Chris AMON
 C.AMON
Ferrari
Jo SIFFERT
 J.SIFFERT
Lotus Ford Cosworth
Jacky ICKX
 J.ICKX
Ferrari

168o Gran Premio

XXI RAC British Grand Prix
Piena di sole
Brands Hatch
sabato 20 luglio 1968
80 giri x 4.265 km - 341.200 km
Affiche
F1
Coupe

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Présentation de l'épreuve

Depuis 1963, le Grand Prix de Grande Bretagne alterne entre les circuits de Silverstone les années impaires et Brands Hatch les années paires. C'est donc ce dernier qui accueille l'épreuve cette année.


Cette alternance apporte une variété intéressante dans les tracés des circuits : autant Silverstone est réputé pour ses enchainements de courbes rapides sur un terrain parfaitement plat, autant Brands Hatch se révèle sinueux et vallonné, au milieu de la verte campagne Anglaise. Juste après le départ, la courbe à droite en dévers de Paddock Bend fait descendre les voitures au pied d'une colline au sommet de laquelle les attend la fameuse épingle de Druids. La suite du circuit est une succession de montées et descentes séparées par des virages de rayon moyen et se termine par la longue courbe de Clearways menant à la ligne d'arrivée. Les pilotes apprécient beaucoup ce tracé varié et technique.


Ce Grand Prix marque le début de la deuxième moitié du Championnat. Si Graham Hill occupe toujours la tête du classement, il semble dans une phase difficile depuis quelques courses, après un début de saison prometteur : deux victoires et une deuxième place sur les trois premiers Grands Prix, puis aucun point marqué lors des trois suivants.


Derrière lui au classement, Stewart et Ickx semblent au contraire en pleine forme après un début de saison difficile. Un quatrième prétendant au titre pourrait encore être Denny Hulme, assez régulier et rarement loin des premiers, mais sans aucune victoire à ce jour. Les suivants au classement semblent cette fois trop décrochés ou manquent de régularité pour espérer jouer un rôle dans la course au titre. Surtees, Amon et Rodriguez par exemple, auteurs de belles prestations, disposent d'un matériel manquant trop de fiabilité.


Pour ce Grand Prix, Bruce Mc Laren et Denny Hulme retrouvent leurs M7A inchangées depuis la course précédente.


Pas de nouveauté non plus chez Brabham où Jack le patron, et Jochen Rindt utilisent les mêmes monoplaces qu'en France deux semaines plus tôt.


Chris Amon et Jacky Ickx sont engagés sur leurs habituelles Ferrari 312/68, celle du Belge se différenciant toujours par ses deux bandes jaunes.


Honda apporte du nouveau : la RA 301 de John Surtees est munie d'un aileron arrière de bonne taille, assez haut, fixé sur les porte-moyeux.


Chez Lotus, l'aileron arrière des 49B a été réhaussé depuis le dernier Grand Prix et se trouve à 1.50m du sol environ. Colin Chapman espère ainsi que cet aileron se trouvera à l'abri des turbulences produites par les autres monoplaces. On suspecte en effet ce phénomène d'être à l'origine de l'accident de Jackie Oliver aux essais du Grand Prix de France. La monoplace de Graham Hill dispose également d'ailerons avant plus larges, tandis qu'Oliver conserve la largeur standard. A l'extrémité du capot avant, les deux Lotus possèdent une petite barrette transversale, dont la fonction serait de faire décrocher les filets d'air à cet endroit, pour plus d'appui. Cette barrette semble simplement fixée par un large ruban d'adhésif noir qui se remarque bien sur la peinture dorée du nez de la monoplace.


Toujours pas d'aileron chez BRM où Pedro Rodriguez pilote son habituelle P133 en pneus GoodYear et Richard Attwood sa P126 en pneus Dunlop. Le pilote Britannique Tony Lanfranchi, habitué des courses de voitures de Sport et GT, était initialement engagé sur une troisième BRM, de type P126. On ne verra pas cette voiture du week end, et Lanfranchi ne prendra pas le départ de ce qui devait être son premier Grand Prix.


Sur la Matra MS10 de Jackie Stewart, un aileron arrière est testé mais ne sera finalement pas encore adopté pour cette course.


Chez Cooper, Vic Elford semble avoir convaincu pour ses débuts lors du dernier Grand Prix puisqu'il est titularisé comme premier pilote. Son coéquipier est un nouveau venu en Formule 1 : Robin Widdows, Britannique auteur de quelques belles performances en Formule 3 et Formule 2. Lucien Bianchi était prévu sur une Cooper T86 à moteur Alfa Romeo V8 3l, mais cette voiture n'apparaitra pas et Bianchi ne participera pas.


