David COULTHARD
 D.COULTHARD
Williams Renault
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Benetton Renault
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari

565e Grand Prix

XXIV Grande Premio do Brasil
Couvert
26 mars 1995 - Interlagos
71 tours x 4.325 km - 307.075 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Présentation de la saison

 

Magic canonisé

Ce Grand Prix du Brésil est bien sûr l'occasion de rendre un hommage vibrant et solennel à Ayrton Senna, disparu tragiquement le 1er mai 1994. Depuis sa mort, « Magic » fait l'objet d'un véritable culte dans son pays, et des dizaines de milliers de Brésiliens se pressent à Interlagos moins pour encourager les pilotes actuels que pour célébrer la mémoire de leur idole défunte. Toute religion a cependant ses marchands du Temple, et les rues de São Paulo se peuplent de camelots vendant qui un T-shirt, qui un blouson, qui une casquette arborant le nom et l'image de Senna. Par ailleurs, le paddock effectue un pèlerinage au cimetière de Morumbi où repose le champion. Pilotes, ingénieurs, VIP et simples badauds se recueillent sur une tombe très sobre où figurent ces quelques mots « Rien ne peut me séparer de l'amour de Dieu ». Alain Prost fait partie de ces visiteurs. Le Français, discret, a échappé à une meute de photographes qui l'attendaient à l'entrée du cimetière. Il se rend ensuite au quartier résidentiel de Pacaembu pour s'entretenir avec Milton da Silva, le père d'Ayrton Senna.

 

Prost est venu assister au lancement officiel de la Fondation Senna, une association caritative destinée aux enfants démunis du Brésil. Le projet est porté par Viviane Senna Lalli, la sœur d'Ayrton, et par Julian Jakobi, son ancien agent. Le champion disparu était en effet très préoccupé par la pauvreté dans son pays, et particulièrement celle touchant les enfants. A la fin de sa vie, il commençait à s'intéresser de près aux problèmes politiques et sociaux, et multipliait les dons aux hôpitaux et aux orphelinats. « Mon exemple doit servir à nourrir les enfants », dit-il un jour de l'hiver 1994. Le mardi 21 mars, à la Maison de l'Amérique latine, Viviane Senna préside la soirée en l'honneur de la nouvelle fondation. Outre Alain Prost, on aperçoit aussi Gerhard Berger, Damon Hill, Jean Alesi, Rubens Barrichello, Pedro Diniz ou encore Christian Fittipaldi. Devant une assistance fort émue, Viviane Senna dévoile les grandes lignes de son action et s'inscrit dans les pas de son frère, Ayrton, le champion certes, mais aussi le chrétien, l'humaniste et le patriote: « Ayrton exigeait le secret absolu sur ses dons. A sa mort, nous avons fait savoir la valeur de son geste, graine d'une idée généreuse, née de la passion qu'il avait pour son pays. Son rêve était dans les couleurs de son casque. A chaque victoire, il recherchait un drapeau. »

 

Rubinho l'héritier

Le culte rendu à Ayrton Senna a son revers. Les Brésiliens, et notamment les Paulistes, reportent toute leur bruyante affection sur Rubens Barrichello, l'héritier désigné de Magic. « Rubinho » est ainsi l'objet d'une attention de tous les instants de la part de ses compatriotes. Or, s'il est sans aucun doute au seuil d'une brillante carrière, il paraît encore bien tendre pour supporter le poids d'un tel fardeau. On ne succède pas aisément à un demi-dieu. Barrichello se sent donc très vite oppressé. Déjà très éprouvé par les multiples hommages rendus à son ami, dont il arbore d'ailleurs les couleurs sur son casque, il peine manifestement à se concentrer sur son travail. En outre, il doit participer à une foule d'événements promotionnels, conséquences de sa nouvelle popularité. « Depuis la mort de Senna, les sponsors brésiliens investissent énormément sur Rubens », constate Geraldo Rodrigues, son agent.

 

Ainsi, Barrichello prête son concours, plus ou moins contraint, à de spots publicitaires ou à des meetings organisés par Peugeot, Marlboro, Pepsi etc. A l'issue de ces formalités, il est littéralement assailli par des nuées de fans extatiques, l'implorant de prendre le relais de Senna. Ses « gorilles » doivent jouer des coudes pour lui frayer un passage. Voilà qui épuise les nerfs d'un jeune homme très sensible.

