Olivier PANIS
 O.PANIS
Ligier Renault
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari
Eric BERNARD
 E.BERNARD
Ligier Renault

557e Grand Prix

LVI Grosser Preis von Deutschland
Ensoleillé
31 juillet 1994 - Hockenheim
45 tours x 6.823 km - 307.035 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Deux carambolages provoquent l'abandon de 10 voitures lors du départ.

Affaires Benetton et Schumacher

 

McLaren: la course à l'Étoile

Après une demi-saison d'existence, l'alliance McLaren-Peugeot affiche un bilan très médiocre: quatorze points et trois podiums. C'est la plus mauvaise performance des « Rouges et Blancs » depuis l'arrivée de Ron Dennis en 1981. Les avaries se succèdent sur le V10 Peugeot, et les deux partenaires se rejettent mutuellement la responsabilité de cette situation. Dennis ne supporte pas l'optimisme béat de Peugeot Sport qui ne cesse d'évoquer ses prétendus « progrès ». La procédure de divorce est déjà engagée. Mais le moral est au plus bas à Woking. Dennis essaie tant bien que mal de remotiver ses troupes et leur annonce qu'il est en mesure de recruter Michael Schumacher ! Pure intox. En fait, il est en quête d'un nouveau fournisseur de moteurs et se tourne vers Mercedes.

 

Ron Dennis intervient au moment où la firme allemande s'interroge sur son avenir en Formule 1. Sa collaboration avec Sauber tourne à l'aigre. Les résultats de cette saison 94 (dix maigres points récoltés) ne sont pas à la hauteur des ambitions d'un géant mondial de l'automobile. Sauber traverse il est vrai une sombre période. Le grave accident de Karl Wendlinger a ébranlé les esprits. En ce mois de juillet, le team suisse perd son principal commanditaire, le magazine Broker, placé en liquidation judiciaire. Les montres Tissot-Swatch viennent renflouer ses caisses vides, à la demande de Mercedes. Mais la marque à l'étoile a compris que, pour percer en F1, elle doit s'associer avec l'un des quatre « top teams ». Sauber est une officine trop modeste pour conquérir un sport réclamant de gigantesques investissements financiers, humains et technologiques.

 

Ainsi, Dennis reçoit un accueil favorable de Gerd Krämer, un de ses vieux complices, devenu ambassadeur officieux de Mercedes dans le monde sportif. Celui-ci l'introduit auprès d'Helmut Werner, le président du directoire Mercedes AG, partisan d'une plus grande implication de son entreprise dans le sport automobile. La victoire de la Penske-Mercedes d'Al Unser Jr. aux 500 Miles d'Indianapolis, en mai dernier, a réveillé de glorieux souvenirs et suscité de nouvelles ambitions à Stuttgart. Dennis compte là-dessus pour construire une véritable alliance sportive, technologique et commerciale avec un major de l'industrie automobile réellement motivé par le formidable défi de la F1. Une ambition irréalisable avec Peugeot qui, on le sait, est entrée en F1 presque à contre-cœur.

 

Présentation de l'épreuve

En ce chaud week-end estival, des millions d'Allemands ont l'œil rivé sur la Benetton bleue de Michael Schumacher. Une immense ferveur populaire environne celui-ci, devenu le sportif le plus populaire outre-Rhin, devant le tennisman Boris Becker et les joueurs de la Nationalmannschaft. Et les soupçons de tricherie qui entourent son équipe ne font que renforcer le fanatisme de ses supporteurs. De son côté, Schumacher se plie de bonne grâce aux rendez-vous publicitaires et aux séances d'autographes qui lui sont proposés. Son objectif évident, remporter ce Grand Prix d'Allemagne, lui permet de laisser dans un coin de sa tête, pour un temps, l'angoisse suscitée par son futur procès en appel devant le tribunal de la FIA.

