Aston Martin: Stroll confie les clefs à Newey
Le 26 novembre 2025, Aston Martin F1Team crée la sensation en annonçant la promotion d'Adrian Newey à la tête de l'écurie en lieu et place d'Andy Cowell. Une semaine plus tôt, la presse britannique faisait état d'une guerre de pouvoir entre les deux ingénieurs. Ceux-ci se seraient déchirés autour du sort de l'aérodynamicien Éric Blandin, un proche de Cowell écarté par le « managing technical partner », Plus généralement, Newey était en profond désaccord avec la stratégie de développement adoptée par Cowell. En réponse, Lawrence Stroll a décidé de nommer une nouvelle structure dirigeante. Newey est bombardé « team principal » pour la saison 2026 et Cowell quitte ses fonctions exécutives pour devenir directeur de la stratégie du groupe Aston Martin. Cet ingénieur motoriste sera plus particulièrement chargé d'optimiser l'intégration du futur moteur Honda, du carburant Aramco et des huiles Valvoline. Il retrouve donc en quelque sorte les fonctions qu'il occupait jadis chez Mercedes. De son côté, Adrian Newey garde la main sur le staff technique, avec Enrico Cardile comme lieutenant, mais récupère surtout les fonctions de directeur général. Ainsi, à 67 ans, le génial concepteur se retrouvera pour la première fois de sa longue carrière à la tête d'une écurie. Il se dit prêt à ce nouveau défi: « Au cours des neuf derniers mois, j'ai apprécié les grands talents individuels au sein de notre équipe. Je suis impatient d'assumer ce rôle supplémentaire pour nous placer dans les meilleures conditions en vue de 2026, où nous affronterons une situation entièrement nouvelle avec Aston Martin devenu équipe usine, combinée au défi considérable posé par les nouvelles réglementations. » Cependant, certains pensent que la promotion de Newey n'est qu'un expédient provisoire en attendant l'arrivée de Christian Horner qui négocierait depuis plusieurs mois avec Lawrence Stroll. Mais ce dernier dément cette rumeur dans un message délivré à l'ensemble du personnel de l'équipe.
Toujours est-il que cette nouvelle éberlue le paddock. Newey assouvirait-il enfin une ambition jusqu'ici frustrée ? Après tout, chez Williams, McLaren et même Red Bull, il regrettait de ne pas être davantage associé aux grandes décisions stratégiques, notamment le choix des pilotes. Mais cela ne veut pas dire que ce personnage plutôt introverti rêvait de diriger entièrement une écurie. Il semblerait bien qu'il se dévoue pour assurer le succès de l'aventure Aston Martin, dont il est après tout financièrement partie prenante. Mais beaucoup se demandent si ce « Géo Trouvetou », génial sur la planche à dessin, a vraiment l'étoffe d'un directeur d'entreprise, capable d'assumer les versants politiques, administratifs et sportifs de l'énorme machine qu'est désormais une écurie de F1. Certes, de plus en plus d'ingénieurs deviennent justement team managers: Andrea Stella (McLaren), Lauren Mekies (Red Bull), James Vowles (Williams), Ayao Komatsu (Haas)... Mais tous, même Stella qui conserve le titre de directeur technique à Woking, ne s'occupent plus de la conception des monoplaces. En vérité, il faut remonter à Colin Chapman pour retrouver quelqu'un cumulant véritablement ces deux fonctions. Cela tombe bien: le fondateur de Lotus est justement le héros de Newey !
Présentation de l'épreuve
Le 15 novembre 2025, la Commission F1 réunie à Londres a décidé d'imposer deux changements de pneus pour ce Grand Prix du Qatar, comme cela avait été le cas à Monaco six mois plus tôt. Officiellement, les autorités agissent pour des raisons sécuritaires, sur les conseils de Pirelli. La piste qatarie est en effet considérée comme particulièrement éprouvante pour les pneumatiques, avec des caractéristiques qui lui sont propres. Si le pneu perd ici beaucoup de gomme sur la bande de roulement, la dégradation thermique est faible. Aussi, le pilote ne perd pas forcément beaucoup de temps en prolongeant son relais, mais met tout de même en péril la carcasse du produit. C'est pourquoi Pirelli apporte à Losail ses pneus les plus durs, et surtout impose deux pit-stops et des relais qui ne pourront excéder 25 tours. Toutefois, beaucoup estiment qu'il ne s'agit que d'un prétexte pour pimenter artificiellement la compétition, comme ce fut le cas à Monaco. D'ailleurs, la FIA ne cache pas qu'elle envisage de généraliser à tous les Grands Prix ces deux arrêts obligatoires à l'horizon 2027, ce que certains croient contre-productif, tel Alan Permane, directeur de Racing Bulls: « Les courses à deux arrêts sont difficilement prévisibles avec des gommes qui n'y sont pas adaptées. Mais si au contraire celles-ci sont conçues pour ça, alors vous risquez de voir tout le monde adopter la même stratégie, ce qui ne serait pas très spectaculaire ! »
La victoire de Max Verstappen à Las Vegas et la double disqualification des McLaren ont entièrement relancé la course pour le titre des conducteurs. Le Néerlandais a en effet comblé la moitié de son retard sur Lando Norris et a rejoint Oscar Piastri à la seconde place du championnat du monde. Néanmoins, Norris garde 24 points d'avance sur ses deux rivaux à deux courses et un sprint du terme de la saison. Cela signifie qu'il pourrait être sacré ce week-end au Qatar, à condition d'inscrire au moins deux points de plus que ses adversaires. L'idéal pour lui serait bien sûr de gagner la course. Le pilote britannique apparaît de nouveau souriant et détendu. Arrivé à Doha dès le lundi, il a surmonté le décalage horaire en prenant deux jours pour se ressourcer, au cours desquels il a surtout joué au golf et au paddle. Norris se dit paré à jouer ce week-end sa première « balle de match » : « La meilleure défense, c'est l'attaque ! Mon objectif n'a pas changé, si je veux être champion je dois tout donner pour gagner, sans calculs. Personnellement, je me sens très bien. »