 

Bras de fer autour de la super-licence

Le mercredi 22 mars, les pilotes fraîchement débarqués à São Paulo tiennent une réunion du GPDA. L'ordre du jour est chargé car un conflit a éclaté cet hiver entre le syndicat et la FIA autour des nouvelles normes d'attribution de la super-licence. Max Mosley réclame en effet la signature d'une clause de non-responsabilité en cas d'accident et veut interdire les accords d'exclusivité médiatique. Ce dernier point a été soulevé par Bernie Ecclestone après que Michael Schumacher a signé un contrat spécial avec la chaîne de télévision allemande RTL pour l'enregistrement d' « entretiens exclusifs ». Six pilotes refusent de parapher le protocole soumis par la fédération. Il s'agit de Gerhard Berger, Michael Schumacher, Nigel Mansell, Damon Hill, Martin Brundle et Jean Alesi. Ceux-ci brandissent la menace d'un boycott du Grand Prix du Brésil. Une arme bien émoussée en ce qui concerne Mansell et Brundle qui ne sont pas engagés dans cette épreuve ! Toutefois, le coup d'envoi du championnat ne peut se passer de cadors tels que les deux pilotes Ferrari, sans parler de Schumacher et de Hill. Finalement, Mosley et Ecclestone sont contraints de reculer. Comme en 1982, les pilotes ont triomphé du pouvoir sportif sur cette épineuse question de la licence.

 

Présentation de l'épreuve

Le circuit d'Interlagos a été resurfacé depuis l'édition 1994 avec une rigueur toute... latine. Le résultat est désastreux. « La piste est aujourd'hui trois ou quatre fois plus bosselée qu'avant ! » s'époumone Rubens Barrichello. « Ce n'est pas en multipliant les couches de bitume qu'on fera disparaître ces aspérités, mais en les défonçant et en nivelant le terrain une bonne fois pour toutes ! » Les pilotes vont se cramponner à leurs volants durant tout le week-end, d'où des blessures assez sérieuses aux mains pour certains.

 

Intertechnique, la société française qui fournit le matériel destiné aux ravitaillements, a entièrement revu celui-ci en vue de cette nouvelle saison. Malheureusement, de nombreux incidents se déroulent lors des répétitions de « refueling ». Par exemple, McLaren laisse échapper pas moins de dix litres de carburant, par bonheur sans embrasement. En outre, le matériel portable est dorénavant plus lourd, moins maniable, d'où des gestes moins précis de la part des mécaniciens, en particulier du préposé au tuyau, chargé de le connecter au réservoir de la voiture puis de le débrancher. Certaines opérations s'achèvent ainsi par la dégradation de la coque autour de la prise femelle. Les ravitaillements en essence font donc de nouveau l'objet de vives critiques. « 99 % des écuries souhaitent leur disparition, j'espère qu'elle sera effective en 1996 ! » s'irrite Flavio Briatore.

 

Trop gros pour pénétrer dans le cockpit de la McLaren-Mercedes MP4/10, Nigel Mansell est contraint de déclarer forfait pour la tournée sud-américaine et d'attendre que soient moulées de nouvelles coques adaptées à ses généreuses mensurations. Voilà qui irrite profondément Ron Dennis, qui n'a jamais tenu le moustachu en haute estime, et regrette déjà d'avoir cédé aux adjurations de Mercedes qui voulait absolument l'engager. Pour remplacer Mansell, il aurait pu faire appel à son jeune essayeur le Danois Jan Magnussen (21 ans), mais celui-ci lui paraît trop tendre. Il préfère se tourner vers Mark Blundell, jusqu'ici écarté du plateau 95 faute de sponsors, dont il apprécie le talent et la combativité. Le Britannique n'est pas un inconnu à Woking puisqu'il y fut pilote d'essais en 1992.

