Tony BROOKS
...
Charles Anthony Standish Brooks
Né le 25 février 1932 - Dukinfield (Cheshire)
Décédé le 3 mai 2022 - 90 ans - Ottershaw (Surrey)
Nation : Royaume-Uni
Premier Grand Prix :
Grande-Bretagne 1956
Dernier Grand Prix :
Etats-Unis 1961
Meilleur classement :
1er
Meilleure position de départ :
1er
 
Meilleur classement en Championnat du Monde : 2e en  1959
1956
nc
1957
5
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1959
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1960
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1961
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A participé au titre de champion du monde des constructeurs en 1958 (Vanwall, 50% des points marqués)
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Position sur la grille de départ
Moyenne: 6,56
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Position à l'arrivée
Moyenne: 5,05

A la fin des années 1950, les Britanniques commencent à s'imposer en Formule 1. Tony Brooks fut l'un des principaux artisans de cette réussite.


Alors qu'il entame des études de dentiste, il prend le volant d'une Austin-Healey en 1952 pour disputer ses premières courses automobiles. Il participe les deux années suivantes à quelques petites courses en Grande-Bretagne sur une Frazer Nash. C'est à partir de la saison 1955 qu'il devient un pilote reconnu. Lors des 24 Heures du Mans, il pilote une Aston Martin, mais est contraint à l'abandon. En octobre, il remporte une grande victoire au Grand Prix de Syracuse (hors championnat) sur une Connaught B. Il s'agit de la première victoire importante d'un Britannique sur une voiture britannique depuis Sir Henry Segrave à San Sebastián en 1924 !


En F1 avec BRM

En 1956, engagé par BRM, il participe à son premier week-end de Grand Prix à Monaco. Qualifié en treizième position, il ne peut malheureusement pas prendre le départ à cause d'un problème moteur. Il prend son premier départ en championnat du monde de Formule 1 sur le circuit de Silverstone, lors de son Grand Prix national. Cependant, cela a bien failli être également son dernier. Alors qu'il est neuvième sur la grille, il réalise un excellent départ et se retrouve deuxième au premier virage. Dépassé par Juan Manuel Fangio au septième tour, il reste néanmoins dans le peloton de tête, mais rencontre ensuite des problèmes d'accélérateur. Après une tentative de réparation lors d'un arrêt au stand, il repart, mais alors qu'il aborde le virage d'Abbey, il lève le pied, mais l'accélérateur reste bloqué. Il perd le contrôle de sa BRM qui percute un talus et se retourne, éjectant son pilote qui se casse la mâchoire alors que la monoplace s'embrase.


Vanwall

En 1957, Tony rejoint l'écurie Vanwall, dirigée par Tony Vandervell, tout en poursuivant ses activités de pilote de voitures de sport pour Aston Martin. En mai, il participe au Grand Prix de Monaco, se qualifiant en quatrième position. Au terme d'une course éprouvante, il franchit la ligne d'arrivée en deuxième position, derrière Fangio, signant ainsi le premier podium de l'histoire du constructeur britannique en championnat du monde de Formule 1. Quelques jours plus tard, il s'impose lors des 1 000 kilomètres de Spa-Francorchamps au volant d'une Aston Martin DBR1. Sa saison d'endurance est toutefois marquée par un incident majeur lors des 24 Heures du Mans, en juin. Victime d'un blocage de la transmission, il perd le contrôle de sa voiture et est victime d'un accident violent qui lui cause des blessures aux jambes. Un mois plus tard, malgré une condition physique diminuée, il est présent pour le Grand Prix de Grande-Bretagne, disputé sur le circuit d'Aintree, et se qualifie en troisième position sur la grille de départ. En course, gêné par ses blessures qui l'empêchent de manœuvrer pleinement les pédales, il est rappelé aux stands par son équipe pour céder sa voiture à son coéquipier Stirling Moss dont la monoplace a abandonné à cause d'une panne moteur. Moss remonte alors de la neuvième à la première place, offrant une victoire partagée aux deux pilotes. Ce succès est historique, car il s'agit de la première victoire d'une voiture de conception britannique dans une épreuve du championnat du monde. Il ne parvient pas à marquer de points lors des trois Grands Prix suivants. Tony achève le championnat du monde des pilotes 1957 à la cinquième place.


En 1958, les Vanwall sont les grandes favorites, avec les Ferrari, car avec Stirling Moss et Stuart Lewis-Evans, ils forment un trio britannique particulièrement compétitif. Le championnat débute à Monaco, où Tony décroche sa première pole position. Cependant, il abandonne lors de la course à cause d'un problème mécanique. Aux Pays-Bas, il est troisième sur la grille, mais abandonne à nouveau. En Belgique, qualifié en cinquième position, il tire profit de sa pointe de vitesse sur le circuit ultra-rapide de Spa-Francorchamps pour prendre la tête et s'imposer. Après un nouvel abandon sur casse moteur en France, il ne termine que septième à Silverstone lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Sur le redoutable circuit du Nürburgring, il réalise l'une des performances les plus marquantes de sa carrière. Quatrième à l'issue du premier tour, il remonte à la troisième place à la suite de l'abandon de Moss, puis se bat avec les Ferrari de Mike Hawthorn et Peter Collins. Il prend l'avantage en fin de course et signe ainsi sa deuxième victoire de la saison, une épreuve toutefois marquée par l'accident mortel de Collins. Après un abandon au Portugal, il remporte une troisième victoire en Italie. Il domine l'épreuve après avoir contenu les assauts des pilotes Ferrari et signe ainsi son troisième succès de l'année. Cette performance lui permet d'aborder la dernière manche au Maroc avec une chance théorique de remporter le titre mondial. Cependant, une casse moteur sur le circuit de Casablanca met un terme définitif à ses espoirs de sacre. Lors de cette course, Stuart Lewis-Evans est victime d'un accident et décède une semaine plus tard. Tony Brooks termine le championnat du monde 1958 à la troisième place, permettant ainsi à Vanwall de remporter le premier titre de champion du monde des constructeurs. Il semble bien parti pour disputer le titre la saison suivante, mais Tony Vandervell quitte la Formule 1 pour des raisons de santé.