Oscar Piastri a finalement fait une bonne opération à Las Vegas, puisque la double disqualification des McLaren lui a permis de maintenir un retard de 24 points sur Lando Norris qui aurait sans cela grimpé à 30 longueurs. Toutefois, on a peine à voir comment l'Australien pourrait devenir champion du monde alors qu'il n'a plus devancé son équipier depuis le GP des Pays-Bas, fin août. À telle enseigne que lors de la conférence de presse du jeudi, un journaliste ose lui demander s'il pourrait prêter main forte à Norris face à la menace Verstappen ! La réponse fuse: « Nous en avons brièvement discuté, et la réponse est non. Je suis toujours à égalité de points avec Max et j'ai encore de bonnes chances de remporter le titre. » Bien sûr, Zak Brown et Andrea Stella assurent que Norris et Piastri seront libres de se battre jusqu'au bout, quitte à faire le jeu de Verstappen. Une politique risquée mais assumée, que certains trouvent néanmoins stupide, comme le toujours volubile Günther Steiner: « McLaren doit soutenir Norris, sinon ils sont fichus ! Si Piastri mène la course, il doit laisser passer Lando. L'animal Verstappen arrive. Il vaut mieux qu'il n'en bouffe qu'un seul que les deux à la fois ! Comment Stella peut-il être aussi obtus ?... »
Max Verstappen n'a en effet jamais été aussi proche de Lando Norris au classement. Certes, il compte encore 24 points de retard, mais on peut compter sur lui pour saisir la moindre opportunité de décrocher sa cinquième couronne mondiale. « Je suis prêt pour ce dernier combat, affirme-t-il. Il y a quelques semaines, je n'aurais certainement pas imaginé me retrouver en lice pour le titre à deux étapes de la fin, mais nous y voilà. Maintenant, moi et l'équipe allons tout donner pour maintenir le suspens jusqu'au bout. » Verstappen rappelle qu'à la fin de l'été il comptait plus de 100 points de retard sur Oscar Piastri, alors leader du championnat, et s'estime donc très heureux d'être encore en course pour le titre. En outre, il affirme ne rien regretter de sa saison, exceptée son agression contre George Russell à Barcelone, qui lui avait valu une pénalité. Sûr de sa force, ce compétiteur-né donnera tout pour coiffer sur le poteau ses rivaux de McLaren qu'il n'a eu de cesse d'intimider en piste cette saison. Friand de la guerre psychologique, Verstappen les raille aussi devant la presse: « J'ai tiré le meilleur de ma Red Bull, mais si j'avais eu une McLaren, le championnat serait plié depuis longtemps ! » Cette tirade lui vaut une réplique salée de Lando Norris: « Max adopte le style agressif de la maison Red Bull... Bien sûr, un quadruple champion du monde a beaucoup de crédit, mais franchement, il raconte aussi souvent n'importe quoi ! »
Le classement des constructeurs n'est lui aussi pas encore figé. McLaren (756 pts) est certes depuis longtemps championne du monde et Mercedes (431 pts) semble bien ancrée à la seconde place. Mais médaille de bronze est encore convoitée par Red Bull (391 points) et Ferrari (378 pts). Williams (121 pts) a sécurisé sa cinquième place. Racing Bulls (90 pts) semble détenir la sixième position, mais doit se méfier des trois équipes suivantes: Haas (73 pts), Aston Martin (72 pts) et Stake-Sauber (68 pts), qui toutes peuvent encore, avec un peu de chance, gagner des positions et quelques millions de dollars de droits commerciaux supplémentaires. En revanche, Alpine-Renault (22 pts) est maintenant cantonnée à la lanterne rouge.
À Losail, le directeur de course Rui Marques réunit les pilotes et les commissaires sportifs (ici Derek Warwick, Loïc Bacquelaine, Garry Connelly et Amro al Hamad) afin de débattre de l'application des directives de pilotage, jugées bien trop littérales en cette saison 2024. La pénalité infligée à Oscar Piastri à Brésil suite à sa collision avec Andrea Kimi Antonelli a mis le feu aux poudres. L'Australien estime n'avoir rien à se reprocher sur cet incident: Antonelli ne lui ayant pas ouvert la porte, il n'avait d'autre choix que de bloquer les roues et n'a pu éviter la Mercedes, renvoyée ensuite contre la Ferrari de Charles Leclerc. Un pur incident de course selon Piastri qui a reçu le plein soutien des deux directeurs du GPDA Carlos Sainz et George Russell. L'Espagnol relève ainsi que ce n'est pas parce qu'un pilote allume une roue qu'il est forcément en perdition et commet donc une faute de conduite. Russell dénonce pour sa part des pénalités qui « peuvent paraître justes sur le papier, mais sont erronées dans la réalité ». Au cours de cette réunion, les commissaires montrent les vidéos de plusieurs accrochages ayant eu lieu en 2025 et expliquent pourquoi ils ont fait ou non l'objet d'une pénalité. Dans l'ensemble, les arguments avancés convainquent les pilotes qui évoquent une discussion « productive ». Néanmoins, Russell supplie les officiels de faire davantage appel à leur expérience pour ne pas interpréter les directives de façon trop rigides. « Sans quoi, tout cela deviendra bientôt une affaire d'avocats, ironise-t-il. La règle est importante, mais il faut aussi mobiliser son bon sens, faire preuve de nuance. »
Ce week-end au Qatar, Leonardo Fornaroli s'adjuge le titre de champion du monde de Formule 2, un an tout juste après avoir été sacré en Formule 3. Le jeune Italien (21 ans) l'emporte avec une large avance sur ses rivaux Jak Crawford, Richard Verschoor et Luke Browning, mais hélas ce beau parcours ne lui ouvrira pas les portes de la Formule 1, du moins pour le moment. Fornaroli paie sans doute son isolement, puisqu'il n'était jusqu'alors lié à aucune filière ou académie. Néanmoins, au soir de cette épreuve, il est engagé par l'académie McLaren, en même temps que son rival Richard Verschoor. Reste à voir ce que la firme de Woking lui proposera. Si elle ne peut le propulser en F1, elle pourra toujours l'orienter vers un de ses autres programmes, en IndyCar ou plus sûrement en Endurance, où McLaren se lancera en 2027 avec sa future hypercar.
