Graham HILL
 G.HILL
Lotus Ford Cosworth
Jim CLARK
 J.CLARK
Lotus Ford Cosworth
Jochen RINDT
 J.RINDT
Brabham Repco

162e Grand Prix

II Grand Prix of South Africa
Ensoleillé
Kyalami
lundi 1 janvier 1968
80 tours x 4.104 km - 328.320 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Présentation de la saison et de l'épreuve

Disputée le 1er janvier 1968, un lundi, la course se présente un peu comme une transition entre les saisons 1967 et 1968.


Le champion du Monde en titre, Denny Hulme, a quitté Brabham pour rejoindre l'équipe de son compatriote et ami Bruce McLaren. Ce dernier est absent, occupé par la série Tasmane aux antipodes. La future McLaren M7A à moteur Ford Cosworth V8 3L n'est pas encore prête, et une seule M5A de 1967 à moteur BRM V12 est engagée. Petite nouveauté : la couleur orange de la monoplace, appelée à devenir célèbre.


Chez Brabham, la place de Hulme a été reprise par Jochen Rindt. La réputation montante du jeune Autrichien en fait un candidat sérieux et il forme avec son patron Jack Brabham une équipe à priori redoutable. Seule faiblesse pour cette course : l'utilisation d'une monoplace version 1967, dont le moteur Repco V8 type 740 semble cette fois bien dépassé en performances par le V8 Ford Cosworth.


Lotus aligne sans changement ses deux modèles 49 à moteur Ford Cosworth V8 3L pour Jim Clark et Graham Hill, dans leur classique livrée verte à bande jaune. Dans la continuité de la fin de saison dernière, cette « Dream Team » est la grande favorite de la saison.


Ferrari aligne trois voitures, là encore des modèles 312 de 1967 améliorés. Chris Amon reste le leader de la Scuderia, mais il est rejoint par deux jeunes talents : Jacky Ickx, révélation 1967 en Formule 2, et Andréa de Adamich, dont ce sera le premier Grand Prix. Le moteur est le V12 3L type 242 de 1967.


L'Américain Dan Gurney engage sa jolie Eagle T1G à moteur V12 Weslake, un modèle 1967 juste allégé.


Chez Honda, on retrouve John Surtees au volant d'une RA 300 à moteur V12 3L identique à la fin de saison 1967, en principe allégée.


BRM espère toujours obtenir le succès avec son moteur H16 de 3l, dont les dernières versions dépasseraient les 450cv. Ce moteur équipe un modèle P115 confié à Mike Spence. Pedro Rodriguez, transfuge de chez Cooper, dispose d'un modèle P126 équipé d'un V12 3L.


Cooper engage un duo de pilotes inédit : Ludovico Scarfiotti, en provenance de Ferrari, et Brian Redman, qui fera ici ses débuts en Formule 1. Le premier nommé disposera d'un châssis T86, et le second d'un modèle T81B, tous deux équipés d'un V12 3l Maserati bien dépassé. Un V12 BRM est attendu pour la suite de la saison. On se doute qu'il sera difficile à Cooper de rééditer sa victoire de 1967, déjà un peu miraculeuse à l'époque.


Une équipe fait ses grands débuts en Grands Prix : sous le nom de Matra International, Ken Tyrrell engage Jackie Stewart sur une Matra MS9 : un modèle intérimaire obtenu en greffant le V8 3L Ford Cosworth sur un châssis MS7 de Formule 2. Un réservoir supplémentaire placé au-dessus des jambes du pilote (!) devrait lui apporter l'autonomie suffisante pour un Grand Prix. La qualité des châssis Matra, l'organisation du team Tyrrell et le talent de Stewart font de cette équipe un outsider à suivre.

Une autre Matra est engagée par Matra Sport pour Jean-Pierre Beltoise, mais il s'agit d'un châssis MS7 de Formule 2 équipé d'un 4 cylindres Ford Cosworth 1600cc, lesté à 500kg pour ce Grand Prix.


Le team indépendant de Rob Walker aligne pour la dernière fois une Cooper Maserati V12 3l pour Jo Siffert, en attendant de disposer d'une Lotus 49 pour la suite de la saison.

Jo Bonnier reste le dernier pilote indépendant engagé sous son propre nom. Il pilote lui aussi une Cooper Maserati, comptant récupérer par la suite une McLaren M5A BRM.


Comme chaque année, quelques pilotes locaux alignent des monoplaces participant le reste de l'année au championnat local disputé au volant de Formule 1. John Love et Sam Tingle sont équipiers dans le team Gunston, le premier sur Brabham BT 20 à moteur Repco V8 3l type 620, soit le matériel du team Brabham l'année précédente. Tingle pilote une LDS, production locale équipée du même moteur Repco que son coéquipier. Dave Charlton et Jackie Pretorius disposent d'un châssis Brabham plus ancien, de type BT 11, avec moteur Repco V8 3l pour Charlton et Climax 4 cylindres 2,8l pour Pretorius. Ce même moteur équipe un châssis Cooper T79 piloté par Basil van Rooyen. Cette voiture est engagée par son propriétaire John Love, qui avait fait sensation à son volant un an auparavant sur ce même circuit : en tête de la course à quelques tours de l'arrivée, la victoire lui avait échappé à la suite d'une panne de la pompe à essence lui imposant un arrêt au stand pour éviter la panne sèche. Engagé sur une vieille Cooper, Tony Jefferies déclare forfait, suite à la casse de son moteur peu avant ce Grand Prix.


