Présentation des écuries

Red Bull a battu en 2023 tous les records de domination de la Formule 1 moderne, avec 21 victoires en 22 Grands Prix. Max Verstappen, triple champion du monde, vainqueur de 19 Grands Prix l'an passé, est bien sûr l'immense favori de cette nouvelle saison. Son équipier Sergio Pérez, qui sort d'une année fort pénible, ne lui fera pas d'ombre et tentera seulement de décrocher une prolongation de contrat. Seul nuage à l'horizon: RBR est en proie à de graves querelles intestines, dont l'enquête interne ouverte contre Christian Horner, accusé de « comportement inapproprié » vis-à-vis d'une employée, semble être un symptôme. Mais Red Bull se rassérène devant les performances de la nouvelle RB20 qui a dominé les essais hivernaux à Sakhir. Adrian Newey ne s'est pas endormi sur ses lauriers et sa nouvelle création est une évolution assez radicale de la RB19. On note immédiatement le « canon » à la base du capot-moteur, copié sur la Mercedes W14, et des entrées d'air de pontons désormais surplombées par une lèvre supérieure et non plus inférieure. Red Bull rompt avec sa propre mode en présentant un nez long, alors que tout le monde a adopté le nez court de la RB19, et ce afin de maximiser l'efficacité d'un fond plat qui demeure inconnu. Le directeur technique Pierre Waché prévient que la RB20 évoluera dès le GP du Japon, quatrième étape de la saison. Pour l'heure, au vu des performances affichées à Bahreïn, on peut craindre une nouvelle hégémonie Red Bull sur l'ensemble de la saison.

 

Mercedes a décroché en 2023 la deuxième place du championnat des constructeurs, mais sans obtenir la moindre victoire, une première depuis 2011. Son intersaison fut d'abord perturbée par une curieuse affaire de conflit d'intérêts visant Toto et Susie Wolff, soulevée en décembre 2023 par la FIA et presque aussitôt piteusement enterrée, faute de preuves. La marque à l'Étoile s'apprête surtout à tourner une page de son histoire avec le départ de Lewis Hamilton chez Ferrari en 2025. Mais pour l'heure, elle doit repartir de l'avant après deux mauvaises saisons. Conçue sous la supervision de James Allison, la W15 rompt avec le concept « zéro ponton » de ses deux devancières. L'objectif est de corriger les deux principaux défauts de la W14: l'instabilité du train arrière et une traînée trop importante. Les pontons sont beaucoup plus conventionnels, mais avec des ouvertures en forme de P, façon Alpine. La suspension arrière est dotée d'une nouvelle géométrie, avec poussoir et non plus tirant, afin de mieux faire circuler l'air et créer davantage d'appui. Pour accueillir ces nouveaux éléments placés en hauteur, un nouveau caisson de boîte a été conçu. Dernière particularité: le dernier volet de l'aileron avant comprend deux portions asymétriques, peut-être pour créer un vortex. Mercedes souhaite glaner quelques victoires en 2024. Reste à savoir quelle sera la motivation de Lewis Hamilton, en partance pour Ferrari, et la constance de George Russell qui en 2023 ne s'est pas toujours montré à la hauteur de son statut de futur champion.

 

L'année précédente, Ferrari fut la seule équipe à subtiliser une victoire à Red Bull, grâce à Carlos Sainz Jr. à Singapour. Cet hiver, la Scuderia a surtout fait parler d'elle grâce au « transfert du siècle » : Lewis Hamilton la rejoindra en 2025. Pour l'heure, la nouvelle SF-24 doit faire oublier la capricieuse SF-23, très instable en course et dévoreuse de pneus. La nouvelle « Rossa » s'inspire de Red Bull avec des entrées d'air de pontons très découpées pour ouvrir la voie au flux d'air passant sous le soubassement. Le pilier de l'aileron arrière rappelle les « pylônes » de la RB19. Mais Ferrari ne renie pas complétement sa « philosophie » et est l'une des rares équipes à conserver une suspension arrière à tirant. À noter que la livrée de la Ferrari comprend désormais un peu de jaune, clin d'œil au département Endurance victorieux au Mans en juin 2023. L'objectif des hommes de Frédéric Vasseur est de se rapprocher au maximum de Red Bull. Fort d'un nouveau contrat pluriannuel, Charles Leclerc est conforté dans son statut de fer de lance de l'équipe, même s'il devra cohabiter en 2025 avec Hamilton. Carlos Sainz vivra pour sa part sa dernière saison en rouge et se met en quête d'un bon volant pour la saison suivante.

