Présentation des écuries

Ferrari a dominé la concurrence en 2001 et aborde 2002 avec tous les atouts pour faire encore mieux. Sa « dream team » Jean Todt - Ross Brawn - Rory Byrne - Michael Schumacher a renouvelé ses contrats jusqu'en 2004, le partenariat privilégié avec le manufacturier Bridgestone est prolongé et renforcé, et la nouvelle F2002 est selon Brawn « la meilleure Ferrari de tous les temps » ! Plus basse, plus compacte, dotée d'un nouveau moteur et d'une boîte inédite, cette voiture s'est montrée très redoutable dès ses premiers tours de roue à Fiorano. Néanmoins, la Scuderia ne l'a pas jugée suffisamment fiable pour débuter la saison, et c'est donc la F2001 qui disputera les deux premiers Grands Prix. Un choix assez osé, mais néanmoins calculé par Jean Todt et Ross Brawn qui préfèrent assurer d'emblée une première moisson de points. Cette année, Michael Schumacher part en quête d'une cinquième couronne mondiale qui ferait de lui l'égal de Juan Manuel Fangio. Au sommet de son art, sûr de sa force, le champion de 33 ans ne paraît craindre rien ni personne. À ses côtés, Rubens Barrichello se sait astreint au rôle de loyal écuyer, et espère seulement grappiller quelques victoires, ce qu'il n'a pu faire l'année précédente. À noter enfin que Luciano Burti, remis de son effrayant accident de Spa, intègre l'équipe en qualité de second essayeur, aux côtés de Luca Badoer.


L'association McLaren-Mercedes doit se reprendre après une saison précédente très décevante: non seulement les Gris n'ont pu sérieusement malmener Ferrari, mais en plus les voici rattrapés et même parfois dépassés par leurs rivaux directs de Williams-BMW ! Les ingénieurs de Mercedes-Ilmor se sont retroussés les manches pour produire un tout nouveau moteur, avec un V plus ouvert (de 70 à 90°), plus léger, plus compact et plus puissant (15 chevaux de mieux). Adrian Newey et ses assistants ont dessiné une MP4/17 plus fine qui travaillera désormais avec les pneus Michelin. Ron Dennis s'est en effet agacé du supposé favoritisme de Bridgestone envers Ferrari et a signé avec Bibendum. La MP4/17 s'inspire de ce qui fonctionne le mieux chez la concurrence: un aileron avant type Ferrari, avec deux volets sur le profil principal, un aileron arrière inspiré de BAR, et un déflecteur derrière les roues avant faisant grandement penser à celui de Williams. À l'arrière, on remarque une nouvelle boîte de vitesses couplée à une géométrie de suspension adaptée. Enfin, McLaren est désormais la seule équipe à ne pas utiliser d'écopes de freins circulaires. L'autre grande nouveauté est bien sûr l'arrivée du jeune Kimi Räikkönen en lieu et place de Mika Häkkinen. Après une première saison étincelante avec Sauber, le placide blondinet intègre à seulement 22 ans l'une des meilleures équipes du monde. Trois ans avant, il roulait encore en karting ! Avec le retrait d'Häkkinen, le vice-champion du monde David Coulthard hérite du statut de leader naturel de l'écurie, mais il se méfie déjà de cet autre Finlandais très ambitieux...


En 2001, Williams a repris place parmi les « top teams » de la F1 en décrochant ses premières victoires depuis 1997. Pour 2002, il s'agit de développer une monoplace capable de jouer le titre mondial contre Ferrari. La FW24 a été conçue sous la direction de Geoff Willis avant que ce dernier ne file cet hiver chez BAR. C'est donc son bras droit Gavin Fisher qui est chargé de développer une voiture plus efficace sur le plan aérodynamique et, partant, plus constante que sa devancière. La nouvelle Williams se distingue notamment par un empattement raccourci (pour les pistes lentes), par des dérives latérales d'aileron incurvées vers l'intérieur (type Ferrari), des déflecteurs inédits et des écopes de freins circulaires dans les roues avant. Une nouvelle boîte de vitesses est aussi mise en service. En outre, BMW inaugure un nouveau V10, le P82, plus léger, encore plus puissant (objectif: 900 chevaux sur les pistes rapides !), mais surtout plus fiable... Pour vaincre Ferrari, Williams compte aussi beaucoup sur les pneus Michelin, même si elle devra désormais partager ceux-ci avec son autre rivale McLaren. Les pilotes Ralf Schumacher et Juan Pablo Montoya ont tous deux remporté leurs premiers succès en 2001 et visent chacun le titre mondial. Le premier rêve de détrôner son frère Michael, le second de triompher en Europe après avoir conquis tous les lauriers aux USA. Frank Williams et Patrick Head ont pour mission de maintenir une paix relative entre ces deux jeunes gens qui se détestent cordialement.


