Jean ALESI
 J.ALESI
Benetton Renault
David COULTHARD
 D.COULTHARD
McLaren Mercedes
Heinz-Harald FRENTZEN
 H.FRENTZEN
Williams Renault

610o Gran Premio

LXVIII Gran Premio d'Italia
Nuvoloso
Monza
domenica 7 settembre 1997
53 giri x 5.770 km - 305.810 km
Affiche
F1
Coupe

Lo sapevate?

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Motore
Poussé hors-piste par un Ralf Schumacher maladroit, Johnny Herbert sortira indemne d'un effroyable accident.

Williams-BMW: horizon 2000

 

Présentation de l'épreuve

Le mercredi 27 août, trois jours après le Grand Prix de Belgique, la plupart des écuries débarquent à Monza pour des essais préliminaires en vue du GP d'Italie du 7 septembre. À cette occasion, Ferrari accueille Giovanni Agnelli, le patriarche du groupe Fiat, flanqué de Luca di Montezemolo. Les deux dirigeants échangent longuement avec Jean Todt, Michael Schumacher et Eddie Irvine afin d'évaluer les chances de la Scuderia de remporter cette année les deux championnats, pilotes et constructeurs, qu'elle domine à l'heure actuelle pour quelques points. Montezemolo se montre prudent: « D'après ma vision de la compétition, l'écart final entre Schumacher et Villeneuve sera infime. Nous possédons le meilleur pilote du monde, mais la F310B demeure notre priorité de progression. C'est sur elle que nous devons travailler. » Après avoir passé leurs troupes en revue, Agnelli et Montezemolo s'attardent auprès de Giancarlo Fisichella et Jarno Trulli, les deux espoirs italiens de la Formule 1... qui ne les intéressent pas pour le moment. « Nous ne songeons pas à eux aujourd'hui », reprend Montezemolo. « D'expérience, je sais combien est difficile la vie chez Ferrari pour un Italien. Eux et nous, il nous faut éviter ce type de souci. »

 

En face, chez Williams-Renault, la tension est palpable. Cette incroyable succession de victoires et d'échecs retentissants met à mal les nerfs de l'association franco-britannique. Et comme souvent, les pilotes en prennent pour leur grade. Frank Williams a encore récemment égratigné Heinz-Harald Frentzen, déclarant qu'il n'avait « toujours pas compris comment fonctionnait sa nouvelle maison ». Néanmoins, la position de l'Allemand ne paraît pas menacée pour 1998. Il lui faudra cependant faire profil bas car, contrevenant à ses principes, Williams lui demandera désormais de s'effacer en course devant Jacques Villeneuve afin que celui-ci grappille un nombre maximal de points dans l'optique du championnat du monde.

 

À Monza, il est beaucoup question du procès qui va bientôt opposer devant la Cour de Justice de Londres les équipes Jordan et Benetton autour de l'avenir Giancarlo Fisichella. Celui-ci a été officiellement recruté par l'écurie italo-britannique, dirigée par son propre manager Flavio Briatore, mais Eddie Jordan prétend que le jeune Romain doit rester chez lui en 1998. En fait, Fisichella est lié à deux contrats, l'un avec Briatore, l'autre avec Benetton. Il n'est que « prêté » pour deux ans à Jordan, et cet accord comporte une clause de dédommagement (2,34 millions de dollars) au cas où Benetton, écurie prioritaire, le réclamerait avant terme. Jordan affirme que cette contrepartie n'a pas encore été versée, et de là tire prétexte pour garder Fisichella. Toutefois, cette position paraît fantaisiste, et certains avancent que Briatore et Jordan simuleraient en fait ce conflit afin que Jean Alesi, courtisé par l'Irlandais, revoit ses prétentions salariales à la baisse... Ce stratagème aurait si bien marché que le natif d'Avignon a abandonné la piste Jordan pour se tourner vers Sauber.