Vendredi: essais et qualifications pour le sprint
Vendredi en début de soirée, les McLaren dominent l'unique séance libre du week-end, Piastri signant le meilleur temps (1'20''924''') devant Norris, tandis que Verstappen se plaint d'une Red Bull instable.
Un peu plus tard, lors des qualifications pour le sprint, Piastri confirme son regain de forme en signant la « pole » (1'20''055'''): c'est la première fois qu'il bat son équipier depuis Zandvoort, voici trois mois ! Sur l'autre McLaren, Norris (3e) rumine une erreur dans le dernier virage. Russell est heureux de placer sa Mercedes au second rang, assez loin devant Antonelli (7e). Alonso décroche une très belle quatrième place avec son Aston Martin, très loin devant Stroll (16e), éliminé d'emblée, selon lui à cause du trafic. Petit coup de théâtre chez Red Bull: pour la première fois, Tsunoda (5e) devance Verstappen (6e) qui se débat à la fois avec du survirage et du sous-virage. Étonnamment, son équipier japonais est lui très content de sa RB21... Après des changements de réglages bienvenus, les Williams (Sainz 8e, Albon 10e) parviennent en SQ3. Encore une soirée désastreuse pour Ferrari: Leclerc (9e) dit avoir été gêné par Sainz, mais surtout se plaint d'une machine « trop lente ». Hamilton (18e) n'a plus de mots pour commenter son désarroi. Lorsqu'on lui demande son avis sur le week-end qatari, il répond: « Il fait beau » ... Chez Racing Bulls, Hadjar (11e) perd son dernier chrono qui aurait dû le hisser en SQ3, tout simplement parce qu'il a « oublié les limites de la piste » ! Lawson (17e) est très en retrait. Les pilotes Haas Bearman (12e) et Ocon (15e) déclarent qu'ils utiliseront le sprint pour préparer la course. Les Sauber (Bortoleto 13e, Hülkenberg 14e) étaient assez proches de passer en SQ3. Enfin, les Alpine (Gasly 19e, Colapinto 20e) n'ont pas fait monter à temps leurs gommes en température et peuplent la dernière ligne.
Vendredi soir, Pirelli alerte la FIA et les équipes sur des microcoupures découvertes sur quelques pneus utilisés ce jour, et fort probablement causées par les bandes de graviers ajoutées cette année à deux mètres des lignes blanches, afin de dissuader les coureurs de franchir celles-ci. C'est ce qu'explique Simone Berra: « Il y a trois ou quatre bandes de gravier supplémentaires par rapport à l'an dernier et, évidemment, lorsque les pilotes poussent à la limite, ils ramènent ce gravier sur la trajectoire. Nous avons constaté des coupures de gravier assez profondes sur les bandes de roulement. Certaines étaient vraiment très profondes. Ces cailloux sont beaucoup plus tranchants. Ils n'ont heureusement sectionné aucune corde, mais si la carcasse est exposée et que la voiture continue à passer sur ce gravier, il y a un risque de crevaison. » Berra ajoute qu'il ne se veut pas alarmiste pour le moment, puisque selon lui les pilotes prendront moins de risques en course et ramèneront donc moins de cailloux en piste, mais Pirelli garde un œil attentif à la situation.
Le sprint
Samedi soir, le dernier sprint de la saison se tient dans une atmosphère assez chaude (21°C). Comme cette épreuve durera 19 tours, ce sera un bon test pour évaluer la tenue de gommes qui ne pourront être utilisées plus de 25 boucles le lendemain. Tous les pilotes partent avec les pneus médiums (C2). Pas moins de quatre pilotes, à savoir Stroll, Hamilton, Gasly et Colapinto, partent des stands après des modifications sous parc fermé.
Départ: Piastri démarre très bien et reste en tête devant Russell. Au premier tournant, Norris, placé à l'extérieur, parvient à demeurer devant Tsunoda, qui a plongé à l'intérieur. Suivent Alonso, Verstappen et Antonelli. Leclerc sort large au virage n°2 et perd plusieurs places.
1er tour: Verstappen double Alonso au virage n°2, puis efface Tsunoda au tournant n°4. En fin de tour, Piastri devance Russell, Norris, Verstappen, Tsunoda, Alonso, Antonelli, Sainz, Hadjar et Albon. Leclerc est seulement 13e.
2e: Piastri compte un peu plus d'une seconde d'avance sur Russell. Verstappen est sur les talons de Norris.