Matra équipe la MS11 à moteur V12 d'un véritable aileron arrière, fixé au-dessus du moteur, en remplacement de la petite ailette testée en France deux semaines auparavant. Pas d'autre évolution sur cette monoplace, dont la consommation reste le principal souci.


Silvio Moser fait son retour avec son habituelle Brabham BT20 Repco V8, après avoir fait l'impasse sur le Grand Prix de France. Le team Reg Parnell aligne toujours Piers Courage sur sa BRM P126 identique à celle que l'équipe d'usine engage pour Attwood. L'Américain Tom Jones, pilote moins connu que son homonyme chanteur, avait engagé une Cooper T86 Maserati, mais on ne le verra pas du week end. Rob Walker a pu se procurer la toute dernière version B de la Lotus 49 et Jo Siffert dispose donc du même matériel que l'équipe d'usine. Seuls les ailerons sont moins évolués que ceux du Team Lotus, avec une aile arrière plus basse et des volets avant plus étroits. Mais quel progrès depuis la Cooper Maserati du premier Grand Prix de la saison ! Pas d'évolution en revanche pour Jo Bonnier que l'on retrouve sur sa McLaren M5A BRM inchangée après son absence au dernier Grand Prix.


Dan Gurney est enfin de retour avec son Eagle T1G à moteur V12 Weslake. Après deux forfaits et un intermède en Hollande sur une Brabham, l'Américain est présent, équipé cette fois définitivement de son casque intégral. Sa monoplace a évolué en suivant la tendance aérodynamique du moment : aileron arrière fixé assez bas derrière le moteur, et lame avant sous le capot formant comme un spoiler suspendu au nez de la monoplace.


Lors du premier Grand Prix de la saison, aucune Formule 1 ne disposait d'ailerons. Alors que la mi-saison vient d'être franchie, seuls deux constructeurs n'ont pas encore équipé leurs monoplaces de ces appendices : BRM et Cooper. Même le team privé de Rob Walker a suivi cette tendance, qui restera un élément marquant de cette saison.


Essais et qualifications

Nous sommes en Angleterre, et la course est prévue le samedi. Les essais se dérouleront donc le jeudi et le vendredi : deux séances chronométrées le jeudi, et une seule le vendredi, complétée par une séance libre vendredi après-midi consacrée aux dernières vérifications des réglages.


Sur ce circuit proche de leur base, les Lotus sont à l'aise et Graham Hill effectue le meilleur temps jeudi matin en 1'29''5. Il précède Amon, toujours rapide, et Oliver qui se montre cette fois compétitif. En bon Anglais, il connait parfaitement le circuit de Brands Hatch met à profit cet avantage. Siffert ne peut encore exploiter à fond sa nouvelle Lotus, prête seulement en fin de séance. Il termine en 1'32''9, loin des premiers, et devancé par Stewart, Surtees, Gurney, Hulme, McLaren, Rindt, Attwood, Beltoise et Ickx. Ce dernier est pour une fois très loin de son coéquipier, ce qui surprend quand on connait son habileté sur les circuits vallonnés et tourmentés. Les BRM ne sont pas efficaces ici et devancent seulement les Cooper et Moser. Bonnier n'a pas tourné.


L'après-midi, Gurney descend à 1'30''00, ce qui lui vaut le quatrième chrono derrière les Lotus d'usine et Amon. Peu de changements dans le peloton qui suit. Brabham, Attwood, Widdows, Moser et Bonnier ne tournent pas et restent donc sur leurs chronos du matin, ce qui signifie aucun temps pour Bonnier qui n'a pas encore pu rouler.


La grille de départ va se décider vendredi matin lors de la dernière séance chronométrée.

Avec 1'28''9, Graham Hill s'octroie la pole position pour son Grand Prix national. Jackie Oliver se fait remarquer avec le deuxième temps en 1'29''4, précédant encore un fois Chris Amon qui semble le seul à tenir le rythme des Lotus en 1'29''5. Pour 2/10, il empêche Lotus de monopoliser la première ligne : Jo Siffert réalise en effet le quatrième chrono en 1'29''7, devant Jochen Rindt en 1'29''9. Gurney reste sur son 1'30''0 de la veille qui lui vaut une place en troisième ligne, en compagnie de Stewart et Brabham.


