Alain PROST
 A.PROST
Renault
Alan JONES
 A.JONES
Williams Ford Cosworth
Bruno GIACOMELLI
 B.GIACOMELLI
Alfa Romeo

357e Grand Prix

I Caesar Palace Grand Prix
Ensoleillé
Caesars Palace
samedi 17 octobre 1981
75 tours x 3.650 km - 273.750 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Nelson PIQUET est Champion du Monde
Constructeur
Moteur

�lections: Metternich et Balestre r��lus

D�but octobre la F�d�ration Internationale de l'Automobile s'est r�unie � Paris pour renouveler son bureau. Sans surprise, le prince Paul von Metternich a �t� r��lu pr�sident de la FIA, mais il est d�sormais flanqu� d'un pr�sident-d�l�gu� qui n'est autre que Jean-Marie Balestre, le pr�sident de la FISA. Celui-ci est facilement reconduit � la t�te de sa f�d�ration. Il bat son concurrent Basil Tye par 33 voix contre 17. Balestre b�n�ficie donc d'un nouveau mandat de trois ans pour mener � bien sa mission : restaurer l'autorit� du pouvoir sportif.

 

Quant � Tye, non seulement il est vaincu mais en plus il re�oit un bl�me pour le comportement du RAC lors du Grand Prix de Grande-Bretagne, et perd sa place de vice-pr�sident de la FISA.

 

Des Formules 1 sur un parking

Exit le Grand Prix des �tats-Unis couru sur le champ�tre mais v�tuste circuit de Watkins-Glen. Place au Grand Prix de Las Vegas, capitale du jeu (et du vice). Cet �v�nement r�pond au souhait de Bernie Ecclestone d'organiser plusieurs courses aux USA, si possible sur des circuits urbains, afin d'assurer le spectacle et surtout d'obtenir de juteux contrats avec de richissimes annonceurs. Ecclestone aurait voulu organiser cette �preuve d�s 1980 mais � l'�poque il s'�tait heurt� � l'opposition de l'ACCUS. Cette ann�e les Am�ricains ont accept� en regimbant de voir le pr�sident de la FOCA s'installer sur leur territoire. Le c�l�bre h�tel-casino Caesars Palace s'est lui-m�me achet� son Grand Prix pour sept millions de dollars. Le PDG du palace Billy Weinberger explique sans ambage pourquoi il s'int�resse � la Formule 1 : � Parce qu'[elle] est le plus haut �chelon du sport automobile et qu'elle fait appel au plus grand snobisme et � la plus folle extravagance, deux caract�ristiques qui cadrent on ne peut mieux avec notre image de marque. � Les puristes peuvent s'�trangler...

 

D'autant plus que ce trac� tr�s sinueux et sans grand int�r�t se situe sur l'immense parking du Caesars Palace. Les pilotes se plaignent de la poussi�re et des virages souvent pris en aveugle � cause des hauts blocs de b�ton mont�s en bordure. Les commentaires sarcastiques sur cette piste de � go-kart � �nervent M. Weinberger. De plus les pilotes tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, d'o� une grande sollicitation des muscles du cou. La r�sistance physique sera un facteur d�terminant. Le solide Reutemann a ici un net avantage sur le fragile Piquet. A noter que le directeur de course n'est autre que le c�l�bre acteur et pilote Paul Newman.

 

Reutemann, Piquet, Laffite, un trio pour une couronne

Avant cette derni�re manche, trois pilotes peuvent pr�tendre au titre mondial. Carlos Reutemann est en t�te du classement avec 49 points, soit une unit� d'avance sur Nelson Piquet, 48 points. Vainqueur au Canada, Jacques Laffite, avec 43 points, a de faibles chances de sacre et doit imp�rativement gagner pour �tre titr�. Si Reutemann ne termine pas parmi les six premiers, Piquet n'a besoin que d'inscrire un point pour l'emporter car il a gagn� une course de plus que son rival.

Reutemann b�n�ficie certes d'une excellente machine mais il est en froid avec son �quipe et s'y sent esseul� au profit d'Alan Jones. Frank Williams fait mine de se d�sint�resser de son sort. Le championnat des constructeurs �tant acquis � son �quipe, plus rien ne semble compter � ses yeux. Aussi Reutemann est sombre. Il ne pr�te aucune attention aux nombreux supporteurs argentins qui ont fait le d�placement pour l'encourager. Ses rapports avec ses m�caniciens sont glaciaux. Seul son ing�nieur Neil Oatley semble avoir sa confiance.