3e: DRS ouvert, Verstappen fait mine de plonger à l'intérieur du premier tournant pour doubler Norris, mais il est trop loin pour faire une tentative sérieuse.
4e: Une seconde et demie sépare Piastri et Russell. Verstappen maintient la pression sur Norris.
6e: Piastri précède Russell (1.6s.), Norris (3.2s.), Verstappen (4s.), Tsunoda (5.7s.), Alonso (8.1s.), Antonelli (9s.), Sainz (10s.), Hadjar (10.8s.) et Albon (12s.). Leclerc est bloqué derrière Bearman et Hamilton demeure 18e devant les Alpine.
8e: Les écarts se creusent. Piastri accroît son avance sur Russell. Verstappen se plaint de rebond et commence à perdre le contact avec Norris.
10e: Piastri mène devant Russell (2.5s.), Norris (4.6s.), Verstappen (7.7s.), Tsunoda (10s.). Alonso (11.8s.), Antonelli (12.5s.) et Sainz (15s.).
11e: Leclerc escalade le vibreur entre les virages n°4 et 5 et manque de perdre sa Ferrari. Lawson l'assaille par l'extérieur à l'épingle suivante, mais le Monégasque l'emmène au large. Le Néo-Zélandais retrouve le circuit devant son adversaire, mais il rendra logiquement sa position au tour suivant.
13e: Alonso sous-vire en sortant de la dernière courbe et roule dans la poussière. À la réaccélération, Antonelli ouvre son aileron mobile et déborde l'Espagnol sans difficulté.
14e: Tsunoda écope de cinq secondes de pénalité pour avoir franchi plus de trois fois les limites de la piste. Stroll passe aux stands pour chausser les pneus tendres, sans doute afin d‘évaluer leur endurance.
15e: Piastri devance Russell (2.2s.), Norris (3.6s.), Verstappen (7.3s.), Tsunoda (11.3s.), Antonelli (13s.), Alonso (15s.), Sainz (17.5s.), Hadjar (19s.) et Bortoleto (20.5s.).
16e: Piastri porte son avance sur Russell à trois secondes. Stroll est le plus rapide en piste avec ses pneus tendres.
18e: Piastri compte près de cinq secondes d'avance sur Russell. Alpine donne des gommes tendres à Gasly et Colapinto. Sainz est sous la pression d'Hadjar. Antonelli reçoit à son tour cinq secondes de punition pour des passages derrière la ligne blanche.
19e et dernier tour: Oscar Piastri remporte ce sprint devant Russell et Norris. Verstappen se classe quatrième. Malgré leurs pénalités, Tsunoda et Antonelli restent respectivement cinquième et sixième. Alonso (7e) et Sainz (8e) prennent les derniers points. Suivent Hadjar, Albon, Bortoleto, Bearman, Leclerc, Lawson, Ocon, Hülkenberg, Hamilton, Gasly, Stroll et Colapinto.
Oscar Piastri retrouve donc enfin le succès sur ce circuit de Losail qui l'avait vu remporter son premier sprint il y a deux ans. Le jeune Australien a parfaitement contrôlé cette mini-course et pour l'heure domine son équipier Lando Norris, auquel il a repris deux points ce soir. « Jusqu'ici, cela va beaucoup mieux que les derniers week-ends, sourit-il. J'ai plus de grip, plus de rythme, et puis j'aime ce circuit. Je prends à nouveau du plaisir à conduire ! » De son côté, George Russell, second, dit avoir tout tenté pour rejoindre Piastri, en vain. Lando Norris gagne pour sa part un point sur Max Verstappen. Ce dernier est assez peu optimiste et ne se voit pas vaincre les McLaren ce week-end, à moins d'un renversement de situation.
Du côté de Pirelli, ce sprint a apporté des données rassurantes quant à l'endurance des pneus. « Comme l'an dernier, nous avons observé un grainage qui a accéléré l'usure de certains pneus, les amenant à leur limite, mais sans perte de performance, déclare Mario Isola. Ces cas, principalement constatés à l'avant-gauche, expliquent précisément pourquoi une limite de 25 tours par train a été imposée. Les temps au tour nettement plus rapides que prévu ont entraîné une augmentation des charges sur les pneus. Par précaution, nous avons déjà prescrit une hausse des pressions minimales de 1 psi sur les deux essieux. Nous avons observé de nouvelles coupures sur les bandes de roulement, mais moins qu'hier. Les deux arrêts en course devraient limiter ce phénomène. »
Les qualifications
Plus tard dans la soirée, la séance qualificative est extrêmement serrée, puisqu'en Q1 l'intégralité du plateau se tient en moins d'une seconde ! Piastri poursuit sa domination en réalisant sa sixième pole position de la saison (1'19''387'''), la première depuis le GP des Pays-Bas. Norris (2e, 1'19''495''') échoue à un dixième de son équipier à cause d'un léger sous-virage qui a gâché son dernier tour lancé. Si les McLaren monopolisent la première ligne, Verstappen (3e, 1'19''651''') les suit de près, même s'il n'est toujours pas satisfait de sa Red Bull. Après un bon sprint, Tsunoda (15e) s'effondre dès la Q1, déplorant une absence totale d'adhérence. Les Mercedes (Russell 4e, Antonelli 5e) s'accrochent au trio de tête et pourraient jouer les troubles-fêtes. Hadjar hisse sa Racing Bulls à une belle sixième place. Son équipier Lawson (12e) ne franchit pas la Q2. Sainz (7e) s'affirme de plus en plus comme le leader de Williams alors que son collègue Albon (14e) est une fois de plus décevant.
