David COULTHARD
 D.COULTHARD
McLaren Mercedes
Jacques VILLENEUVE
 J.VILLENEUVE
Williams Renault
Heinz-Harald FRENTZEN
 H.FRENTZEN
Williams Renault

611o Gran Premio

XXVI Grosser Preis von Osterreich
Piena di sole
Spielberg
domenica 21 settembre 1997
71 giri x 4.323 km - 306.933 km
Affiche
F1
Coupe

Lo sapevate?

Pilota
Costruttore
Motore
Jean Alesi s'envole après s'être fait tasser par Eddie Irvine.

Transferts: Hill chez Jordan, Alesi chez Sauber

 

Présentation de l'épreuve: retour en Autriche

1987 – 1997: après dix ans d'absence, l'Autriche retrouve une place au championnat du monde. La Formule 1 redécouvre les verts monts de Styrie et la petite ville de Spielberg, mais le vieil Österreichring n'est plus là. Il a été entièrement redessiné en 1995 par le jeune architecte allemand Hermann Tilke qui a conçu un tracé raccourci, doté de seulement huit virages. La première portion comprend trois lignes droites et des freinages appuyés, avant une seconde partie plus sinueuse. Le dénivelé est toujours aussi important: cela monte et descend sans cesse, l'endroit le plus spectaculaire étant sans nul doute l'épingle de Remus sise au sommet d'une colline. Ce circuit est rebaptisé « A1 Ring », du nom de la compagnie de téléphonie qui a financé les travaux en partenariat avec le Land de Styrie et la ville de Spielberg. Son contrat avec la Formule 1 court jusqu'en 2002. Les pilotes jugent assez sévèrement cette nouvelle piste qu'ils perçoivent comme trop courte et aseptisée. « C'est comme s'ils avaient pris des bouts de lignes droites pour les plier en deux et les coller bout à bout », râle Jacques Villeneuve. « On démarre, on fait le tour puis on franchit la ligne en se demandant où ils ont mis le reste du circuit ! »

 

Le hasard fait bien les choses: seul Autrichien en lice, Gerhard Berger est aussi le seul pilote du plateau à avoir connu feu l'Österreichring. Il y a même effectué ses débuts en Formule 1, en 1984, sur une ATS-BMW. « C'était le bon temps », soupire celui qui est aussi le dernier rescapé de l'ère des turbos. Mais Berger chasse la nostalgie pour se concentrer sur son avenir. Comme prévu, celui-ci ne passera pas par Benetton puisque Flavio Briatore annonce sans surprise que c'est un autre Autrichien, Alexander Wurz, qui sera l'équipier de Giancarlo Fisichella en 1998. Berger accueille cette nouvelle avec détachement et y répond... par une pure intox: « J'ai 20 % de chances de piloter chez Williams l'année prochaine », proclame ce vieux farceur. Le grand Gerhard est en pleine forme. Lorsqu'on lui demande s'il serait prêt à apparaître dans le prochain film de Sylvester Stallone consacré à la F1, il répond: « Oui, surtout si c'est un porno ! ... » Ses commentaires sur ce retour en Autriche ne manquent pas non plus de piquant: « Les filles sont plus jolies qu'il y a dix ans. Par contre, on les a mis derrière des grillages, avec les autres spectateurs. Cela vaut mieux en un sens, car aujourd'hui je suis marié. »

 

La tension monte entre Jacques Villeneuve et Patrick Head, toujours à propos de certains réglages que le pilote québécois souhaite imposer à sa FW19 contre l'avis du staff technique. L'inévitable Craig Pollock tente de désamorcer ce qui ressemble à un début de crise en s'entretenant avec Frank Williams. Cela n'empêche la rumeur d'une prochaine rupture de courir le paddock, sous le regard inquiet des responsables de Renault qui veulent à tout prix quitter la Formule 1 sur une bonne note. Aussi, plus qu'un Pollock partisan, c'est Christian Contzen, le directeur général de Renault Sport, qui arrondit les angles entre la structure Williams et Villeneuve. Reste que ce dernier se sent de plus en plus esseulé et peu soutenu dans sa quête de la couronne mondiale. Il comprend un peu tardivement la philosophie de Williams. « Je ne me sens pas au mieux dans une écurie qui ne songe qu'au titre mondial des constructeurs », lâche-t-il, désabusé.