 

En 2023, McLaren a réussi une prouesse technologique en transformant la MCL60, née citrouille, en carrosse capable de menacer ponctuellement les Red Bull. Pour 2024, Zak Brown réclame à ses hommes des victoires et au moins la seconde place du classement des constructeurs. La nouvelle MCL38 découle de la version C de la MCL60. Elle comprend un capot-moteur en forme d'étagère et une rampe descendante à l'arrière des pontons. Elle se distingue par ses entrées d'air: leur lèvre supérieure se prolonge et couvre les entrées d'air, à contre-courant de la concurrence qui a copié la Red Bull RB19 en agrandissant plutôt les lèvres inférieures. Toutefois, le team manager Andrea Stella prévient que des évolutions sont attendues, notamment au niveau du plancher et des ailerons. C'est au volant de ce bolide que Lando Norris, qui a resigné cet hiver pour plusieurs saisons avec McLaren, et le jeune Oscar Piastri, révélation de la saison précédente, tenteront de glaner leurs premières victoires en F1.

 

Aston Martin a vécu une saison 2023 contrastée. Après avoir fait sensation en début d'année, en se positionnant en seconde force du peloton derrière Red Bull, l'équipe britannique s'est fourvoyée dans le développement de son AMR23 et a finalement échoué à la cinquième place du classement des constructeurs. La nouvelle AMR24 est une nette évolution de sa devancière, avec un nez raccourci, des bras de suspension avant rehaussés, des pontons remaniés etc. Afin de s'adapter à Mercedes qui lui fournit tout son train arrière, Aston Martin adopte en outre une suspension postérieure à poussoir. L'objectif principal du staff de Dan Fallows est d'obtenir une voiture moins typée que sa devancière qui excellait surtout sur les circuits exigeants de gros appuis. Fernando Alonso attend beaucoup de ce modèle, faute de quoi il pourrait aller voir ailleurs en 2025, ou prendre sa retraite puisqu'il aura tout de même 43 ans cette année. Quant au médiocre Lance Stroll, ses performances importent peu puisque son baquet lui est garanti tant que son paternel sera propriétaire de l'écurie...

 

Alpine-Renault a manqué sa saison 2023. En vérité, sans être jamais tout à fait mauvaise, l'écurie franco-britannique s'avère incapable de se hisser au niveau des meilleures. Peut-être à cause d'un manque de synergie entre le département d'Enstone et celui de Viry-Châtillon. En tout cas, le coup de balai donné par Luca de Meo l'été dernier est celui de la dernière chance. Bruno Famin, nouveau team manager (secondé par John Woods à Enstone et Audrey Vastroux à Viry) doit obtenir des résultats, sinon Renault pourrait se lasser de la F1... La nouvelle A524 est censée posséder une fenêtre d'exploitation plus large que sa devancière dont l'aérodynamisme était trop pointu. Elle est plus légère, ce qui donne plus de latitude aux ingénieurs pour dessiner et faire évoluer le fond plat. Les bras de la suspension avant sont fixés plus haut, façon Red Bull, afin de dégager l'entrée d'air des tunnels Venturi. La suspension arrière est aussi nouvelle, avec un poussoir au point d'attache avancé pour améliorer l'équilibre du châssis en entrée de virage, un des points faibles de l'A523. Mais le vrai talon d'Achille de l'Alpine reste son V6 Renault inchangé qui rend 15 à 20 chevaux à la concurrence. Les ingénieurs d'Enstone tentent de compenser ce déficit en améliorant l'évacuation des gaz d'échappement. L'A524 devra se montrer performante, sous peine de voir s'évaporer son duo de pilotes tricolores. Esteban Ocon, en fin de contrat, postule pour la succession de Lewis Hamilton chez Mercedes, et Pierre Gasly, qui ne dispose que d'une option pour 2025, n'hésitera pas non plus à aller voir ailleurs.

 

En 2023, Williams a obtenu la septième place du classement des constructeurs, son meilleur résultat depuis six ans. Mais l'équipe de Grove accuse toujours selon son patron James Vowles « vingt ans de retard » en termes d'infrastructures et n'est qu'aux prémices de son redressement. Dévoilée tardivement, la FW46 marque une rupture majeure avec sa devancière: nez trapu, suspension avant à poussoir inédite, fond plat nettement plus élaboré, bouches d'aération aplaties et surélevées, « rampes » des pontons élargies... Williams conserve en outre une suspension arrière à tirant, se démarquant ainsi des autres clientes de Mercedes. Cet ensemble, qui sera développé par le nouveau directeur technique Pat Fry, doit offrir une plus grande fenêtre d'exploitation et rompre avec l'éternel tropisme des Williams, surtout performantes sur les circuits à faible appui. Du côté des pilotes, Alexander Albon reste le leader incontesté de Williams, mais lorgne sur un baquet plus prestigieux. Logan Sargeant, conservé par défaut, devra se montrer plus rapide et surtout moins maladroit que l'année précédente. Enfin, Williams renoue avec son passé en obtenant le soutien financier du groupe Komatsu qui fut son sponsor dans les années 80 et 90.