 

Tout � l'oppos�, Nelson Piquet est enti�rement soutenu par son patron Bernie Ecclestone et b�n�ficie d'un climat moral plus favorable que son rival. Sa Brabham BT49C est une machine redoutable. Il a r�guli�rement repris des points � Reutemann depuis Hockenheim et se montre confiant. Malheureusement le jeudi et le vendredi, Piquet est frapp� par de terribles douleurs aux muscles cervicaux. Il engage en catastrophe un kin�sith�rapeute. Mais le mal est profond : le Br�silien a des plaques de calcium sur certains muscles autour de la colonne vert�brale. Arm� de calmants, il se fera violence pour disputer cette ultime �preuve.

 

De son c�t� Jacques Laffite feint la d�contraction en jouant au tennis et au golf. Il n'a rien � perdre et clame qu'il sera de toute fa�on champion du monde d'ici deux � trois ans. En fait le Fran�ais est tr�s tendu. Il se plaint du trac� et de son mauvais rev�tement. Il sait qu'il peut tout � fait coiffer les Sud-Am�ricains sur le poteau, mais psychologiquement para�t perturb�. A 38 ans, � Jacquot � manque encore d'exp�rience pour ce type d'enjeux.

 

Transferts: Cheever rejoint Talbot-Ligier

Guy Ligier surprend tout le monde en annon�ant le recrutement d'Eddie Cheever qui semblait en partance chez Arrows. Seul ma�tre de la direction sportive de son �quipe, il a impos� son choix � Talbot, � Matra et � la Seita. Exit donc Patrick Tambay dont les r�sultats ont �t� jug�s insuffisants. Il est exact que le Cannois n'a pas inscrit de point pour les Bleus mais il a rarement b�n�fici� du m�me mat�riel que Laffite. En tout cas Ligier semble avoir abandonn� son fameux patriotisme. � Je suis s�r qu'on va me jeter Cheever � la figure pendant six mois mais j'en ai rien � f***** ! � affirme-t-il � Patrick Camus d'Auto Hebdo. � Il n'y a plus de pilotes fran�ais, la fili�re est �puis�e. Fert� ou Alliot [...] ne sont pas m�rs pour la F1. Cheever fut donc mon seul recours. � Pilote tr�s courtis�, Eddie Cheever a pr�f�r� signer comme deuxi�me pilote chez Ligier pour un salaire modeste alors qu'Arrows lui proposait un pont d'or. Ligier soutient qu'il n'apporte pas d'argent, mais l'Am�ricain a tout de m�me pour amis personnels Mansour Ojjeh et le comte Zanon, de fameux m�c�nes...

 

Une folle rumeur court les salles de presse : Bernie Ecclestone aurait propos� des contrats mirobolants pour 1982 � Jackie Stewart et James Hunt ! Et ce bien que Nelson Piquet et Riccardo Patrese soient d�j� engag�s. Stewart aurait re�u d'un commanditaire anonyme une offre de trente millions de francs pour revenir � la comp�tition. Un montant tout aussi astronomique aurait �t� propos� � Hunt, mais celui-ci affirme se satisfaire de son emploi de commentateur � la BBC. Finalement, aucun des deux anciens champions ne reviendra. Apr�s coup, on se demande si Ecclestone n'a pas bluff� dans un souci publicitaire...

 

Pr�sentation de l'�preuve

Les Williams utilisent un syst�me de refroidissement par eau des freins arri�re. Le m�me dispositif se trouve sur la Brabham de Nelson Piquet. Mauro Forghieri apporte un nouvel aileron arri�re pour les Ferrari 126 CK. Ren� Arnoux teste chez Renault un allumage �lectronique abandonn� pour la course. Chez Lotus, la 87 de Nigel Mansell a �t� passablement modifi�e avec une voie arri�re augment�e et un empattement allong�.

 

Theodore a perdu tous ses sponsors au cours de cette saison. La marque d'huiles Valvoline � d�panne � l'�quipe de Teddy Yip pour cette derni�re �preuve. Mais sera-t-elle encore l� en 1982 ? Rien n'est moins s�r...

