Giancarlo FISICHELLA
 G.FISICHELLA
Benetton Playlife
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari
Eddie IRVINE
 E.IRVINE
Ferrari

621e Grand Prix

XXXVI Grand Prix du Canada
Couvert
Montréal
dimanche 7 juin 1998
69 tours x 4.421 km - 305.049 km
Course interrompue après 1 tour suite à un carambolage, relancée pour la distance originale.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Impressionnante cabriole d'Alexander Wurz lors du premier départ.

Häkkinen marié, Coulthard et Schumacher marris

Mika Häkkinen et sa compagne Erja Honkanen, ancienne journaliste de télévision, se sont mariés le 30 mai 1998 dans la plus stricte intimité. Les deux tourtereaux ont réussi à intoxiquer la presse « people » qui attendait la cérémonie pour cet été... Avant de gagner le Québec, le jeune marié fait escale à Ottawa pour une opération marketing organisée par Boss, l'un des principaux sponsors de McLaren. Lorsque le président de Boss Canada le présente comme « le futur champion du monde », Häkkinen croit bon de protester, bien qu'il possède une large avance au classement général. « Rien n'est joué », assure-t-il. Ce n'est semble-t-il pas l'avis de son équipier David Coulthard qui, au soir du GP de Monaco, a déjà concédé le titre mondial à son équipier. À Montréal, l'Écossais semble n'avoir qu'une hâte: rejoindre Saint-Denis pour assister le 10 juin au match d'ouverture de la Coupe du Monde de football, Brésil – Écosse. Ron Dennis secoue la tête. Depuis quelques semaines, Coulthard semble battre la campagne... Aussi, son patron lui interdira finalement de se rendre en France et le consignera à Silverstone pour des essais privés !

 

De son côté, Michael Schumacher n'abdique pas, mais il attend un sursaut après le désastre de Monaco. « Si nous ne réussissons pas un grand redressement au Canada, le championnat sera perdu pour nous », prévient-il. Comme d'habitude, Schumacher ménage Ferrari pour mettre la pression sur Goodyear. Jusqu'alors discret, Ross Brawn ajoute sa note à cette partition: « J'espère que les pneus Goodyear nous aideront. Je ne peux pas en dire plus... » Voilà qui excède Antonio Corsi, le président de Goodyear-Italie: « Nous avons de très bonnes relations avec Luca di Montezemolo, Jean Todt et Eddie Irvine. Mais pas avec Schumacher, qui est vraiment difficile à manager car il se prend pour Dieu ! » Corsi balaie l'argumentation du double champion du monde qui attribue à Goodyear 75 % des revers encaissés par Ferrari et indique que, si cette campagne de dénigrement ne cesse pas, le manufacturier pourrait convoquer ses avocats. « Schumacher crache dans la soupe ! » conclut Corsi. Depuis Akron, le président Sam Gibara comprend la nécessité de temporiser et dépêche à Montréal son bras droit William Sharp pour nier fermement toutes les rumeurs de rupture entre Ferrari et Goodyear.

 

Les discrètes négociations entre Michael Schumacher et McLaren-Mercedes prennent fin en ce printemps 1998. Le champion allemand, inquiet des performances en demi-teinte de Ferrari depuis le début de la saison, avait pris langue avec Ron Dennis via son manager Willi Weber. En vérité, il s'agissait d'une partie de billard à trois bandes. En laissant filtrer dans la presse l'existence de ces pourparlers, Schumacher voulait mettre la pression sur Ferrari et surtout sur Goodyear, pour les raisons évoquées précédemment. Du côté de McLaren, Ron Dennis n'est pas dupe des arrière-pensées de son interlocuteur, pas plus que Mercedes. La firme allemande rêve toujours de renouer avec son ancien poulain, mais n'a pour l'heure aucune raison de se plaindre de la paire Mika Häkkinen – David Coulthard. Puis, les discussions s'embourbent définitivement devant les prétentions financières exorbitantes avancées par Weber. Le 27 mai, à Stuttgart, le président de Daimler-Benz Jürgen Schrempp clôt ce chapitre devant l'assemblée générale de ses actionnaires: « Avec Häkkinen et Coulthard, nous avons la chance de posséder deux très bons pilotes. Tout échange de l'un d'eux avec Michael Schumacher n'aurait aucun sens. » Le « Baron rouge » prend acte de ces propos et Jean Todt fait mine d'être rassuré: il n'a jamais cru au départ de Schumacher...