Ferrari

En 1959, Tony rejoint la Scuderia Ferrari. Au volant de la Ferrari 246 Dino à moteur avant, il dispute la première épreuve à Monaco, où il décroche la deuxième place, derrière la Cooper à moteur arrière de Jack Brabham. Cette performance place immédiatement le pilote britannique parmi les favoris pour le titre mondial. Le Grand Prix des Pays-Bas se solde toutefois par un abandon en raison d'une défaillance de la boîte de vitesses. Il se rattrape lors du Grand Prix de France, disputé sur le circuit de Reims en juillet, sous une chaleur accablante. Il domine l'épreuve, signe la pole position et mène la course de bout en bout pour remporter sa première victoire sous les couleurs de Ferrari. En raison de grèves dans l'industrie italienne, Ferrari ne peut pas participer au Grand Prix de Grande-Bretagne. Il y prend toutefois le départ au volant d'une Vanwall, mais doit renoncer à cause d'un problème moteur. Le Grand Prix d'Allemagne, organisé sur le circuit de l'AVUS à Berlin, constitue un moment fort de sa saison. Sur ce tracé composé de deux longues lignes droites reliées par une courbe relevée, il réalise un hat-trick : pole position, meilleur tour en course et victoire. Ce succès lui permet de rester au contact de Jack Brabham au classement général. La fin du championnat de Formule 1 est marquée par des difficultés techniques. Après une neuvième place au Portugal et un abandon dès le départ à Monza, à cause d'une rupture d'embrayage, il conserve une chance mathématique de remporter le championnat lors de la dernière manche aux Etats-Unis. Sur le circuit de Sebring, il est percuté par son coéquipier Wolfgang von Trips dès le premier tour. Par prudence, il s'arrête aux stands pour faire inspecter sa monoplace, ce qui lui fait perdre plus de deux minutes. Il effectue une remontée régulière et franchit la ligne d'arrivée en troisième position. Tony termine la saison 1959 au rang de vice-champion du monde.


Cooper

En 1960, il intègre l'écurie Yeoman Credit Racing Team et passe aux monoplaces à moteur arrière avec la Cooper T51-Climax. Lors du Grand Prix de Monaco, il se qualifie en troisième position et termine quatrième. Ce résultat prometteur ne se répétera malheureusement pas lors des courses suivantes. Il abandonne à cause d'une casse de boîte de vitesses aux Pays-Bas et en Belgique. Au Grand Prix de France, il délaisse temporairement sa Cooper pour rejoindre Vanwall, de retour en F1 avec une monoplace à moteur avant. Il est contraint à l'abandon en raison de vibrations excessives sur sa monoplace. Pour le Grand Prix de Grande-Bretagne, il retrouve sa Cooper et marque des points en se classant cinquième, alors qu'il était avant-dernier à l'issue du premier tour. Il termine ensuite cinquième au Portugal. Il conclut sa saison aux Etats-Unis par un tête-à-queue qui le force à l'abandon.


Retour chez BRM

En 1961, Tony revient chez BRM pour ce qui sera sa dernière saison en compétition. Il dispose de la BRM P48/57, équipée d'un moteur Coventry-Climax. Le championnat commence au Grand Prix de Monaco en mai, où il se qualifie huitième avant d'abandonner à cause d'une rupture de moteur. Il termine neuvième au Grand Prix des Pays-Bas, confirmant ainsi le déficit de puissance de sa monoplace par rapport aux Ferrari de pointe. En juin, il se classe treizième au Grand Prix de Belgique, puis abandonne au Grand Prix de France. La suite de la saison estivale est difficile, avec une neuvième place au Grand Prix de Grande-Bretagne, suivie d'un abandon en Allemagne. Le Grand Prix d'Italie lui permet enfin d'inscrire ses premiers points de l'année. Dans une course marquée par la disparition de Wolfgang von Trips, il gère sa mécanique pour terminer cinquième. La saison se termine aux Etats-Unis, sur le circuit de Watkins Glen. Pour son dernier départ en Grand Prix, il réalise une prestation constante et profite des abandons de ses concurrents pour se hisser à la troisième place, ce qui lui permet de monter sur le dixième et dernier podium de sa carrière. A l'issue de cette année, il met fin à sa carrière de pilote professionnel.


L'après-F1

A 29 ans, Tony fait le choix délibéré d'arrêter sa carrière pour se consacrer pleinement à la gestion de ses affaires et à sa vie de famille, estimant que le niveau de risque de la discipline était excessif. Il se concentre désormais sur le développement de son garage, Tony Brooks Ltd, situé à Weybridge, dans le Surrey. Sous sa direction, l'entreprise prospère et devient une concession reconnue de plusieurs constructeurs européens, notamment Lancia et Fiat, puis Alfa Romeo.


Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il cultive une grande réserve et évite l'exposition médiatique permanente. Il participe néanmoins ponctuellement à des événements de voitures historiques, comme le Goodwood Revival, où sa contribution au succès des constructeurs britanniques dans les années 1950 est régulièrement saluée.


Il ne cherche pas à devenir une figure récurrente des commentaires télévisés, préférant la stabilité de son activité commerciale. Il publie son autobiographie intitulée Poetry in Motion, dans laquelle il détaille son approche technique du pilotage et l'évolution de la sécurité dans le sport automobile.

Julien