 

Pendant ce temps-là, Michael Schumacher a beaucoup roulé à Fiorano afin d'éprouver les dernières évolutions du V10 Ferrari. A cette occasion, le « Baron rouge » a même trouvé le temps de faire une pige chez Sauber-Petronas, parcourant pas moins de 84 tours au volant de la C16 afin d'aider l'écurie helvétique à peaufiner ses réglages en configuration qualifications. Cela lui permet aussi au passage de comparer l'ancienne version du moteur Ferrari et la nouvelle.

 

Jarno Trulli disputera ici sa dernière course pour Prost GP, du moins en 1997, car Olivier Panis retrouvera son baquet huit jours plus tard au Nürburgring pour le GP du Luxembourg. Le jeune Italien est amer: il n'a inscrit que trois points durant son intérim et craint de se retrouver sans volant pour 1998. Néanmoins, la récente rupture des négociations entre Alain Prost et Damon Hill lui laisse espérer de rendosser la combinaison bleue la saison prochaine. À tout hasard, Trulli et son manager Lucio Cavuto maintiennent le contact avec Giancarlo Minardi qui serait heureux de retrouver la saison prochaine l'espoir italien.

 

Williams-Renault utilise ici un contrôle électronique de répartition de freinage qui nécessite l'ajout de trois boutons supplémentaires sur le volant de la FW19. M. Schumacher récupère le châssis Ferrari allégé endommagé en Hongrie, destiné à devenir à son mulet, et qu'il utilisera en fait durant la majeure partie du week-end, préférant son comportement à celui de sa voiture officielle. La McLaren MP4/12 arbore un nouvel aileron avant qui ressemble fort à celui des Williams FW17 et FW18. La patte d'Adrian Newey... De son côté, John Barnard finit ses retouches sur l'Arrows-Yamaha avec des ailerons remaniés à l'avant comme à l'arrière. La Jordan-Peugeot arbore dorénavant des entrées de pontons de forme carrée qui permettent de relever la garde au sol sur les pistes bosselées sans perte d'efficience aérodynamique. La Sauber se pare d'un aileron avant modifié et d'un nouveau dispositif de soufflage au-dessus de l'extracteur. Les « candélabres » réapparaissent vendredi sur les Tyrrell avant d'être démontés, le circuit de Spielberg ne nécessitant pas beaucoup d'appuis, contrairement à ce que prédisaient certaines simulations.

 

Côté pneus, Bridgestone se singularise en apportant ici des pneus avant plus étroits qu'à l'ordinaire destinés à atténuer le sous-virage sur le revêtement tout neuf et donc fort peu abrasif de l'A1-Ring. Ces gommes vont faire merveille... du moins tant qu'il ne fera pas trop chaud.

 

Essais et qualifications

Jeudi 18 septembre, les pilotes ont droit à une première session d'essais non officiels afin de découvrir l'A1-Ring. Les pneus Bridgestone se montrent extrêmement performants sur cette surface toute neuve, peu abrasive, d'où un tiercé gagnant Hill – Barrichello – Magnussen ! Alesi (4ème) est le premier des Goodyear devant Trulli, qui roule en Bridgestone. Vendredi, tout semble rentrer dans l'ordre avec une longue séance dominée par les Williams-Renault et la Ferrari de M. Schumacher, toutes trois chaussées par Goodyear. Seul Barrichello et sa Stewart-Ford émergent dans le clan Bridgestone. Il pleut dans la nuit du vendredi au samedi. La deuxième séance libre débute sur une piste asséchée mais froide et très glissante. Bridgestone reprend alors le pouvoir, avec Diniz, Trulli et Magnussen aux avant-postes !