 

Pour cette ultime manche Michelin et Goodyear proposent des gammes de pneumatiques tr�s �tendues. Le trac� est en effet inconnu et personne ne sait quel type de pneus sera performant. La chaleur s'installant sur Las Vegas, les �quipes chauss�es par Goodyear utilisent des pneus A et AA, les plus durs. Pirelli propose pour sa part deux types de pneus qualifications. Enfin Avon offre � ses clients des pneus de qualification dont la dur�e de vie n'exc�de pas... un tour !

 

Les qualifications

Reutemann assomme la concurrence par un chrono impressionnant r�alis� le vendredi et r�alise la sixi�me pole position de sa carri�re. Et ce malgr� un accrochage avec... Piquet. Son co�quipier Jones l'accompagne en premi�re ligne. La troisi�me position est occup�e par le surprenant Villeneuve qui fait violence � sa Ferrari toujours tr�s instable. Souffrant du cou et du dos, Piquet a serr� les dents pour se hisser au quatri�me rang. Prost se qualifie en cinqui�me position tandis que son �quipier Arnoux, handicap� par un incendie et un accident, n'est que treizi�me. Les McLaren tiennent leur rang : Watson est sixi�me, de Cesaris quatorzi�me. Touch� au moral par son �viction, Tambay se surpasse pourtant et se classe en septi�me position. Et Laffite ? Se plaignant d'un manque de motricit�, il est incapable de trouver les bons r�glages et se trouve rel�gu� au douzi�me rang... Ses chances apparaissent d�sormais tr�s minces...

 

La tenue de route des Alfa Romeo s'est am�lior�e gr�ce au travail de G�rard Ducarouge. Giacomelli est huiti�me, Andretti dixi�me. Mansell est neuvi�me avec la Lotus. Victime d'ennuis de suspension, de Angelis est repouss� en huiti�me ligne aux c�t�s de Rebaque. Patrese utilise de nouveaux pneus Pirelli et obtient une satisfaisante onzi�me position. Gr�ce aux pneus Avon ultra-tendres, Alboreto est dix-septi�me, devant son �quipier Cheever, dix-neuvi�me avec les Goodyear. Les Tyrrell encerclent un Pironi accabl� de soucis techniques. Rosberg qualifie la Fittipaldi pour la premi�re fois depuis Silverstone, un vrai exploit ! Jarier, Surer et Salazar sont en fond de grille, aux c�t�s de Warwick qui parvient pour la premi�re fois � se qualifier avec sa Toleman-Hart, au 22�me rang.

 

Les �limin�s sont Borgudd, Serra, Daly, Henton, Gabbiani et Jacques Villeneuve qui b�n�ficie d'un mat�riel bien moins performant que Patrese.

 

Les Goodyear ont donc domin� les Michelin mais cela s'explique facilement : le manufacturier clermontois n'a pas apport� de gommes hyper-tendres pour les qualifications. Plus emb�tant : les pneus fran�ais ont tendance � r�cup�rer des d�bris de caoutchouc et donc � s'encrasser. Pierre Dupasquier craint que la plupart de ses clients doivent changer leurs trains de pneus durant la course.

 

Le Grand Prix

Le dimanche 17 octobre 1981, il fait beau et tr�s chaud � Las Vegas. Carlos Reutemann appara�t tr�s nerveux. Sa Williams ne lui a pas donn� satisfaction lors du warm-up et il demande � ses m�caniciens de v�rifier ses suspensions. Aucune anomalie n'est d�couverte, mais il reste tr�s circonspect, d'autant plus que tout semble aller pour le mieux pour son �quipier Jones. Dans sa voiture Reutemann a le masque et ignore le monde autour de lui. Nelson Piquet appara�t plus calme. Contraste saisissant avec son concurrent : Bernie Ecclestone, Herbie Blash, Gordon Murray, Charlie Whiting, Sante Ghedini, bref tout l'�tat-major de Brabham est aux petits soins pour son champion. Quant � Jacques Laffite, il discute avec un Alan Jones tr�s d�contract� qui l'invite � participer � un barbecue dans son ranch australien !

 

Grille de d�part: Troisi�me, Villeneuve se place tr�s en d�calage � gauche par rapport � son emplacement, ce qui va lui �tre reproch�.