Sauber a connu en 2001 la meilleure saison de son histoire, avec 21 points et une quatrième place au championnat des constructeurs. L'objectif est donc de continuer sur cette lancée. La C21 dessinée par Willy Rampf est extérieurement très proche de la C20, mais elle possède un centre de gravité abaissé grâce à la taille de guêpe du V10 Petronas ex-Ferrari. Une nouvelle boîte de vitesses en aluminium autorise une cure d'amaigrissement. Au volant, Nick Heidfeld compte renouveler sa belle saison 2001 (12 points), en espérant attirer l'œil d'un « top team ». Pour l'épauler, Peter Sauber a encore opté pour la jeunesse avec le tout jeune Brésilien Felipe Massa (20 ans), champion en titre de F3000 italienne. Le Suisse espère que celui-ci sera encore meilleur que Kimi Räikkönen... Enfin, côté finances, Red Bull a vendu ses parts et cesse d'être le sponsor-titre de l'écurie, même si son nom figurera toujours sur les bolides. Son patron Dietrich Mateschitz est déçu que Sauber refuse obstinément de recruter son protégé Enrique Bernoldi, recommandé par son « chasseur de têtes » Helmut Marko. Le Crédit Suisse prend le relais pour soutenir ses compatriotes.


Si Jordan a obtenu l'an passé la cinquième place du championnat des constructeurs, il n'y avait toutefois pas de quoi pavoiser à cause du manque de compétitivité et surtout de fiabilité du matériel aligné. Cet hiver, un double couple de massue s'est abattu sur l'écurie de Silverstone: ses sponsors principaux Benson & Hedges et Deutsche Post ont chacun réduit leurs enveloppes de 50 %. Conséquence de la crise économique post-11 septembre ? Toujours est-il que Eddie Jordan en est réduit à faire des économies et a licencié 59 personnes. Surtout, son contrat avec Honda arrive à échéance fin 2002, et il doit absolument convaincre les Japonais qu'il est le partenaire idoine pour l'avenir. La nouvelle EJ12 est censé relever ce défi. Conçue par Eghbal Hamidy et John McQuillam, elle diffère de sa devancière par un museau busqué et un support d'aileron en V inversé. On remarque aussi que les triangles inférieurs de suspension sont attachés aux parois latérales, et non à une proue ou un becquet. Giancarlo Fisichella fait son retour chez Jordan après quatre saisons chez Benetton, en espérant relancer sa carrière. À 29 ans, il est temps pour lui de prouver qu'il n'est pas que l'homme des coups d'éclats sur ses circuits fétiches, Montréal et Spa... Son équipier sera le jeune espoir japonais Takuma Satō, champion en titre de Formule 3 britannique et surtout poulain de Honda.


BAR entame le deuxième chapitre de sa courte histoire. Au soir d'une très décevante saison 2001, British American Tobacco a limogé Craig Pollock pour le remplacer par David Richards, patron de la puissante société Prodrive et homme fort du WRC. Ce dernier a pour mission de rendre enfin productifs les centaines de millions de dollars jusqu'alors investis en quasi pure perte. 2002 sera toutefois une année de transition, puisque Richards confie au nouveau directeur technique Geoff Willis, arraché à Williams, la conception d'une machine inédite pour 2003. La 004 dessinée par Malcolm Oastler, Andrew Green et Mariano Alperin est une voiture sans innovation, surtout destinée à développer le tout nouveau V10 Honda à angle nettement élargi (108° au lieu de 82°), qui serait capable de développer 835 chevaux en tournant à plus de 18 000 tours/minute. Mortifié par le départ de son ami Pollock, Jacques Villeneuve va devoir redéfinir sa place au sein d'une équipe dont il ne sera plus la coqueluche. Pour David Richards, le champion du monde 1997 doit justifier son énorme salaire de 18,6 millions d'euros. À ses côtés, le sage Olivier Panis espère inscrire plus de points qu'en 2001, où sa maigre moisson (5 pts) ne reflétait certes pas ses efforts.


