Un nouveau groupe propulseur

La saison 2014 de Formule 1 marque son entrée dans une nouvelle ère. Vingt-cinq ans après leur interdiction, les moteurs turbocompressés font leur retour dans la discipline. Il s'agit de blocs V6 de 1 600 cm3 dont le régime est limité à 15000 tours/minute. Leurs bruit, faible et monocorde, est l'objet de beaucoup de critiques. Ces « groupes propulseurs » possèdent deux systèmes de récupération d'énergie, l'un au freinage (cinétique) et l'autre à l'échappement (thermique). Ceux-ci stockent dans des batteries une énergie électrique délivrant environ 160 chevaux supplémentaires, et ce pendant trente secondes par tour. Le changement de motorisation influe très grandement sur la conception des nouvelles Formules 1, si bien que beaucoup estiment que les cartes vont être complétement rebattues. Ainsi les batteries et récupérateurs d'énergie prenant beaucoup de place, de nouvelles coques et de nouveaux pontons sont construits tandis que les radiateurs changent de place. A l'avant les nez sont encore une fois abaissés et l'aileron est plus étroit, d'où une recherche d'appuis plus conséquente sur le train arrière.

 

D'autres innovations sont introduites, notamment une boîte de vitesses à huit rapports. Dans le souci de mettre en avant le rendement énergétique, les voitures ne peuvent plus consommer que cent kilos d'essence par heure et leur débit est fixé à l'avance et sévèrement contrôlé: ainsi la consommation doit rester stable durant toute la course. Le poids des voitures passe de 642 à 691 kg à cause du nouveau bloc propulseur et des nouveaux pneus en kevlar. En ce qui concerne les gommes, Pirelli souhaite éviter les imbroglios qui ont secoué la saison 2013. D'où un choix de gommes apparemment très conservateur dont se plaignent les écuries.

 

Sur le plan sportif, inspirée par Bernie Ecclestone, la FIA a décidé de doubler le nombre de points attribués lors de la dernière épreuve à Abou Dhabi. Cette mesure vise à maintenir le suspense jusqu'au bout dans la quête au titre mondial. Elle est très critiquée par les fans. La Fédération a aussi introduit un permis de 12 points attribué à chaque pilote. Lorsque le coureur perd ses douze points, il est exclu comme un vulgaire automobiliste. Enfin chaque pilote possède désormais son propre numéro qu'il gardera durant toute la durée de sa carrière.

 

Au niveau politique, Jean Todt a été réélu sans opposition à la tête de la FIA en décembre 2013. Bernie Ecclestone a modifié la « constitution » politique de la Formule 1 en fusionnant les anciennes commissions techniques et sportives pour fonder le Groupe stratégique composé de représentants de la FIA, du Formula One Group et de six équipes, à savoir Ferrari, McLaren, Red Bull, Mercedes, Lotus et Williams. Ayant signé des accords commerciaux directs avec chaque écurie, Ecclestone considère même que les Accords Concorde sont désormais obsolètes. Mais l'avenir du « Grand Argentier », âgé de 83 ans, est pour l'heure assez sombre. En avril il sera en effet jugé en Allemagne pour corruption dans le cadre de l'affaire CVC-Gribkowsky. S'il était déclaré coupable, CVC le licencierait certainement, ce qui mettrait fin à son long règne à la tête de la Formule 1.

Enfin, c'est dans l'indifférence la plus complète que s'est dissoute la FOTA, l'association des constructeurs, devenue sans objet depuis les départs de Ferrari et de Red Bull.

 

Trois séances d'essais ont eu lieu en janvier et en février: une à Jerez de la Frontera et deux à Bahreïn. Elles ont révélé l'extrême fragilité des nouvelles voitures, ce qui laisse à penser que peu d'entre elles verront l'arrivée à Melbourne. Les voitures propulsées par le V6 Mercedes, à commencer par celle de l'écurie officielle, sont nettement plus performantes que leurs rivales. Red Bull-Renault, quadruple championne du monde en titre, a été frappée par de très graves soucis techniques qui semblent obérer d'ores et déjà ses chances de titre.

 

Situation des écuries

Red Bull-Renault aborde donc la saison avec pessimisme tant le groupe propulseur Renault s'est révélé peu fiable lors des essais d'avant-saison. Sebastian Vettel, qui a remporté les neufs dernières courses de la saison 2013, espère tout de même remporter une cinquième couronne consécutive. Son nouvel équipier Daniel Ricciardo, pur produit de la filière Red Bull, devra faire oublier son prédécesseur et compatriote Mark Webber.