 

D�part: Reutemann s'�lance mal et se fait imm�diatement d�passer par Jones et Villeneuve. Jones conserve l'avantage sur le Canadien au premier freinage. Derri�re, Reutemann se fait aussi passer par Prost. Piquet est lui aussi mal parti et se retrouve septi�me. Surer a rencontr� un probl�me d'embrayage et s'�lance avec retard.

 

1er: Reutemann se fait surprendre par Giacomelli. Plus loin, Laffite r�alise un superbe d�but de course, et apr�s avoir d�pos� Piquet, pointe au septi�me rang. Le classement est: Jones, Villeneuve, Prost, Giacomelli, Reutemann, Watson, Laffite, Piquet, Mansell, Tambay. Jarier est le premier pilote � abandonner suite � un bris d'arbre de roue.

 

2e: Jones s'envole en t�te. Prost attaque Villeneuve, sans r�sultat. D�cid�ment bien lent, Reutemann se fait passer par Watson et se retrouve sous la menace de Laffite. De Angelis rentre aux stands pour changer des pneus. Mais ses m�caniciens d�couvrent une fuite � son syst�me de refroidissement, et le jeune Italien sort de sa machine.

 

3e: Prost passe Villeneuve et s'empare de la deuxi�me place. Laffite d�passe Reutemann qui a perdu son quatri�me rapport. De Cesaris accroche Tambay et les deux hommes partent en t�te-�-queue avant de repartir. Quelques courbes plus loin, au virage n�13, la Ligier refuse de tourner et Tambay percute de face le mur de pneus. L'avant de la voiture est compl�tement broy�, arrach�, les pieds du pilote reposent dans le vide ! Tambay sort heureusement seul de son �pave, en boitillant de la jambe gauche certes, mais a eu une chance inou�e.

 

4e: Jones compte six secondes d'avance sur Prost. Villeneuve se retrouve sous la menace de Giacomelli. Laffite double Watson. Vue sa rapidit�, le pilote fran�ais appara�t comme le nouveau favori pour le titre, Reutemann et Piquet �tant hors des points.

 

5e : Allong� derri�re les glissi�res, Tambay est plac� sur une civi�re et conduit au centre m�dical pour des examens. Heureusement il ne souffre que de quelques contusions.

 

6e : Salazar regagne le stand Ensign au petit trot. Ses m�caniciens remplacent une durite de freins fendue.

 

7e: Deux groupes se forment derri�re Jones et Prost: le premier compos� de Villeneuve, Giacomelli, Laffite et Watson, le second de Reutemann, Piquet et Andretti.

 

8e : Six secondes s�parent Jones et Prost. Le Fran�ais a chauss� des pneus Michelin tendres et cherche � les m�nager.

 

10e : Villeneuve retient Giacomelli, Laffite et Watson. Pendant ce temps-l�, Reutemann a de plus en plus de mal � r�sister � Piquet et Andretti qui sont sur ses talons.

 

11e: Seulement dixi�me, Arnoux revient � son garage et abandonne � cause d'une bougie d�faillante sur son moteur. C'est �galement la fin de la course pour Cheever dont le moteur est � bout de souffle. De Cesaris fait changer ses quatre roues.

 

12e: Jones m�ne devant Prost (8s.), Villeneuve (21.3s.), Giacomelli (21.9s.), Laffite (22.7s.), Watson (23.3s.), Reutemann (26s.), Piquet (26.4s.) et Andretti (27.2s.). Suivent Mansell, Patrese, Rebaque et Pironi.

 

14e : Jones prend un tour � Surer et � Salazar.

 

15e: Les groupes � Villeneuve � et � Reutemann � font leur jonction. Giacomelli menace Villeneuve et Piquet attaque Reutemann.

 

16e: Piquet attaque de nouveau Reutemann, sans succ�s. Pironi arrive au stand Ferrari pour chausser un train de gommes neuves. Comme Dupasquier le craignait, la bande de roulement des Michelin s'encrasse de d�chets de gomme.

 

17e : Jones a neuf secondes d'avance sur Prost. Surer entre aux stands pour changer ses pneus arri�re d�j� us�s.

 

18e: A l'abord du dernier virage, Reutemann freine tr�s t�t. Piquet saisit l'occasion, plonge � l'int�rieur et double son rival. Surer est de retour aux stands et fait changer ses pneus avant. Apr�s un quart d'heure d'immobilisation, Salazar reprend la piste. La situation au championnat est pour l'instant la suivante: Reutemann: 49 pts ; Piquet: 48 pts ; Laffite: 45 pts.