 

Présentation de l'épreuve

Normand Legault, l'organisateur du GP du Canada, est rasséréné: le gouvernement canadien vient d'accepter le vote d'un amendement à la loi anti-tabac qui permettra à cette épreuve d'afficher des publicités pour les cigarettes jusqu'en 2004. Voilà de quoi contenter Player's, nouveau co-sponsor de l'événement avec Air Canada, et Bernie Ecclestone qui menaçait de ne plus mettre les pieds au Canada si cette législation s'appliquait dans toute sa rigueur. La ville de Montréal y trouve aussi son compte puisque le Grand Prix lui garantit des retombées estimée à 100 millions de dollars sur cinq ans. Legault n'a qu'un regret: les autorités ne lui ont pas permis d'étendre la capacité d'accueil du circuit Gilles-Villeneuve, qui ne pourra donc accueillir « que » 240 000 spectateurs, comme en 1997.

 

Bien entendu, les Québécois n'ont d'yeux que pour leur héros Jacques Villeneuve. Le champion du monde crée une émeute à chacune de ses apparitions, ce qui lui pèse quelque peu. Mais il est bien plus préoccupé par la nouvelle version de sa Williams-Mecachrome FW20 qui débute à Montréal. De récents essais à Monza ont redonné le moral à Villeneuve: « Pour la première fois cette saison, je prends plaisir à piloter la voiture », confie-t-il. Le Canadien se veut néanmoins réaliste et n'imagine pas rivaliser avec les McLaren-Mercedes. En revanche, il se voit bien titiller la Ferrari de son ennemi Michael Schumacher...

 

Olivier Panis ne retrouve pas Montréal sans émotion, un an après le terrible accident au cours duquel il s'est fracturé les deux jambes. Néanmoins, le Grenoblois refuse de s'apitoyer et invite les trois médecins qui l'ont soigné à l'hôpital du Sacré-Cœur à une gigantesque partie de pêche dans les grands lacs de Mauricie. « Je me refuse à occulter mon accident de 1997 », explique-t-il. « Dans mon métier, le risque existe. Je me borne à relativiser les choses de la vie. » Panis a exorcisé ses angoisses. Il se préoccupe surtout du manque de compétitivité de sa Prost-Peugeot. Lui qui se voyait lutter pour des podiums n'a pas inscrit le moindre point en 1998...

 

Le paddock retrouve avec plaisir Ken Tyrrell, invité par une agence de voyages britannique à commenter le GP du Canada. Flanqué de son épouse Nora, « Uncle Ken » file aussitôt vers le garage de l'écurie qui porte son nom - pour encore quelques mois. Il y est accueilli à bras ouverts. Tyrrell ne se contente pas du statut de « super VIP » : il entreprend de consulter les relevés télémétriques de Ricardo Rosset afin de comprendre ce qui peut bien clocher sur la monoplace de ce dernier... « Pour être honnête, je m'ennuie un peu... J'en viens à tondre ma pelouse trois fois par semaine ! », confie le jeune retraité de 74 ans. Craig Pollock reçoit Tyrrell avec effusion, mais songe aussi à l'avenir. Les rumeurs vont bon train autour de la paire de pilotes qu'alignera British American Racing en 1999. Il est bien sûr question de Jacques Villeneuve mais rien n'est encore signé. Pour l'heure, Pollock concocte son casting. Quelques jours après le GP de Canada, le Danois Tom Kristensen, vainqueur des 24 heures du Mans en 1997 et ex-pilier de la F3000, testera ainsi la Tyrrell-Ford à Monza. Pollock songe aussi au jeune Canadien Greg Moore, étoile montante du championnat CART, dont il rencontre le père jeudi à Montréal.

 

Williams lance ici la seconde version de sa FW20. Celle-ci est rallongée de dix centimètres via une entretoise entre le moteur et la boîte et dispose d'une suspension arrière entièrement remaniée, avec de nouveaux points d'ancrage. Tout le train arrière a donc été retouché, y compris le dispositif de soufflage. L'objectif est de remédier au dramatique manque d'équilibre dont se plaignent Frentzen et Villeneuve depuis le début de la saison. La Ferrari F300 se dote d'un nouvel aileron, avec une dérive latérale très incurvée, mais aussi d'écopes de frein de section triangulaire, ce qui permet de refroidir trois zones spécifiques du système de freinage. La Stewart-Ford affiche un empattement rallongé de neuf centimètres tout en se parant de mini-ailerons qui lui offriront une excellente vitesse de pointe. On retrouve la même configuration chez Jordan. L'équipe irlandaise bénéficie par ailleurs pour les qualifications d'une nouvelle version du V10 Mugen-Honda. L'absence de Gary Anderson est remarquée: sur les injonctions de Damon Hill, le directeur technique se claquemure à Silverstone pour remédier au manque de compétitivité de la 198. Sauber dispose pour les qualifications d'un nouveau moteur « Petronas » qui correspond peu ou prou au V10 046/2 utilisé par Ferrari fin 1997 et offre ainsi quelques chevaux supplémentaires. La C17 est en outre équipée d'une prise d'air inédite et d'une géométrie de suspension arrière repensée. Les Minardi et les Tyrrell bénéficient d'une nouvelle spécification (P10) du V10 Ford-Cosworth client. Enfin, Goodyear continue d'améliorer ses produits sous la double pression de Ferrari et de Michael Schumacher. À Montréal, le manufacturier américain apporte de nouvelles constructions de gommes, à l'avant comme à l'arrière, qui donnent satisfaction à ses clients.