 

Conséquence de cet engouement patriotique teuton, Damon Hill fait l'objet de quolibets et d'insultes de la part des fans de « Schumi ». Les plus aimables l'accueillent par des banderoles l'affublant du surnom de « Benny Hill ». Mais il reçoit aussi des menaces de mort. Ian Harrison, le directeur sportif de Williams, le flanque de deux gorilles chargés de le suivre à la trace. Dimanche, en début d'après-midi, lors de la parade des pilotes, Hill redoute la traversée du Stadium rempli d'Allemands excités. Fébrile, il se blottit derrière son équipier David Coulthard lorsqu'il entend la détonation d'un pétard,...

 

Suite aux soupçons de tricherie qui entourent les Benetton-Ford, Flavio Briatore est très sollicité par les journalistes. Il ne peut faire un pas sans qu'on l'entretienne de l'antipatinage illégal que la FIA aurait décelé sur la B194. Mais l'Italien affronte cette controverse avec son humour et son franc-parlé habituel: « Ma, pourquoi y-a-t-il autant d'histoires en Formule 1 ? Parce qu'elle est trop tranquille ! Il ne s'y passe jamais rien ! Faut toujours inventer quelque chose pour amuser et occuper les gens... »

 

Ce GP d'Allemagne accueille les dernières réformes techniques de la saison, c'est-à-dire celles qui étaient initialement prévues pour 1995. Toutes les monoplaces sont désormais dotées d'un fond-plat « en escalier ». Il s'agit d'une planche de 10 mm d'épaisseur collée sous la voiture afin de diminuer la déportance. La largeur et la hauteur des ailerons sont réduits pour diminuer l'effet de sol. Mais en matière aérodynamique, la grande révolution aura lieu l'an prochain puisque la FIA souhaite réduire l'appui de 50 %.

 

Cesare Fiorio prend ses fonctions de directeur sportif de Ligier-Gitanes à compter de cette épreuve. Un défi inattendu pour l'ancien dirigeant de Lancia et de Ferrari. Frank Dernie supplée pour sa part définitivement Gérard Ducarouge à la tête du staff technique. En parallèle, Benetton accroît sa mainmise sur l'écurie de Magny-Cours. Ainsi, Jos Verstappen et JJ Lehto ont récemment roulé avec la JS39B en essais privés et pourraient bien intégrer les Bleus en 1995, voire dès la fin de la saison.

 

Les hommes de Jean Todt visent la victoire à Hockenheim: avec ses lignes droites interminables, le circuit allemand sera le terrain d'expression idéal pour les V12 italiens, les plus puissants du plateau. Les Rouges alterneront entre le moteur 041 et le tout nouveau 043, plus rapide mais qui n'est encore jamais parvenu au bout d'un test d'endurance. Dans le même temps, Gustav Brunner et son adjoint George Ryton apportent quelques modifications aux suspensions de la 412 T1B.

 

Williams présente la version B de sa FW16 qui se distingue principalement par ses pontons raccourcis de près de 30 centimètres. Pour permettre l'interaction, les dérives situées derrière les roues avant sont rallongées et le diffuseur est nettement incurvé vers le haut, agrémenté de deux dérives verticales, comme sur la plupart des monoplaces. La suspension arrière est aussi inédite. Enfin le V10 Renault RS6B est dorénavant utilisé en essais comme en course.

 

Frank Dernie commence à accommoder la vieille Ligier JS39 à la « sauce Benetton ». La machine bleue se pare ainsi de deux déflecteurs à l'entrée des pontons et d'un diffuseur arrière copié sur la B194. Larousse apporte de nombreuses modifications à sa LH94. On aperçoit un échangeur de refroidissement d'huile à la place d'un radiateur, afin d'endiguer l'invraisemblable épidémie de ruptures de moteurs qui touche l'équipe depuis deux mois. Beretta reçoit une machine à empattement raccourci et Comas un nouvel aileron avant. Minardi inaugure sa commande de vitesses semi-automatique qui fonctionne sur un dispositif séquentiel au moyen de trois électrovalves. La M194 reçoit en outre un tout nouveau diffuseur arrière et deux déflecteurs doubles inspirés par Benetton. Sauber teste plusieurs types de déflecteurs, plus ou moins longs ou incurvés, afin de préparer le GP de Hongrie. Enfin, Simtek apporte un nouveau châssis après que Brabham a détruit sa monoplace lors d'un violent accident en essais privés.