Renault revient en F1 sous son propre nom, deux ans après avoir racheté la désormais ex-écurie Benetton. La structure de celle-ci demeure toutefois inchangée: les châssis seront conçus à Enstone, les moteurs à Viry-Châtillon, le tout sous la houlette de Flavio Briatore. Pour cette première campagne sous les couleurs du Losange, le manager italien fait confiance à son protégé Jarno Trulli, qui après deux années difficiles chez Jordan espère enfin disposer d'une machine à la fois fiable et compétitive. Le deuxième baquet est occupé par Jenson Button, conservé à contrecœur par Briatore. Très médiocre l'an passé, le jeune Anglais doit absolument se ressaisir cette année pour pérenniser sa carrière et faire mentir ceux qui le qualifient déjà d'étoile filante. Dans la coulisse, Fernando Alonso attend son heure sur la strapontin d'essayeur... Dévoilée le 27 janvier à Paris, la Renault R202 reprend la livrée bleu ciel Mild Seven, agrémentée d'un peu de « jaune Renault ». Conçue sous la direction de Mike Gascoyne, c'est une monoplace très conventionnelle, issue directement de la Benetton B201. C'est en fait le V10 à 111° qui suscite le plus d'attention. Cet audacieux moteur imaginé par Jean-Jacques His rendait beaucoup de chevaux à la concurrence en 2001, tout en affichant une fiabilité douteuse. Qu'en sera-t-il cette année ?


Après une saison marquée par de multiples remous internes et des performances très médiocres, Jaguar espère trouver enfin un peu de stabilité et de réussite sous la férule de Niki Lauda. Le sévère Autrichien a choisi de tout chambouler. Steve Nichols a été éjecté, et une nouvelle équipe technique se met en place sous la direction de Günther Steiner, transfuge de l'équipe Ford de rallye. La R3, dessinée par John Russell et Mark Handford, possède un châssis très allégé et un aérodynamisme affiné qui pourra désormais être éprouvé en Angleterre, dans la soufflerie de Bicester. Jusqu'alors, Jaguar devait travailler avec Swift en Californie... Hélas, les essais hivernaux n'ont pas du tout été concluants et les « Verts » s'attendent à souffrir. Le moteur aussi inquiète: le V10 Ford-Cosworth CR-3 a peu évolué depuis 2001, et le nouveau CR-4 n'est pas prêt pour ce début de saison. Côté pilotes, Eddie Irvine, 36 ans, entame sa dernière année de contrat. Justifiera-t-il enfin son mirobolant salaire ? Pedro de la Rosa garde le deuxième volant, malgré ses performances en dents de scie. L'Allemand André Lotterer et l'Australien James Courtney seront les pilotes essayeurs.


Arrows entame 2002 avec des finances dans le rouge vif. L'équipe de Tom Walkinshaw est très endettée et ce dernier se démène pour trouver des sponsors, les apports d'Orange et de Red Bull étant insuffisants. Surtout, Arrows bénéficie cette année du V10 Ford-Cosworth d'usine qu'elle partage avec Jaguar, d'où un gain de chevaux, mais aussi une lourde facture de 15 millions de dollars... Voilà pourquoi, en février 2002, Walkinshaw a viré Jos Verstappen, pourtant sous contrat, pour recruter Heinz-Harald Frentzen, laissé libre par la faillite de Prost GP. L'Allemand est certes un meilleur pilote que le Néerlandais, mais il apporte aussi plus de sponsors. Le médiocre Enrique Bernoldi garde le deuxième baquet grâce au soutien financier de Red Bull. Malgré ces difficultés, Mike Coughlan, assisté de Sergio Rinland et Nicolo Petrucci, a dessiné une A23 très soignée, qui se distingue avec un museau nettement rehaussé et des attaches de suspensions avant piquées dans un tablier servant aussi de déflecteur, ce qui permet de libérer sous l'aileron un tunnel aérodynamique créant une espèce de venturi. Cette monoplace n'a toutefois roulé que très tard (début février) et on peut se demander quel sera son niveau à Melbourne.