 

Essais et qualifications

Les premiers essais du vendredi se déroule sous une température hivernale (12°C). Le vent complique en outre la tâche des pilotes. Les pirouettes sont nombreuses tout au long de la journée. Les McLaren sont aux premiers rangs, Coulthard devant Häkkinen. Samedi matin, Häkkinen réalise le meilleur chrono d'une séance interrompue par un accident de Magnussen.

 

Samedi après-midi, la bataille pour la pole position oppose Häkkinen, Coulthard et M. Schumacher. Les pneus Bridgestone fonctionnent mal par ces températures fraîches, et les McLaren-Mercedes ne sont pas aussi dominatrices qu'à l'accoutumée. Néanmoins, elles occupent la première ligne. Coulthard s'empare de sa huitième pole position (1'18''213''') dans les toutes dernières secondes. Häkkinen (2ème) estime avoir été gêné un temps par M. Schumacher. Ce dernier (3ème) commet plusieurs tête-à-queue lors des essais, mais sa Ferrari est compétitive et ne rend que deux dixièmes au poleman. Irvine (8ème) sort également de la piste samedi matin et se débat avec un châssis mal réglé. Fisichella (4ème) confirme sa bonne forme et celle de sa Benetton-Playlife. Wurz (11ème) tâtonne dans ses réglages et casse un moteur samedi matin. Jordan-Mugen-Honda profite ici de la bonne tenue des pneus Goodyear. R. Schumacher décroche une excellente cinquième place. Hill (10ème) s'égare en revanche quelque peu dans son set-up. Désarroi chez Williams où la FW20 à empattement rallongé n'offre pas de progrès significatifs. Villeneuve (6ème) perd beaucoup de temps vendredi à cause d'un souci hydraulique. Frentzen (7ème) se qualifie quant à lui sur le mulet après une avarie de boîte.

 

Les Sauber-Petronas (Alesi 9ème, Herbert 12ème) pâtissent ici de sous-virage et d'un manque de fiabilité. Grâce à un aileron peu chargé, les Stewart-Ford sont les plus rapides en ligne droite (320 km/h). Hélas, leurs deux pilotes partent à la faute. Barrichello (13ème) sauve les meubles mais Magnussen (20ème) démolit un châssis dans le second enchaînement. L'accident de trop pour le Danois... Les Prost-Peugeot peinent à faire chauffer leurs Bridgestone, d'où de nombreux blocages de roues pour Trulli (14ème) et Panis (15ème). Takagi (16ème) tire un excellent parti de son nouveau moteur Cosworth. Sur l'autre Tyrrell, Rosset (22ème) accumule les tête-à-queue mais parvient cette fois à se qualifier. Performantes aux essais libres, les Arrows (Salo 17ème, Diniz 19ème) s'enlisent en qualifications à cause du manque de puissance de leur moteur TWR. Nakano (18ème) parvient à glisser sa Minardi entre les Arrows. Son collègue Tuero se classe 20ème.

 

Le Grand Prix

Il pleut durant la nuit qui précède la course. Dimanche matin, le vent assèche la piste, sauf du côté du Saint-Laurent, ce qui contraint les pilotes à commencer le warm-up en « pneus pluie », avant de chausser les gommes pour les sec au bout d'un quart d'heure. Frentzen signe le meilleur temps d'une séquence sans grande signification. Le ciel est chargé au moment du coup d'envoi mais les météorologues ne prévoient pas d'averses. L'atmosphère est très fraîche pour la saison (12°C), ce qui devrait favoriser les pneus Goodyear, plus à l'aise que les Bridgestone dans ces conditions. La plupart des équipes prévoient une course avec deux pit-stops.