Comme la veille, Alonso (8e) atteint la troisième manche avec son Aston Martin tandis que Stroll (18e) ne décolle pas du fond de tableau. Alpine a revu les réglages de l'A525, et Gasly (9e) en tire un excellent parti en atteignant la Q3. En revanche, Colapinto (20e) ne parvient pas de son propre aveu à réaliser un bon tour. Le cauchemar se poursuit pour Ferrari. Malgré des changements de réglages, Leclerc (10e) se démène pour amener une SF-25 inconduisible en Q3, pendant que Hamilton (17e) sombre corps et biens. Chez Stake-Sauber, Hülkenberg (11e) rate la Q3 pour seulement trois millièmes. Bortoleto réalise le 14e temps, mais recule de cinq places pour le punir de sa collision avec Stroll à Las Vegas. Enfin, si Bearman (13e) place la Haas en Q2, Ocon (16e) est éliminé d'emblée, la faute selon lui au « loup » qui frappe sa VF-25 depuis des mois, à savoir un manque d'appui sur l'avant.
Le Grand Prix
Dimanche soir, la nuit qatarie est un peu plus chaude que la veille, avec 23°C dans l'air et 29°C sur la piste. La majorité du peloton s'élance avec des pneus médiums (C2). Albon et Colapinto sont en gommes dures (C1), Hülkenberg et Hamilton en tendres (C3). La grande majorité des pilotes ont déjà parcouru au moins deux tours en essais avec ces enveloppes. En raison de la limite de 25 tours imposée par Pirelli, ils devront donc stopper avant le 23e passage. Colapinto démarre des stands.
Départ: Piastri reste en tête tandis que Verstappen, très bien parti, déborde Norris par l'extérieur avant même le premier tournant. Suivent Antonelli, Russell et Sainz.
1er tour: Norris tente en vain d'attaquer Verstappen avant le virage n°4. Sainz et Alonso dépassent Russell qui a failli perdre le train arrière au virage n°2. En fin de boucle, Piastri devance Verstappen, Norris, Antonelli, Sainz, Alonso, Russell, Hadjar, Gasly et Leclerc. Hamilton est quatorzième.
2e: Piastri prend une seconde et demie d'avance sur Verstappen. Norris est menacé par Antonelli. Hülkenberg prend la 10e place à Leclerc.
3e: Antonelli peut user du DRS contre Norris. Gasly sort large au virage n°14 et revient en piste juste devant Hülkenberg, assez dangereusement. Cela lui vaudra un drapeau noir et blanc. Ocon reçoit 5 secondes de pénalité pour départ anticipé.
4e: Piastri est le plus rapide en piste et repousse Verstappen à plus de deux secondes. Norris commence à semer Antonelli.
5e: Piastri mène devant Verstappen (2.2s.), Norris (4.2s.), Antonelli (5.4s.), Sainz (7s.), Alonso (8s.), Russell (9s.), Hadjar (10.2s.), Gasly (12s.), Hülkenberg (12.3s.), Leclerc (13.2s.) et Bearman (14s.).
7e: Hülkenberg déborde Gasly par l'extérieur de la première courbe. À la sortie de celle-ci, le Français harponne la roue arrière-droite de la Sauber avec sa roue avant-gauche. Hülkenberg déchape aussitôt, part en tête-à-queue et explose un panneau publicitaire en plastique. La voiture de sécurité entre en piste et c'est aussitôt la ruée aux stands.
8e: Inexplicablement, McLaren ne rappelle pas ses pilotes. Verstappen entre aux stands pour chausser un nouveau train de pneus médiums. Antonelli le suit, perd du temps à cause d'un cafouillage, et repart derrière Sainz qui a changé de gommes plus promptement. Bloqué quelques secondes derrière son équipier, Russell perd aussi un temps précieux. Alonso, Hadjar, Leclerc, Bearman, Lawson, Hamilton, Tsunoda, Albon, Stroll, Bortoleto et Colapinto changent aussi d'enveloppes, tout comme Gasly qui a rejoint la pit-lane avec une crevaison. Outre les McLaren, seul Ocon reste dehors.
9e: Le peloton se regroupe derrière la Safety Car. Piastri et Norris ne rentrent toujours pas, contrairement à Ocon qui change de pneus et subit sa pénalité. Une grue retire la Sauber accidentée d'Hülkenberg.
10e: La piste est dégagée et la course va reprendre au tour suivant. Piastri devance Norris, Verstappen, Sainz, Antonelli, Alonso, Hadjar, Russell, Leclerc, Bearman, Lawson, Tsunoda, Albon, Hamilton, Bortoleto, Stroll, Colapinto, Ocon et Gasly.
11e: Le drapeau vert est brandi. Les McLaren tentent de s'échapper, mais elles devront s'arrêter deux fois, contre une seule pour tout le reste du plateau.
12e: Piastri a pris une seconde et demie d'avance sur Norris, alors que Verstappen est repoussé à un peu plus de trois secondes. Antonelli met la pression sur Sainz.
14e: Deux secondes séparent les pilotes McLaren. Verstappen roule à quatre secondes de Piastri. Sainz a pris une seconde d'avance sur Antonelli, tandis que Alonso contient Hadjar, Russell et Leclerc.
16e: Piastri porte son avance sur Norris à deux secondes et demie. Verstappen suit à sept secondes et ne perd pas beaucoup de terrain.
18e: Piastri devance Norris (3.5s.), Verstappen (7.8s.), Sainz (13.4s.), Antonelli (15.7s.), Alonso (22.3s.), Hadjar (23s.), Russell (23.8s.), Leclerc (24.3s.), Bearman (25s.), Lawson (26s.) et Tsunoda (26.7s.).
