La spectaculaire collision survenue entre Max Verstappen et Lewis Hamilton dans le premier tour du Grand Prix de Grande-Bretagne a encore un peu plus avivé les tensions entre Red Bull et Mercedes. Christian Horner et Helmut Marko ont en effet d'emblée dénoncé comme trop complaisante la pénalité de dix secondes infligée à Hamilton et n'ont surtout pas digéré qu'en dépit de celle-ci le Britannique ait pu remporter la course. Après Silverstone, Horner, Marko et Verstappen multiplient ainsi les déclarations outrancières et accusent Hamilton, au mieux d'avoir commis une erreur de débutant, au pire de s'être comporté tel un voyou. Afin de calmer le jeu, Stefano Domenicali, promoteur de la F1, conseille à Hamilton de téléphoner à Verstappen afin qu'ils s'expliquent franchement. Hélas, l'entretien se passe mal car le pilote Mercedes refuse de présenter ses excuses pour avoir fêté sa victoire avec les supporteurs britanniques. Verstappen, qui se trouvait à ce moment-là à l'hôpital pour des examens de routine, parle d'indécence, considérant que son rival dansait autour de son lit de souffrance...

 

Red Bull réclame une révision de la pénalité infligée à Lewis Hamilton. L'appel de la décision des commissaires étant impossible, l'équipe autrichienne utilise l'article 14 du Code sportif qui permet de demander le réexamen de l'incident par les mêmes juges, à condition qu'un élément nouveau ou une preuve quelconque leur soit présenté. Et Christian Horner, tel un célèbre lieutenant à gabardine, va s'employer à dénicher ce « petit détail » ! Il convoque son essayeur Alexander Albon à Silverstone quelques jours après la course afin de reproduire la trajectoire empruntée par Hamilton dans Copse. Sergio Pérez s'échine aux mêmes fins dans le simulateur de Milton Keynes. Selon Horner, ces « démonstrations » révèlent que Hamilton aurait freiné « avec 23 mètres de retard » et n'aurait par conséquent pas pu tourner s'il n'avait pas touché la roue de Verstappen. Quelques relevés GPS sans grande pertinence accompagnent cette « donnée nouvelle », et l'ensemble arrive devant le collège des commissaires fédéraux le 29 juillet 2021, trois jours avant le GP de Hongrie. Mais que souhaite en vérité Red Bull ? Officiellement, Helmut Marko réclame, avec sa mesure coutumière, que Lewis Hamilton perde sa victoire de Silverstone et soit suspendu pour un Grand Prix. En vérité, il espère au mieux une pénalité sur la grille du GP de Hongrie. On peut s'étonner que Red Bull se donne autant de mal pour un objectif aussi restreint.

 

Sans surprise, les autorités n'accèdent pas à cette demande de révision car les éléments présentés ont été « créés » et non pas « découverts », car justement glanés au moyen d'une reconstitution. Du reste, même si Horner avait pu démontrer avec un pilote différent, monté dans une autre monoplace et muni de pneus de démonstration, que Hamilton n'aurait pas pu sortir à cette allure de Copse, cela n'aurait en rien prouvé que sa manœuvre était délibérée. Les conclusions de l'« enquête » de Red Bull étant jugées irrecevables, ne restaient que les données de l'accident en lui-même, déjà longuement étudiées par les commissaires, qui classent donc l'affaire. Toutefois, dans le rapport de deux pages publiés par les autorités, les journalistes relèvent une phrase pour le moins intrigante: « Les commissaires notent, avec une certaine inquiétude, certaines allégations soulevées par Red Bull Racing qui auraient pu être pertinentes si la demande de révision avait été accordée. » De quoi s'agit-il ? Selon Christian Horner, ces « allégations » concernent la démarche de Toto Wolff qui a tenté d'influencer la décision des officiels durant la course en leur adressant un courriel. Mais tel n'est pas l'avis de Mercedes qui soutient que les responsables de Red Bull ont essayé de jeter le doute sur la moralité de Hamilton. Ce qui explique les termes virulents du communiqué publié par Toto Wolff le soir de ce 29 juillet: « La haute direction de RBR a tenté de ternir le nom et l'intégrité sportive de Lewis Hamilton. Les commentaires qui ont été faits allaient directement à l'encontre d'un septuple champion du monde. Le mot « amateurisme » a été prononcé, ce qui est inacceptable: cela crée beaucoup de controverse, déclenche des avalanches de commentaires dans les médias sociaux et ajoutent à la polarisation. Notre rôle est de désamorcer l'escalade et non l'inverse ! »

 

En Hongrie, les deux parties s'efforcent de calmer le jeu. « La F1 est une entreprise compétitive sur la piste et en dehors, explique Christian Horner. Je suis plus qu'heureux de pouvoir échanger avec Toto, mais la compétition est féroce. C'est une lutte acharnée et la rivalité est intense. J'espère cependant qu'il n'y aura plus d'incidents similaires à celui du GP de Grande-Bretagne, mais il est inévitable que des frictions surviennent dans un sport comme le nôtre. L'important est que le spectacle demeure passionnant et équitable. » « La F1 a besoin de controverses, mais y a certaines limites à respecter », enchaîne Toto Wolff. « Nous comprenons que les émotions soient fortes, mais nous avons eu l'impression qu'une certaine limite avait été franchie. Il faut ramener un peu de respect dans la discussion. » Loin de relancer la polémique, la direction de Red Bull semble vouloir tourner la page et annonce même avoir licencié un employé qui aurait usé de propos racistes à l'encontre de Lewis Hamilton lors d'une conversation privée. Puis, relancé par un journaliste au sujet de la collision de Silverstone, Max Verstappen somme vertement la presse de cesser de lui « poser des questions de m*rde ». L'incident est clos. Jusqu'au prochain ?

 

Sources:

- Jean-Michel Desnoues, Red Bull en flagrant délire, Auto Hebdo n°2323, 4 août 2021.

Tony