 

Départ: Coulthard reste premier tandis que M. Schumacher déborde Häkkinen au premier virage. Suivent Fisichella et les deux Williams. R. Schumacher cale et reste scotché sur la grille, créant ainsi la confusion au cœur du peloton. Wurz tente de faire l'intérieur à Alesi au prix d'un freinage hyper-tardif. La Benetton est catapultée sur la roue avant-droite de la Sauber et décolle en tonneaux dans le bac à sable, entraînant avec elle la Prost de Trulli. Après trois pirouettes, Wurz retombe sur ses quatre roues, ou du moins ce qu'il en reste. A ses côtés gisent Alesi, Trulli et Herbert qui, aveuglé, n'a pu que tirer tout droit. Panis contourne ce carnage par les graviers. Le drapeau rouge est immédiatement déployé.

 

Wurz sort sans peine de sa monoplace et rejoint au pas de course la voie des stands pour sauter dans son mulet. Alesi et Trulli en font autant. Les monoplaces se rangent derechef sur la grille de départ, dans l'ordre originel. Pendant ce temps-là, des grues ôtent les voitures de Wurz, Trulli et Alesi. La Sauber de Herbert a pu être ramenée aux stands. Ses mécaniciens n'y décèlent aucun dégât et le Britannique pourra ainsi s'élancer depuis la pit-lane. Après vingt minutes d'interruption, les mécaniciens regagnent les garages et Charlie Whiting lance un second tour de formation pour un nouveau départ que l'on espère définitif.

 

Deuxième départ : Coulthard s'élance bien tandis que M. Schumacher se fait surprendre par Fisichella. Häkkinen suit son équipier lorsqu'il tombe au point mort au moment d'enclencher son second rapport. Le Finlandais ralentit en pleine ligne droite. Panique (bis): R. Schumacher coupe le premier virage et exécute un 360° en pleine piste, sous le nez d'Irvine. Panique (ter): Salo passe à travers le gazon pour éviter l'empilement et revient sur la piste au niveau de Wurz. L'Autrichien percute Trulli qui est projeté sur le train arrière d'Alesi. Les drapeaux jaunes sont déployés devant ce curieux spectacle: R. Schumacher en tête-à-queue, Trulli perché sur le capot moteur d'Alesi !

 

1er tour: Les commissaires interviennent pour éteindre un début d'incendie sur la Prost de Trulli. M. Schumacher dépasse Fisichella par l'extérieur à l'épingle du Casino. Takagi s'immobilise suite à une rupture d'embrayage. R. Schumacher se gare pour sa part peu après l'épingle du Casino car ses arbres de transmission ont été détruits dans son embardée.

 

2e: La voiture de sécurité entre sur la piste, la course est neutralisée. Häkkinen rejoint son stand et met pied à terre: impossible de sélectionner les vitesses ! De son côté, Irvine fait halte chez Ferrari pour remédier à une crevaison sur son pneu arrière-gauche.

 

3e: Les bolides évoluent derrière la Pace Car. Coulthard devance M. Schumacher, Fisichella, Villeneuve, Frentzen, Barrichello, Hill, Magnussen, Diniz, Rosset, Nakano, Herbert, Panis, Salo, Tuero, Wurz et Irvine.

 

5e: Les commissaires ont déblayé la piste et retiré les monoplaces d'Alesi, Trulli, Takagi et R. Schumacher.

 

6e: La voiture de sécurité s'efface et la course redémarre. Coulthard reste devant M. Schumacher et Fisichella. Barrichello déborde Frentzen à la dernière chicane.

 

7e: Schumacher menace Coulthard. Les Goodyear semblent décidément plus efficaces que les Bridgestone dans ces conditions. Fisichella est repoussé à trois secondes.

 

8e: Barrichello utilise la puissance de son V10 Ford pour dépasser Villeneuve. Le Brésilien est un étonnant quatrième.

 

10e: Coulthard précède M. Schumacher (0.3s.), Fisichella (8.8s.), Barrichello (10s.), Villeneuve (11.8s.), Frentzen (12.2s.), Hill (13.8s.), Magnussen (21.8s.), Diniz (24.5s.), Rosset (22.1s.), Herbert (23s.) et Nakano (24.6s.).

 

11e: Coulthard roule en 1'20''852''' mais ne parvient pas à décramponner Schumacher. Barrichello bloque sa roue avant-gauche au freinage de l'épingle et tire tout droit. Le Pauliste emprunte l'échappatoire pour repartir derrière les deux Williams et la Jordan de Hill.

 

12e: Coulthard et Schumacher se donnent à fond et chacun commet plusieurs blocages de roue. Une poignée de dixièmes les sépare.