Côté pneumatiques, Dunlop fait son retour en Formule 1 en équipant les Matra. Goodyear fournit McLaren, Brabham, Eagle, et BRM, le reste du plateau étant pourvu de Firestone.


Essais et qualifications

Prévus sur trois jours, du jeudi au samedi, ils se déroulent donc en 1967. Sur un circuit au revêtement amélioré et élargi par endroits, on s'attends à une grosse progression des performances.

Et effectivement, après cinq tours, Jim Clark pulvérise déjà la pole position de l'an dernier: 1'23.9 contre 1'28.3 pour Jack Brabham en 1967. A la fin des trois jours d'essais, 21 pilotes sur les 23 engagés auront battu ce chrono de référence : le Poleman de 1967 partirait en dernière ligne cette année. Sans grande surprise, Clark améliore encore ses chronos et conclut par un 1'21.6 qui laisse Graham Hill, son second, à une seconde juste.

Jackie Stewart confirme les espoirs placés en lui et sa nouvelle équipe avec le troisième chrono, à 1 dixième de Hill.

La suite de la grille est assez conforme aux estimations, mais on peut remarquer le débutant Andréa de Adamich qui devance ses deux coéquipiers et Jean-Pierre Beltoise qui réalise un beau 18e temps avec sa Formule 2 lestée.

Chez les locaux, Dave Charlton se révèle le meilleur avec le 14e chrono.


Le Grand Prix

En choisissant le lundi pour le Grand Prix, les organisateurs permettent aux pilotes de se reposer et de se détendre le dimanche, et aux équipes de préparer le monoplaces en vue de la canicule annoncée pour la course. On voit fleurir des écopes, tuyaux et autres radiateurs supplémentaires sur la plupart des voitures. Chez Tyrrell, on a raccourci le nez de la MS9 de Stewart pour augmenter l'entrée d'air.


Départ : Stewart et Rindt surprennent les deux Lotus et passent le premier virage dans cet ordre.


1er tour : Stewart toujours en tête, mais devant Clark qui a passé Rindt, et va le doubler dès le début du deuxième tour.


2e : Clark mène devant Stewart, Rindt, Brabham, Hill, puis Surtees, Amon, de Adamich, Ickx, Gurney et Hulme. Un petit écart et l'on trouve ensuite Siffert, Charlton, Spence, Scarfiotti, Love, Redman, Rodriguez, puis Bonnier, van Rooyen, Beltoise, Tingle et Pretorius.


3e : Déjà deux abandons pour Charlton sur rupture du différentiel et Scarfiotti. Ce dernier se retrouve aspergé d'eau bouillante et de vapeur à la suite de la rupture d'une durite. Il parvient à stopper sa voiture, mais souffre de brûlures nécessitant une évacuation par hélicoptère pour une hospitalisation en urgence.


5e : Redman renonce car le moteur Maserati de sa Cooper est en surchauffe à la suite d'une fuite d'huile.


14e : De Adamich sort de la piste en glissant su de l'huile, percute un rail de sécurité et doit abandonner.


18e : Abandon de Brabham à la suite de problèmes avec son moteur.


28e : Hill dépasse Stewart et les deux Lotus sont donc en tête.


43e : Abandon de Stewart sur bris d'un ressort de soupape, ce qui apporte la troisième place à Rindt, devant Amon, Ickx, Hulme, Gurney, Siffert, Beltoise, Love, Surtees, Bonnier et Pretorius.


47e : Bonnier abandonne sur perte d'une roue et surchauffe.


52e : Abandon de Ickx à cause d'une fuite d'huile.


58e : Abandon de Gurney, également sur fuite d'huile.


60e : Il reste dix voitures en piste et les positions vont rester figées après le dépassement de Beltoise sur Siffert.


80ème et dernier tour : Clark l'emporte donc nettement devant Hill et Rindt, ces trois pilotes étant les seuls dans le même tour.

Pretorius termine mais ne sera pas classé pour distance parcourue insuffisante.


Après la course

Un gros pas semble avoir été franchi en performances entre les monoplaces de 1967 et 1968.


Seules les Lotus étaient dans la configuration prévue pour cette année, et le résultat de ce Grand Prix en est l'illustration. Jim Clark n'a pas faite de détails : pole position, record du tour et victoire avec 79 tours en tête sur 80. Au passage du drapeau à damiers, le traditionnel échange de pouces levés entre le pilote et son ingénieur/employeur semblait appelé à se renouveler de nombreuses fois encore...


Le moteur Ford Cosworth V8 3l a montré dans la Matra de Stewart qu'il permettait à une équipe sérieuse de viser la victoire. On attend donc avec impatience les nouvelles McLaren M7A et Matra MS10 équipées de ce moteur pour donner la réplique aux Lotus.

Jacques