19e: Les pneus des McLaren commencent à s'user. Verstappen est désormais le plus rapide en piste.
21e: Piastri signale du graining sur son pneu avant-gauche. Albon est averti d'un drapeau noir et blanc pour passage hors limites.
23e: Piastri précède Norris (3.8s.), Verstappen (8s.), Sainz (17s.), Antonelli (18.6s.), Alonso (25.7s.), Hadjar (26.5s.), Russell (27.3s.), Leclerc (28s.) et Bearman (29s.).
24e: Piastri arrive chez McLaren pour son premier arrêt obligatoire. Il chausse les pneus médiums (3.1s.) et repart en cinquième position. Second arrêt de Stroll.
25e: Après un tour en tête, Norris s'empare à son tour d'un second train de pneus jaunes (2.2s.) et repart derrière son équipier. Verstappen hérite du commandement.
27e: Verstappen est en tête devant Sainz (11.6s.), Antonelli (13.2s.), Piastri (15.7s.), Norris (19.7s.), Alonso (22.3s.), Hadjar (23.4s.), Russell (24.6s.), Leclerc (26s.), Bearman (26.8s.), Lawson (27.3s.) et Tsunoda (29s.).
29e: Verstappen porte son avance sur Sainz à quinze secondes. Piastri revient sur Antonelli. Stroll écope de 5 secondes de sanction pour excès de vitesse aux stands.
30e: Piastri déborde Antonelli au premier virage et conquiert la troisième place. Norris roule à deux secondes du jeune Italien.
31e: Piastri est revenu sur Sainz. Norris attaque Antonelli au premier virage, sans succès. Dans les stands, les mécaniciens se préparent pour la seconde salve imminente de changements de pneus.
32e: Verstappen compte dix-sept secondes d'avance sur Sainz, talonné par Piastri. Norris reste derrière Antonelli.
33e: Verstappen s'arrête chez Red Bull pour prendre des pneus durs (2.5s.). Sainz (2.6s.) et Antonelli (2.6s.) chaussent aussi ce composé, tout comme Alonso, Hadjar, Russell, Leclerc, Bearman, Lawson, Tsunoda et Hamilton. Gasly, Albon, Hamilton et Colapinto prennent les pneus médiums, Bortoleto les gommes tendres. L'arrêt de Bearman se passe très mal. D'abord relâché, il avance de quelques centimètres avant de stopper aussitôt afin que ses mécaniciens refixent sa roue arrière-gauche. Il repart après une longue immobilisation.
34e: Piastri retrouve le commandement et signe le meilleur tour (1'24''143'''). Norris le suit à quatre secondes, mais Verstappen n'est qu'à huit secondes alors qu'il ne doit plus stopper...
36e: Si Piastri creuse l'écart sur Norris, repoussé à cinq secondes, Verstappen reste à huit secondes de l'Australien. Ocon subit son deuxième changement de pneus.
37e: Norris dérape dans le virage n°14 et met deux roues dans la poussière. Verstappen revient à seulement deux secondes de l'Anglais.
38e: Piastri mène devant Norris (6.8s.), Verstappen (9s.), Sainz (29.4s.), Antonelli (33.6s.), Alonso (46.2s.), Hadjar (47s.), Russell (47.6s.), Leclerc (50.3s.), Stroll (55s.), Lawson (56s.) et Tsunoda (57s.).
40e: C'est au tour de Piastri d'effectuer un passage au large dans une grande courbe. Verstappen est revenu à une seconde et demie de Norris. Bearman reçoit un « stop-and-go » de 10 secondes pour sa relance dangereuse aux stands.
41e: Norris n'a plus qu'une seconde d'avance sur Verstappen. Alonso exécute un tête-à-queue. Il parvient à rester sur la piste, mais se relance derrière Hadjar et Russell. Bearman passe chez Haas pour subir sa pénalité.
43e: Piastri entre aux stands pour mettre des pneus durs dans un arrêt-éclair (1.8s.), puis redémarre en troisième position. Norris est en tête, mais Verstappen est sur ses talons. Bearman est rappelé au stand Haas pour se retirer.
44e: Norris résiste à Verstappen malgré ses pneus abîmés, avant de rentrer aux stands à la fin de ce tour. Piastri réalise le meilleur tour de la course (1'22''996''').
45e: Norris fait halte chez McLaren, s'empare de pneus blancs (2.7s.) et reprend la piste seulement cinquième, derrière Sainz et Antonelli. Verstappen roule vers le succès.
46e: Verstappen précède Piastri (15s.), Sainz (21s.), Antonelli (23.6s.), Norris (27.2s.), Hadjar (44.4s.), Russell (45.6s.), Alonso (47.7s.), Leclerc (48.5s.) et Stroll (53.3s.).
48e: Piastri fait le forcing pour revenir sur Verstappen, mais compte encore treize secondes de retard. Norris remonte pour sa part sur Antonelli.
50e: Norris revient à moins d'une seconde d'Antonelli qui a bloqué une roue. Stroll exécute sa pénalité et se retrouve bon dernier. Lawson hérite de la 10e place.
51e: Piastri ne reprend plus que quelques dixièmes par tour à Verstappen et n'a aucun espoir de le rattraper. Norris peut user du DRS contre Antonelli, mais cela n'est pas suffisant pour attaquer l'Italien.