 

Nouveau départ pour l'équipe de Faenza qui adopte la dénomination grotesque de « Visa Cash App RB F1 Team ». Explication de texte: Visa Cash, société de paiement électronique, est le nouveau sponsor-titre de l'écurie dont le nom officiel est « Racing Bulls ». Mais « RB » fait tout de même référence à son propriétaire, Red Bull... Quoiqu'il en soit, RB F1 change de visage avec à sa tête Peter Bayer et Laurent Mekies, tandis que Tim Goss (ex-FIA) devient superviseur technique, Guillaume Cattelani (ex-RBR) directeur technique adjoint et Alan Permane (ex-Alpine) directeur d'exploitation. Par ailleurs, les aérodynamiciens de la petite scuderia, qui travaillaient jusqu'ici à Bicester, déménagent sur le campus de Red Bull à Milton Keynes. Ainsi la VCARB 01 ressemble beaucoup à la RB19 dont elle emprunte les suspensions, les entrées d'air et la base de la monocoque, une ressemblance qui fait grincer pas mal de dents. Les deux pilotes, le vétéran Daniel Ricciardo et le jeune Yuki Tsunoda, seront en concurrence pour obtenir un volant chez Red Bull en 2025, mais en coulisse le jeune Liam Lawson, très apprécié d'Helmut Marko, est prêt à chiper leur place à la moindre défaillance...

 

Après le retrait d'Alfa Romeo, Sauber ouvre une période de transition de deux ans avant de devenir l'équipe d'usine d'Audi en 2026. L'équipe suisse se rebaptise « Stake F1 Team », du nom de son partenaire, une plate-forme de jeux en ligne, tandis que ses châssis prennent la dénomination de « Kick-Sauber », Kick étant un site de streaming auquel la nouvelle C44 emprunte sa couleur vert fluo. Cette voiture présente un nouveau concept, en nette rupture avec la très médiocre C43: suspension avant à tirant, pontons inspirés par Red Bull et fond plat inédit. Conçue principalement sous l'égide de Jan Monchaux, devenu depuis directeur technique de la fédération, la C44 sera développée par James Key, de retour à Hinwil. Ses performances lors des essais hivernaux à Bahreïn ont été encourageantes. Quant aux pilotes, 2024 représente sans doute leur dernière chance de demeurer en F1. Valtteri Bottas devra prouver que le pilotage l'intéresse davantage que montrer son derrière, et Guanyu Zhou qu'il ne doit pas sa position uniquement à sa nationalité chinoise.

 

Haas a connu une petite révolution en janvier avec l'éviction du volcanique Günther Steiner, remplacé par l'ex-directeur de piste japonais Ayao Komatsu. En outre, Andrea De Zordo succède à Simone Resta comme directeur technique. Pour beaucoup d'observateurs, ces changements ne masquent pas la principale faiblesse du team américain: un manque d'investissements qui freine tout développement. Nico Hülkenberg lui-même appelle Gene Haas à donner plus d'argent à son équipe. En vain pour le moment. Aussi, pour 2024, Haas F1 Team espère seulement éviter la lanterne rouge à laquelle elle semble abonnée depuis le début de la décennie. La VF-24 se fonde la version B de la VF-23, apparue l'an passé au GP des Etats-Unis, et ce bien que cette évolution n'avait pas donné grande satisfaction. Haas a reconduit son duo expérimenté composé de Nico Hülkenberg, ouvertement sceptique quant aux choix techniques, et de Kevin Magnussen qui devra faire oublier une saison 2023 en dessous du médiocre.

 

Modifications réglementaires

Le règlement technique est inchangé entre 2023 et 2024, dans l'espoir d'une « convergence des performances », c'est-à-dire la copie du concept Red Bull par l'ensemble de la grille...

 

Le format des « week-ends sprint » est encore modifié pour cette nouvelle saison. Désormais, les qualifications pour la mini-épreuve auront lieu le vendredi après-midi, après les essais libres, et le sprint lui-même se tiendra le samedi matin, avant la séance qualificative pour le Grand Prix dominical. D'autre part, la règle du parc fermé ne s'appliquera désormais qu'à partir des qualifications, et non plus après le « Shootout » comme c'était le cas en 2023. Comme l'année passée, six week-ends sprint sont prévus: en Chine, à Miami, en Autriche, à Austin, au Brésil et enfin au Qatar.

 

Parmi les autres modifications, le nombre d'unités de puissance alloué à chaque voiture passe de trois à quatre, comme le souhaitaient les écuries face à un calendrier surchargé de 24 Grands Prix, un record. En outre, le DRS pourra désormais être utilisé dès le deuxième tour de course, et non à compter du troisième comme c'était le cas jusqu'ici. Enfin, le délai accordé pour demander la révision d'une décision fédérale passe de 14 jours à 4, en réaction à l'initiative de Haas qui avait contesté les résultats du GP des Etats-Unis 2023 onze jours après la course.

 

Sources :

- Auto Hebdo, Formule 1, le guide 2024, n° 2450 H, 21 février 2024.

- f1i.autojournal.fr

Tony