Vainqueur des deux championnats en 1970 avec le regretté Jochen Rindt, Lotus s'attend à une saison 71 difficile. Si la révolutionnaire 72 est toujours une excellente voiture, les deux pilotes Emerson Fittipaldi et Reine Wisell, bien que talentueux, manquent encore beaucoup d'expérience. A eux deux, ils n'ont que sept Grands Prix au compteur. Surtout, Colin Chapman a déjà un autre projet en tête et concocte une nouvelle voiture à turbine ! Celle-ci a déjà été testée plusieurs fois lors de l'hiver, mais elle n'apparaîtra que plus tard en compétition. La 72 est toujours utilisée, mais son développement a été laissé de côté.
C'est donc bien Ferrari qui démarre l'année en posture de favorite. L'équipe italienne a remporté quatre des cinq dernières courses du précédent championnat. Le Flat 12 semble à même de vaincre le V8 Ford-Cosworth, dominateur depuis 1968. La troïka Giancarlo Bussi - Mauro Forghieri - Franco Rocchi a conçu une nouvelle voiture, la 312 B2, qui s'annonce redoutable. Toutefois celle-ci ne dispute que les essais non-officiels à Kyalami et apparaîtra plus tard en course. La 312 B est encore utilisée pour ce début de saison, avec une nouvelle géométrie de suspension pour qu'elle soit plus agréable à conduire lorsqu'elle roule avec le plein. Jacky Ickx est premier pilote et favori pour décrocher la couronne mondiale. Il est assisté du fougueux Clay Regazzoni et de la vedette américaine Mario Andretti, qui remplace le malheureux Ignazio Giunti. Enfin, l'ancien pilote suisse Peter Schetty est le nouveau directeur sportif, chargé de diriger les programmes d'endurance et de F1.
On attend beaucoup de l'équipe Tyrrell dont la première création, la 001, a fait très forte impression lors des trois derniers Grands Prix de la saison 70. Jackie Stewart est un prétendant très sérieux au titre mondial. Il a refusé une offre de Ferrari, faisant entièrement confiance à Ken Tyrrell et Derek Gardner. Il commence la saison avec la 001, tandis que son équipier, élève et ami François Cevert pilote une 002, c'est-à-dire une 001 plus longue et disposant d'une nouvelle géométrie de suspension afin de s'adapter aux pneus Goodyear.
McLaren se remet doucement du décès de son fondateur et envisage 1971 comme une année de transition. Ralph Bellamy a conçu une nouvelle voiture, la M19, dont la forme renflée fait penser à une bouteille d'un célèbre soda. Elle bénéficie d'un nouveau système de suspension dont la rigidité est censée évoluer selon la vitesse. Denny Hulme pilote cette voiture pour la première course, tandis que son équipier Peter Gethin, récent champion britannique de Formule 5000 et espoir de Teddy Mayer, utilise la vieille M14.
En 1970, March voulait remporter le titre dès sa première année avec la 701. Ce fut un échec retentissant: une seule victoire, obtenue par la voiture privée de Jackie Stewart, et quelques podiums seulement pour l'équipe officielle. Celle-ci, désormais pleinement soutenue par STP, présente une nouvelle voiture, la 711, imaginée par Mike Costin, Robin Herd et surtout Geoff Ferris, ancien ingénieur de Lotus. Ce dernier s'est beaucoup inspiré de la 72 en logeant les radiateurs d'eau et d'huile dans les pontons et en installant des freins avant « in-board ». Mais la voiture se distingue surtout par sa rotondité et son aileron avant elliptique en forme de plateau. Le jeune Suédois Ronnie Peterson, qui s'est révélé en 70 dans l'équipe de Colin Crabbe, est premier pilote. Il est associé au conducteur payant espagnol Alex Soler-Roig. Une troisième voiture est alignée pour l'Italien Andrea de Adamich qui utilise comme chez McLaren un moteur V8 Alfa Romeo
Matra a de grandes ambitions pour cette saison. L'équipe française a recruté le Néo-Zélandais Chris Amon, considéré comme un des meilleurs pilotes du monde. Son équipier est Jean-Pierre Beltoise, mais celui-ci est mis à pied suite à l'affaire de Buenos Aires. En attendant une nouvelle voiture, les Bleus commencent l'année avec l'ancienne MS 120 améliorée en MS 120B. Cette voiture se distingue par sa prise d'air située en haut du cockpit. L'année a très bien commencé avec la victoire d'Amon lors du GP d'Argentine, manche hors-championnat. Toutefois, les Lotus, Ferrari et Tyrrell n'étaient alors pas présentes...
Brabham vit désormais sans son fondateur, parti couler des jours en heureux en Australie. Son complice Ron Tauranac a repris les rênes de l'équipe, sans enthousiasme. Financièrement, celle-ci est à la peine et survit grâce au soutien du pétrolier Esso. En attendant une nouvelle voiture, les BT 33 reprennent du service. A 41 ans, Graham Hill relève un nouveau défi en devenant leader de l'équipe, bien que beaucoup estiment qu'il ne s'est pas vraiment remis de son accident subi à Watkins-Glen fin 69. Pour cette première course, son équipier est le Sud-Africain Dave Charlton, mais c'est le jeune Australien Tim Schenken qui sera le deuxième pilote pour la saison européenne.
La saison 70 a été décevante pour BRM qui a certes remporté le Grand Prix de Belgique avec Pedro Rodríguez, mais aussi subi un nombre incalculable de pannes de moteur. Tony Southgate a conçu une nouvelle voiture, la P160, très ventrue, plus légère et avec des freins arrière suspendus. Le moteur V12 est utilisée dans sa version 142 à culasses MKII, qui a débuté difficilement fin 1970. Rodríguez est le leader de l'équipe. Il est associé à Jo Siffert qui espère faire oublier sa désastreuse saison 70 au volant de la March 701. Le troisième pilote est le vice-champion du Formule 5000, le Néo-Zélandais Howden Ganley. Seul Rodríguez pilote la P160 à Kyalami, ses équipiers se contentant de la P153.
John Surtees entame sa première saison en tant que constructeur à part entière. Il a reçu le soutien de Rob Walker qui a décidé de mettre un terme à l'histoire de sa courageuse écurie privée. Walker a donné à Surtees son sponsor Brooke Bond Oxo, ce qui permet à l'ancien champion d'engager trois voitures. Surtees pilote la nouvelle TS9, une évolution de la TS7 avec un empattement et un nez plus larges. Deux anciens modèles sont pilotés par Rolf Stommelen, toujours soutenu par Auto Motor und Sport, et par l'excellent pilote de voitures de sport Brian Redman.
Frank Williams a mis un terme à sa collaboration avec De Tomaso, après une saison catastrophique qui l'a vu perdre son pilote et ami Piers Courage. Pour 1971 il signe un accord avec March qui lui livre une 711. La marque de voitures miniatures Politoys devient son sponsor. Recalé par Matra, le Français Henri Pescarolo est à son volant et a pour objectif d'inscrire quelques points. Il apporte aussi à Williams le concours de la marque de lubrifiants Motul.
Enfin, le vétéran des pilotes et président du GPDA Jo Bonnier a remis en selle son équipe et pilotera de temps en temps une antique McLaren M7C.
Tony