La suite de la grille est composée de Surtees, Mc Laren, Hulme, Ickx, Rodriguez, Beltoise, Attwood, Courage, Elford, Widdows. Les chronos de Moser et Bonnier, qui a enfin pu tourner, ne leur permettent pas d'être qualifiés pour la course. Ils seront néanmoins autorisés à participer, les organisateurs ayant jugé que leur mauvaise performance n'avait « rien à voir avec leurs compétences ». Ils partiront donc en dernière ligne.


Si les Lotus ont bien retrouvé la forme, on s'étonne de voir les McLaren au milieu du peloton : en début de saison, elles avaient dominé la Course des Champions, organisée hors championnat du monde sur ce même circuit. La contre-performance de Jacky Ickx surprend aussi. En revanche, Dan Gurney semble avoir réussi à faire progresser son Eagle pour se rapprocher des meilleurs.


Le Poleman reçoit ici 100 bouteilles de champagne pour le récompenser de sa performance : connaissant la réputation de Graham Hill, on se dit que cela ne pouvait mieux tomber, et qu'il en fera bon usage.


Le Grand Prix

Un public de passionnés a rempli les tribunes et la journée débute sous le soleil. Mais le tour de chauffe rappelle que nous sommes en Angleterre : quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Après bien des hésitations, seuls Rodriguez, McLaren et Rindt se décident pour des pneus « pluie ». Faisant confiance aux prévisions météo, tous les autres concurrents conservent leurs pneus pour piste sèche.


Départ : Comme on pouvait s'y attendre, c'est une Lotus qui part en tête, mais pas celle que l'on attendait. Jackie Oliver a surpris tout le monde et mène la course, pour la première fois de sa jeune carrière. Il est suivi par Hill, Amon, Siffert, Stewart, Surtees et le reste du peloton. Dès l'épingle de Druids, Siffert dépasse Amon et tous deux restent roues dans roues. Gurney est victime d'ennuis de pompe à essence : au moment du départ, il a juste le temps de mettre sa voiture à l'abri de ses concurrents en la garant dans une zone de photographes en bordure de la grille de départ. Elford se retrouve bloqué et tous deux termineront le premier tour déjà bien distancés. C'est encore pire pour Brabham, qui peut juste rejoindre son stand pour y abandonner sur ennuis de distribution.


1er tour : Oliver mène toujours devant Hill et Siffert. Les trois Lotus précèdent Amon, Stewart, Surtees, Rindt, Rodriguez, McLaren, Attwood, Ickx, Hulme, Beltoise, Courage, Widdows, Moser et Bonnier, puis Elford et Gurney.


2e et 3e : Peu de changements, à part le recul de Rindt, dont les pneus « pluie »se retrouvent inadaptés.


4e : Hill passe la ligne en tête, après avoir doublé son coéquipier à l'épingle de Druids. Plus loin, Rodriguez recule dans le classement, victime comme Rindt de son choix de pneus.


5e : Les positions se stabilisent dans l'ordre Hill, Oliver, Siffert, Amon, Stewart, Surtees, McLaren, Attwood, Hulme, Ickx, Rodriguez, Beltoise, Rindt, Courage, Widdows, Elford, Moser, Bonnier et Gurney.


7e : Pas de changement en tête. Abandon de Bonnier sur bris de ressort de soupape. Hulme a passé McLaren et Attwood, et Rodriguez perd encore une place au profit de Beltoise. Gurney est à son stand où l'on entreprend de changer sa pompe à essence : il y restera 54 minutes et va rapidement sortir du classement.


8e : McLaren commence à perdre pied avec ses pneus pluie, et se fait dépasser par Ickx.


10e : Les huit premiers restent dans l'ordre Hill, Oliver, Siffert, Amon, Stewart, Surtees, Hulme et Ickx. Attwood abandonne pour surchauffe moteur, radiateur percé par une projection de pierre. Beltoise l'imite sur panne de pompe à huile.


14e :Très agressif, Surtees est parvenu à doubler Stewart pour le gain de la 5ème place. A part quelques échanges de positions en queue de peloton, les positions restent stables.


22e : Ickx a passé Hulme et prend la 7ème place.


26e : Graham Hill, le leader, abandonne sur une nouvelle rupture de demi-arbre de roue.


27e : Oliver mène donc à nouveau devant Siffert, Amon, Surtees, Stewart, Ickx, Hulme, McLaren, Rindt, Widdows, Rodriguez, Courage et Moser. Abandon d'Elford sur casse moteur.