 

Chez Pacific, Bertrand Gachot devait céder son volant pour les deux premiers Grands Prix au pilote brésilien Paulo Carcasci. Mais celui-ci a quelque peu spéculé sur le budget qu'il pouvait offrir à la petite équipe anglaise, et finalement Gachot disputera bien les deux premières manches de la saison. Toutefois Pacific manque d'argent, il est probable que quelques conducteurs payants effectueront des « tours de manège » au cours du championnat.

 

Jean Alesi attire les objectifs des photographes japonais. L'Avignonnais s'affiche en effet avec sa nouvelle compagne, la starlette Kumiko Goto, âgée de 21 ans. Les deux tourtereaux se sont rencontrés en octobre 1994, juste avant le Grand Prix du Japon. La présence de cette demoiselle à São Paulo choque les Nippons car sur l'archipel, il n'est pas d'usage qu'une femme accompagne son conjoint sur son lieu de travail...

 

Dix mois après le grave accident qui a failli lui coûter la vie, Karl Wendlinger retrouve le volant d'une Sauber, désormais équipée d'un moteur Ford-Cosworth. Le « come-back » du grand Autrichien ne va pas de soi. De gros doutes subsistent autour de sa condition physique, sans parler des séquelles psychologiques d'un tel drame. Ses médecins, s'ils l'estiment parfaitement guéri au niveau primaire, craignent que le stress de la compétition ne réveille des lésions cérébrales indétectables. Wendlinger, résolu, accepte de prendre ce risque. Par ailleurs, il sait pouvoir compter sur le plein soutien de son patron. Peter Sauber avait promis de lui conserver sa place. Il a tenu parole. Une élégance rare dans le milieu impitoyable de la Formule 1.

 

René Arnoux fait lui aussi son grand retour dans les paddocks, cinq ans après avoir raccroché les gants. « Néné » revient en effet « coacher » Pedro Diniz, le néophyte brésilien engagé par Guido Forti. Il rappelle à cette occasion que c'est ici même, à Interlagos, qu'il a remporté son premier Grand Prix de F1 en 1980 au volant de la Renault Turbo.

 

Essais et qualifications

Hill conquiert la première pole de la saison (1'20''081''') en dominant les deux séances qualificatives. Gêné par du sous-virage et diminué par une amygdalite, Coulthard se satisfait du troisième chrono. Schumacher vit un vendredi pénible: victime de la rupture d'un cardan de direction, il fracasse sa Benetton contre les glissières à Ferradura. Herbert est aussitôt stoppé sans avoir signé le moindre temps, et l'on craint un temps que Benetton déclare forfait par mesure de précaution. Heureusement, il s'avère que la panne n'est pas d'origine structurelle, et le lendemain les B195 sont de retour en piste. Schumacher signe le deuxième temps, à trois dixièmes de Hill. Herbert se classe bon quatrième. Bien que manquant de roulage, les Ferrari (Berger 5ème, Alesi 6ème) font très bonne figure et concèdent moins d'une seconde au poleman. A noter que si Berger utilise le nouvel embrayage manuel, Alesi se sert toujours d'une troisième pédale. La nouvelle McLaren-Mercedes s'avère très difficile à régler. Häkkinen (7ème) et Blundell (9ème) se débattent avec un manque d'équilibre. Débuts mouvementés pour les Jordan-Peugeot, très mal adaptées aux bosses. Si Irvine (8ème) tient son rang, Barrichello souffre successivement d'une rupture de moteur et d'une panne de boîte, puis finit la séance du samedi dans les décors. Le nouvel héros brésilien ne s'élancera que depuis la seizième place.

 

Les Ligier-Mugen-Honda (Panis 10ème, Suzuki 15ème) se posent en outsiders, même si la JS41 n'est pas très bien équilibrée. Elles devraient lutter avec les Tyrrell-Yamaha de Katayama (11ème) et de Salo (12ème). Jolie performance de Morbidelli (13ème) avec la nouvelle Arrows-Hart. Son collègue Inoue (21ème) découvre le tracé et commet quelques fautes par manque d'expérience. Les Sauber-Ford (Frentzen 14ème, Wendlinger 19ème) sont extrêmement instables sur le mauvais revêtement pauliste. Les Minardi-Ford (Martini 17ème, Badoer 18ème), mal dégrossies, rendent quatre secondes aux meilleurs. Pour la première fois depuis le GP d'Espagne 1994, les deux Pacific sont qualifiées, même si Gachot (20ème) et Montermini (22ème) subissent plusieurs pannes. Simtek manque les essais du vendredi matin, faute d'avoir reçu les extincteurs réglementaires. Verstappen (24ème) et Schiattarella (26ème) encaissent ensuite une pluie d'avaries. Pour ne rien arranger, « Mimmo » pulvérise son châssis samedi après-midi. Enfin, Moreno (23ème) et Diniz (25ème) qualifient sans trop de peine leurs nouvelles Forti.

