Niki LAUDA
 N.LAUDA
Brabham Alfa Romeo
Mario ANDRETTI
 M.ANDRETTI
Lotus Ford Cosworth
Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth

298e Grand Prix

XIV Gran Premio de la Republica Argentina
Ensoleillé
Buenos Aires
dimanche 15 janvier 1978
52 tours x 5.968 km - 310.336 km
Course prévue pour 53 tours, réduite à 52 suite à une erreur de JM Fangio qui abaissa le drapeau à damier un tour top tôt.
Affiche
F1
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Présentation de la saison 1978

 

"Lole" a disparu !

Une semaine avant le Grand Prix, le beau-père de Carlos Reutemann apparaît à la télévision : le champion argentin, son épouse Mimicha et leurs deux enfants ne sont pas revenus d'une croisière en bateau sur les rives du Río Paraná ! Un avis de recherche national est lancé. La famille Reutemann a en fait été prise dans une tempête qui a détruit leur embarcation. Fort heureusement ils ont pu trouver refuge sur une petite île. La police parvient à les localiser et à les récupérer sains et saufs.

 

Après cette énorme frayeur, Reutemann peut préparer son Grand Prix à domicile.

 

Manœuvres de Bernie Ecclestone

Après une saison 1977 houleuse secouée par un nouveau bas de fer avec la CSI, Bernie Ecclestone décide de prendre officiellement le contrôle de la F1CA. Le 6 janvier 1978 il remplace son homme de paille Peter Macintosh à la direction générale de l'association. Il la rebaptise Formula One Constructors Association (FOCA) car le sigle F1CA était souvent nommé « FICA » par la presse, notamment italienne. Or en italien,« fica » signifie vulve...

 

Ce Grand Prix d'Argentine se déroule en même temps que le tirage au sort de la Coupe du Monde de football qui doit se dérouler dans le pays au moins de juin suivant. Jamais pris de court, Bernie Ecclestone estime que cet événement fait de l'ombre au Grand Prix et que les retombées médiatiques seront donc amoindries. Quelques jours avant l'épreuve, il exige de la part des organisateurs une nouvelle prime de 800 000 $ pour la FOCA. S'il n'est pas satisfait, les constructeurs boycotteront le Grand Prix. Les Argentins sont contraints d'obtempérer... Ils sont récompensés de leur zèle car pour la première fois le plateau est presque au complet pour cette première course. Ecclestone s'est assuré que presque toutes les écuries feraient le déplacement, même celles qui ne sont pas affiliées à la FOCA.

 

Les qualifications

Les essais sont perturbés par des averses intermittentes. Reutemann surprend tout le monde en réalisant le meilleur chrono de la première séance officielle, ce qui constitue une excellente surprise pour Michelin. Néanmoins les Lotus 78 sont bien les plus rapides et Andretti réalise la pole position devant Reutemann. Peterson classe la deuxième Lotus au troisième rang. Les Brabham-Alfa Romeo font plutôt bonne impression : Watson et Lauda sont quatrième et cinquième. Hunt obtient la sixième place. Ces six pilotes se tiennent en moins d'une seconde. La quatrième ligne est occupée par la Ferrari de Villeneuve et la Ligier de Laffite. Ce dernier a encore fort à faire avec le V12 Matra : il a cassé quatre blocs lors des essais ! Il précède trois compatriotes : Tambay, Depailler et Jarier. « Godasse de plomb » s'est fait une sacrée frayeur : l'éclatement d'un pneu l'a envoyé dans l'herbe à 280 km/h ! Il n'a heureusement rien touché. Victime d'un gros crash le vendredi, Brambilla se qualifie tout de même en douzième position. Scheckter est seulement quinzième avec la Wolf. Merzario qualifie sa voiture au vingtième rang.

 

Le fond de la grille est constitué des Ensign d'Ongais et de Leoni, de la Tyrrell de Pironi et de la McLaren privée de Lunger.

 

Rebaque, Cheever et Galica ne parviennent pas à se qualifier.

 

Le Grand Prix

Comme souvent à Buenos Aires, la course se déroule sous une forte chaleur. Il fait près de quarante degrés dans les habitacles. Le choix des pneus est ici crucial. Tablant sur une course longue et éprouvante, Reutemann choisit de partir avec des gommes dures.

 

Départ : Bon envol d'Andretti qui conserve la première place devant Reutemann et Peterson. Watson s'est fait doubler par Lauda et par Laffite.

 

1er tour : Watson passe devant Laffite dans la portion sinueuse.

Andretti mène devant Reutemann, Peterson, Lauda, Watson, Laffite, Hunt, Depailler, Tambay et Scheckter qui a pris un excellent envol. Il précède trois furieux : Villeneuve, Jones et Brambilla.

