négocie avec Frank Williams et Patrick Head les termes d'un partenariat exclusif et renouvelable de cinq ans avec Williams Grand Prix Engineering. Le constructeur allemand s'engage à investir 160 millions de dollars par an pour développer un moteur qui entrera en service en 2000. En contrepartie de cet investissement colossal, Kalbfell impose deux conditions à Williams. La première, l'installation d'une unité BMW près de l'usine de Grove, est rapidement acceptée. La seconde, toute symbolique, suscite néanmoins davantage de réticences. Munich désire que l'équipe prenne la dénomination officielle de BMW-Williams, soit une formulation inversée par rapport à l'usage. Williams et Head renâclent mais doivent s'incliner, puisqu'il est bien entendu que BMW n'investira pas un pfennig dans leur entreprise. Il s'agit d'une petite révolution dans le monde de la Formule 1: un motoriste prend officiellement l'ascendant sur l'écurie qu'elle fournit. Karl-Heinz Kalbfell s'est fondé pour cela sur une étude marketing qui affirme que la présidence de BMW en F1 bénéficiera ainsi d'une plus grande couverture médiatique.

 

Frank Williams a avalé une couleuvre, mais il peut compter sur l'engagement de son nouvel allié. On l'a dit, les ressources financières allouées au projet sont considérables. Sur le plan technique, BMW se donne également les moyens de réussir. De nombreux ingénieurs vont être recruter pour étoffer l'équipe technique réunie par Paul Rosche. Celle-ci se démarque déjà de la concurrence puisqu'elle entend plancher sur un V12, bien que cette architecture ait été abandonnée par les autres constructeurs. L'annonce officielle du mariage BMW – Williams a lieu le 8 septembre 1997, à l'occasion du salon automobile de Francfort. Bernd Pischetsrieder clame déjà que les ambitions sont à la hauteur des investissements. « Nous n'attendrons pas soixante Grands Prix pour vaincre », prévient-il. Nul doute en effet que BMW revient pour glaner un nouveau titre mondial, après celui conquis en 1983 avec Brabham et Nelson Piquet. Elle a en tout cas deux ans pour se préparer.

 

Sources:

- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 1997, Solar, 1997

Tony