 

Le Grand Prix

Le Grand Prix se déroule sous un ciel couvert, quelque peu menaçant bien qu'aucune averse ne soit annoncée. Comme prévu, la disparition d'Ayrton Senna affecte la billetterie: on ne compte que 60 000 spectateurs dans les tribunes. La chaîne de télévision TV Globo, qui retransmet la course en direct, perd 10 % d'audience par rapport à 1994. Néanmoins, les fanatiques brésiliens se font entendre en acclamant « Rubinho » Barrichello et surtout en entonnant des hymnes émouvants en l'honneur de Senna.

 

Les Williams-Renault réalisent les meilleurs chronos de l'échauffement du dimanche matin. Elles abordent la course en favorites, mais les stratégies de ravitaillement devraient jouer un rôle primordial. Ainsi, Hill prévoit de s'arrêter deux fois, contre trois à Schumacher. Suite à des soucis techniques rencontrés lors du warm-up, Herbert et Katayama partent sur leurs voitures de réserve.

 

A midi trente, coup de théâtre: une demi-heure avant le coup d'envoi du Grand Prix, Valérie Jorquera, la chimiste d'Elf, déboule dans le stand Ligier, à la recherche de son supérieur Daniel Tréma. Elle vient d'apprendre que les échantillons d'essence prélevée par Charlie Whiting, délégué technique de la FIA, sur la Benetton de Schumacher et la Williams de Coulthard, diffèrent des échantillons de référence présentés par Elf et s'avèrent donc non-conformes. Vingt minutes plus tard, la fédération publie un communiqué annonçant que Williams et Benetton écopent chacune de 30 000 dollars d'amende et que le classement de la course – qui doit débuter dans quelques minutes ! - ne sera que provisoire. L'ombre de la disqualification plane déjà autour de la Benetton n°1 et de Williams n°6. Schumacher et Coulthard ne sont pas mis au courant de la situation par leurs équipes, afin de ne pas les déstabiliser. Du reste, il est probable que les bolides de Hill et de Herbert sont aussi menacés. Les ingénieurs d'Elf et de Renault se partagent entre la préparation de la course et les palabres avec Whiting et les officiels. Bref, la course est lancée dans une ambiance confuse et tendue.

 

Tour de formation: Martini se range dans la pelouse, en panne de boîte de vitesses. Il ne prendra pas le départ.

 

Départ: Schumacher s'élance parfaitement et fait l'intérieur à Hill au premier virage. L'Allemand est en tête devant son rival britannique. Coulthard est troisième. Häkkinen prend un superbe envol et précède les Ferrari de Berger et Alesi.

 

1er tour: Touché par Salo, Panis part en tête-à-queue dans la descente des Esses. Il cale et doit renoncer. A la fin de cette boucle, Schumacher mène devant Hill, Coulthard, Häkkinen, Berger, Alesi, Herbert, Irvine, Katayama et Salo.

 

2e: Schumacher ne compte que quelques dixièmes d'avance sur Hill.

 

3e: Les deux Williams de Hill et Coulthard sont sur les talons de Schumacher. Barrichello est en difficulté: il perd la douzième place au profit de Suzuki, et va bientôt être dépassé par Morbidelli et Blundell.

 

4e: Hill attaque Schumacher par l'intérieur à Subida do Lago, mais l'Allemand ferme la porte. Coulthard se porte à la hauteur de son équipier dans le bout droit suivant, mais l'Anglais conserve l'ascendant sur l'Écossais.

 

5e: Schumacher réagit en signant le meilleur chrono provisoire (1'22''038'''). En difficulté avec le mulet, Herbert commet une faute et perd trois places au profit d'Irvine, Salo et Katayama.