 

On l'a compris, les pneumatiques vont jouer un rôle crucial en qualifications. En difficulté, Goodyear sélectionne une gomme dure tandis que Bridgestone parie sur son composé tendre. Personne ne roule lors des vingt premières minutes: chacun attend que l'atmosphère se réchauffe afin que les gommes montent vite en température. A 13h20, les monoplaces commencent à s'ébranler. Barrichello détient longtemps le meilleur chrono, mais c'est dans le dernier quart d'heure que les choses sérieuses commencent avec une bagarre pour la pole entre Villeneuve et Häkkinen, remportée par le Canadien.

 

Villeneuve obtient sa huitième position de pointe de la saison (1'10''304''') et doit surtout cette performance à la chaleur élevée qui lui permet de tirer un excellent parti des Goodyear durs. Sur l'autre Williams-Renault, Frentzen (4ème) perd du temps en désarmant par erreur son régulateur de freinage électronique. Häkkinen (2ème) frôle la pole pour 94 millièmes au volant d'une McLaren-Mercedes en plein progrès. Coulthard (10ème) est beaucoup moins heureux en raison d'un sous-virage persistant. Trulli connaît une séance mouvementée car il casse son moteur Mugen au bout de quelques instants. Le jeune Italien saute dans le mulet Prost et décroche à son volant un exceptionnel troisième temps. Il est malgré tout déçu car, sans sa casse moteur, il aurait pu viser la pole. Sur l'autre machine bleue, Nakano (16ème) subit pour sa part un gros survirage et casse un autre V10. Munies comme les Prost de pneus Bridgestone, les Stewart-Ford (Barrichello 5ème, Magnussen 6ème) monopolisent la troisième ligne, ce qui est leur meilleure qualification en 1997. Chez Arrows, qui roule aussi Bridgestone, Hill obtient une belle septième place. Déception en revanche pour Diniz (17ème), stoppé par deux pannes du moteur Yamaha, sur sa voiture de course puis le mulet.

 

Aucun des choix de pneumatiques retenus par Ferrari (Goodyear tendres pour Irvine, durs pour M. Schumacher) ne fonctionne: les F310B concèdent une seconde à Villeneuve. Irvine (8ème) devance pour une fois Schumacher (9ème) qui est tombé en panne sèche dans son tour le plus rapide. Les Jordan-Peugeot (R. Schumacher 11ème, Fisichella 14ème), quoique bien équilibrées, n'ont ici aucun grip. Les Sauber-Petronas (Herbert 12ème, Morbidelli 13ème) ne brillent guère après avoir choisi les Goodyear tendres. Séance catastrophique pour les Benetton-Renault qui, comme les Jordan, ne génèrent aucune adhérence. Alesi (15ème) et Berger (18ème) sont repoussés en fond de grille. « Ma fête est gâchée », soupire l'Autrichien qui rêvait de briller chez lui. Katayama se satisfait du 19ème temps réalisé au volant d'une Minardi-Hart bien équilibrée (et chaussée par Bridgestone). Marques réalise un chrono proche de celui de son équipier, mais il est hélas disqualifié et exclu du Grand Prix pour avoir roulé trois kilogrammes en dessous du poids minimal. Tricherie ? Pas du tout, le jeune Brésilien a seulement maigri de 3 kg !... Les commissaires n'ont aucune mansuétude pour la petite Scuderia qui n'alignera dimanche que le seul Katayama. Les Tyrrell-Ford sont en fond de grille, Verstappen (20ème) devançant Salo (21ème) tombé en panne de moteur.

 

Le Grand Prix

Häkkinen réalise le meilleur temps du warm-up devant Trulli et M. Schumacher. Les Williams sont loin mais ont tourné avec beaucoup d'essence en prévision de la course. Ce retour de la Formule 1 en Autriche est un immense succès populaire puisque 150 000 spectateurs se massent dans les gradins flambant neufs et les tribunes naturelles, à flanc de colline, de l'A1-Ring. Les Autrichiens célèbrent bruyamment leur héros Gerhard Berger, mais on compte aussi beaucoup d'Allemands et d'Italiens qui ne jurent que par « Schumi » et sa Ferrari. Le soleil est au rendez-vous, mais l'atmosphère est plus fraîche que la veille (15°C), ce qui paraît devoir avantager Bridgestone. Néanmoins, les Stewart-Ford, chaussées par le manufacturier nippon, tablent sur deux arrêts alors que presque toute la concurrence ne passera qu'une fois à la pompe.