 

Essais et qualifications

L'Allemagne est frappée par la canicule en ce dernier week-end de juillet. Hommes et mécaniques sont soumis à rude épreuve. Comme prévu, les Ferrari profitent de leur imposante cavalerie pour dominer les débats en qualifications. Berger conquiert la pole (1'43''582''') samedi après-midi sans la moindre difficulté. C'est la première pole position du Cheval cabré depuis le GP du Portugal 1990 ! Alesi (2ème) ne peut rivaliser avec son équipier car il perd son capot-moteur suite au bris d'une attache. Hill s'adjuge vendredi la pole provisoire au volant d'une Williams très véloce, mais il ne parvient pas à améliorer le lendemain et recule au troisième rang. Coulthard (6ème) déplore du survirage. Vendredi, Schumacher commet l'erreur de céder un temps sa Benetton à Verstappen, qui la plante instantanément dans le décor... Le lendemain, l'Allemand se contente du quatrième temps alors que le jeune Hollandais n'est que dix-neuvième. Les Tyrrell font parler la poudre grâce à la puissance de leur moteur Yamaha: Katayama, cinquième, réalise la meilleure qualification de sa carrière, et Blundell, septième, le suit de près. Samedi, Häkkinen (8ème) détruit sa McLaren-Peugeot dans le premier droit, occasionnant un drapeau rouge. Il utilise ensuite la voiture de Brundle (13ème) qui est ainsi lésé par la bévue du Finlandais.

 

Le comportement de la Sauber-Mercedes alterne entre sous-virage et survirage. Si Frentzen (9ème) en fait fi, de Cesaris (18ème) y perd son latin... Les Jordan-Hart sont un peu en retrait sur ce tracé ultra-rapide. Irvine (10ème) précède un Barrichello grippé (11ème). Les Ligier compensent leur manque de développement par la puissance du V10 Renault RS6A: Panis est 12ème, Bernard 14ème. Les Lotus-Mugen sont toujours aussi inconduisibles, et comme à l'ordinaire Herbert (15ème) s'en sort mieux que Zanardi (21ème). Malgré un manque de grip, les Arrows (Morbidelli 16ème, Fittipaldi 17ème) se hissent en tête des utilisateurs du V8 Ford HB. Les Minardi-Ford (Martini 20ème, Alboreto 23ème) sont particulièrement rétives sur ce bitume bosselé. Même constat pour les Larrousse (Comas 22ème, Beretta 24ème). Les Simtek progressent: Brabham (25ème) se qualifie dans la même seconde que les Larrousse et Gounon (26ème) en aurait fait autant sans une casse moteur. Reléguées à sept secondes des meilleurs, les Pacific-Ilmor n'ont aucune chance de se qualifier. A noter cependant que, pour une fois, Belmondo devance Gachot.

 

Le Grand Prix

Une chaleur accablante règne sur l'Hockenheimring en ce dimanche 31 juillet. La température au sol atteint les 47°C, du jamais vu depuis... 1950 ! Schumacher réalise le meilleur temps du warm-up et démontre ainsi qu'il faudra compter avec lui en course. Les 150 000 et quelques supporteurs massés dans le Stadium attendent une victoire de leur idole. Côté stratégie, les écuries tablent généralement sur un seul pit-stop à la mi-parcours, mais certaines en prévoient deux. Chez Ferrari, Alesi hésite jusqu'au dernier moment entre les moteurs 041 et 043, et opte finalement pour le second.

