• Champion d'Europe de Formule 2 en 1968
Jean-Pierre Beltoise aurait pu aller très loin en Formule 1, mais il est dommage que ses efforts n'aient pas été mieux récompensés.
Il commence sa carrière dans les sports mécaniques sur deux roues et devient plusieurs fois champion de France de moto. Il dispute sa première course automobile en 1963, lors de la Targa Florio, au volant d'une voiture de René Bonnet. Lors des 24 Heures du Mans, il se classe onzième au classement général et deuxième de sa catégorie.
En 1964, lors des 12 Heures de Reims, il est victime d'un terrible accident au volant de sa Djet. Vers minuit, alors qu'il suivait une autre voiture, il glisse sur une traînée d'essence, perd le contrôle de son véhicule qui fait plusieurs tonneaux avant de finir sa course dans un champ et de s'embraser immédiatement. Alors que les sauveteurs pensaient qu'il était resté coincé dans la voiture, un commissaire de piste l'aperçoit alors qu'il explorait le champ avec sa torche électrique. Jean-Pierre avait été éjecté et gisait inconscient, avec plusieurs fractures. Emmené à l'hôpital, les médecins envisagent de lui amputer le bras gauche. Heureusement, son bras a pu être sauvé, mais il a dû rester bloqué au niveau du coude.
Loin d'être découragé, il revient en Formule 3 en 1965 avec l'écurie Matra. Un an après son accident, il remporte la Coupe de Vitesse de F3 à Reims. Il remporte ensuite une seconde course et décroche le titre de champion de France de F3.
La saison suivante, il participe aux Trophées de France de F2 avec Matra et dispute sa première course en F1, lors du Grand Prix d'Allemagne, où F1 et F2 courent ensemble. Il termine huitième de la course et premier de sa catégorie. Parallèlement, il remporte le Grand Prix de Monaco de F3.
En F1 avec Matra
En 1967, il commence sa saison par la Temporada Argentina, une compétition qui se déroule sur quatre courses. Jean-Pierre domine la série en remportant toutes les courses au volant d'une Matra MS5. Il dispute ensuite le championnat d'Europe, où il se classe troisième, derrière Jacky Ickx, qui décroche le titre. La même année, il participe à ses premières courses de Formule 1 avec une Matra MS7 équipée d'un moteur Ford-Cosworth. Lors de sa première apparition à Monaco (avec le numéro 1 !), il ne parvient pas à se qualifier. Lors des deux dernières manches, au Mexique et aux Etats-Unis, il réalise une performance respectable en se classant deux fois septième.
L'année suivante, Jean-Pierre remporte trois courses de Formule 2 et décroche le titre européen devant son coéquipier Henri Pescarolo. En F1, il marque son premier point en terminant sixième du Grand Prix d'Afrique du Sud. Lors de la manche suivante, en Espagne, il s'élance de la cinquième position et, grâce à un bon départ, se retrouve deuxième à la fin du premier tour. Il prend la tête de la course durant quatre tours, puis doit passer par son stand à la suite d'une fuite d'huile. Grâce aux nombreux abandons, il se classe néanmoins cinquième. Au Pays-Bas, il s'élance de la seizième position, mais remonte rapidement dans le classement. Après avoir réalisé le meilleur tour en course, il termine deuxième et monte sur son premier podium. Pour sa première saison complète, il se classe neuvième du championnat du monde de Formule 1.
En 1969, il intègre l'écurie Matra International, où il fait équipe avec Jackie Stewart et pilote une Matra MS80 équipée d'un moteur Ford-Cosworth. Il réalise l'une de ses meilleures saisons. Il monte trois fois sur le podium : deuxième au Grand Prix de France, troisième en Espagne et troisième en Italie, ce qui lui permet de terminer cinquième du classement général. Avec Stewart, qui remporte le titre de champion du monde, il offre le titre de champion du monde des constructeurs à Matra.
Parallèlement à la Formule 1, il s'illustre en Formule 2 en remportant le Deutschland Trophäe. En endurance, il se classe quatrième aux 24 Heures du Mans et remporte les 1 000 kilomètres de Paris avec Henri Pescarolo.
En 1970, il pilote la Matra MS120 équipée d'un moteur V12. Dès le Grand Prix d'Afrique du Sud, il entame la saison en signant une quatrième place. Malgré quelques abandons, il se distingue lors du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps, où il monte sur la troisième marche du podium. Il se qualifie en deuxième position pour le Grand Prix de France, puis profite des problèmes d'Ickx pour mener la course sur le circuit de Charade, avant d'être à son tour victime de problèmes mécaniques. Il monte à nouveau sur le podium en terminant troisième du Grand Prix d'Italie à Monza. Tout au long de la saison, il accumule les places dans les points et termine neuvième du championnat du monde. En endurance, début janvier, il remporte les 1 000 km de Buenos Aires aux côtés de Pescarolo.
En 1971, lors des 1 000 km de Buenos Aires, sa Matra tombe en panne d'essence à l'approche des stands. Jean-Pierre décide alors de pousser sa voiture. Malgré les drapeaux jaunes, la Ferrari d'Ignazio Giunti le percute et le pilote italien trouve la mort dans l'incendie qui s'ensuit. Jugé responsable, Jean-Pierre est suspendu en janvier, puis en juillet et en août par la FIA.
