La succession de Sergio Pérez

Fin 2024, Red Bull Racing rompt le contrat de Sergio Pérez en raison de ses très mauvaises performances qui ont peut-être coûté à l'équipe le titre des constructeurs. Le Mexicain peinait à inscrire quelques points tandis que Max Verstappen décrochait sa quatrième couronne mondiale... Pour le remplacer, RBR a alors le choix entre les deux pilotes de son « junior team », Visa Cash Racing Bulls: Yuki Tsunoda, protégé de Honda, et Liam Lawson. Deux pilotes qui n'ont pas la même expérience de la F1. Le Japonais vient de finir sa quatrième saison avec l'écurie de Faenza tandis que le Néo-Zélandais n'a disputé que onze Grands Prix. Le Dr. Helmut Marko admet que Tsunoda était de prime abord le choix plus logique. Celui-ci venait de mettre sous l'éteignoir deux équipiers successifs, Nyck de Vries et surtout Daniel Ricciardo. Mais le Nippon ne s'est toujours pas défait de quelques gros défauts, notamment un caractère éruptif, imprévisible, compliquant ses rapports avec son écurie et ses collègues pilotes. Surtout, Tsunoda a toujours du mal à convertir des qualifications souvent brillantes en bons résultats le dimanche. A contrario, Liam Lawson, lors de ses deux intérims en 2023 et 2024 s'est montré plus constant, tout en faisant preuve d'un réel mordant en piste. En outre, le Néo-Zélandais a à chaque fois fait jeu égal avec Tsunoda. Ainsi, comme le résume Marko, « Tsunoda est peut-être le plus rapide, mais Lawson est le plus régulier. » En décembre 2024, Honda produit pourtant un ultime effort pour promouvoir Tsunoda et offre 10 ou 20 millions de dollars (le montant varie selon les sources) à Red Bull en échange de son engagement. Peine perdue. Christian Horner rejette ce pactole et choisit Liam Lawson pour la saison 2025.


Le désastre Lawson

Trois mois plus tard, les espérances du tandem Horner - Marko sont cruellement déçues. Liam Lawson a complétement raté son début de saison. Parti en fond de tableau à Melbourne, il a fini la course dans le mur. À Shanghai. Il est bon dernier des qualifications pour le sprint et pour le Grand Prix, et ne ramène aucun point. Dans le même temps, Max Verstappen a frôlé la victoire en Australie et déjà emmagasiné 36 unités... Bref, c'est un désastre, et au soir du Grand Prix de Chine, Christian Horner et Helmut Marko décident de se séparer immédiatement de leur second pilote. Certes, Lawson a des circonstances atténuantes. D'abord, il ne connaissait pas les circuits de Melbourne et de Shanghai. Ensuite, il a eu fort peu de temps pour s'accoutumer au pilotage de la RB21, une voiture très capricieuse, et de toute façon taillée sur mesure pour Verstappen, c'est-à-dire plutôt survireuse. Deux Grands Prix, c'est peu, très peu, pour relever pareil défi. Mais Red Bull ne peut attendre que Lawson se mette à niveau. L'équipe est déjà distancée par ses rivales McLaren et Mercedes au championnat des constructeurs, et ne peut plus se permettre d'avoir une « voiture morte », comme ce fut le cas l'année précédente avec Sergio Pérez. Marko le rappelle: Red Bull vise encore cette année les deux titres, pilotes et constructeurs. Donc elle doit avoir un deuxième pilote capable d'inscrire des points régulièrement, et tout de suite. Ne pouvant se tourner vers le jeune Isack Hadjar, certes très prometteur mais inexpérimenté, les responsables de Red Bull donnent donc enfin sa chance à Yuki Tsunoda. Le 27 mars, un communiqué annonce la promotion du Japonais chez RBR, tandis que Lawson est rétrogradé chez Racing Bulls.