 

Lotus-Renault n'est guère plus optimiste. En proie à des soucis financiers, l'écurie anglaise n'a finalement pas signé de contrat avec le fameux groupe financier Quantum. Elle a heureusement obtenu le soutien de la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA en recrutant Pastor Maldonado aux côtés de Romain Grosjean. La direction de l'équipe a été décapitée par les départs d'Éric Boullier, Patrick Louis et James Allison. Gérard Lopez, patron du groupe Genii Capital propriétaire de l'écurie, assure désormais lui-même la direction sportive. Mais le plus inquiétant est que la nouvelle E22 n'est absolument pas fiable.

 

Les essais d'avant-saison n'ont pas été mauvais chez Ferrari. La F14T conçue par le trio James Allison – Pat Fry – Nicholas Tombazis est une voiture ambitieuse, au profil très curieux. Mais le V6 Ferrari ne semble pas aussi performant que le Mercedes. Surtout, l'équipe de Stefano Domenicali attend fébrilement de voir ce que donnera la cohabitation entre les deux champions du monde Fernando Alonso et Kimi Räikkönen. Pour l'heure, les deux hommes semblent bien s'entendre...

 

Mercedes aborde la saison avec le statut de favorite. Les F1 W05 de Lewis Hamilton et Nico Rosberg ont dominé les essais de Jerez et de Bahreïn. Le moteur turbo allemand semble plus performant et plus fiable que les V6 Ferrari et Renault. Déjà les journalistes se demandent qui de Hamilton ou de Rosberg sera champion du monde... Mercedes Grand Prix a enregistré le départ de Ross Brawn qui a annoncé sa retraite. L'équipe est maintenant dirigée par une troïka composée de Toto Wolff, Niki Lauda et Paddy Lowe.

 

De grands chambardements ont eu lieu chez McLaren. A 66 ans, Ron Dennis a repris le contrôle de l'écurie et renvoyé Martin Whitmarsh qui paie une saison 2013 catastrophique. Il est remplacé par le Français Éric Boullier, transfuge de chez Lotus. Côté pilotes, Jenson Button entame sa quinzième saison de Formule 1. A ses côtés se trouve le jeune et prometteur Danois Kevin Magnussen, fils de Jan, dont Dennis espère faire un « nouvel Hamilton ». McLaren, dont c'est la dernière saison de coopération avec Mercedes avant l'arrivée de Honda, a aussi enregistré la perte de son sponsor-titre Vodafone. Les nouvelles MP4/29 apparaissent donc dans une livrée épurée en ce début de saison. Leurs prestations en essais semblent néanmoins présager un niveau satisfaisant.

 

Force India aborde 2014 avec de grandes ambitions grâce à son appartenance au « camp Mercedes » a priori favorisé. Son duo de pilotes semble très solide. Après une saison chez Sauber, Nico Hülkenberg revient dans l'équipe indo-britannique, faute d'avoir trouvé un volant dans une grande équipe. Il est associé à Sergio Pérez qui espère relancer sa carrière après avoir été remercié par McLaren.

 

Peu d'ambitions en revanche pour Sauber-Ferrari. L'équipe suisse a surmonté une grave crise financière en 2013 et peut donc s'estimer heureuse d'être encore présente. L'expérimenté, mais selon beaucoup limité, Adrian Sutil est le nouveau leader du team. Il est associé à Esteban Gutiérrez qui, malgré une saison 2013 décevante, est reconduit grâce aux subsides du milliardaire Carlos Slim.

 

Toro Rosso a rejoint le clan Renault en 2014. Mal lui en a pris, au vu des résultats des essais d'avant-saison. La petite Scuderia aborde ce championnat dans le brouillard. Éconduit par Red Bull Racing, le Français Jean-Éric Vergne se voit donner une dernière chance de briller. Il est associé à un jeune Russe d'à peine 20 ans, Daniil Kvyat, récent champion de GP3.

 

Williams a connu une saison 2013 catastrophique, mais tous les espoirs sont permis pour la nouvelle saison. Si l'équipe a perdu avec Maldonado le soutien de PDVSA, elle a signé un contrat avec les vermouths Martini qui font leur retour en Formule 1 près de quatre décennies après son précédent passage. Elle a conservé le prometteur Valtteri Bottas et recruté Felipe Massa qui, à 33 ans, cherche un nouveau souffle après huit années éprouvantes passées au sein de la Scuderia Ferrari. Surtout, Williams est désormais motorisée par Mercedes, ce qui semble être une excellente pioche en ce début d'année. De plus la FW36 a été très fiable lors des tests d'avant-saison, ce qui fait d'elle une des favorites de la saison.

 

Marussia est maintenant propulsée par un moteur Ferrari et espère enfin obtenir ses premiers points. Les jeunes Jules Bianchi et Max Chilton ont été conservés. L'avenir est moins rose pour Caterham, handicapée par le V6 Renault et menacée de disparition par son fondateur Tony Fernandes en cas de mauvais résultats. Le flamboyant Kamui Kobayashi fait son retour au volant, associé à l'inexpérimenté, mais très riche Suédois Marcus Ericsson.

 

Tony