 

13e: Diniz part en tête-à-queue dans le droit du Casino. Le Brésilien parvient à se redresser et retrouve la piste, mais ce faisant, ramasse de la terre et du gazon avec son fond plat.

 

14e: Tel un tracteur, Diniz macule la piste de mottes de terre et de gazon entre le secteur du Casino et le dernier virage. Une énorme gerbe gît au beau milieu de la piste dans la ligne droite longeant le bassin olympique, ce qui contraint les pilotes à exécuter de dangereux écarts pour l'éviter.

 

15e: La voiture de sécurité intervient afin de nettoyer les cochonneries de Diniz. Ce dernier fait halte chez Arrows pour astiquer sa voiture, puis se réinsère entre Schumacher et Fisichella, avec un tour de retard. Rosset, surprenant dixième, effectue son premier ravitaillement.

 

16e: Le peloton se range de nouveau derrière la voiture de sécurité, dans l'ordre suivant: Coulthard devant M. Schumacher, Fisichella, Villeneuve, Frentzen, Hill, Barrichello, Magnussen, Herbert, Nakano, Panis, Salo, Tuero, Wurz, Irvine, Rosset et Diniz.

 

18e: La piste a été balayée. Le drapeau vert est agité, la course reprend. Coulthard coupe la ligne en tête devant Schumacher et... Diniz, attardé. Fisichella se débarrasse du Brésilien en fin de tour.

 

19e: Coulthard est victime d'une panne d'accélérateur et ralentit après le virage Senna. Schumacher s'empare du commandement. Salo perd la maîtrise de son Arrows en sortant du droit du Casino et heurte rudement le mur de béton. Un peu loin, à l'épingle, Herbert part en tête-à-queue en tentant de surprendre Magnussen puis cale son moteur. Coulthard rentre aux stands pour renoncer. Barrichello repasse devant Hill.

 

20e: Pour la troisième fois, la voiture de sécurité est envoyée en piste pour évacuer les voitures de Salo et de Herbert. M. Schumacher rentre au stand à la fin du tour pour ravitailler (9.1s.). Fisichella se retrouve premier devant Villeneuve.

 

21e: M. Schumacher sort des stands à la hauteur de Frentzen et prend la corde au premier virage sans prêter la moindre attention à son compatriote qui surgit sur sa droite à pleine vitesse. Frentzen, tassé contre la bordure, met deux roues dans la poussière et part en tête-à-queue dans le bac à graviers. HHF jette son volant de rage avant de quitter son habitacle. Barrichello effectue son premier pit-stop. Rosset subit une seconde halte pour changer de pneus.

 

22e: La Safety Car emmène un peloton ordonné comme suit: Fisichella devant Villeneuve, M. Schumacher, Hill, Magnussen, Nakano, Panis, Tuero, Wurz, Irvine, Barrichello, Rosset et Diniz. Pendant ce temps-là, Frank Williams se fait transporter à la tour de contrôle pour se plaindre du comportement de Schumacher. Les voitures de Salo et de Herbert ont été retirées, la course va redémarrer au passage suivant.

 

23e: Le drapeau vert est brandi. Villeneuve prend l'aspiration de Fisichella au passage de la ligne et se déporte vers l'extérieur. Le champion du monde se fait hélas surprendre par ses pneus froids. Il traverse le bac à graviers avant d'atterrir sur la bordure extérieure du virage Senna. Villeneuve laisse passer une partie de peloton avant de reprendre la piste, puis se fait harponner par Tuero peu avant la première chicane. L'Argentin brise son aileron avant contre la Williams. Cette fois, la voiture de sécurité reste au garage...

 

24e: Fisichella compte deux secondes d'avance sur Schumacher. Panis prend la cinquième place à Nakano. Villeneuve et Tuero rejoignent leurs garages, le premier sans aileron arrière, le second avec un train avant ouvert. L'Argentin parvient à repartir mais le Québécois met pied à terre.

 

25e: Bien servi par ses pneus neufs, Schumacher rattrape aisément Fisichella. Magnussen, quatrième, retient un peloton comprenant Panis, Nakano, Wurz et Irvine.

 

27e: Fisichella mène devant M. Schumacher (1s.), Hill (7s.), Magnussen (15s.), Panis (15.5s.), Nakano (17s.), Wurz (17.5s.), Irvine (18.5s.) et Barrichello (20s.).

 

28e: Panis harcèle Magnussen pour la quatrième place. Les mécaniciens de Williams ont remis un aileron arrière à la FW20 de Villeneuve qui reprend la piste, pour l'honneur, avec cinq tours de retard.