 

6e: Schumacher est premier devant Hill (0.7s.), Coulthard (1.8s.), Häkkinen (7s.), Berger (10s.), Alesi (11s.), Irvine (14s.), Salo (15s.), Katayama (16s.) et Herbert (17s.). Suzuki prend la onzième position à Frentzen.

 

8e: Hill est dorénavant plus rapide que Schumacher. Une demi-seconde sépare les deux rivaux. Coulthard est quelque peu décroché. Alesi pourchasse son collègue Berger pour la cinquième place.

 

10e: Roues dans roues, les deux leaders prennent déjà un tour à la modeste Forti de Diniz.

 

11e: Schumacher et Hill dépassent Moreno et Schiattarella. Frentzen s'arrête dans l'herbe, victime d'une coupure électrique sur son moteur Ford.

 

12e: Schumacher devance Hill (0.8s.), Coulthard (5.3s.), Häkkinen (16s.), Berger (20s.), Alesi (21s.), Irvine (25s.) et Salo (25.5s.). Schiattarella renonce à cause de problèmes de direction et de freins sur sa Simtek.

 

14e: Septième, Irvine résiste férocement aux assauts d'un Salo très incisif. Katayama observe ce duel.

 

15e: Schumacher et Hill doublent des attardés sans se quitter. Irvine entre aux stands. Alors que l'on croyait à un ravitaillement, le Nord-Irlandais met pied à terre suite à la rupture d'un joint torique sur sa boîte de vitesses.

 

16e: Katayama part en tête-à-queue à Subida do Lago. Il parvient à se redresser mais cale son moteur et doit abandonner.

 

17e: Un véhicule évacue la Tyrrell de Katayama sous la protection des drapeaux jaunes. Alesi est le premier favori à ravitailler (9.9s.) et se retrouve onzième. Verstappen abandonne, embrayage cassé.

 

18e: Grosse déception pour le public brésilien: Barrichello regagne son garage avec une boite de vitesses bloquée. Mais ce faisant le jeune Pauliste gêne Schumacher qui entre aussi dans les stands. Après avoir passé la Jordan, le pilote Benetton effectue le premier de ses trois ravitaillements (7.5s.). Il ressort cinquième juste derrière Berger.

 

19e: Hill et Coulthard sont en tête de l'épreuve. Schumacher attaque Berger dans la remontée vers la ligne de chronométrage et le dépasse à l'entrée des S de Senna. Suzuki observe un arrêt aux stands.

 

20e: Hill précède Coulthard de sept secondes. Blundell et Herbert subissent leurs premiers ravitaillements. L'arrêt du pilote Benetton dure seize secondes à cause d'un problème sur la roue arrière-gauche.

 

21e: Hill ravitaille à la fin de ce tour. Contrairement à Schumacher, l'Anglais est sur une stratégie à deux arrêts. Il redémarre au bout de onze secondes et ressort troisième devant Schumacher qui a été un peu gêné par Badoer. Le voici donc leader virtuel.

 

22e: Coulthard mène l'épreuve devant Häkkinen. L'Écossais ravitaille à l'issue de ce tour et ressort derrière Berger. Arrêts de Salo et de Morbidelli.

 

23e: Häkkinen est le nouveau leader, mais Hill se trouve sur ses talons et le déborde dans la courbe du lac. Le Finlandais ravitaille en fin de boucle. Hélas, ses mécaniciens ont du mal à injecter de l'essence, et il ne repart qu'après vingt secondes d'arrêt.

 

24e: Hill est premier devant Schumacher (2.2s.), Berger (8.8s.), Coulthard (11s.), Alesi (40s.), Salo (42s.), Häkkinen (45s.) et Suzuki (47s.). Badoer, Gachot et Wendlinger effectuent un pit-stop.

 

25e: Hill tourne en 1'21'' et semble en mesure de se détacher de Schumacher.

 

26e: Très véloce sur sa modeste Tyrrell, Salo prend la cinquième place à Alesi. Gachot stoppe dans l'herbe avec une boîte en rideau.