 

19e: Dans la foul�e de Piquet, Andretti d�borde � son tour Reutemann. L'Argentin semble en grandes difficult�s avec sa Williams.

 

20e: Tr�s rapide, Piquet revient en trombe sur Watson. Surer regagne son stand pour abandonner, suspension cass�e.

 

21e: Jones m�ne devant Prost (13.4s), Villeneuve (35.7s.), Giacomelli (36.3s.), Laffite (36.4s.), Watson (37.4s.), Piquet (38s.), Reutemann (38.7s.) et Andretti (39.4s.). Rebaque s'arr�te dans les graviers. Sa p�dale d'acc�l�rateur s'est coinc�e et il doit abandonner.

 

22e: Gr�ce � son turbo qui compense un ch�ssis m�diocre, la Ferrari de Villeneuve contient toujours un groupe qui va de Giacomelli � Watson. Ce dernier se fait d�passer par Piquet qui entre ainsi dans les points. Par cons�quent, le Br�silien est virtuellement champion du monde, au nombre de victoires: Piquet: 49 pts ; Reutemann: 49 pts ; Laffite: 45 pts.

 

23e: Laffite attaque Giacomelli par l'int�rieur du premier virage et le passe. Le Fran�ais est quatri�me puis troisi�me: Villeneuve s'arr�te dans les graviers, victime d'un souci d'injection. Il �tait de toute fa�on sous la menace d'un drapeau noir pour sa mauvaise position sur la grille et sera disqualifi� apr�s la course. Derri�re, Andretti sonne la charge et passe dans ce m�me tour Watson, mais surtout Piquet qui ne peut rien face � l'Alfa Romeo.

 

24e: La situation est d�sormais plut�t favorable � Laffite. Le classement virtuel du championnat est le suivant: Piquet: 49 pts ; Reutemann: 49 pts ; Laffite: 47 pts.

 

25e : Jones devance Prost (15.4s.), Laffite (38.7s.), Giacomelli (40.6s.), Andretti (40.7s.), Piquet (41.2s.), Watson (44s.) et Reutemann (46s.).

 

26e: Devant Piquet, les deux Alfa se battent pour la quatri�me place. Sur la ligne de d�part, Giacomelli tente de tasser Andretti qui plonge � l'int�rieur, mais l'Italien ferme la porte. Piquet tente d'en profiter pour repasser Andretti, sans r�sultat. Salazar est au stand Ensign pour faire r�parer ses freins d�faillants.

 

27e: Giacomelli commet une erreur et effectue un t�te-�-queue. Il parvient � repartir avec l'aide des commissaires en dixi�me position. De Cesaris est bloqu� au stand McLaren � cause d'un souci sur sa bo�te de vitesses. Il repartira au bout de plusieurs minutes.

 

29e: Watson s'arr�te � son stand pour changer ses Michelin qui se sont ab�m�s. Il ressort dixi�me. Du coup Reutemann entre dans les points et la situation au championnat est la suivante: Piquet: 50 pts ; Reutemann: 50 pts ; Laffite: 47 pts.

 

30e: Andretti est victime d'une rupture de suspension � l'arri�re-droit apr�s avoir frott� un muret. Sa roue brinquebalant, le v�t�ran am�ricain n'a pas d'autre choix que de s'arr�ter sur le bas-c�t�. Piquet: 51 pts ; Reutemann: 51 pts ; Laffite: 47 pts.

 

31e: Jones m�ne devant Prost (20.8s.), Laffite (40s.), Piquet (47.7s.), Reutemann (58.9s.) et Mansell (59.1s.). Suivent Giacomelli, Patrese, Alboreto et Watson.

 

32e: Les pneus de Prost se sont encrass�s. Mansell d�borde Reutemann et se retrouve cinqui�me.

 

33e: Prost s'arr�te pour changer de pneus et repart en sixi�me position derri�re Reutemann. Patrese est aussi aux stands pour chausser des pneus neufs, mais aussi pour r�parer sa commande de bo�te.

 

35e: Reutemann se fait � d�poser � par Prost, plus rapide que lui gr�ce � ses pneus neufs. Le classement virtuel est d�sormais le suivant: Piquet: 52 pts ; Reutemann: 50 pts ; Laffite: 49 pts.