 

29e: Fisichella devance Schumacher de neuf dixièmes. Wurz déborde Nakano par l'intérieur au droit du Casino. Déporté vers l'extérieur, le Japonais laisse également le champ libre à Irvine.

 

30e: Panis se laisse aspirer par Magnussen dans l'avant-dernière ligne droite. Déventé au freinage, le Français doit donner un coup de volant pour éviter une violente collision. Ce duo est rejoint par Wurz et Irvine.

 

31e: Fisichella précède M. Schumacher (0.6s.), Hill (11.3s.), Magnussen (20.8s.), Panis (21.4s.), Wurz (23.2s.), Irvine (22.7s.), Nakano (27.4s.), Barrichello (28.5s.), Rosset (43s.), Diniz (-1t.), Tuero (-1t.) et Villeneuve (-5t.).

 

33e: Fisichella contient toujours Schumacher. Hill roule isolé, au troisième rang. Un peu plus loin, Magnussen, Panis, Wurz et Irvine sont regroupés en deux secondes.

 

34e: La direction de course inflige un « stop-and-go » de dix secondes à Schumacher pour sa manœuvre douteuse à l'encontre de Frentzen.

 

35e: Schumacher s'immobilise à son stand pour subir sa pénalité et ressort en troisième position derrière Hill. Magnussen effectue son unique pit-stop (11s.).

 

37e: Fisichella devance Hill (19.2s.), Schumacher (21.2s.), Panis (29s.), Wurz (30s.), Irvine (30.6s.), Nakano (37s.) et Barrichello (38s.).

 

38e: Schumacher prend l'aspiration de Hill dans la ligne droite longeant le bassin olympique, mais le Britannique louvoie à trois reprises pour briser son élan. L'Allemand pique vers la droite au freinage et passe en force, mais roule ainsi sur des débris de gommes qui le contraignent à court-circuiter la chicane. Comme il avait déjà doublé la Jordan, cet écart ne lui sera pas reproché. Hill tente ensuite en vain de redoubler la Ferrari au passage de la ligne. Irvine stoppe chez Ferrari pour un arrêt-ravitaillement.

 

39e: Hill effectue son unique pit-stop (11s.) et redémarre devant Irvine. Panis récupère la troisième place. Nakano passe aussi aux stands.

 

40e: Schumacher abaisse le record du tour (1'20''351'''). Le moteur de Panis rompt avant le droit du Casino. Le bloc Peugeot répand de l'huile sur les roues arrière de la Prost qui finit sa route en tête-à-queue dans les graviers. Le Grenoblois abandonne. Wurz effectue son unique pit-stop (10.7s.).

 

41e: Hill lève le pied, victime de coupures électriques sur son moteur. L'Anglais rejoint son garage pour abandonner. Jordan attend toujours ses premiers points en 1998...

 

43e: Dix-neuf secondes séparent Fisichella de Schumacher. Barrichello est troisième à quarante-sept secondes, mais devra encore stopper.

 

44e: Fisichella arrive chez Benetton pour son unique arrêt-ravitaillement (11.6s.). Le Romain reprend la piste derrière Schumacher.

 

45e: Schumacher doit ravitailler encore une fois et hausse son rythme en conséquence pour semer Fisichella. Le double champion du monde améliore encore le record du tour (1'19''977''').

 

46e: M. Schumacher précède Fisichella (7.2s.), Barrichello (38s.), Irvine (44s.), Wurz (55s.), Magnussen (1m. 10s.), Nakano (1m. 12s.) et Rosset (-1t.).

 

47e: Schumacher poursuit sur sa lancée et tourne en moyenne deux secondes au tour plus vite que Fisichella. L'écart entre les deux hommes est désormais de onze secondes.

 

48e: Schumacher établit le meilleur chrono définitif (1'19''379'''). Barrichello exécute un second arrêt-ravitaillement (8.5s.) et recule de deux rangs, au profit de Irvine et de Wurz.

 

49e: Seize secondes séparent Schumacher et « Fisico ». Néanmoins le pilote Ferrari perd un peu de temps derrière Nakano et Magnussen qui se bagarrent pour la sixième place. Il choisit donc d'effectuer son ravitaillement à l'issue de cette boucle

 

50e: Schumacher fait escale chez les Rouges. Il reçoit des pneus neufs, quelques litres d'essence (7.2s.) et reprend la piste sous le nez de Fisichella.

 

51e: Schumacher parvient à repousser Fisichella à deux secondes en une seule boucle. La course est jouée.