 

En tout cas, Giancarlo Fisichella fait le dos rond devant la polémique. « Je ne veux pas être mêlé à cela », dit-il. « Je suis un pilote Benetton prêté à Jordan. Mon futur ne dépend pas de moi, et je serai très heureux chez l'un comme chez l'autre ! » On ne peut être plus accommodant ! Il est vrai que aussi que le beau « Fisico », révélation de cette saison 97, est fort occupé. Il doit répondre à une foule de sollicitations qui doivent autant à son talent qu'à son physique avantageux. « J'ai été engagé comme mannequin par un couturier québécois. Je viens de signer un contrat personnel avec TAG et on m'a demandé de présenter une montre à Beyrouth. Des Anglais m'ont contacté pour lancer une ligne de vêtements de sport au titre du pilote le plus sexy du peloton », énumère-t-il, un peu gêné. Plus gratifiant: Fisichella peut mesurer à Monza qu'il bénéficie auprès des tifosi d'une réelle popularité, ce qui est inhabituel pour un Italien qui ne conduit pas pour Ferrari.

 

Alessandro Benetton est à Monza pour confirmer l'engagement de sa famille en Formule 1, mais aussi le départ de Flavio Briatore, pressenti depuis quelques semaines. Le manager italien ne paraît cependant pas du tout abattu. Il fourmille de projets, se rêve en agent de pilotes ou en ambassadeur de la F1 aux côtés de Bernie Ecclestone, chargé de négocier avec les milieux boursiers. On lui fait confiance pour rebondir sans peine. Comme attendu, son successeur devrait être David Richards, l'actuel patron de l'équipe de rallye Prodrive, cornaqué par un membre de la famille Benetton qui reste à déterminer.

 

Olivier Panis entame la dernière étape de sa convalescence. Son ami Jacques Laffite annonce que le Grenoblois a repris le volant quelques jours plus tôt au Castellet avec une Formule 3, avant de regrimper dans sa Prost-Mugen-Honda le 9 septembre prochain à Magny-Cours. Si tout va bien, il devrait faire son retour sur la grille trois semaines plus tard, au Nürburgring, à l'occasion du Grand Prix du Luxembourg.

 

Le 31 août 1997, le monde a appris avec stupéfaction la mort tragique de Lady Diana Spencer, ex-épouse du prince de Galles. La Formule 1 connaissait bien la princesse qui s'était rendue à plusieurs reprises à Silverstone pour assister au Grand Prix de Grande-Bretagne et remettre le trophée au vainqueur. Très affecté par cette disparition, Damon Hill invite ses compatriotes et collègues à respecter une minute de silence en sa mémoire le samedi 6 septembre, jour des obsèques. Ce temps de recueillement se tient peu avant le coup d'envoi des essais libres et est massivement suivi dans le paddock. Les tribunes saluent quant à elle la mémoire de Lady Di par une salve d'applaudissements.

 

C'est un paddock très « rock'n'roll » qui pose ses bagages à Monza. Entre autres VIP, on aperçoit ainsi Mick Hucknall, du groupe Simply Red, Lisa Stansfield ou encore Phil Collins. Bernie Ecclestone accueille pour sa part l'acteur américain Sylvester Stallone, venu lui acheter les droits de la F1 afin de tourner un film sur cette discipline. Nul doute que le Grand Argentier a su vendre son produit très cher... « Rocky » annonce en tout cas un casting international pour cette superproduction dont le tournage est prévu en 1998.

 

Pour cette épreuve de Monza, les monoplaces sont comme d'habitude gréées au strict minimum. Parmi les évolutions, on note que Williams utilisera pour la première fois en course son contrôle électronique de répartition de freinage. Ferrari apporte trois châssis allégés munis de nouveaux ailerons avant et à l'arrière d'un support qui relève les deux profils. Les F310B sont aussi équipées d'amortisseurs Sachs plus réduits. L'Arrows A18 reçoit un nouveau système de refroidissement ainsi qu'une nouvelle répartition des masses. Benetton inaugure un aileron avant avec un profil principal et deux petits éléments triangulaires qui laissent vide la partie centrale, une pièce qui n'apparaît qu'en qualifications. À l'arrière, les deux profils supérieurs sont encore plus petits que ceux montés à Hockenheim, ce qui fait de la B197 la monoplace la moins chargée aérodynamiquement. La Jordan 197 adopte une importante évolution aérodynamique, avec des pontons considérablement rétrécis, ce qui dégage la zone devant les roues arrière. Les mini-ailerons prennent en outre une forme trapézoïdale. Chez Stewart, Barrichello éprouve aux essais la version « Project 8 » du V10 Ford-Cosworth, avant de revenir au « Project 7 » pour la course. La SF-01 se distingue en outre par son aileron arrière extrêmement mince, comparable à un plan de F3. Minardi teste une suspension, à trois éléments, dotée d'un gros ressort coaxial pour maîtriser le roulis. Celle-ci est remisée lorsqu'une rupture d'écrou expédie Katayama dans les graviers vendredi après-midi.