 

28e: L'intervalle entre Hill et Schumacher est de trois secondes. Berger ravitaille à l'issue de cette boucle. L'opération s'éternise à cause d'une roue avant-droite récalcitrante. L'Autrichien reprend la piste en septième position.

 

29e: Profitant du dépassement de l'attardé Montermini, Häkkinen fait l'intérieur à Alesi dans la ligne droite qui suit la Curva del Sol et s'empare de la cinquième position.

 

30e: Schumacher repasse à l'attaque et revient à deux secondes de Hill. Ce dernier est inquiet car il vient de perdre l'usage de son deuxième rapport.

 

31e: La suspension arrière-gauche de Hill se rompt soudainement après les Esses. L'Anglais part en tête-à-queue dans la pelouse. Son moteur cale et il doit abandonner. Peu après, au même endroit, Herbert entre en contact avec Suzuki. Le Japonais poursuit avec un aileron avant de guingois alors que le Britannique finit sa course à contre-sens dans la pelouse.

 

32e: Suzuki fait escale chez Ligier pour remplacer sa calandre puis reprend la piste.

 

33e: Schumacher mène devant Coulthard (11s.), Salo (50s.), Häkkinen (52.8s.), Alesi (57s.), Berger (57.3s.), Morbidelli (1m. 15s.), Blundell (1m. 20s.), Wendlinger (-1t.) et Suzuki (-1t.).

 

34e: Berger menace Alesi pour le gain de la cinquième place. L'Avignonnais, mal installé dans son cockpit, a beaucoup de mal à demeurer sur la piste.

 

36e: Schumacher effectue son second arrêt ravitaillement (6s.) et laisse Coulthard en tête de la course. Plus loin, Salo est sous la menace d'Häkkinen. Le Mika de Tyrrell souffre de crampes et doit conduire d'une main.

 

38e: Salo exécute un tête-à-queue à Subida dos Boxes. Il parvient à repartir, mais laisse passer Häkkinen et les deux Ferrari.

 

39e: Wendlinger effectue une longue halte au stand Sauber pour remplacer sa batterie.

 

40e: Coulthard mène devant Schumacher (11s.), Häkkinen (35s.), Alesi (39s.), Berger (40s.), Morbidelli (1m. 10s.) et Blundell (1m 18s.). Salo ravitaille et reprend la piste en huitième position.

 

42e: Coulthard perd du temps derrière Blundell, peu désireux de concéder un tour. Schumacher recolle à dix secondes de la Williams.

 

43e: Inoue part en tête-à-queue en arrivant sur le premier virage. Il repart avec l'aide des commissaires, puis passe au stand Arrows pour faire examiner sa monoplace. Häkkinen ravitaille (13.2s.) et ressort derrière les Ferrari et juste devant Coulthard, qui a déjà près d'un tour d'avance.

 

44e: Coulthard est gêné par le trafic, notamment par Häkkinen, ce qui permet à Schumacher de revenir à six secondes. Alesi opère son second ravitaillement en douze secondes. Moreno effectue un premier pit-stop.

 

45e: Coulthard est à la peine avec ses pneus et commet plusieurs blocages de roue. Heureusement pour lui, Schumacher rencontre des attardés.

 

47e: Wendlinger s'immobilise à l'entrée des stands avec une batterie de nouveau à plat. Au même instant, Coulthard effectue son deuxième et dernier arrêt (10.8s.). Schumacher retrouve le commandement. Blundell et Morbidelli prennent de l'essence et des pneus neufs.

 

49e: Schumacher précède Coulthard de vingt-deux secondes. Berger effectue son second pit-stop et réalise une excellente opération puisqu'il demeure troisième. Badoer et Diniz observent aussi un arrêt-ravitaillement.

 

50e: Schumacher est premier devant Coulthard (23s.), Berger (1m. 21s.), Häkkinen (1m. 24s.), Alesi (-1t.), Salo (-1t.), Morbidelli (-1t.), Blundell (-1t.) et Suzuki (-2t.).

 

51e: Schumacher signe le meilleur tour de la course (1'20''921'''). Il lui faut en effet hausser son rythme pour ressortir des stands devant Coulthard après son troisième arrêt. Badoer se retire suite à une rupture de commande de boîte.