 

Départ: Berger prend un envol idéal devant Alesi. Katayama se faufile entre Hill et Schumacher. A l'arrière, du peloton, de Cesaris touche Zanardi: le Romain est projeté vers la pelouse, entraînant avec lui Alboreto, alors que le Bolonais harponne Martini et se fracasse contre le mur. Puis, à l'abord du premier virage, Coulthard se retrouve pris en sandwich entre Blundell à sa gauche, Häkkinen à sa droite. Le Finlandais se rabat au freinage devant l'Écossais. Il heurte la roue avant-droite de la Williams, se met à l'équerre et traverse la piste, semant une incroyable panique ! Alors qu'Häkkinen échoue dans la barrière de pneus, Irvine tamponne Blundell, puis Frentzen, Barrichello sort dans les graviers pour les éviter. En sortie de virage, Herbert arroche Brundle et l'envoie en tête-à-queue.

 

1er tour: Bien que le chaos règne sur les 500 premiers mètres, avec dix voitures au tapis, le drapeau rouge n'est pas agité. Alesi se range dans l'herbe dès l'entrée dans la forêt, victime d'une coupure électrique sur son moteur 043. Berger mène devant... Katayama ! Ce dernier cède bien vite à Schumacher. Puis Hill attaque le Japonais à la troisième chicane, mais se loupe et frotte la Tyrrell avec sa roue avant-droite. Il ralentit aussitôt. Son compère Coulthard conduit avec un aileron de guingois. A la fin de ce premier tour, alors que les commissaires agitent les drapeaux jaunes au niveau de la ligne de départ, Berger est premier devant Schumacher, Katayama, Panis, Verstappen, Bernard, Morbidelli, Fittipaldi, Comas et Beretta.

 

2e: Schumacher évolue dans le sillage de Berger. Bernard dépasse Verstappen. Coulthard et Hill regagnent le stand Williams, le premier pour remplacer sa calandre endommagée, le second pour changer une biellette de direction tordue. Les commissaires évacuent les bolides abandonnés suite aux deux carambolages, à savoir ceux de de Cesaris, Alboreto, Martini, Zanardi, Häkkinen, Herbert, Barrichello, Irvine, Frentzen et Blundell. Il n'y a plus que quinze voitures en piste !

 

3e: Berger ne devance Schumacher que d'une demi-seconde. Reparti après sa figure, Brundle remonte dans la hiérarchie: il a doublé les Simtek de Gounon et Brabham. Hill reprend la piste avec près de deux tours de retard.

 

4e: Berger mène devant Schumacher (0.4s.), Katayama (6s.), Panis (9s.), Bernard (11s.) et Verstappen (12s.). Brundle prend la dixième place à Beretta.

 

5e: Schumacher file le train de Berger, mais dans les grandes lignes droites le V12 Ferrari l'emporte nettement sur le V8 Ford.

 

6e: Surpris par une commande de gaz demeurée ouverte, Katayama exécute un tête-à-queue à la troisième chicane. Il se redresse, mais n'a plus qu'à regagner les stands pour renoncer. Brundle double Comas.

 

7e: Brundle gagne encore une position, cette fois aux dépens de Fittipaldi.

 

8e: Schumacher prend l'aspiration derrière Berger après l'Ostkurve. Il se décale vers l'intérieur à l'approche de la troisième chicane, mais l'Autrichien lui coupe la trajectoire d'extrême justesse.

 

9e: Berger est premier devant Schumacher (0.6s.), Panis (14.5s.), Bernard (16.6s.), Verstappen (17.5s.), Morbidelli (21s.) et Brundle (22s.).

 

10e: Schumacher concède quelques dizaines de mètres à Berger pour ne pas surchauffer son moteur. Brundle passe devant Morbidelli.

 

11e: Verstappen est aux trousses des Ligier et lorgne in fine sur la troisième place détenue par Panis. Coulthard réalise le tour le plus rapide de la course: 1'46''211'''.

 

12e: Berger précède Schumacher (0.4s.), Panis (18s.), Bernard (21s.), Verstappen (22s.), Brundle (24s.), Morbidelli (29s.), Fittipaldi (32s.), Comas (36s.) et Beretta (42s.).