 

Essais et qualifications

Les Williams-Renault dominent les essais du vendredi, Frentzen devançant Villeneuve. La séance est interrompue en début d'après-midi par l'accident de Katayama cité plus haut. Le Japonais heurte violemment la barrière à la Parabolica, ce qui nécessite une intervention des commissaires pour réparation. La voiture de sécurité entre en piste pour aider le Nippon. Elle est pilotée par Arturo Merzario... qui l'enlise dans les graviers ! Samedi matin, les Williams sont de nouveau très rapides mais menacées par Alesi dont la Benetton est munie du même moteur Renault.

 

Samedi après-midi la séance qualificative se déroule sous une forte chaleur. Fisichella, Frentzen et Häkkinen détiennent successivement la pole position, avant d'être vaincus par Alesi et sa Benetton-Renault (1'22''990'''). L'Avignonnais réalise la deuxième pole de sa carrière, trois ans après la première signée ici même à Monza sur Ferrari. Berger (7ème) est moins heureux car, contrairement à son équipier, il n'a pas déniché les meilleurs réglages. Déception chez Williams: Frentzen (2ème) manque la position de pointe pour 52 millièmes perdus dans une petite excursion hors-piste. Villeneuve (4ème) juge pour sa part son équilibre imparfait. En pleine confiance, Fisichella place sa Jordan-Peugeot en troisième position et vise ouvertement la victoire pour le lendemain. R. Schumacher (8ème) est en retrait, handicapé par des soucis de direction. Des difficultés chez McLaren: si le moteur Mercedes est surpuissant, Häkkinen (5ème) et Coulthard (6ème) en cassent chacun un exemplaire... Les Ferrari (M. Schumacher 9ème, Irvine 10ème) pâtissent ici d'une déficience aérodynamique globale, signalée depuis le début de la saison sur les pistes rapides. Elles génèrent trop peu d'effet de sol et compensent leur manque d'équilibre dans les courbes rapides avec des ailerons plus gros que ceux de la concurrence. En outre, selon Schumacher, les pneus Goodyear surchauffent du fait de la fournaise.

 

Chez Stewart, Magnussen étonne en dominant Barrichello durant les essais. Hélas, en qualifications, le Danois heurte un trottoir et se place finalement 13ème, deux rangs derrière son équipier. Les Sauber-Petronas manquent ici de grip et d'équilibre. Herbert (12ème) sort samedi matin à la Variante Ascari. Morbidelli (18ème) a bien du mal à demeurer sur le bitume. Les mêmes problèmes frappent les Arrows-Yamaha (Hill 14ème, Diniz 17ème) qui en outre manquent toujours de fiabilité. Les Prost-Mugen manquent de puissance pour briller ici. Nakano (15ème) devance Trulli (16ème) qui se replie sur le mulet après une panne de pompe à huile. Les Tyrrell-Ford (Salo 19ème, Verstappen 20ème) sont correctement équilibrées mais leur V8 anémique leur interdit de briller à Monza. Enfin, chez Minardi-Hart, Katayama (21ème) comme Marques (22ème) ratissent plusieurs fois les graviers.

 

Les tifosi ayant compris que les Ferrari ne brilleraient pas ce week-end, ils réservent une ovation à leur enfant chéri Jean Alesi dont le passage chez les Rouges demeure impérissable. De retour aux stands après un émouvant tour d'honneur, le Français est chaudement fêté par ses mécaniciens de Benetton et par Flavio Briatore qui le juge « meilleur que jamais » ! Alesi rêve maintenant à la victoire...

 

Le Grand Prix

Häkkinen réalise le meilleur chrono du warm-up devant R. Schumacher et Coulthard. Les Williams sont curieusement en retrait tandis que M. Schumacher casse son moteur. Les mécaniciens de Ferrari vont devoir le remplacer et déjeuneront sur le pouce. Au cours de cet échauffement, Villeneuve ignore un drapeau jaune, ce qui lui vaut une convocation chez les commissaires sportifs. Ceux-ci lui infligent une sanction assez rude: un Grand Prix de suspension avec sursis et une mise à l'épreuve de neuf courses ! Autant dire que le Canadien ne devra pas laisser ses yeux dans sa poche s'il veut remporter le titre mondial.