 

52e: Schumacher précède Fisichella (2.5s.), Irvine (36s.), Wurz (51s.), Barrichello (52.7s.), Magnussen (1m. 11s.), Nakano (1m. 12s.), Rosset (-1t.), Tuero (-1t.), Diniz (-1t.) et Villeneuve (-6t.).

 

54e: David Richards demande à Fisichella de ne pas chercher à rattraper Schumacher afin de conserver cette belle seconde place. Tuero se retire suite à une panne de la gestion électronique de son moteur.

 

55e: Irvine fait escale pour la troisième fois chez Ferrari pour un court ravitaillement (6s.). L'Irlandais conserve la troisième place devant Wurz.

 

56e: Schumacher possède sept secondes d'avantage sur Fisichella. L'Allemand dépasse Nakano et Magnussen, deux pilotes en lutte pour le dernier point.

 

58e: Schumacher creuse toujours l'écart sur Fisichella. Wurz demeure dans le sillage d'Irvine sans pouvoir l'approcher.

 

60e: M. Schumacher est premier devant Fisichella (12.8s.), Irvine (57s.), Wurz (1m.), Barrichello (1m. 08s.), Magnussen (-1t.), Nakano (-1t.) et Rosset (-1t.).

 

62e: Fisichella est aux prises avec Magnussen et Nakano, toujours en lutte pour la sixième place. Le Romain perd ainsi plusieurs secondes.

 

63e: Villeneuve se dédouble devant Nakano, puis tente de dépasser Magnussen. Le Danois s'écarte tardivement au droit du Casino. Nakano tente d'en profiter pour lui faire l'extérieur à l'épingle, mais Magnussen conserve l'ascendant. Rosset effectue un troisième pit-stop pour remplacer ses enveloppes.

 

65e: Seize secondes séparent Schumacher et Fisichella. Irvine a décramponné Wurz. Nakano fait le forcing pour surprendre Magnussen: il donnerait ainsi à Minardi son premier point depuis 1995...

 

68e: Schumacher achève la course avec quinze secondes d'avance sur Fisichella. Magnussen tient bon face à Nakano.

 

69e et dernier tour: Michael Schumacher remporte ce Grand Prix très mouvementé. Fisichella se classe second pour la deuxième course de rang. Irvine termine troisième pour la quatrième fois de l'année. Bien remis de sa cabriole, Wurz se classe quatrième. Suivent les Stewart-Ford de Barrichello (5e) et de Magnussen (6e) qui marque son premier point en F1. Nakano, Rosset et Diniz reçoivent aussi le drapeau à damiers, de même que Villeneuve, bon dernier à six tours.

 

Après la course: Michael Schumacher, champion et démon ?

Ce Grand Prix rocambolesque restera dans les annales puisque jamais jusqu'alors une course n'avait été neutralisée à quatre reprises ! Ce déroulement chaotique consacre définitivement l'usage de la voiture de sécurité qui a pris la route à trois reprises. Certains déplorent une « américanisation » de la Formule 1 via cette pratique importée d'outre-Atlantique qui a l'inconvénient (ou l'avantage selon les points de vue) de rebattre artificiellement les cartes de la compétition en opérant un regroupement du peloton.

 

Michael Schumacher a remporté ce 7 juin 1998 une fantastique victoire. En dépit de trois passages aux stands, dont un improvisé, il l'a emporté sur son principal adversaire Giancarlo Fisichella qui n'a stoppé qu'une fois. Mais hélas, son exploit est terni par la manœuvre dont il s'est rendu coupable contre son compatriote Heinz-Harald Frentzen. Un incident qui fait couler beaucoup d'encre. Certes, l'issue de la pit-lane est placée de façon fort critiquable sur le circuit Gilles-Villeneuve. Les pilotes qui viennent de ravitailler se réinsèrent tout au bout de la ligne droite et peuvent facilement gêner leurs concurrents qui arrivent lancés. Mais de deux choses l'une: ou bien Schumacher a négligé de scruter son angle mort, et son erreur est grossière, ou bien il a volontairement « balancé » Frentzen dans les graviers. On sait qu'un lourd contentieux existe entre les deux hommes, pour des raisons plus personnelles que sportives... Schumacher est-il réellement capable de pareille vilenie ? Quoiqu'il en soit, Frentzen ne décolère pas: « Michael m'a volé une deuxième place ! Il a oublié qu'au briefing des pilotes, ce matin, on nous avait recommandé d'être très prudents à la sortie des stands. Les images parlent d'elles-mêmes quant à sa responsabilité... » Schumacher, penaud, paraît s'auto-absoudre: « Je ne sais pas ce qui s'est passé, je n'ai pas vu les images. Je n'ai rien aperçu dans mes rétroviseurs en sortant des stands, ni à droite ni à gauche. Frentzen était dans on angle mort ! Je ne pense pas avoir fait quelque chose de mal, mais si je suis en tort, j'irai m'excuser auprès de lui. »