52e: Verstappen mène devant Piastri (12.6s.), Sainz (23.7s.), Antonelli (26.2s.), Norris (26.6s.), Hadjar (49s.), Russell (50.3s.), Alonso (53.6s.), Leclerc (54.7s.), Lawson (1m. 01s.), Tsunoda (1m. 02s.) et Albon (1m. 05s.).
54e: Onze secondes séparent Verstappen et Piastri. Norris ne parvient toujours pas à porter l'estocade contre Antonelli. Tous deux reviennent sur Sainz
55e: Hadjar est victime d'une crevaison sur son pneu avant-gauche, découpé par une dérive d'aileron défaillante. Le jeune Français lève le pied considérablement et laisse ainsi échapper une précieuse sixième place.
56e: Alors qu'il avait pris une seconde d'avance sur Norris, Antonelli vire large au virage n°10. Le pilote McLaren saisit cette incroyable opportunité pour laisser sur place le pilote Mercedes. Hadjar atteint les stands et met pied à terre. Stroll rentre aussi au garage Aston Martin.
57e et dernier tour: Max Verstappen remporte son 70e Grand Prix. Piastri (2e) monte sur son premier podium depuis trois mois. Sainz finit troisième pour la seconde fois en 2025. Norris se classe quatrième devant les Mercedes d'Antonelli et Russell. Alonso finit septième. Leclerc (8e) achève un triste week-end pour Ferrari. Lawson se classe neuvième, Tsunoda dixième. Albon, Hamilton, Bortoleto, Colapinto, Ocon et Gasly rallient aussi l'arrivée.
Après la course: Verstappen fond sur sa proie
Le championnat du monde se jouera donc huit jours plus tard à Abou Dhabi entre Lando Norris, Max Verstappen et Oscar Piastri, un final de rêve pour les fans. Une couronne que le vainqueur du jour, revenu à seulement 12 points de Norris, convoite plus que jamais. De prime abord, ce dimanche soir, Max Verstappen s'est contenté de ramasser les lauriers abandonnés par McLaren à cause d'une stratégie absurde. Mais ce serait oublier que, comme souvent en 2025, le champion hollandais a démarré le week-end avec une RB21 au comportement fantaisiste, qu'il a patiemment amélioré au prix de multiples changements de réglages, jusqu'à l'amener aux avant-postes, comme le confirme Laurent Mekies: « Il a fallu abattre beaucoup de travail pour avoir une voiture tout juste capable de jouer la victoire. Nous avions une fenêtre très étroite pour l'exploitation des pneus, et Max, toujours au centre de nos décisions, nous y a aidés. » Verstappen peut donc pleinement se féliciter de cette 70e victoire en F1 qui le place en bonne position pour conquérir à Abou Dhabi sa cinquième couronne. « Le départ était correct, j'ai gagné une place, mais je ne m'attendais pas à gagner, raconte-t-il. En termes de rythme pur, nous n'étions pas au niveau de McLaren, mais nous avons pris la bonne décision en rentrant aux stands sous la voiture de sécurité. Cela m'a presque donné un arrêt gratuit. J'ai ensuite accompli deux longs relais, mais j'ai su gérer l'usure et les McLaren ne m'ont pas rattrapé. » Laurent Mekies envoie à juste titre la stratège Hannah Schmitz recevoir le trophée des constructeurs. Verstappen lui doit sa victoire, puisque c'est elle qui a choisi de ne pas copier McLaren... Pour ce qui concerne le championnat, Verstappen est désormais à deux doigts de réaliser un exploit historique, décrocher le titre après avoir été relégué à plus de 100 points du leader, mais il refuse de se mettre la pression: « Je saisirai ma chance à Abou Dhabi, voilà tout. Je ne m'inquiète pas plus que cela. »
Les pilotes McLaren ont perdu très, très gros ce dimanche soir à cause d'une invraisemblable bévue de leur équipe qui a choisi de ne pas changer leurs pneus lors de l'unique neutralisation en début d'épreuve, à rebours de l'ensemble du peloton. Andrea Stella tente d'expliquer que McLaren ne s'attendait pas à ce que tout le monde rentre après l'accident de Nico Hülkenberg: « Nous pensions que les stratégies seraient plus variées et nous ne voulions pas nous retrouver dans le trafic après l'arrêt au stand. Évidemment, comme tout le monde est rentré, notre stratégie est devenue erronée. Et comme Verstappen était rapide et que la dégradation des pneus était faible, cette décision a finalement été très pénalisante, car Oscar contrôlait clairement la course et méritait de la gagner, et Lando a perdu le podium. » Stella argue aussi qu'il pensait que ce plan offrait davantage de « flexibilité en matière stratégique », mais on voit mal ce qu'il entend par là, étant donné que cette neutralisation au 7e tour collait parfaitement avec la durée imposée pour les relais: 7 + 25 + 25 = 57 tours !... Aussi, on comprend que Zak Brown admette ce soir « se sentir mal » pour ses pilotes.