 

Tour de formation: Un voyant clignote sur le tableau de bord de Berger. Inquiet, celui-ci regagne son stand où l'on s'aperçoit qu'il s'agit d'une fausse alerte. Le pilote Benetton s'élancera depuis la pit-lane.

 

Départ: Villeneuve fait patiner ses roues et se fait immédiatement doubler par Häkkinen qui vire en tête au premier virage. Trulli parvient ensuite à faire l'intérieur au Canadien et s'empare de la seconde position. Plus loin, les Stewart de Barrichello et Magnussen passent devant Frentzen.

 

1er tour: Barrichello déborde Villeneuve dans la descente vers le droit de Schlossgold. Häkkinen semble devoir conclure ce premier tour aux avant-postes lorsque son moteur Mercedes serre dans la Jochen Rindt Kurve. Le malheureux Finlandais se gare sur le bas-côté, au pied de la grande tribune. Trulli recueille le commandement.

 

2e: Aussi incroyable que cela puisse paraître, la Prost de Trulli mène la course devant la modeste Stewart de Barrichello. Villeneuve, troisième, n'a pas encore fait monter ses pneus en température et est menacé par Magnussen. Suivent Frentzen, M. Schumacher, Coulthard, Hill, R. Schumacher et Irvine. Berger exécute un tête-à-queue au sommet de l'épingle Remus.

 

3e: Trulli est premier devant Barrichello (1.4s.), Villeneuve (2.7s.), Magnussen (3.1s.), Frentzen (5.1s.), M. Schumacher (5.4s.), Coulthard (6.3s.), Hill (6.6s.), R. Schumacher (8.1s.), Irvine (9.1s.), Alesi (9.7s.) et Fisichella (10.6s.).

 

5e: Trulli accroît légèrement son avantage sur Barrichello tandis que Villeneuve prend un peu de champ sur Magnussen.

 

6e: Trulli améliore ses chronos à chaque passage pendant que M. Schumacher se fait très pressant derrière Frentzen.

 

8e: Trulli possède deux secondes et demie de marge sur Barrichello. Villeneuve évolue à quatre secondes du jeune Transalpin.

 

9e: Décroché par Villeneuve, Magnussen est désormais menacé par un quatuor composé de Frentzen, M. Schumacher, Coulthard et Hill

 

11e: Trulli mène devant Barrichello (3.7s.), Villeneuve (4.8s.), Magnussen (10.2s.), Frentzen (10.8s.), M. Schumacher (11.5s.), Coulthard (12.1s.), Hill (13s.), R. Schumacher (14.4s.), Irvine (19s.), Alesi (19.6s.) et Fisichella (20.6s.).

 

12e: Trulli est toujours le plus véloce actuellement et repousse Barrichello à quatre secondes. Villeneuve est revenu à quelques dixièmes du Brésilien. Frentzen bute sur Magnussen et doit en outre surveiller Schumacher dans ses rétroviseurs.

 

14e: Alesi dépasse Irvine à l'épingle, suivi par Fisichella qui s'engouffre dans la brèche et se débarrasse également du pilote Ferrari.

 

16e: Villeneuve commence à sérieusement menacer Barrichello. R. Schumacher rejoint le groupe bloqué derrière Magnussen.

 

17e: Trulli précède Barrichello (6.1s.), Villeneuve (7s.), Magnussen (15.6s.), Frentzen (12.3s.), M. Schumacher (16.7s.), Coulthard (17.5s.), Hill (18.1s.), R. Schumacher (19.2s.) et Alesi (25.5s.).

 

18e: Chaque Williams klaxonne derrière une Stewart: Villeneuve derrière Barrichello, Frentzen derrière Magnussen. Le mercure monte et les pneus Goodyear atteignent leur fenêtre de fonctionnement optimale tandis que les Bridgestone souffrent davantage. Verstappen effectue un premier ravitaillement.

 

20e: Trulli possède sept secondes d'avance sur Barrichello qui contient Villeneuve avec peine.