 

C'est dans une douce atmosphère de fin d'été que se déroule ce Grand Prix d'Italie. Les écuries, qu'elles soient chaussées par Goodyear ou par Bridgestone, ne planifient qu'un seul arrêt-ravitaillement, sauf Stewart qui rappellera Barrichello et Magnussen deux fois. On l'a dit, Jordan-Peugeot guigne les lauriers et Fisichella s'élancera avec un composé tendre, dans l'espoir de prendre les commandes dès le coup d'envoi et de s'enfuir aisément.

 

Départ: Alesi conserve l'ascendant sur Frentzen tandis que Coulthard surgit de la troisième ligne pour pointer en troisième position au premier freinage. Suivent Fisichella, Villeneuve et Häkkinen. Aucun incident à signaler à la première chicane.

 

1er tour: Alesi est premier devant Frentzen, Coulthard, Fisichella, Villeneuve, Häkkinen, M. Schumacher, Berger, Irvine et Herbert.

 

2e: Alesi compte une seconde et demie d'avance sur Frentzen, menacé par Coulthard. Fisichella a manqué son pari: mal parti, il navigue en quatrième position. Septième, Schumacher peine à suivre Häkkinen et doit plutôt surveiller Berger.

 

3e: Coulthard roule sur les talons de Frentzen sans pouvoir le doubler. Alesi précède ce duo de deux secondes.

 

4e: Diniz quitte la route à la première chicane suite à un bris de suspension arrière. Le jeune Brésilien rejoint ensuite son garage pour abandonner.

 

6e: Alesi mène devant Frentzen (2s.), Coulthard (2.6s.), Fisichella (4.9s.), Villeneuve (5.5s.), Häkkinen (6.3s.), M. Schumacher (8.3s.), Berger (8.5s.), Irvine (11.1s.), Herbert (12s.), R. Schumacher (12.5s.) et Trulli (13s.).

 

8e: Coulthard maintient la pression sur Frentzen mais les perturbations aérodynamiques l'empêchent de se laisser aspirer. Plus loin, Villeneuve doit contenir Häkkinen. M. Schumacher est toujours aux prises avec Berger.

 

9e: Fisichella est déçu de ses pneus tendres: non seulement il ne peut suivre le duo Frentzen – Coulthard, mais il doit retenir Villeneuve et Häkkinen. Le pneu avant-gauche de Katayama déchape à la Variante della Roggia. Le petit Japonais parvient à regagner son garage mais ce sera pour mettre pied à terre.

 

10e: Alesi est premier devant Frentzen (2.7s.), Coulthard (3.3s.), Fisichella (6.8s.), Villeneuve (8.1s.), Häkkinen (8.4s.), M. Schumacher (11.1s.), Berger (11.7s.), Irvine (15s.), Herbert (16s.), R. Schumacher (16.7s.) et Trulli (17.5s.).

 

12e: Tout va bien pour Alesi qui repousse Frentzen à trois secondes. Coulthard est toujours sur les talons de ce dernier.

 

13e: Verstappen abandonne à son garage, bloqué en cinquième vitesse après une chute de pression d'air.

 

15e: La ronde monotone se poursuit. Alesi précède Frentzen (2.8s.), Coulthard (3.4s.), Fisichella (7s.), Villeneuve (8.6s.), Häkkinen (9.1s.), M. Schumacher (14s.), Berger (14.4s.), Irvine (18.6s.), Herbert (19.7s.), R. Schumacher (20.1s.), Trulli (22.2s.) et Magnussen (24.6s.).

 

16e: Salo et Marques sont les premiers pilotes à ravitailler.

 

17e: Frentzen réduit quelque peu son retard sur Alesi mais ne parvient pas à décramponner Coulthard. Barrichello effectue le premier de ses deux arrêts-ravitaillements.

 

18e: Coulthard tourne en 1'26''116''' et ne laisse pas le temps de souffler à Frentzen. Premier pit-stop pour Magnussen.

 

20e: Alesi commence à rencontrer du survirage dans les chicanes. Frentzen et Coulthard reviennent à une seconde et demie de la Benetton de tête.