 

36e: Prost d�passe Mansell sans difficult�. Patrese reprend la piste apr�s avoir perdu trois tours.

 

39e: Jones m�ne devant Laffite (43s.), Piquet (55s.), Prost (1m. 02.7s.), Mansell (1m. 08.2s.), Reutemann (1m. 11.1s.) et Giacomelli (1m. 21s.). Piquet semble donc se diriger vers le titre. Second, Laffite pourrait se contenter de cette place pour �tre sacr�, mais il faudrait pour cela que le pilote Brabham soit rejet� hors des points. Quant � Reutemann, vu les difficult�s de sa machine, il ne peut qu'esp�rer finir la course et croiser les doigts.

 

40e : Laffite est victime du m�me mal que les autres coureurs chauss�s en Michelin : ses pneus s'encrassent. Il commence � perdre du terrain sur Jones mais reste en piste. En effet, si l'Australien rencontrait un probl�me, il pourrait devenir champion du monde !

 

42e: Tr�s rapide, Prost revient sur Piquet. En retardant son changement de pneus, Laffite perd du temps sur le pilote Renault dans la lutte pour la seconde place.

 

43e : Prost d�borde Piquet qui n'a gu�re cherch� � r�sister, tant la Renault est plus v�loce que sa Brabham.

 

44e : Giacomelli n'a pas baiss� le rythme apr�s son t�te-�-queue et revient dans les �chappements de Reutemann.

 

45e: Jones a quarante-cinq secondes d'avance sur Laffite. Celui-ci tergiverse et ne souhaite toujours pas changer ses pneus. En attendant, Prost le rattrape. Abandon de Warwick, victime d'une panne de freins et d'une transmission d�faillante.

 

46e: Prost d�passe Laffite qui est d�sormais en grandes difficult�s avec ses pneus. Giacomelli prend la sixi�me place � Reutemann. Le classement virtuel est d�sormais le suivant: Piquet: 51 pts ; Reutemann: 49 pts ; Laffite: 47 pts.

 

47e : Pironi est chez Ferrari pour changer ses quatre pneus et sa jupe gauche.

 

49e: Malgr� une course totalement anonyme sur une Ferrari tr�s r�tive, Pironi, seulement douzi�me, signe le meilleur tour en 1'20''156'''.

 

50e: Jones prend un tour � son �quipier Reutemann. Il poss�de cinquante secondes d'avance sur Prost. Piquet passe Laffite et se retrouve troisi�me.

 

51e: Mansell revient sur Laffite d�sormais tr�s lent. Le Britannique r�ussit un d�passement os� par l'int�rieur dans un virage serr�.

 

52e: Irr�sistible, Mansell prend la troisi�me place � Piquet. De son c�t� Laffite entre enfin au stand Talbot pour changer de pneus. Mais il est bien trop tard. Le Fran�ais revient en piste au huiti�me rang et a ainsi d�finitivement perdu ses chances de titre. Piquet: 51 pts ; Reutemann: 50 pts ; Laffite: 43 pts.

 

53e : Plus rapide encore que Mansell, surgit Giacomelli derri�re Piquet. La Brabham produit des vibrations inqui�tantes. Pironi reprend un tour de retard sur Jones qui d�sormais m�nage sa m�canique, sa victoire �tant presque assur�e.

 

54e: Giacomelli d�passe Piquet au premier virage. Piquet et Reutemann sont d�sormais � �galit�, avec cinquante points chacun, et le pilote br�silien ne l'emporterait qu'au nombre de victoires (trois � deux).

 

55e : Prost remonte sur Jones : son retard est tomb� � 44 secondes. Suivent Mansell (1m.), Giacomelli (1m. 03s.), Piquet (1m. 05s.), Reutemann (-1t.), Watson (-1t.), Laffite (-1t.), Alboreto (-1t.) et Rosberg (-1t.).

 

56e : Piquet donne des signes d'�puisement et est incapable de suivre le rythme de Mansell et de Giacomelli.

 

58e: Giacomelli rattrape Mansell, le double et prend ainsi la troisi�me place. Watson revient derri�re Reutemann qui souffre aussi physiquement � cause des suspensions trop dures de sa Williams. Patrese s'arr�te aux stands pour changer ses pneus.