 

13e: Schumacher trépigne derrière Berger sans trouver le moyen de passer. Benetton le rappelle donc aux stands pour un premier ravitaillement qui se déroule en dix secondes. L'Allemand retrouve le circuit derrière Verstappen qui ne tarde pas à s'effacer devant lui. Brundle effectue aussi un pit-stop.

 

14e: Schumacher double Bernard puis Panis, et retrouve ainsi la seconde position, à vingt-trois secondes de Berger. Morbidelli ravitaille.

 

15e: Schumacher ne rend que vingt-trois secondes à Berger et pourrait donc s'emparer du commandement lors du ravitaillement du pilote Ferrari. Brundle reprend la huitième place à Beretta.

 

16e: Verstappen arrive au stand Benetton pour ravitailler. Le préposé au remplissage accouple l'embout du tuyau d'essence, mais une valve ne se referme pas correctement. L'essence gicle sur la Benetton et se répand sur les échappements et les freins surchauffés. L'embrasement est instantané. Pilote et mécaniciens se retrouvent prisonniers d'une boule de feu. L'image est horrible, mais heureusement d'autres mécaniciens se saisissent instantanément d'extincteurs pour éteindre l'incendie, alors que Verstappen se dégrafe et bondit hors de son habitacle. En moins de dix secondes, le feu est circonscrit. Plus de peur que de mal...

 

17e: Coulthard regagne son garage avec une boîte de vitesses bloquée. Ses mécaniciens remplacent son volant et le renvoient en piste. L'équipe médicale se rend au stand Benetton. Par bonheur, Verstappen n'a quelques poils roussis et ses mécaniciens sont indemnes ou ne souffrent que de brûlures superficielles. Seul un mécano est transporté sur une civière vers l'infirmerie pour examens complémentaires. La B194, recouverte de mousse, est rentrée au garage.

 

19e: Schumacher est revenu à vingt secondes de Berger. Beretta effectue son ravitaillement en essence et en pneus. Coulthard jette l'éponge avec une boîte définitivement hors d'usage.

 

20e: Le moteur de Schumacher émet un bruit de casserole. Un problème de commande de gaz met fin aux espoirs du jeune Allemand de remporter son Grand Prix national. Il rejoint son stand au petit trot, très désappointé. C'est également terminé pour Brundle, trahi par son V10 Peugeot.

 

21e: Berger arrive aux stands pour son unique ravitaillement. Ses mécaniciens prennent leur temps puisqu'il ne redémarre qu'au bout de seize secondes. Mais il n'a plus rien à craindre car Schumacher met pied à terre à son box. Les tribunes commencent déjà à se vider...

 

22e: Berger devance Panis de deux secondes. Le Grenoblois passe par les stands en fin de boucle pour ravitailler (9.8s.). Arrêts aussi pour Comas et Brabham. Fittipaldi et Gounon apparaissent aux stands au tour suivant.

 

24e: Bernard stoppe chez Ligier pour prendre de l'essence (9.7s.). Hill observe son unique ravitaillement de l'après-midi.

 

25e: Berger est premier devant Panis (32s.), Bernard (40s.), Fittipaldi (51s.), Morbidelli (52s.), Comas (1m. 16s.), Beretta (1m. 19s.), Brabham (-1t.), Gounon (-1t.) et Hill (-1t.).

 

27e: Fittipaldi contient son équipier Morbidelli. Hill remonte sur les Simtek et peut encore espérer inscrire un point.

 

29e: Berger possède trente-huit secondes de marge sur Panis. Morbidelli fait halte chez Arrows pour son second pit-stop et conserve sa cinquième position. Hill passe devant Gounon.

 

30e: Bien qu'assuré de la victoire, Berger n'amuse pas le terrain et escalade encore généreusement les trottoirs des chicanes. Hill reprend son tour de retard sur les Ligier.

 

33e: Hill se défait de la Simtek de Brabham. Mais il évolue à plus d'une minute de Comas qui détient pour l'instant le point de la sixième place.