 

21e: Irvine est en détresse avec ses pneus tendres, déjà très usés. Il cède la douzième place à Herbert et s'inclinera ensuite devant Diniz et Morbidelli.

 

22e: Frentzen est longtemps gêné par Verstappen et laisse ainsi filer Magnussen. Schumacher et Coulthard sont collés à ses basques.

 

23e: Villeneuve prend l'aspiration de Barrichello dans la descente vers Schlossgold, se déporte à l'intérieur puis s'empare de la seconde position.

 

25e: Trulli mène devant Villeneuve (10.7s.), Barrichello (13.7s.), Magnussen (17.3s.), Frentzen (20.2s.), M. Schumacher (21.7s.), Coulthard (22.8s.), Hill (24s.), R. Schumacher (25.3s.), Alesi (28.2s.) et Fisichella (29.2s.).

 

26e: Magnussen subit le premier des deux pit-stops programmés par Stewart (8.6s.). Il repart treizième, côte à côte avec Diniz qui conserve l'avantage. Ravitaillement aussi de Katayama.

 

28e: Villeneuve revient à huit secondes de Trulli. Barrichello ravitaille à la fin de ce tour (8.5s.) et ressort juste derrière Herbert, en onzième position.

 

30e: Villeneuve se rapproche de Trulli: sept secondes les séparent. Magnussen se détache avec peine d'un peloton de furieux comprenant Diniz, Morbidelli, Irvine, Nakano et Berger.

 

31e: Villeneuve reprend une demi-seconde par tour à Trulli dont le moteur perd de la puissancz. Morbidelli attaque Diniz au premier freinage, mais le Brésilien lui ferme la porte au nez. Irvine s'engouffre alors derrière l'Italien et le déborde au virage de Remus.

 

32e: Berger effectue son unique ravitaillement en douze secondes. Il est désormais dix-huitième.

 

33e: Trulli devance Villeneuve (6.5s.), Frentzen (19s.), M. Schumacher (20s.), Coulthard (22.6s.), Hill (27.5s.), R. Schumacher (28.3s.), Alesi (30s.), Fisichella (31s.) et Herbert (40s.). Diniz passe chez Arrows pour remettre de l'essence et changer de pneus.

 

34e: Villeneuve ne concède plus que cinq secondes à Trulli. Nakano subit son pit-stop (11s.).

 

36e: Villeneuve cravache et met deux roues dans la poussière au premier freinage, ce qui ne l'empêche pas de signer le meilleur tour de la course (1'11''814'''). Arrêts pour Alesi et Salo.

 

37e: Trulli apparaît chez Prost pour son ravitaillement (9.7s.). Tout se passe bien, en apparence seulement car la pompe à carburant a mal fonctionné: le réservoir du jeune Italien n'est pas complétement rempli... Il se réinsère en cinquième position.

 

38e: Villeneuve est premier, seize secondes devant Frentzen. Irvine déborde Alesi par l'extérieur au freinage de l'épingle, quitte à le tasser vers la droite. Le Français heurte le trottoir qui le renvoie vers son adversaire. La Benetton décolle sur le museau de la Ferrai, exécute un vol plané et atterrit violemment dans les graviers. Alesi renonce sur place tandis qu'Irvine en tête-à-queue, parvient à repartir sous le nez Morbidelli qui doit s'arrêter complétement pour éviter de le percuter.

 

39e: Les drapeaux jaunes sont brandis au virage de Remus où une grue remorque la voiture d'Alesi. M. Schumacher n'en tient pas compte et dépasse Frentzen par l'extérieur. Ravitaillement de Hill. Irvine rentre à son garage avec un ponton droit défoncé et met pied à terre.

 

41e: Villeneuve observe son arrêt-ravitaillement (10s.) et ressort devant Trulli, s'emparant ainsi virtuellement de la première place. M. Schumacher est le nouveau leader devant Frentzen et Coulthard. Herbert effectue aussi son pit-stop.