Sa saison en Formule 1 est marquée par des résultats modestes. Il dispute sept Grands Prix et ne marque qu'un seul point lors du Grand Prix des Pays-Bas. Il termine le championnat à la 22e place du classement des pilotes, loin de ses performances précédentes. À la fin de la saison, il décide de quitter Matra, dont il juge la monoplace pas assez compétitive, et dont l'écurie a par ailleurs recruté Chris Amon avec un contrat de pilote numéro 1, le reléguant de fait au second rang.
BRM
En 1972, il rejoint l'écurie britannique BRM, qu'il juge plus compétitive que Matra. Sa saison commence par deux abandons en Afrique du Sud et en Espagne. Pour le Grand Prix de Monaco, il se qualifie en quatrième position sur une piste sèche. Mais le dimanche, il se met à pleuvoir abondamment. Il réalise un départ parfait et prend la tête dès le premier virage, grâce à la souplesse du moteur V12 BRM sur une piste détrempée. Il mène la course de bout en bout au volant de la P160B, maîtrisant parfaitement les conditions difficiles et distançant ses poursuivants, notamment Jacky Ickx et Emerson Fittipaldi. Avec un pilotage appliqué, il signe également le meilleur tour en course et franchit la ligne d'arrivée avec plus de trente-huit secondes d'avance sur Ickx, tandis que Fittipaldi termine à un tour. Après ce triomphe, la saison se révèle beaucoup moins fructueuse : la BRM souffre d'un manque de performance en dehors de Monaco, et Jean-Pierre ne marque plus aucun point lors des autres Grands Prix. Le contraste est d'autant plus marqué que cet exploit monégasque a été suivi d'abandons et de résultats modestes, notamment aux 24 Heures du Mans, où il a dû abandonner prématurément avec une Matra, alors qu'il rêvait de remporter cette course. En fin de saison, il remporte également une course hors championnat, la World Championship Victory Race, à Brands Hatch.
En 1973, Jean-Pierre poursuit sa carrière en Formule 1 au sein de l'écurie BRM. La saison est marquée par une certaine régularité, mais sans aucun podium. Il participe à quinze Grands Prix, mais ses résultats sont souvent ternis par des abandons (huit au total), reflet des difficultés techniques récurrentes de l'écurie BRM qui ne parvient plus à rivaliser avec les équipes dominantes telles que Tyrrell ou Lotus. Il parvient toutefois à marquer des points à plusieurs reprises, ce qui témoigne de son expérience et de sa constance, mais il ne peut plus rivaliser avec les meilleurs pilotes et les monoplaces les plus compétitives. Son meilleur résultat est une quatrième place lors du Grand Prix du Canada. Il termine dixième du championnat du monde.
En 1974, il commence la saison avec une arrivée dans les points, grâce à une cinquième place lors du Grand Prix d'Argentine. Après une dixième place au Brésil, il réalise une belle course en Afrique du Sud et monte pour la dernière fois de sa carrière sur le podium, en se classant deuxième. Il marque des points lors du Grand Prix d'Espagne en se classant cinquième, mais ne marquera plus lors des dix derniers Grands Prix de la saison. En effet, de nombreux abandons viennent entacher sa campagne, notamment à cause de problèmes mécaniques fréquents, reflet des défaillances techniques récurrentes de la BRM cette année-là.
Parallèlement à ses résultats en F1, 1974 est une année riche en succès pour lui dans les courses d'endurance sur voitures de sport. Il remporte plusieurs épreuves prestigieuses aux côtés de Jean-Pierre Jarier, dont les 6 Heures de Watkins Glen, les 1 000 km du Castellet, les 1 000 km du Nürburgring et ceux de Brands Hatch, contribuant ainsi à la victoire de Matra au championnat du monde des voitures de sport 1974. Cette dualité entre des résultats inconstants en Formule 1 et des performances solides en endurance le pousse à mettre un terme à sa carrière en Formule 1.
L'après-F1
Il oriente alors sa carrière vers les courses d'endurance et le championnat de France de supertourisme. En 1975, il participe aux 24 Heures du Mans sur une Ligier JS2, mais doit abandonner. Cette période marque le début d'une nouvelle phase de sa carrière, durant laquelle il devient un pilote reconnu dans les courses de voitures de sport sur longue distance et dans le championnat national.
Il est alors pressenti pour piloter la première Ligier en Formule 1. Il fait en effet partie du projet et c'est lui qui effectue les premiers essais de la monoplace. Il est finalement écarté au profit de Jacques Laffite. A partir de 1976, il remporte plusieurs succès importants en championnat de France de supertourisme, notamment avec une BMW. Il participe également régulièrement aux 24 Heures du Mans dans diverses catégories, remportant notamment la victoire en catégorie GTP en 1976 avec l'équipe Inaltera. Par la suite, il dispute quelques courses avec Peugeot dans les années 1980, dans la catégorie des voitures de tourisme, avant d'arrêter définitivement.
.