 

22e: Frentzen et Coulthard reprennent des pognées de centièmes à Alesi. Le trio de tête se tient en deux secondes. Le premier groupe de chasse comprend Fisichella, Villeneuve et Häkkinen tandis que M. Schumacher est toujours pressé par Berger.

 

24e: Frentzen et Coulthard sont revenus à une seconde d'Alesi. D'autre part, les pneus tendres de Fisichella s'abîment et le Romain doit retenir Villeneuve.

 

26e: Frentzen roule en 1'25''998''' et ne rend plus que quatre dixièmes à Alesi. Cependant la charge aérodynamique des bolides est telle que dépasser en piste paraît impossible.

 

27e: Alesi mène devant Frentzen (0.3s.), Coulthard (0.7s.), Fisichella (5.1s.), Villeneuve (5.8s.), Häkkinen (6.4s.), M. Schumacher (17.1s.), Berger (18.1s.), Irvine (23s.), Herbert (26.2s.), R. Schumacher (26.7s.), Trulli (34.7s.) et Hill (38.8s.).

 

28e: Alesi, Frentzen et Coulthard se tiennent dans un mouchoir. Villeneuve est le premier des favoris à ravitailler (11s.). Le Canadien reprend la piste en onzième position.

 

29e: Frentzen effectue son pit-stop (10.3s.). puis repart en huitième position entre Berger et Irvine. Ravitaillement aussi pour Trulli.

 

30e: Aux trousses d'Alesi, Coulthard rattrape un gros survirage en quittant la Variante Ascari. Fisichella et Häkkinen sont revenus à environ quatre secondes des deux leaders. Herbert subit son arrêt-ravitaillement (10s.). Barrichello effectue lui un second pit-stop.

 

31e: Fisichella subit un court pit-stop (9s.) et reprend la piste entre Frentzen et Villeneuve.

 

32e: Voici l'instant crucial du Grand Prix: Alesi et Coulthard pénètrent ensemble dans la voie des stands pour ravitailler. L'arrêt de l'Écossais dure huit secondes, celui du Français neuf secondes. Le stand McLaren étant situé après celui de Benetton, Coulthard n'a aucune peine à repartir devant son rival. R. Schumacher, Hill, Nakano et Morbidelli ravitaillent également. Magnussen stoppe chez Stewart pour son second arrêt mais ne repartira jamais à cause d'une panne de transmission.

 

33e: Häkkinen est leader provisoire, douze secondes devant M. Schumacher et Berger. Coulthard et Alesi sont désormais respectivement quatrième et cinquième. Le pilote McLaren est donc le grand gagnant de ces ravitaillements puisqu'il est maintenant le leader virtuel. Irvine passe aux stands en fin de parcours (8s.) et ressort devant Herbert et R. Schumacher.

 

34e: Häkkinen fait escale chez McLaren (9.2s.) et cède le commandement à M. Schumacher. Le Finlandais fait une excellente affaire puisqu'il repart devant Fisichella. Berger effectue son unique pit-stop (9.5s.) puis retrouve le circuit devant Irvine. Salo quitte l'épreuve suite à une casse moteur. Deuxième arrêt de Marques.

 

35e: M. Schumacher reprend de l'essence et des pneus neufs en un éclair (7.2s.). Il retombe cependant en septième position. Coulthard s'empare de la première place.

 

36e: Coulthard est en tête devant Alesi (2.1s.), Frentzen (3.2s.), Häkkinen (3.8s.), Fisichella (5.2s.), Villeneuve (6.3s.), M. Schumacher (13.1s.), Berger (18.1s.), Irvine (21.5s.), Herbert (29.8s.), R. Schumacher (30.5s.) et Hill (45.7s.).

 

37e: Häkkinen menaçait sérieusement Frentzen, mais il joue de malchance car son train de pneus se couvre de bulles. Pensant subir une crevaison, il rentre aux stands à petite allure et change d'enveloppes en sept secondes. Il sombre en quatorzième position. Par conséquent, M. Schumacher entre dans les points.

 

38e: Coulthard compte trois secondes de marge sur Alesi. R. Schumacher pourchasse Herbert pour le gain de la neuvième place.