 

52e: Moreno quitte la route dans la portion sinueuse et s'enlise dans les graviers. Il était 11ème à trois tours du leader.

 

53e: Schumacher effectue son troisième et dernier arrêt (7.4s.). Grâce à sa série tours rapides, l'Allemand repart largement devant Coulthard. Montermini est chez Pacific pour un premier ravitaillement fort tardif.

 

54e: Quatre secondes séparent Schumacher et Coulthard. Morbidelli prend la sixième place à Salo.

 

56e: Schumacher est en tête devant Coulthard (4.8s.), Berger (1m. 15s.), Häkkinen (1m. 18s.), Alesi (-1t.), Morbidelli (-1t.), Salo (-1t.), Blundell (-1t.), Suzuki (-2t.), Montermini (-5t.), Diniz (-6t.) et Inoue (-9t.).

 

57e: L'Arrows d'Inoue s'enflamme suite à la rupture d'une conduite d'essence. Le néophyte nippon se gare dans l'herbe et quitte promptement son cockpit.

 

58e: Blundell s'empare de la septième place aux dépens de Salo, en dépit d'une boîte récalcitrante.

 

59e: Schumacher prend un tour à Häkkinen. Coulthard est repoussé à six secondes du pilote Benetton.

 

62e: Schumacher compte huit secondes d'avance sur Coulthard. L'Allemand prend un tour à Berger au passage suivant. Morbidelli revient à deux secondes d'Alesi et lorgne sur le cinquième rang.

 

64e: Morbidelli rentre au garage Arrows avec une pression d'essence à zéro. Voilà une déception pour l'Italien qui a mené une course splendide. Blundell se retrouve sixième.

 

65e: Schumacher précède Coulthard (7.5s.), Berger (-1t.), Häkkinen (-1t.), Alesi (-1t.), Blundell (-1t.), Salo (-1t.), Suzuki (-2t.), Montermini (-6t.) et Diniz (-6t.).

 

67e: Schumacher porte son avantage sur Coulthard à neuf secondes. L'Écossais klaxonne derrière Berger.

 

69e: Coulthard prend à son tour une boucle d'avance sur Berger qui l'a retenu pendant deux tours.

 

71ème et dernier tour: Michael Schumacher remporte la première course de la saison devant Coulthard. Berger, relégué à un tour du vainqueur, monte sur la troisième marche du podium. Häkkinen finit quatrième au volant de la nouvelle McLaren-Mercedes. Les derniers points reviennent à Alesi, cinquième, et à Blundell, sixième. Salo, Suzuki, Montermini et Diniz sont les seuls autres coureurs à rallier l'arrivée.

 

Après la course

Benetton et Renault entament leur collaboration de la meilleure manière possible: par une victoire. Voilà qui irrite grandement Frank Williams qui contemple d'un œil morne Michael Schumacher soulever le trophée de la victoire. « Je suis un peu triste de ne pas avoir gagné avec mon moteur », lâche l'Anglais en insistant sur le possessif... Williams est si déçu qu'il félicite à peine David Coulthard de sa deuxième place. En outre, la rupture de suspension dont a été victime Damon Hill fait désordre. Sans cet incident, le pilote britannique aurait probablement remporté la course. Voilà dix points bêtement lâchés.

 

Michael Schumacher tresse pour sa part des louanges à son nouveau propulseur: « C'est vraiment génial d'avoir un moteur Renault derrière soi. Je pouvais dépasser les attardés plus rapidement et doubler les Ferrari en lignes droites. Fabuleux, non ? » Le fait est que la firme au losange ne semble pas avoir souffert du changement de cylindrée. « Généralement, la mise en place d'un nouveau règlement a plutôt tendance à déstabiliser les écuries compétitives dans les domaines qu'elles maîtrisent bien, et à favoriser les écuries en positions délicates dans d'autres domaines », remarque Bernard Dudot. « C'est une sorte de nivellement par le bas. Dans ces cas-là, tout peut arriver. Or, je suis soulagé de constater que nos deux équipes ont parfaitement négocié ce virage ! »

 

Début de l'affaire Elf: Schumacher et Coulthard exclus

Néanmoins ce « doublé Renault » demeure comme on le sait tout à fait provisoire. Jean Todt et Ron Dennis s'entretiennent de l'opportunité de déposer une réclamation contre Benetton et Williams dont les machines sont suspectées d'utiliser un carburant non homologué. Afin de ne pas se compromettre inutilement, les deux hommes décident de laisser la FIA poursuivre son investigation. « Il n'appartient pas à Ferrari de porter réclamation. Ferrari s'en remet à la FIA. C'est au pouvoir sportif international d'effectuer les contrôles qu'il estime nécessaires », professe Todt.