 

43e: M. Schumacher stoppe chez Ferrari pour ravitailler (10.4s.) et repart cinquième. Gêné par Berger, Frentzen apparaît aux stands à son tour (9.3s.) mais ne ressort que huitième: les Stewart s'intercalent entre lui et Schumacher. Coulthard est le nouveau leader. Arrêts-ravitaillements pour R. Schumacher et Morbidelli.

 

44e: Coulthard ravitaille à la fin du tour (8.5s.) et ressort devant Frentzen, grand perdant de cette séquence. Villeneuve retrouve le leadership, deux secondes devant Trulli qui roule juste devant un Fisichella très allégé.

 

45e: Fisichella déborde Trulli au premier virage et s'empare de la deuxième place. Le pilote Prost n'a pas résisté, sachant que son compatriote doit s'arrêter sous peu. Effectivement le Romain fait escale au stand Jordan à l'issue de ce tour (8.5s.) et redémarre devant son coéquipier qui a stoppé plus tôt.

 

46e: Villeneuve mène devant Trulli (4.7s.), M. Schumacher (12.4s.), Barrichello (13.7s.), Magnussen (14.2s.), Coulthard (16.8s.), Frentzen (18s.), Fisichella (23.4s.), R. Schumacher (31s.) et Hill (32s.).

 

48e: M. Schumacher reçoit logiquement une pénalité de dix secondes pour avoir dépassé Frentzen sous drapeaux jaunes. Magnussen effectue un second pit-stop et chute au onzième rang.

 

49e: Villeneuve s'échappe devant Trulli. Salo renonce suite à une défaillance de sa sélection de boîte. Deuxième arrêt de Katayama.

 

50e: M. Schumacher s'arrête au stand Ferrari pour subir sa pénalité. Barrichello se plie en même temps à son second pit-stop et redémarre en neuvième position juste devant Schumacher. Verstappen effectue un deuxième pit-stop.

 

52e: Villeneuve est premier devant Trulli (7.1s.), Coulthard (13s.), Frentzen (14s.), Fisichella (20.7s.), R. Schumacher (29.1s.), Hill (30.4s.), Barrichello (34.7s.), M. Schumacher (36s.), Magnussen (37.4s.) et Herbert (37.6s.).

 

53e: Berger gêne Villeneuve durant deux boucles avant de lui ouvrir la porte dans une ligne droite... au moment où le Canadien scrutait son tableau de bord. Celui-ci évite de justesse la collision. Trulli apprend qu'il n'a pas assez d'essence pour aller au bout et diminue donc la richesse de son mélange pour réduire sa consommation. Magnussen s'empare de la dixième place aux dépens de Herbert.

 

55e: Villeneuve compte six secondes de marge sur Trulli. Coulthard se rapproche sensiblement du jeune Italien.

 

57e: Villeneuve devance Trulli (6.6s.), Coulthard (8.3s.), Frentzen (9.7s.), Fisichella (17.4s.), R. Schumacher (29.3s.), Hill (29.8s.), Barrichello (32.2s.), M. Schumacher (33.2s.) et Magnussen (36.1s.).

 

59e: Le moteur de Nakano explose peu avant la courbe de Schlossgold. Le ciel s'écroule sur le stand Prost GP: au même instant le bloc Mugen-Honda de Trulli part en fumée dans la Rindt Kurve. Le Transalpin laisse filer sa monoplace fumante dans le bac à graviers. Ainsi s'achève son héroïque prestation.

 

60e: À dix tours du but, Villeneuve devance Coulthard de six secondes, Frentzen de sept secondes. M. Schumacher attaque Barrichello pour le gain de la septième place. Magnussen s'immobilise dans la pelouse, une fois de plus trahi par le nouveau V10 Ford.

 

62e: Coulthard revient à moins de quatre secondes de Villeneuve. L'attardé Verstappen retient un groupe comprenant R. Schumacher, Hill, Barrichello et M. Schumacher. Le Néerlandais ne s'écartera qu'un tour plus tard.

 

64e: Villeneuve est premier devant Coulthard (3.4s.), Frentzen (4.8s.), Fisichella (12.5s.), R. Schumacher (31.5s.), Hill (32.2s.), Barrichello (33.2s.), M. Schumacher (33.6s.), Herbert (42.6s.) et Morbidelli (1m. 05s.).