 

59e: Watson prend la sixi�me position � Reutemann, et rend ainsi indirectement un grand service � Piquet qui compte maintenant un point virtuel d'avance sur l'Argentin.

 

60e : L'�cart se r�duit toujours entre Jones et Prost : trente-huit secondes d�sormais.

 

61e : Piquet a encore vingt-trois secondes d'avance sur Watson. Mais il perd environ deux secondes par tour.

 

63e : Jones m�ne devant Prost (38.8s.), Giacomelli (52.6s.), Mansell (59.2s.), Piquet (1m. 08s.), Watson (-1t.), Reutemann (-1t.) et Laffite (-1t.). Le classement mondial serait le suivant : Piquet: 50 pts ; Reutemann: 49 pts ; Laffite: 43 pts.

 

65e: La fin de la course de Nelson Piquet est extr�mement p�nible � cause de sa fr�le constitution. Ext�nu�, il souffre de la fournaise. Son pilotage, tr�s hach�, s'en ressent.

 

67e : Le rythme de Piquet s'effondre : il est moins rapide que celui de l'Ensign de Salazar ! Watson n'est plus qu'� a dix-huit secondes de la Brabham. De son c�t� Laffite esp�re encore obtenir un point et menace Reutemann.

 

68e : Trente-trois secondes s�parent Jones et Prost.

 

69e: Laffite d�passe Reutemann et remonte sur Watson. Abandon d'Alboreto, moteur cass�.

 

70e : Prost est � trente secondes de Jones, mais tout le monde s'en moque : Watson est d�sormais � douze secondes de Piquet, et Laffite revient lui aussi � vive allure. Le titre mondial n'est absolument pas acquis � Piquet !

 

72e : Watson est � dix secondes de Piquet. Laffite est dans le sillage de la McLaren. La tension est � son comble.

 

73e: Au bord de l'�vanouissement, Piquet conduit plus qu'il ne pilote sa Brabham. Watson et Laffite reviennent en trombe derri�re lui. S'ils le doublent, il n'inscrira pas de point et Reutemann sera champion du monde !

 

74e : A l'abord du dernier tour Piquet a encore huit secondes d'avance sur Watson et Laffite. Mais il est tr�s lent...

 

75�me et dernier tour: Alan Jones remporte sa douzi�me victoire en F1, suivi par Prost qui a effectu� une belle remont�e. Giacomelli monte sur son premier podium. Mansell obtient une belle quatri�me place. Piquet a perdu beaucoup de temps mais conserve in extremis la cinqui�me place. Dans le dernier virage, Laffite tente une attaque d�sesp�r�e sur Watson et parvient � lui subtiliser le dernier point. Reutemann termine son cauchemardesque Grand Prix au huiti�me rang. Suivent Pironi, Rosberg, Patrese et de Cesaris. Salazar finit non class�.

 

Apr�s la course: Piquet rescap�, Reutemann crucifi�

Nelson Piquet d�croche pour un point seulement son premier titre de champion du monde. Lorsqu'il revient dans les stands, il est dans un �tat lamentable: au bord de l'�vanouissement, il a vomi dans son casque. Il est tir� avec difficult� de sa voiture et reprend peu � peu ses esprits. Il pourra appara�tre sur le podium aux c�t�s de son rival Alan Jones, vainqueur pour son dernier Grand Prix et visiblement ravi de l'�chec de son �quipier. L'Australien et le Br�silien s'embrassent et semblent se r�concilier gr�ce � l'�chec de Reutemann. Image cruelle.

 

En effet, l'�quipe Williams c�l�bre sans vergogne la victoire de Jones et est indiff�rente � l'�chec de Reutemann. Furieux, l'Argentin d�clare avoir d� composer avec des suspensions trop dures et une bo�te de vitesses d�faillante. Il est vrai que l'�cart des performances entre les deux Williams lors de cette course fut impressionnant. Mais Patrick Head balaie ces critiques d'un revers de main: selon lui aucun probl�me n'affectait la Williams n�2 et son pilote ne peut s'en prendre qu'� lui-m�me. C'est � partir de cette fin de saison 1981 que se forge ainsi la r�putation de l'�quipe de Frank Williams. L'important est le succ�s de la marque, le triomphe personnel des pilotes compte peu. Reutemann est effondr�. Il a domin� cette saison 1981 et perd la couronne pour un point seulement. Bien s�r on pourra mettre en avant sa faiblesse psychologique, son effrayante incapacit� � se transcender lorsque les �v�nements se coalisent contre lui. Il n'emp�che que Reutemann est un grand pilote et qu'il ne m�ritait s�rement pas un tel traitement de la part de son �quipe. Ec�ur�, il annonce quelques jours plus tard qu'il prend sa retraite, � 39 ans et demi. Williams doit donc trouver deux nouveaux pilotes pour 1982.