 

39e: R. Schumacher fait l'extérieur à Herbert au passage de la ligne. Le jeune Allemand passe sans problème, mais à l'amorce de la chicane, là où la piste se rétrécit, il tasse stupidement son adversaire vers l'extérieur. Leurs roues se frôlent. Herbert dérape dans le gazon à 330 km/h et entame une effrayante embardée. La Sauber pivote sur elle-même, s'envole au-dessus du bac à graviers, puis frotte le rail avant de s'encastrer avec violence dans une barrière de pneumatiques. Par bonheur, Herbert sort sans problème de son épave. Quant à Schumacher Jr., il regagne son stand au ralenti.

 

40e: R. Schumacher reste longuement immobilisé chez Jordan avant de repartir. Une grue retire la Sauber détruite de Herbert.

 

41e: Trois secondes séparent Coulthard et Alesi. Fisichella se rapproche de Frentzen. R. Schumacher rentre définitivement aux boxes, sa suspension avant-droite ayant trop souffert de la touchette avec Herbert.

 

43e: Fisichella est de nouveau en difficulté: semé par Frentzen, il est menacé par Villeneuve.

 

45e: Coulthard devance Alesi (3.8s.), Frentzen (6.3s.), Fisichella (8.8s.), Villeneuve (9.6s.), M. Schumacher (16.1s.), Berger (17.8s.), Irvine (23s.), Hill (55.3s.) et Trulli (57s.). Häkkinen prend la onzième place à Nakano.

 

47e: Häkkinen déborde Trulli dans la ligne droite principale. Le moteur Yamaha de Hill explose au niveau de la Parabolica. Le champion du monde se range dans l'herbe.

 

49e: Coulthard a sécurisé une avance d'environ trois secondes sur Alesi. Villeneuve menace toujours Fisichella sans pouvoir le dépasser. Häkkinen fixe le meilleur tour définitif (1'24''808'''). Ce sera le premier de sa carrière.

 

50e: Les leaders sont pris dans le trafic, d'où un resserrement des écarts. Alesi et Frentzen perdent notamment un peu de temps derrière Morbidelli.

 

51e: Coulthard précède Alesi (2.2s.), Frentzen (4.4s.), Fisichella (5.7s.), Villeneuve (6.5s.), M. Schumacher (12.1s.), Berger (13.6s.) et Irvine (19s.).

 

53ème et dernier tour: David Coulthard remporte sa deuxième victoire avec McLaren-Mercedes. Alesi échoue à la deuxième place. Frentzen monte sur la troisième marche du podium. Fisichella est quatrième mais déçu, car il rêvait de gagner en Italie. Villeneuve se classe cinquième, M. Schumacher sixième. Les six premiers se tiennent en seulement onze secondes. Suivent Berger, Irvine, Häkkinen, Trulli, Nakano, Morbidelli, Barrichello et Marques.

 

Après la course: Coulthard, vainqueur aux puits

Ce Grand Prix d'Italie ne fut qu'une morne procession sans dépassement dont l'issue s'est décidée dans les stands. En effet, c'est la stratégie définie par McLaren et la célérité de ses mécaniciens qui ont permis à David Coulthard de l'emporter sur Jean Alesi et Heinz-Harald Frentzen. Le jeune Écossais ne boudera pas son plaisir: il n'avait inscrit que quatre points depuis son précédent succès, six mois plus tôt à Melbourne ! « Je savais que les arrêts joueraient en ma faveur car nous avions emporté une grande quantité d'essence afin de rester en piste le plus longtemps possible » explique-t-il. « Ainsi, avec moins de carburant à embarquer, mon arrêt serait très bref. Ce fut la clef de la course. Après cette opération, le reste de l'après-midi fut presque une promenade. Je me contentais d'un rythme de croisière. » Coulthard avoue que son seul souci dans les derniers kilomètres fut de décider s'il sabrerait ou non le champagne sur le podium ! « Me seule pensée était pour Lady Diana. Que devrais-je faire de mon magnum ? J'en ai discuté avec mon stand et nous avons opté pour la discrétion. » De fait, la douche au champagne a bien eu lieu afin de ne pas décevoir les tifosi, mais elle fut très courte... Plus sérieusement, cette deuxième victoire en 1997 démontre l'excellence du V10 Mercedes – Ilmor, sans doute le plus puissant du peloton à haut régime. « Nous sommes fiers d'avoir vaincu Ferrari chez elle ! » proclame Norbert Haug, bien que sa firme ait en l'occurrence surtout battu Renault... Reste maintenant à offrir à ce moteur un châssis performant, ce à quoi Adrian Newey travaille d'arrache-pied depuis quelques mois.