 

65e: Schumacher tente de faire l'intérieur à Barrichello avant la courbe Rindt. Le Brésilien coupe la trajectoire à l'Allemand, mais il manque ensuite son freinage, sous-vire et sort dans les graviers à vive allure. « Rubinho » parvient à stopper sa Stewart sans rien toucher, mais il a perdu sa calandre et ses suspensions ont souffert. Il doit abandonner.

 

67e: Villeneuve conduit à sa main avec deux secondes et demie d'avance sur le tandem Coulthard – Frentzen. M. Schumacher fait désormais le forcing pour chiper le point de la sixième place à son vieil ami Hill.

 

68e: Villeneuve devance Coulthard (2.7s.), Frentzen (3.4s.), Fisichella (11s.), R. Schumacher (31.4s.), Hill (33s.), M. Schumacher (33.5s.), Herbert (45.4s.), Morbidelli (1m. 06s.) et Berger (-1t.).

 

69e: Berger sort très large dans la dernière courbe et traverse les graviers avant de regagner le bitume. Diniz abandonne suite à une rupture d'amortisseur.

 

70e: M. Schumacher prend l'aspiration de Hill au sommet de la grande côte et se jette à l'intérieur au freinage de l'épingle. Le Britannique laisse juste assez d'espace à l'Allemand pour passer. Schumacher retrouve la zone des points.

 

71e: Jacques Villeneuve remporte sa sixième victoire de la saison, sa dixième en trente Grands Prix. Deuxième, Coulthard confirme l'excellente forme des McLaren-Mercedes en cette fin de saison. Frentzen finit de nouveau troisième. Après des essais difficiles, Jordan Peugeot place Fisichella (4ème) et R. Schumacher (5ème) dans les points. M. Schumacher empoche le point de la sixième position. Viennent ensuite Hill, Herbert, Morbidelli, Berger, Katayama et Verstappen.

 

Après la course

Ce Grand Prix d'Autriche marque un tournant dans la course au titre mondial puisqu'il permet à Jacques Villeneuve (67 points) de revenir à un souffle de Michael Schumacher (68 pts). Le succès du Québécois n'en fut pas moins chanceux puisqu'il lui a fallu compter sur l'abandon de Mika Häkkinen et les déboires de Jarno Trulli et de Schumacher aîné. « J'ai encore raté mon départ », narre le vainqueur du jour. « J'ai lâché l'embrayage trop tôt et les roues ont patiné. J'ai alors coupé les gaz, ce qui a failli me faire caler, puis seulement j'ai réaccéléré. Entretemps, Häkkinen était passé, puis Trulli et Barrichello m'ont eu à cause de leurs Bridgestone qui chauffaient très vite. Pour ma part, il m'a fallu trois boucles pour mettre les Goodyear en action. Ceci fait, j'ai pu dépasser Barrichello. Trulli ? Je lui ai mis un maximum de pression. Je ne voulais pas qu'il me prenne ces dix points dont j'avais énormément besoin. J'attendais qu'il commette une faute. N'en voyant pas venir, je me suis rapproché au maximum pour pouvoir le doubler à la faveur du ravitaillement. Après son abandon, je me suis contenté de calquer mon rythme sur celui de Coulthard. » Ce succès resserre en outre les rapports de Villeneuve avec son équipe: Patrick Head vient personnellement le féliciter à sa descente de cockpit.

 

À l'inverse, Ferrari et Michael Schumacher sont les grands perdants de cette étape autrichienne. Le double champion du monde a sans aucun doute abandonné une seconde place assurée en dépassant Heinz-Harald Frentzen devant un drapeau jaune, d'où sa pénalité. L'Allemand s'est ensuite démené comme un beau diable pour remonter et a accroché un point grâce à un dépassement hardi sur Damon Hill en toute fin d'épreuve. « C'est une manœuvre qu'il m'est souvent arrivé de faire par le passé », relativise-t-il. « Mon expérience m'a servi et Damon a été suffisamment intelligent pour ne pas fermer la porte. Je lui dois un point ! ». Reste que son solide avantage au classement des pilotes s'est effondré. Un minuscule point le sépare de Villeneuve... Chez les constructeurs, Ferrari est désormais nettement distancée par Williams-Renault (98 points contre 86). Et les pronostiqueurs changent leur fusil d'épaule à l'orée de cette fin de saison qui paraît très favorable au trio Villeneuve – Williams – Renault. Malgré tout son talent, Schumacher ne peut pas (toujours) faire des miracles et semble avoir de plus en plus de mal à sublimer cette médiocre F310B aux maux désormais bien connus: exploitation difficile des pneumatiques et donc adhérence précaire.