 

Chez Talbot-Ligier-Matra, l'ambiance n'est pas non plus � la gaiet�. Certes, apr�s un d�but de saison m�diocre, le fait de pouvoir jouer le titre lors de la derni�re manche �tait miraculeux. Mais si Laffite s'�tait bien qualifi�, nul doute qu'il se serait install� solidement parmi les trois premiers, voire aurait pu concurrencer Jones et ainsi inscrire les points lui permettant de devenir le premier champion du monde fran�ais de l'histoire. Le � p�re Guy � est philosophe et affirme �tre persuad� d'avoir sa revanche l'ann�e suivante.

En revanche on sourit chez Renault. Les � Jaunes � obtiennent la troisi�me place du championnat des constructeurs avec 54 points, leur meilleur r�sultat. Surtout Alain Prost a d�montr� que la Renault pouvait �tre comp�titive � Montr�al et � Las Vegas, deux trac�s qui de prime abord ne lui convenaient pas du tout. Voil� qui est d'excellents augures pour l'avenir.

 

Nelson Souto Maior dit Piquet est donc le deuxi�me Br�silien � coiffer la couronne mondiale. Sa saison ne fut certes pas exemplaire. Il a commis des erreurs qui lui ont fait perdre des points importants � Rio de Janeiro, � Zolder et � Monaco. Apr�s son succ�s � Hockenheim au mois d'ao�t, il a accumul� les places d'honneur et acquiert le titre pour un point seulement, sans panache, apr�s une course m�diocre qui a r�v�l� ses grandes faiblesses physiques. Pour beaucoup, si la course avait dur� une boucle de plus, le Br�silien n'aurait pas tenu dans la fournaise, aurait �t� d�pass� par Laffite et Watson... et ne serait pas devenu champion. Quoiqu'il en soit, Piquet a aussi tr�s bien su exploiter l'excellente Brabham BT49C imagin�e par Gordon Murray et fait souvent preuve d'un grand sens tactique, digne de son ma�tre Niki Lauda. Sa victoire � Imola en est le plus bel exemple.

M�me apr�s une telle victoire, le beau Carioca affecte son habituelle d�sinvolture : � Je ne ressens rien de particulier vis � vis de moi-m�me, de mes performances... La seule satisfaction est que ce titre permet de remercier tous ceux qui m'ont aid�. Ma famille, mes sponsors br�siliens... [...] Mon p�re ne voulait pas que je devienne pilote, mais je pense qu'il est fier. � Est�cio Gon�alves Souto Maior, le p�re de Nelson, ancien ministre de la Sant� depuis d�c�d�, s'�tait en effet oppos� � la vocation de son fils, d'o� l'emprunt par celui-ci du patronyme maternel, Piquet.

 

Ultimes perspectives

Le champion du monde n'a pas le temps de se reposer sur ses lauriers. Toute l'�quipe Brabham doit d�sormais pr�parer l'arriv�e du moteur turbo BMW. La saison 1981 a vu les moteurs suraliment�s de Renault et de Ferrari menacer toujours plus les �quipes anglaises �quip�es du V8 Ford-Cosworth. Celles n'ont d� leurs succ�s qu'� une tricherie b�nie par la FISA, l'installation de suspensions hydrauliques pour compenser la suppression des jupes coulissantes. Mais � terme, les moteurs turbocompress�s vont sans doute imposer leur domination � la Formule 1.

 

Les Britanniques s'appr�tent donc � suivre l'exemple de Bernie Ecclestone et se lient eux-aussi � des grandes marques qui leur fourniront des turbos. Alfa Romeo, BMW, Hart et Matra fourbissent leurs armes. On commence � s'activer chez Honda et chez Porsche... La Formule 1 arrive � un tournant de son histoire.

Tony