 

Comme en 1994, Jean Alesi n'a pas pu transformer une pole position à Monza en victoire. Cette fois, la mécanique ne l'a pas trahi: il fut tout simplement battu à la pompe à Coulthard ! « David est entré aux stands derrière moi et est ressorti devant, c'est aussi simple que cela ! » soupire-t-il. « Que dire d'autre ? J'ai pris un excellent départ, ma Benetton fonctionnait à merveille et Renault m'avait donné un moteur aussi efficace que d'habitude. Mon unique souci fut un gros survirage dans les virages lents. J'ai préféré lever un peu le pied et me faire recoller par Frentzen et Coulthard. Mais je contrôlais facilement la course. À moins d'une faute, ils ne pouvaient espérer me doubler. Tout cela est très décevant. Rageant même. Je me demande ce qu'il faut faire pour accrocher cette victoire qui se défile à chaque fois... » Pauvre Jean !

 

Cette course n'aura a priori aucun impact sur l'issue du championnat du monde puisque Jacques Villeneuve ne reprend qu'un point à Michael Schumacher. Celui-ci juge que sa Ferrari ne valait pas mieux que cette sixième place et n'est pas trop déçu. « Le point récolté par Michael vaut de l'or », professe Jean Todt. En revanche, la Williams-Renault valait mieux que la cinquième position ramenée par Villeneuve, comme en témoigne la bonne prestation de Frentzen. « J'ai pris un départ moyen, puis je me suis retrouvé en sandwich entre Fisichella et Coulthard au premier freinage. Jouant plus le titre que la victoire, j'ai préféré me tenir à l'écart », explique-t-il un peu penaud. Parti avec peu d'essence, il s'est retrouvé englué dans le trafic et n'a pas pu profiter de la légèreté de sa monture. Villeneuve pointe du doigt les charges aérodynamiques trop importantes des monoplaces qui empêchent ici tout dépassement. « Je tenais le rythme de Fisichella mais je ne pouvais pas le doubler: dès que je m'approchais, je perdais tous mes appuis ! Je ne voulais pas finir dans les graviers, comme à Hockenheim. » Des arguments recevables, mais qui ne font pas oublier que le Canadien, doté de la meilleure voiture du peloton, concède dix points à Schumacher à quatre courses du terme du championnat du monde. La fabuleuse aventure Williams-Renault risque donc de se clore sur un échec. Seule consolation: le team de Grove revient à une longueur de Ferrari (85 pts à 84) au classement des constructeurs.

 

Les incartades de « Monsieur Frère »

Enfin, Ralf Schumacher s'est illustré en expédiant Johnny Herbert dans un mur de pneus à près de 300 km/h. Le Britannique, très secoué mais indemne, fait preuve de flegme et ne s'emporte pas contre son adversaire, mais il s'interroge à haute voix sur ses motivations. « Je ne suis pas fâché, mais j'aimerais comprendre ! » s'exclame-t-il. « Il m'avait dépassé certes, mais n'avait pas à braquer vers moi d'un coup sec, comme cela ! Son comportement révèle une totale inexpérience et une ignorance des risques encourus. Il a risqué ma vie, la sienne et celle des commissaires, car nos roues auraient très bien pu se toucher, et je serais devenu un projectile fou... Et tout ça pour quoi ? Pour une neuvième place ! » Peter Sauber, qui a eu très peur pour son pilote, est encore plus sévère: « Un garçon qui utilise de tels moyens pour parvenir à ses fins n'est pas seulement un danger public. Il donne aussi une piètre image de notre sport. »

 

Hélas, comme à son habitude, Schumacher cadet s'enferre dans le déni et... accuse son adversaire. « Herbert a fait une faute dans la parabolique, ce qui m'a permis de revenir à sa hauteur », affirme la tête à claques. « Oui, nous étions à plus de 340 km/h, oui tout cela aurait pu être très dangereux, mais j'étais à l'intérieur et le freinage était à mon avantage. Il aurait dû dès lors comprendre que c'était à lui de céder et me laisser plus d'espace. » Les commissaires sportifs, peu regardants, se laissent convaincre par ce galimatias et absolvent Ralf Schumacher de toute sanction. Une mansuétude qui étonne, surtout si on la compare avec la sévère punition infligée à Jacques Villeneuve à l'issue de l'échauffement du dimanche matin.

Tony