 

2e : Andretti prend déjà une bonne avance sur Reutemann. L'écart est de trois secondes. Scheckter prend la neuvième place à Tambay.

 

3e : Villeneuve passe Tambay. Il réalise à cette occasion le meilleur chrono de l'épreuve : 1'49''76'''.

 

4e : Peterson est menacé par Lauda et Watson. Il a fait un mauvais choix de pneus et sa Lotus souffre de sous-virage. Keegan est au stand Surtees à cause d'une surchauffe et va devoir renoncer.

 

5e : Andretti a cinq secondes d'avance sur Reutemann. Dans la même boucle, Watson parvient à se défaire de Lauda puis de Peterson et se hisse au troisième rang. Depailler double Hunt.

 

6e : Watson est maintenant à la poursuite de Reutemann.

 

7e : Watson double Reutemann dans la ligne droite Recta del Lago. Depailler prend la sixième place à Laffite.

 

8e : Andretti a six secondes d'avance sur Watson. Reutemann est troisième à neuf secondes. Lauda a doublé Peterson. Hunt passe devant Laffite.

 

9e : Watson sème facilement Reutemann. Sa Brabham-Alfa semble seule à pouvoir concurrencer la JPS Lotus d'Andretti.

 

10e: Watson perd du terrain sur Andretti et totalise huit secondes et demie de retard. A une quinzaine de secondes se trouvent Reutemann, Lauda et Peterson, desquels se rapproche Depailler. Hunt est septième devant Laffite, Scheckter et Villeneuve. Regazzoni entre aux stands pour changer un pneu avant.

 

11e : Depailler menace maintenant Peterson. Merzario est arrêté sur le circuit à cause d'une avarie de son différentiel.

 

12e : Neuf secondes et demie séparent Andretti et Watson. A dix-neuf secondes du leader, Reutemann et Lauda se battent pour la troisième place. Depailler dépasse Peterson.

 

13e : Reutemann, Lauda, Depailler, Peterson, Hunt et Laffite forment un train. Scheckter navigue à deux secondes de ce groupe.

 

14e : Lauda déborde Reutemann par l'intérieur de la première courbe. Depailler dépasse ensuite l'Argentin dans la très longue ligne droite. Derrière lui, Hunt passe Peterson.

 

15e : Andretti a douze secondes de marge sur Watson. Reutemann a des ennuis avec ses pneus Michelin. Il est attaqué par Hunt.

 

17e : Dans la portion sinueuse du tracé, Reutemann se fait doubler par Hunt puis par Peterson. Laffite est dans ses roues.

 

19e: Stuck s'arrête chez Shadow pour changer deux de ses pneus qui se sont dégonflés à cause de jantes poreuses !

 

20e : Andretti mène devant Watson (11.2s.), Lauda (21s.), Depailler (23s.), Hunt (30.6s.), Peterson (35.4s.), Reutemann (39s.), Laffite (39.5s.), Scheckter (41s.) et Villeneuve (46.5s.). Tambay est onzième devant Brambilla, Jones et Fittipaldi.

 

22e : Reutemann résiste tant bien que mal à Laffite. Il a fait manifestement le mauvais choix en prenant des pneus durs.

 

23e : Tête-à-queue de Brambilla à cause d'un amortisseur grippé.

 

25e : Andretti caracole toujours en tête avec dix secondes d'avance sur Watson. Lauda et Depailler ont une vingtaine de secondes de retard.

 

27e : Reutemann entre au stand Ferrari pour changer ses pneus. Il chausse cette fois-ci des Michelin tendres. Le héros de la foule repart en quinzième position.

 

29e : Andretti prend un tour aux premiers retardataires. Leoni arrête son Ensign dans l'herbe, en panne de moteur.

 

30e : Andretti a onze secondes d'avance sur Watson. A vingt-et-une secondes se trouve Lauda qui précède Depailler de trois secondes. Hunt est cinquième, avec 33 secondes de retard, et précède Peterson, Laffite, Scheckter, Villeneuve et Tambay.

 

31e : Tête-à-queue de Jones, perturbé par un sélecteur de vitesses capricieux. Il chute du onzième au vingtième rang.

 

33e : Andretti est bouchonné pendant quelques centaines de mètres par Stuck. Arrêt aux stands de Jones.

 

35e : Andretti a creusé l'écart sur Watson, désormais relégué à dix-huit secondes après avoir peiné à se défaire du trio d'attardés Pironi - Lunger- Ongais. Grâce à ses pneus tendres neufs, Reutemann remonte dans le peloton : il a pris la treizième place à Jarier.

 

36e : Les écarts se resserrent entre Watson, Lauda et Depailler.

 

37e : Tandis qu'il allait concéder une boucle de retard à Depailler, Ongais s'engage dans une échappatoire, en panne de transmission. Lauda se défait avec peine de Lunger.