 

34e: Berger est en tête devant Panis (41.5s.), Bernard (50s.), Fittipaldi (1m. 01s.), Morbidelli (1m. 29s.), Comas (1m. 35s.), Beretta (1m. 45s.), Hill (-1t.), Brabham (-1t.) et Gounon (-1t.).

 

36e: Berger en garde maintenant sous le pied puisqu'il ne roule plus qu'en 1'50''.

 

38e: Berger compte quarante-cinq secondes d'avance sur Panis. Bernard bloque ses roues à l'Ostkurve. Il n'a plus que huit secondes de sûreté sur Fittipaldi.

 

39e: Hill reprend quatre secondes au tour à Comas et à Beretta. Brabham abandonne suite à une panne d'embrayage. Il n'y a plus que neuf concurrents sur le circuit.

 

40e: Berger est leader devant Panis (49s.), Bernard (58s.), Fittipaldi (1m. 07s.), Morbidelli (1m. 35s.), Comas (1m. 42s.), Beretta (-1t.), Hill (-1t.) et Gounon (-1t.).

 

41e: Gounon manque un changement de rapport dans la première courbe et part en toupie. Il se redresse pour se ranger ensuite sur le bas-côté.

 

43e: A deux tours du but, Berger jouit d'un avantage de cinquante secondes sur Panis. Bernard sécurise sa troisième place face au retour de Fittipaldi. Hill n'est plus qu'à quinze secondes de Beretta, encore trop loin pour espérer le doubler.

 

45ème et dernier tour: Gerhard Berger donne à Ferrari sa première victoire depuis quatre ans. Les deux Ligier de Panis et de Bernard l'encadrent sur le podium. Fittipaldi, quatrième, et Morbidelli, cinquième, apportent de gros points à Arrows. Comas empoche le point de la sixième place, le second de la saison pour Larrousse. Beretta et Hill sont les seuls autres rescapés de cette épreuve – hécatombe.

 

Après la course: le Rouge et le Bleu à l'honneur

Gerhard Berger est acclamé par le Stadium qui a reporté sur lui, l'Autrichien, son chauvinisme déçu par l'abandon de Michael Schumacher. « Gerhard, tu as un cheval cabré à la place du cœur ! » lui lance une jeune Allemande extatique. La liesse s'empare aussi de la Scuderia Ferrari qui n'avait plus gagné depuis le GP d'Espagne 1990, soit 1400 jours ! La plus longue disette de son histoire. Un succès chanceux, certes, comme le reconnaît Berger: « Schumacher avait une meilleure voiture que la mienne. Si je parvenais à prendre un peu d'avantage sur les lignes droites, il fondait sur moi dans les freinages et les parties serrées. A un moment donné, il s'est porté à ma hauteur. La seule fois où il fut véritablement dangereux. Mais bon, il est arrivé à son ravitaillement derrière moi, et c'est l'essentiel. » Le grand Gerhard est surtout ravi de redonner le sourire à sa chère Scuderia. « Tout le monde attentait cette victoire avec tant d'impatience ! » s'exclame-t-il. « Nous en avions tous besoin. Depuis un an et demi, l'énorme travail accompli par l'équipe devait payer un jour. » Lui-même est quelque peu rasséréné de retrouver les lauriers. La victoire est un baume amer pour cet homme encore meurtri par les disparitions de ses amis Ayrton Senna et Roland Ratzenberger.

 

Pendant ce temps-là, Jean Todt téléphone à Luca di Montezemolo qui laisse échapper quelques sanglots de joie. Puis, le petit Français revient vers la presse et pour une fois laisse transparaître une certaine émotion. Il ne lui a fallu qu'un an pour ramener Ferrari sur la plus haute marche du podium: « Une première victoire possède toujours une saveur particulière, dit-il. C'est un grand jour, un très grand jour ! En arrivant chez Ferrari, j'avais peur qu'il ne vienne pas. C'est fait. Cette fois, je pourrais dire que j'ai vécu ma première victoire en F1. Partout où je suis allé, on m'avait demandé une première victoire. En rallye, en Groupe C, en F1... Ce succès efface tout. Le travail de titan, des horaires de fou, des mois de doute... » Enfin, Jean Alesi fait contre mauvaise fortune bon cœur, partagé entre le bonheur de voir Ferrari triompher et la déception d'avoir dû renoncer si vite. « Je suis en train de devenir le Poulidor de la F1 », lâche-t-il, un peu amer.