32e : La lutte entre Hulme, Ickx et Stewart pour la cinquième place tourne à l'avantage de Hulme, devant Ickx.


35e : Abandon de Widdows sur panne moteur. Ickx reprend le dessus sur Hulme.


37e : Amon a passé Siffert, qui perd du temps à nettoyer ses lunettes, souillées par l'huile crachée par le Cosworth d'Oliver. On peut s'inquiéter pour ce dernier, car la mi-course n'est pas encore atteinte.


40e : La moitié du Grand Prix est effectuée, et Jacky Ickx se montre de plus en plus à l'aise. Il double Surtees, dont l'aileron s'est détaché, rendant la Honda difficile à maitriser.


43e : Siffert repasse Amon et réalise le meilleur tour. Comme on pouvait le craindre pour lui, Oliver voit son moteur rendre l'âme : c'est l'abandon pour le jeune Anglais qui réalisait alors la plus belle course de sa carrière.


44e : Une Lotus chasse l'autre et Siffert devient le nouveau leader, talonné par Amon qui le harcèle en vain. Tous deux sont à leur maximum et se détachent des autres concurrents : on trouve ensuite Ickx, bien remonté en troisième place devant Hulme, Surtees, Stewart, McLaren, Rindt, Rodriguez, Courage et Moser.


53e : Abandon de Rodriguez en panne de distribution.


56e : Rindt renonce à son tour. Une fuite à sa pompe à essence provoque un début d'incendie sur sa monoplace. Tout à son pilotage, Jochen ne s'en rend pas compte et il se fait stopper par le drapeau noir. Il reste huit voitures en course, dans l'ordre Siffert, Amon, Ickx, Hulme, Surtees, Stewart, McLaren et Courage. Moser roule toujours, mais avec 28 (!) tours de retard, il ne sera évidemment pas classé.


68e : Aucun changement, mais les deux leaders prennent un tour à Jacky Ickx, classé troisième. Les positions ne varieront plus malgré quelques beaux duels. Amon semble un peu lâcher prise, ses pneus étant à bout. Malgré son poignet blessé dont les douleurs ont été ravivées par l'effort, Stewart attaque Surtees sans relâche. Ce dernier se défend vaillamment au volant d'une monoplace déséquilibrée par la perte de son aileron. Deux grands champions affaiblis qui ne lâchent rien, même pour le gain de la cinquième place.


80e : Victoire de Jo Siffert, sur la Lotus 49B du team Rob Walker. Chris Amon a fini par concéder 4,4'' au vainqueur après deux heures d'une course intense. Troisième, Ickx a finalement bien terminé ce weekend qui semblait mal engagé après des essais décevants.


Fidèle à sa réputation de « père tranquille de la F1 », Hulme engrange les trois points de la quatrième place. Toujours loin des meilleurs sur ce Grand Prix, il n'a pas cherché l'exploit, mais a mené une course sage et régulière, un bon choix dans l'optique du championnat.


Stewart et Surtees ont été admirables de pugnacité, dans des conditions difficiles pour tous les deux.


Bruce McLaren n'a rien pu tenter pour compenser un mauvais choix de pneus, et Piers Courage s'est trainé en queue de peloton, aux prises avec une fuite d'eau qui faisait surchauffer son moteur.


Quant à Silvio Moser, une boite de vitesses bloquée lui a fait prendre un tel retard qu'il n'a pas été classé.


Après la Course

Cette première victoire de Jo Siffert en Grand Prix est accueillie avec sympathie par l'ensemble du paddock. Le pilote Suisse a plusieurs fois démontré ses qualités par le passé, et il a mené une course agressive tout en maitrisant bien les attaques de Chris Amon. Pour la première fois de l'histoire du championnat, l'hymne national Suisse va retentir à l'arrivée d'un Grand Prix. Pour compléter sa performance, Sepi a réalisé également le meilleur tour en course : un grand jour pour lui.


La victoire du team Rob Walker, sa dixième en grand Prix, restera historiquement la dernière d'une écurie non officielle.


Au championnat, ce nouvel abandon de Graham Hill engendre un regroupement en tête du classement. Ickx n'a plus que quatre points de retard sur Hill, et Stewart et Hulme ont grapillé quelques points. On s'oriente de plus en plus vers une lutte entre ces quatre hommes au championnat, au classement duquel Siffert fait son entrée en sixième position avec les neuf points de sa victoire.

Jacques