 

38e : Alors qu'Andretti est irrattrapable, Watson n'a plus que quatre secondes d'avance sur Lauda. Depailler double Pironi et Lunger dans Recta del Lago. Hunt se rapproche du pilote auvergnat.

 

39e : Lauda rattrape facilement Watson dont le moteur Alfa Romeo perd de la puissance. Il le double sans peine. Depailler est bientôt juste derrière la Martini Brabham n°2.

 

40e : Watson est vraiment en difficulté et se fait doubler par Depailler. Jones arrête sa Williams à mi-parcours derrière celles de Ongais et de Merzario. Le circuit d'arrivée d'essence de sa voiture est entré en ébullition.

 

41e : Andretti a vingt-deux secondes d'avance sur Lauda, suivi par Depailler, Watson et Hunt. A près d'une minute du leader, Peterson est sous la menace de Laffite.

 

42e : Le moteur de Watson rend l'âme. Le pilote sort de sa voiture et la pousse dans le gazon avec l'aide des commissaires de piste. Watson n'a pas démérité : il a été le seul à suivre le rythme de la Lotus d'Andretti.

 

43e : Tambay prend la huitième place à Villeneuve. Reutemann est dixième après avoir doublé Fittipaldi puis Mass.

 

44e : Peterson et Laffite sont en lutte pour la cinquième place. Tambay est très en verve en cette fin d'épreuve et rattrape la Wolf de Scheckter.

 

46e : Tambay dépasse Scheckter.

 

47e : Laffite surprend Peterson et s'empare enfin de la cinquième position. Reutemann double Villeneuve.

 

48e : Reutemann est très rapide grâce à ses pneus frais et dépasse Scheckter.

 

49e : Depailler se rapproche sensiblement de Lauda et convoite la deuxième place. Scheckter va se faire doubler par Villeneuve.

 

50e : Andretti mène devant Lauda (15s.), Depailler (16.5s.) et Hunt (20s.). Laffite est cinquième à plus d'une minute et précède Peterson, Tambay, Reutemann, Villeneuve, Scheckter, Fittipaldi et Mass. Les autres coureurs ont concédé un tour à Andretti.

 

51e : Une demi-seconde sépare Lauda et Depailler. Laffite regagne son garage à faible allure : son V12 Matra ne fonctionne plus. Cet abandon permet à Tambay d'entrer dans les points.

 

52ème et dernier tour : Depailler se montre dans les rétroviseurs de Lauda dans Recta del Lago, mais il lui manque quelques mètres de pleine charge pour pouvoir le passer.

 

Le directeur de course Juan Manuel Fangio abaisse par erreur le drapeau à damiers un tour trop tôt, qui plus est devant Peterson et non Andretti. Les pilotes continuent pour un tour supplémentaire, mais le Grand Prix est bel et bien terminé.

 

Mario Andretti remporte donc sa septième victoire en Formule 1 après une course en solitaire. Lauda conserve de justesse la seconde place devant Depailler. Celui-ci offre d'excellents débuts à la Tyrrell 008. Hunt finit quatrième mais il n'est pas satisfait car la McLaren n'a jamais été vraiment dans le coup. Peterson se contente de la cinquième place tandis que Tambay inscrit le dernier point. Suivent les deux Ferrari de Reutemann et de Villeneuve. Fittipaldi a pris la neuvième place à Scheckter dans les derniers mètres. Mass, Jarier, Lunger, Pironi (qui a dû courir avec un moteur engorgé pendant deux heures), Regazzoni, Stuck et Brambilla sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course

Le Grand Prix a été entièrement dominé par Mario Andretti et sa Lotus 78. Le pilote américain semble bien s'affirmer comme le grand favori de cette nouvelle saison. Le paddock est inquiet : si la « vieille » 78 est encore si performante, qu'en sera-t-il de la future 79 que prépare Chapman ? Les Brabham-Alfa Romeo, les Ferrari et les Tyrrell sont apparemment les principales rivales des voitures noires et or. Du moins de celle d'Andretti, car Ronnie Peterson est mécontent de ce premier Grand Prix et se demande si Lotus va vraiment lui fournir du bon matériel...

 

Pierre Dupasquier, directeur de la compétition de Michelin, est relativement satisfait de cette première sortie avec Ferrari. Certes Reutemann a fait un mauvais choix de pneus et les deux voitures finissent hors des points, mais les performances lors des essais ont été très satisfaisantes. Son rival Paul Lauritzen, nouvel ingénieur de Goodyear, est en revanche tout sourire : les pneus utilisés par Mario Andretti en course se sont à peine dégradés malgré la chaleur. Dans la guerre des pneus, Goodyear mène par 1 à 0...

Tony