 

Allégresse aussi chez Ligier-Gitanes: on n'avait plus vu deux pilotes en bleu sur un podium depuis... le GP d'Australie 1985 ! Cesare Fiorio n'a pas manqué ses débuts à la tête de l'écurie française. Petite déception cependant: lorsqu'il demande à ses mécaniciens de sortir les drapeaux tricolores pour parader autour du podium, on lui répond que le team n'a plus ces articles en stock ! Voilà qui n'altère pas la joie des deux compères Olivier Panis et Éric Bernard qui grimpent pour la première fois sur un podium de F1. « C'est un peu irréel... À vingt tours de l'arrivée, j'étais loin de penser à une chose pareille ! » avoue un Panis éberlué. « À cinq tours, j'ai commencé à y réfléchir, par flashes. À trois tours, j'ai commencé à entendre des bruits qui n'existaient certainement pas. Trois tours qui furent plus longs que la course elle-même ! » « Un tel résultat fait beaucoup de bien après la période difficile que j'ai vécue à la suite de mon accident en 1991 » déclare de son côté Bernard. « C'est vraiment fabuleux, une récompense superbe pour les efforts que tout le monde a fournis ces dernières semaines. Il y a une meilleure entente aujourd'hui au sein de l'écurie et nous sommes véritablement dans une phase de progrès. »

 

Benetton : ça sent le roussis...

Si Michael Schumacher est déçu d'avoir abandonné pour la première fois de la saison, qui plus est devant son public, il ne fait cependant pas une mauvaise opération puisque Damon Hill ne récolte pas de points. Toutefois Benetton-Ford est au centre d'une nouvelle controverse consécutive à l'embrasement de la voiture de Jos Verstappen dans les stands. Dans un premier temps, la plupart des commentateurs critiquent une fois de plus ces ravitaillements en essence imposés par Bernie Ecclestone, jugés aussi inutiles que dangereux. Mais ils savent que la fédération ne bougera pas sur cette question car Ferrari y met son veto. Les ravitaillements permettent en effet aux machines de la Scuderia de ne pas être lésées par l'importante consommation de leur V12. Et on sait que la paire Mosley – Ecclestone a partie liée avec Luca di Montezemolo...

 

Mais on apprend bientôt que la FIA diligente une enquête sur cet incident, afin de déterminer la part de responsabilité de l'équipe Benetton: Maladresse du mécanicien préposé au « refueling » ? Défaillance technique ? Ou bien... autre chose ? La troisième affaire Benetton est en marche.

 

Distribution de contredanses

La FIA décide aussi de sévir après les deux carambolages du départ. Mika Häkkinen est jugé responsable du deuxième incident. Sa manœuvre de contournement de David Coulthard était il est vrai fort périlleuse. Il écope d'un Grand Prix de suspension, conformément au jugement du dernier Conseil mondial qui lui avait déjà tapé sur les doigts pour son accrochage avec Rubens Barrichello à Silverstone. Voilà qui devrait faire réfléchir le jeune Finlandais qui s'était déjà signalé par le passé par des actions fort litigieuses lors des démarrages.

 

Les officiels convoquent également Andrea de Cesaris, Alessandro Zanardi et Michele Alboreto pour entendre leurs explications suite au carambolage survenu en queue du peloton. Mais les trois Italiens quittent le circuit sans prendre la peine de se faire auditionner. En conséquence, le collège des commissaires inflige à chacun une course de suspension avec sursis. La FIA n'est plus un organisme sportif, mais un commissariat !

Tony