Vaille que vaille, le navire Minardi vogue toujours malgré des moyens financiers très limités. Néanmoins, un an après avoir sauvé la petite équipe italienne, Paul Stoddart peut être fier de lui puisqu'il a assuré le budget 2002 grâce aux généreux sponsors malais d'Alex Yoong. Il a aussi obtenu un assez bon moteur, le V10 Asiatech, qui a surtout l'immense avantage d'être gratuit. Adieu l'antédiluvien Cosworth ! Hélas, Minardi a aussi perdu son directeur technique Gustav Brunner, parti chez Toyota. Son successeur Gabriele Tredozi, assisté de George Ryton et Loïc Bigois, a conçu une PS02 très classique, qui se démarque par un retour à une suspension avant à poussoirs. Le jeune prodige Fernando Alonso ayant été récupéré par Renault, son successeur est un autre protégé de Flavio Briatore, l'Australien Mark Webber. Âgé de 25 ans, celui-ci possède déjà une sérieuse expérience en GT et a obtenu de forts bons résultats en F3000, notamment avec l'équipe European-Arrows que dirigeait Stoddart en 2000. Vice-champion en 2001 avec Super Nova, Webber atterrit naturellement en F1 cette année. Il sera le premier Australien à rouler en Grands Prix depuis huit ans. Quant à Alex Yoong, il n'est là que grâce à ses sponsors, et il faut seulement espérer qu'il ne fera pas trop mauvaise figure...


Toyota effectue ses grands débuts en F1 avec son équipe d'usine. Le géant japonais a les moyens de ses ambitions avec un budget annuel de 250 millions de dollars, soit l'équivalent de celui de Ferrari, et une usine à Cologne employant plus de 500 personnes. Mais Toyota se montre aussi patiente, puisqu'elle se donne pas moins de dix ans pour réussir dans la discipline. Pour 2002, son objectif est très modeste: se qualifier à toutes les courses. La TF102 dessinée par Gustav Brunner est une simple évolution de la voiture-laboratoire TF101 qui a roulé durant toute l'année 2001. La conception du moteur a été supervisée par Luca Marmorini, un ancien de Ferrari. Ce V10 à 90° tourne au banc d'essai depuis septembre 2000 et développe 835 chevaux à 18 200 tours/minute, ce qui en fait potentiellement l'un des plus puissants du peloton. Derrière le volant, place à l'expérience avec Mika Salo (35 ans), promu fer de lance de l'équipe pour les deux prochaines saisons. Son équipier Allan McNish est un néophyte un peu particulier. Âgé de 32 ans, il fut essayeur pour McLaren et Benetton au début des années 90, mais n'a jamais pris le départ d'un Grand Prix. McNish s'est surtout illustré en Endurance où il a à peu près tout gagné, y compris Le Mans. Le pilote d'essais est le jeune Australien Ryan Briscoe, champion d'Italie de Formule Renault.


Pour ce qui concerne les manufacturiers de pneumatiques, Michelin fournit désormais six équipes. À Williams, Jaguar, Renault et Minardi s'ajoutent Toyota et surtout McLaren. Bridgestone possède un partenariat privilégié avec Ferrari: les pneus japonais sont avant tout développés pour le constructeur italien. Comme l'a bien vu le journaliste Peter Windsor, cette alliance renforcée en 2001 fut aussi pour Ferrari un moyen détourné de forcer McLaren à se reporter vers Michelin. Ainsi, les efforts de Bibendum doivent désormais se concentrer sur deux, et non plus une, équipes de pointe: Williams et McLaren. Bridgestone fournit aussi Sauber, la cliente de Ferrari, Arrows et les deux écuries motorisées par Honda, BAR et Jordan.


Modifications réglementaires

Le règlement technique évolue fort peu entre 2001 et 2002. Quelques mesures de sécurité ont été prises: les rétroviseurs sont élargis, le feu arrière des monoplaces est rehaussé et les attaches de roue sont encore renforcées, chaque câble devant supporter 20 % de charge de plus que l'an passé. De nouveaux aménagements en la matière sont prévus pour 2003, et notamment l'arrivée du système HANS, un dispositif visant à éviter le « coup du lapin », retenu par la FIA, adapté par Mercedes et présenté aux équipes en avril 2001. Sur le plan sportif, les écuries peuvent désormais utiliser au maximum quatre modèles par week-end, dont trois lors des qualifications.

Tony