 

Ses détracteurs s'en donnent en revanche à cœur joie, d'autant que tout le monde a encore en tête son agression contre Jacques Villeneuve à Jerez, neuf mois plus tôt. « Il faut croire qu'il n'a rien retenu des messages qui lui ont été envoyés ! » s'emporte Villeneuve. « Que lui faut-il de plus pour comprendre ? Qu'il soit lui-même touché physiquement ? Il ne peut pas continuer à conduire ainsi. » « Michael s'est comporté comme un fou, il méritait d'être arrêté ! » s'emporte Frank Williams, qui s'est fait transporter à dos d'homme au bureau des commissaires pour réclamer une punition. « Quand je pense à ma sanction de Barcelone, une amende de 7500 dollars, je me dis que je suis bien moins considéré que Michael ! » ironise Giancarlo Fisichella. En effet, nombreux sont ceux qui s'étonnent de la mansuétude des commissaires à l'égard de l'Allemand. Dix secondes de pénalité pour avoir éliminé un adversaire, ce n'est pas cher payé... Mais tel n'est pas l'avis de l'intéressé. « Je ne suis pas un danger public, car je sais ce que je fais », professe Schumacher. Imparable.

 

En revanche, le même Schumacher n'a pas de mots assez durs pour qualifier la vigoureuse résistance que lui a opposée son vieil ennemi Damon Hill au 38ème tour: « Il aurait voulu me tuer qu'il ne s'y serait pas pris autrement ! Sortir trois fois de sa trajectoire à 320 km/h est inacceptable. Je ne comprends pas qu'il n'ait pas été sanctionné. J'irai m'en expliquer durement avec lui ! » « Schumacher possède son propre règlement qu'il applique en fonction de ses intérêts », réplique Hill. « Nous nous battions pour la deuxième place. Qu'attendait-il de moi ? Ce qu'il a fait à Frentzen n'est pas davantage correct. On ne sort pas des stands comme si on était seul au monde ! » Damon Hill, Jacques Villeneuve, Heinz-Harald Frentzen, le trio des « anti-Schumis » se reconstitue au soir de ce GP du Canada pour blâmer la conduite et l'arrogance du champion allemand dont la réputation est plus sulfureuse que jamais.

 

Quoiqu'il en soit, ce Grand Prix relance le championnat 1998. Pour la première fois de la saison, aucune McLaren n'a vu le drapeau à damiers, et Ron Dennis s'alarme des avaries qui ont frappé Mika Häkkinen et David Coulthard. La MP4/13 est sans doute une merveilleuse voiture, mais sa fiabilité laisse encore à désirer. Le pointilleux Dennis va remettre quelques pendules à l'heure. A contrario, chez Ferrari, on exulte. « Cette course nous a permis de comater notre retard sur les McLaren », constate Michael Schumacher. « J'en suis heureux. De nouveaux développements à venir devraient nous permettre de nous hisser définitivement à leur niveau. Peut-être même de les dépasser ! Cette fois, nous devons remercier Goodyear, ils sont sur la bonne voie ! » Mais pour l'heure, le natif de Kerpen refuse de prétendre à la couronne mondiale. Désormais second du championnat des pilotes, il compte encore 12 longueurs de retard sur Mika Häkkinen (46 points 34). Chez les constructeurs, Ferrari réduit son retard sur McLaren-Mercedes (53 points contre 75).

 

Enfin, tout le monde salue la prouesse de Giancarlo Fisichella qui n'est jamais passé si près de la victoire. Après un début de saison difficile, le jeune Romain émerge comme l'outsider de cette palpitante saison 1998. « Je suis très content de ce fantastique résultat », commente-t-il. « Ce fut une course très bizarre, très difficile au début. J'avais beaucoup d'essence et la troisième vitesse avait du mal à s'enclencher. Mais après le 20ème tour, cela allait mieux. Je m'améliore course après course. Aujourd'hui la victoire était très proche, j'espère y goûter bientôt... » Grâce aux neufs points récoltés à Montréal, Benetton sème Williams au classement des constructeurs (25 points contre 16) et vise maintenant ouvertement la victoire, même si les McLaren-Mercedes et les Ferrari paraissent encore bien supérieures à la B198.

Tony