 

L'événement de l'après-midi est la prouesse des pneus Bridgestone qui, pour la seconde fois de la saison après le GP de Hongrie, ont bien failli vaincre Goodyear. Paradoxalement, aucun client des pneus japonais ne figure dans les points, ses deux figures de proue, Jarno Trulli et Rubens Barrichello, ayant abandonné en vue de l'arrivée. La déception est évidemment plus vive du côté du jeune Italien de Prost GP qui a mené la course durant 37 tours et a bien cru son jour de gloire arrivé. Hélas, il fut trahi – comme son équipier Shinji Nakano - par son V10 Mugen-Honda. Chacun avait d'ailleurs déjà cassé un exemplaire du moteur nippon lors des essais, ce qui laisse à penser que celui-ci a mal supporté l'altitude (700 mètres) de Zeltweg. « Mon moteur a commencé à faiblir avant mon ravitaillement », raconte Trulli. « Les ingénieurs m'ont demandé d'enrichir l'injection, ce qui a apparemment arrangé la situation. De retour en piste, j'ai cru que les choses s'étaient définitivement améliorées, mais il y a visiblement eu un problème lors du ravitaillement. On m'a alors demandé d'appauvrir le mélange. Et le moteur a fini par céder. » Le natif de Pescara est néanmoins fier du travail accompli lors de son intérim avec l'écurie française et surtout de cette course admirable où il a confirmé les espoirs placés en lui, comme le confirme Alain Prost: « Jarno est aussi bon que je le pensais. Nous l'avons beaucoup entouré pour l'aider à exploiter son potentiel, à le libérer de quelques appréhensions. Il a réussi à la perfection les deux Grands Prix où il a eu à supporter le maximum de pression: Magny-Cours où il remplaçait Panis au pied levé, et celui-ci, officiellement son dernier. Avec des résultats en demi-teinte au milieu, mais ces deux exercices sont à mettre à son crédit. » Prost l'admet à demi-mot: Trulli vient de gagner ses galons de titulaire aux côtés d'Olivier Panis pour 1998.

 

Ron Dennis dresse un milan mitigé de la course autrichienne de McLaren: la seconde place de David Coulthard n'efface pas la panne de moteur qui a affecté un Mika Häkkinen décidément très malchanceux cette année. Qui sait si le Finlandais n'était pas en route vers sa première victoire ? Toutefois, les six points récoltés par Coulthard permettent à McLaren-Mercedes (44 pts) de lorgner sur la troisième place du classement par équipes détenue par Benetton-Renault (53 pts). L'écurie italo-britannique a vécu un week-end cauchemardesque. Les espoirs de Gerhard Berger ont été anéantis avant même le feu vert et Jean Alesi a joué à saute-moutons avec Eddie Irvine. Le Français tempête contre l'Irlandais, toujours aussi peu respectueux de ses adversaires. « C'est un dangereux multirécidiviste », énonce-t-il, furieux. Égal à lui-même, Irvine qualifie Alesi « de petit garçon émotif et capricieux », soutenu par Martin Brundle, désormais commentateur pour ITV, mais qui n'oublie pas sa vieille haine envers l'Avignonnais: « La F1 est un sport d'adultes. Or, pour sa sécurité, Alesi voudrait que chaque pilote roule dans une sorte de couloir et n'en sorte pas... » Reste qu'Eddie Irvine fait profil bas devant Jean Todt: voilà en effet six courses qu'il ne ramène aucun point. Ferrari est en train de perdre le titre des constructeurs par sa faute.

Tony