Au soir d'une décevante saison 2018 avec McLaren, Fernando Alonso avait décidé de mettre sa carrière en Formule 1 entre parenthèses afin de se consacrer à de nouveaux défis dans d'autres disciplines. Depuis cette date, le natif des Asturies a bourlingué. Il a remporté une seconde fois les 24 heures du Mans en juin 2019, puis le championnat du monde d'Endurance avec Toyota. L'an passé, son engagement aux 500 Miles d'Indianapolis, toujours avec McLaren, a cependant viré au fiasco avec une non-qualification. Enfin, en janvier 2020, Alonso a goûté aux joies du rallye-raid en achevant son premier Rallye Dakar – disputé en Arabie saoudite - à la 13ème place. De retour du désert, il se prépare au prochain Indy 500, reporté à la fin août pour cause de pandémie, mais estime aussi avoir fait le tour de la question. La Formule 1 lui manque, d'autant plus que la nouvelle réglementation technique prévue pour 2021, puis reportée à 2022, lui ouvre de nouvelles perspectives. Les cartes vont être rebattues, la hiérarchie chamboulée: c'est le moment de revenir dans une bonne écurie.

 

Ses contacts avec Renault sont anciens: fin 2019, à l'occasion du GP d'Abou Dhabi, Fernando Alonso s'entretient longuement avec Alain Prost. On évoque l'avenir. Prost admet que Daniel Ricciardo déçoit, et semble plus intéressé par son compte en banque que par les progrès des machines noires et jaunes. Au printemps 2020, celui-ci s'enfuit chez McLaren. Renault, qui ne parvient pas à s'extirper du ventre mou, a impérativement besoin d'un nouveau meneur, d'un champion capable de remotiver les troupes et, a fortiori, d'un vecteur d'image qui pourra rentabiliser son engagement contesté en Formule 1. Fernando Alonso est tout désigné pour cette mission. Il a mené le Losange au titre mondial en 2005 et 2006. Enfant prodigue d'Enstone et de Viry-Châtillon, son retour est attendu depuis plus de dix ans. Mais d'autres pistes ont été auparavant explorées. Cyril Abiteboul et Alain Prost ont songé à recruter à Valtteri Bottas, qui se lasse quelque peu de son rôle de « lieutenant modèle » chez Mercedes. Mais le Scandinave sait qu'il bénéficie en contrepartie de la meilleure voiture du peloton et caresse encore l'espoir de devenir le numéro un du constructeur allemand lorsque Lewis Hamilton prendra sa retraite. Il repousse donc l'offre de Renault qui discute également avec Sebastian Vettel, récemment poussé vers la sortie par Ferrari. L'ex-champion allemand connaît bien Renault: n'a-t-il pas remporté ses quatre titres mondiaux au volant d'une Red Bull propulsée par un moteur flanqué du Losange ? Mais la direction de Boulogne-Billancourt estime qu'il a fait son temps et qu'Alonso, pourtant son aîné de six ans, a plus de talent à revendre, sans parler de sa popularité: l'Espagnol est une star mondiale tandis que Vettel demeure un quasi-inconnu pour le grand public. Alonso est donc choisi.

 

Renault a de solides arguments à lui faire valoir. Elle a tous les moyens financiers, technologiques et humains pour réussir la révolution des années 2021-2022. Ainsi, Alonso ne reviendra pas pour essuyer les plâtres, mais pour gagner. À bientôt 40 ans, il est prêt à endosser ce rôle de guide et de patriarche au bénéfice de son écurie de cœur. Toutefois, l'Espagnol a beau être un sentimental, il lui faut parler gros sous. Courant avril, les négociations s'engagent entre Cyril Abiteboul et son agent Flavio Briatore. Du fait de la crise de la Covid-19, Alonso est contraint de revoir ses prétentions financières à la baisse, ce qui ne lui pose guère de problèmes, car il court désormais pour assouvir sa passion. Les deux parties s'accordent sur un contrat de deux ans (2021-2022), avec une option pour une saison supplémentaire, moyennant un salaire de huit millions d'euros annuels. Alonso a obtenu en outre certains garanties concernant la présence d'ingénieurs (notamment James Key) et la mise en valeur de sa marque de vêtement Kimoa, estimée entre 5 et 10 millions d'euros. En outre, le double champion du monde est assuré d'un statut de premier pilote de fait grâce à son aura et son palmarès. Voilà qui contrarie quelque peu Esteban Ocon qui se rêvait en leader français d'une marque française. Mais l'Ébroïcien a encore tout l'avenir devant lui et ne pourra qu'emmagasiner de l'expérience auprès d'un pilote d'exception comme Alonso.

 

Le contrat est signé aux alentours du 15 mai 2020, mais il n'est rendu public que deux mois plus tard, le 8 juillet, après le coup d'envoi tardif du championnat du monde. Alonso dévoile alors son programme pour les prochaines semaines: préparation des 500 Miles d'Indianapolis jusqu'à la fin août, puis arrivée chez Renault courant septembre, avec notamment des essais en simulateur. L'annonce de son retour suscite une vague d'enthousiasme parmi les fans espagnols qui se délectent d'avance de la saison 2021: avec Fernando Alonso chez Renault et Carlos Sainz II chez Ferrari, les Ibères sont au firmament de la Formule 1.

Tony