Tout d'abord, Oscar Piastri perd une victoire alors qu'il n'avait plus été pareille fête depuis le GP des Pays-Bas, fin août. Cette opportunité manquée réduit considérablement ses chances de sacre, puisqu'il se retrouve relégué à 16 points de Norris avant l'ultime manche. Blême de rage, il prend sur lui pour ne pas éclater devant la presse: « J'ai fait la meilleure course que je pouvais et perdre ainsi est dur à avaler, lâche-t-il. J'ai tout donné, mais avec cet handicap stratégique, il était impossible de battre Verstappen. » Pour sa part, Lando Norris n'est pas loin de voir le ciel lui tomber sur la tête. Lui qui fut si longtemps critiqué pour sa versatilité et sa prétendue faiblesse psychologique réalise une fin de saison presque parfaite. Il avait gagné haut la main à Mexico et São Paulo, et semblait se diriger aisément vers le sacre, mais il a été frappé coup sur coup par deux erreurs de son équipe: les patins trop usés à Las Vegas, la tactique aberrante au Qatar. Il a ainsi abandonné 37 points à Max Verstappen en deux courses, et n'abordera donc l'étape d'Abou Dhabi qu'avec une faible avance de 12 longueurs. Sans compter qu'il ne pourra pas s'appuyer sur Piastri qui peut encore jouer sa propre carte... Norris devra puiser dans ses ressources pour ne pas se laisser envahir par le doute. Aussi, ce soir, il ne cède pas à la colère et n'accable pas son équipe: « Faire confiance au stand est un pari, pas toujours gagnant. Aujourd'hui n'était pas notre meilleur jour. C'est la vie. Mais nous n'avons pas remporté le titre des constructeurs par hasard. Les gars font leur travail, moi aussi. Si chacun fait ce qu'il doit faire, tout ira bien. »
Carlos Sainz Jr. offre à Williams un deuxième podium cette saison après celui réalisé à Bakou. Le pilote madrilène a profité des cafouillages stratégiques et opérationnels de McLaren et de Mercedes pour accéder au podium, mais a aussi su tirer le meilleur parti d'une FW47 qui a priori ne semblait pas devoir apprécier les grandes courbes de Losail. « Je suis très content, dit-il, fier de toute l'équipe, de ce qu'on a fait aujourd'hui, car on est arrivés en pensant que ce serait le week-end le plus difficile de l'année et on repart avec un podium. Avant la course, on a débattu pour savoir s'il fallait changer les réglages, mais nous ne l'avons pas fait. En fin d'épreuve, mes pneus avant ont perdu de la température et j'avais donc moins d'appui, mais tout était sous contrôle. C'est vraiment une grande réussite ! » James Vowles félicite pour sa part le staff technique qui a su adapter la FW47 à ce tracé, notamment grâce à la simulation : « Nous étions mauvais ici l'an dernier et l'équipe d'ingénierie a fait un travail fantastique pour trouver de meilleurs réglages. Ce podium lui doit beaucoup. Il faut aussi saluer Carlos. Il a toujours su attaquer au bon moment, sans prendre de risques inutiles. Ce nouveau podium est une juste récompense pour les efforts accomplis cette saison. »
Mercedes n'a au contraire pas eu une grande réussite. Andrea Kimi Antonelli a sans doute perdu le podium lors d'un premier arrêt aux stands raté, tandis que George Russell a manqué son premier tour et n'a fait que courir après le temps perdu. Toutefois, après la course, il est surtout question de l'erreur commise par Antonelli dans l'avant-dernier tour qui lui a fait perdre la quatrième place au profit de Lando Norris. Gianpiero Lambiase, l'ingénieur de Max Verstappen, en a aussitôt conclu qu'il s'agissait d'un cadeau de Mercedes à sa cliente McLaren, accusation colportée par Helmut Marko avec son outrance habituelle: « Antonelli avait déjà percuté Max en Autriche. C'est évident qu'il aide nos principaux concurrents ! » Le jeune Italien est aussitôt la cible d'un cyberharcèlement de la part des fans de Verstappen, alors que son erreur de pilotage est évidente, comme il l'admet: « C'est de ma faute, je suis rentré un peu vite dans le virage n°10, j'ai perdu l'arrière et je suis sorti au large. J'avais la sensation de contenir Norris derrière moi, je me suis déconcentré et j'ai commis une faute. » De son côté, Toto Wolff répond à Marko sans diplomatie: « Pauvre Helmut, il n'en manque pas une ! Comment peut-on être écervelé au point de croire que nous nous amuserions à interférer dans la bataille pour le championnat ? » Le lendemain, Red Bull n'a d'autre choix que de publier un communiqué d'excuses: « Les commentaires suggérant que Kimi Antonelli avait délibérément laissé passer Lando Norris sont clairement erronés. Les ralentis démontrent qu'il a momentanément perdu le contrôle de sa voiture, permettant à Norris de le doubler. Nous regrettons sincèrement que cela ait conduit Kimi à être la cible de harcèlement en ligne. »
Enfin, Ferrari a vécu un week-end misérable qui la condamne à finir à la quatrième place du championnat des constructeurs, ce qui sera son plus mauvais résultat depuis 2020. Ce dimanche soir, Charles Leclerc en fut réduit à se battre pour finir dans le « top 10 » et arracher quatre malheureux points. « Nous savions que ce circuit serait plus difficile que le précédent et, tout au long du week-end, nous n'avons pas réussi à trouver les bons réglages, explique Frédéric Vasseur. Nous avons pâti des pressions de pneus très élevées imposées ici et avons clairement régressé. » Lewis Hamilton a peut-être vécu le pire week-end de sa carrière, ne quittant jamais la deuxième moitié du peloton. Après l'arrivée, le septuple champion du monde fuit les journalistes. Lorsque ceux-ci l'interceptent, il se livre à de surprenantes confidences: « Je voudrais être à la plage ou surfer. J'ai hâte que la saison soit finie pour pouvoir récupérer. Je ne dors plus la nuit... » Il s'en prend ensuite au circuit de Losail, où selon lui il est « impossible de dépasser », puis critique la « négativité » de la presse qui rejaillirait sur le moral des troupes de Maranello. Bref, Sir Lewis a en effet besoin de longues, de très longues vacances...
Sources :
- Nextgen-auto.com
- Auto hebdo n°2540, 3 décembre 2025
Tony