Vient le temps des réactions. Le Dr. Marko admet s'être trompé dans son choix de pilote: « L'an passé, Yuki était trop irrégulier. C'est pourquoi nous avons unanimement opté pour Lawson, rappelle-t-il. Mais Liam n'a pas été capable de performer sous la pression accrue, dès le premier jour en Australie. Puis il est entré dans une spirale infernale. C'est comme un boxeur amoché, il est très difficile pour lui de se relever. De ce point de vue, c'était une erreur de choisir Liam. » Christian Horner clame pour sa part que cette décision a aussi été prise dans l'intérêt de... Lawson: « Il a été difficile de voir Liam lutter avec la RB21 lors des deux premières courses et, par conséquent, nous avons collectivement pris la décision de le remplacer. Nous reconnaissons qu'il y a beaucoup de travail à faire avec la RB21 et l'expérience de Yuki s'avérera très bénéfique pour aider à la développer. Nous avons aussi le devoir de protéger Liam et, ensemble, nous constatons qu'après des débuts aussi difficiles, il est logique d'agir rapidement pour qu'il puisse acquérir plus d'expérience. Il poursuit sa carrière en F1 avec Visa Cash Racing Bulls, une équipe qu'il connaît très bien. » Du côté des intéressés, si Tsunoda est bien sûr ravi d'avoir enfin sa chance chez RBR, qui plus est devant son public à Suzuka, Lawson est groggy: « J'espérais réaliser un bon week-end à Suzuka, un circuit que je connais très bien... La décision a été prise, et même si cela a été difficile à entendre, j'ai eu un jour ou deux pour la digérer. Je suis concentré sur ma nouvelle mission. Au fond, j'ai de la chance d'être toujours en F1. » Mais le pauvre Kiwi saura-t-il se relever après une telle désillusion ? D'autant qu'il devra faire face chez Racing Bulls au jeune Isack Hadjar, un jeune loup encore plus agressif que Tsunoda, prêt à le dévorer tout cru.


Une voiture maudite ?

Ce brutal chassé-croisé suscite des commentaires assez divers. Globalement, rares sont les observateurs à approuver entièrement Red Bull. Jacques Villeneuve est dans ce cas, et éreinte Lawson: « L'année dernière (sic), il a fait ses débuts en F1 en criant à quel point il serait bon. Mais si les résultats ne suivent pas, alors le contre-coup est très virulent. Il a réalisé les pires prestations jamais vues dans une Red Bull et a lui-même créé les conditions de son malheur par son arrogance. » À l'inverse, Juan Pablo Montoya estime que Red Bull n'a rien fait pour aider son jeune pilote: « Leur voiture est construite pour Verstappen qui veut une voiture qui tourne parfaitement, peu importe sa stabilité. Lawson était paumé. Et ses ingénieurs, au lieu de régler le châssis selon ses besoins, lui ont sûrement dit de piloter comme Verstappen. On a vu le résultat. Cela dit, ils sauvent sa carrière en le replaçant chez Racing Bulls. Là-bas, il va pouvoir de nouveau exprimer son talent. »


En général, les commentateurs, et notamment les anciens pilotes du Taureau Rouge, soulignent le fait que Liam Lawson n'a pas pu se transformer en « tocard » en trois mois, et dénoncent la politique de l'écurie qui depuis des années conçoit des bolides uniquement adaptés au style de Max Verstappen. Ce qui expliquerait pourquoi le rôle d'équipier du Néerlandais est devenu le plus inconfortable et le plus précaire du peloton, broyant à plus ou moins long terme ses occupants successifs. Pierre Gasly, Alexander Albon et Sergio Pérez en savent quelque chose... Selon Mark Webber, cette politique est funeste, d'autant que Verstappen ne restera peut-être pas toujours chez RBR: « Que va-t-il se passer si Tsunoda échoue à son tour ? Red Bull en est à essayer de tirer quelque chose de sa deuxième voiture, sans même parler de marquer des points ! Dans une équipe, sur le circuit, il y a toujours un, deux, trois virages où l'un des pilotes est meilleur que l'autre. Chez Red Bull, c'est toujours Verstappen qui tire vers l'avant. Il porte l'équipe à bout de bras. Mais ce ne sera pas éternel. Red Bull doit concevoir des machines pilotables par plus d'une personne sur la planète... »


Sources :

GP Blog

Auto hebdo

Tony