 

Dimanche soir, l' « affaire Elf » secoue tout le paddock. Yves Edern, le directeur général d'Elf-Antar France, s'entretient fiévreusement avec Flavio Briatore, Patrick Head et Christian Contzen, mais aussi avec Bernie Ecclestone, qui mène en quelque sorte sa propre enquête. Il apparaît que l'essence prélevée samedi sur les voitures de Schumacher et de Coulthard, puis analysée dans le laboratoire ambulant de la FIA, ne correspond pas aux échantillons que le pétrolier français a fait homologuer cet hiver. La chimiste Valérie Jorquera plaide la cause d'Elf auprès des officiels. Selon elle, la machine chargée d'isoler et d'analyser les différents composants des produits n'est pas fiable. « Nous ne sommes pas fous au point d'utiliser un carburant non-homologuée ! Pas fous au point de risquer une disqualification ! Une contre-expertise dans un autre laboratoire, avec un matériel plus puissant et plus fiable est nécessaire », argue-t-elle. La tension monte encore d'un cran lorsque les deux ingénieurs d'Agip, le pétrolier de Ferrari, affirment à leur tour que le laboratoire de campagne de la FIA, manipulé et brutalisé des dizaines de fois, ne délivre pas toujours des résultats sérieux.

 

Bien sûr, on ne voit pas quel intérêt Elf aurait eu à frauder, surtout après les controverses des saisons 1992 et 1993, lorsque déjà la FIA accusait cette firme de fournir de l'essence illégale aux Williams-Renault. Mais à 19h55, Martin Whitaker, porte-parole de la FIA, annonce que la Benetton n°1 de Michael Schumacher et la Williams n°6 de David Coulthard sont disqualifiées du GP du Brésil. Gerhard Berger est déclaré vainqueur sur tapis vert devant Mika Häkkinen et Jean Alesi. Cette décision surprend: beaucoup estiment que la fédération aurait dû attendre quelques jours pour trancher, le temps de procéder à de nouvelles analyses. Bernie Ecclestone, en sa qualité de vice-président de la FIA, a semble-t-il précipité le dénouement.

 

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Chez Ferrari, on débouche le champagne, sous le regard atterré des mécaniciens de Williams et de Benetton qui jugent ces manifestations indécentes. Des propos aigres sont échangés entre Italiens, Français et Anglais. Néanmoins l'affaire n'en demeure pas là. Frank Williams et Flavio Briatore font aussitôt appel de cette décision tandis que Yves Edern téléphone à Paris pour mobiliser ses juristes. Chez Elf, certains soulèvent l'hypothèse d'une conspiration. « Il suffit de voir à qui profite le crime » lâche un ingénieur français en désignant Jean Todt. Le directeur de Ferrari, outré, pose en défenseur de la légalité bafouée: « Il y a faute si le carburant utilisé n'est pas celui agréé. Le nôtre, je le précise, a été contrôlé conforme. » Lorsque les principaux dirigeants de la F1 posent le pied en Europe, lundi 27 mars au matin, les grandes manœuvres commencent. Max Mosley, demeuré à Paris, est assailli de coups de téléphone. Pendant quelques jours, le monde de la F1 va vivre au rythme de l' « affaire Elf ».

 

Classements (avant la réintroduction de M. Schumacher et de D. Coulthard) :

 

Pilotes Constructeurs
1.Berger10 pts1.Ferrari14 pts
2.Häkkinen6 pts2.McLaren-Mercedes9 pts
3.Alesi4 pts3.Tyrrell-Yamaha2 pts
4.Blundell 3 pts4.Ligier-Mugen-Honda1 pt
5.Salo2 pts
6.Suzuki1 pt
Tony