Jarno TRULLI
 J.TRULLI
Prost Peugeot
Johnny HERBERT
 J.HERBERT
Stewart Ford Cosworth
Rubens BARRICHELLO
 R.BARRICHELLO
Stewart Ford Cosworth

644o Gran Premio

XLIII Grosser Preis von Europa
Muy variable
Nürburgring
domingo, 26 de septiembre de 1999
66 vueltas x 4.556 km - 300.696 km
Course prévue pour 67 tours, réduite à 66 suite à l'annulation de la procédure de départ.
Affiche
F1
Coupe

¿Lo sabían?

Piloto
Constructore
  • 1a y única victoria para Stewart
  • 2a y última pole position para Jordan
  • 3o y último pódium para Prost
  • 5o y último pódium para Stewart
Motor
Premier tour, Pedro Diniz est victime d'un spectaculaire accident.

Match à quatre

Il reste trois Grands Prix avant que le rideau ne tombe sur cette saison 1999 et la lutte pour le titre mondial des conducteurs est plus indécise que jamais, avec prétendants : Mika Häkkinen, Eddie Irvine (60 points chacun), Heinz-Harald Frentzen (50 pts) et David Coulthard (48 pts). Mais l'originalité de la compétition de cette saison tient à ce qu'il s'agit moins de récompenser le meilleur pilote de la saison... que le moins médiocre. Qu'on en juge plutôt, à l'aube de cette course sur le Nürburgring rebaptisée « Grand Prix d'Europe ».

 

Le tenant du titre Mika Häkkinen a subi une terrible désillusion à Monza en quittant la piste alors qu'il menait facilement l'épreuve. Atterré par son erreur, il a fondu en larmes en quittant son cockpit. Ces images ont fait le tour du monde et ont crûment révélé sa fébrilité. Beaucoup se demandent si Häkkinen sera capable de remonter la pente après cette bourde qui fait suite à tant de courses ratées. En Allemagne, il prétend avoir tourné la page. « Ce GP d'Italie fut un vrai désastre pour moi, confie-t-il. Ce fut un coup dur psychologique. J'ai perdu mon self-control, j'ai implosé. Mais la vie continue, il faut penser à demain. J'ai assez d'expérience pour m'en sortir. Je me sens déjà mieux. Nous avons mené des essais à Magny-Cours qui m'ont conforté dans mon idée que nous disposons de la meilleure machine. Je dois maintenant prendre le maximum des points lors des trois derniers Grands Prix. » Dans l'Eifel, le bruit court que McLaren aurait décidé d'octroyer au Finlandais le statut de premier pilote, au détriment de David Coulthard. Tous les intéressés démentent bien entendu. L'Écossais (48 points) ne concède en effet que douze points à Häkkinen au classement mondial et croit encore en ses chances de titre. Néanmoins, sa piètre prestation à Monza ne plaide guère en sa faveur. Cette saison, Coulthard a été très irrégulier et a commis beaucoup de fautes de pilotage, bien plus que son collègue. En vérité, le Nürburgring sera sa dernière chance de rattraper Häkkinen. Après quoi, Ron Dennis renouera avec le pragmatisme et Coulthard devra se mettre au service de son coéquipier.

 

Paradoxalement, l'adversaire n°1 de Mika Häkkinen n'a pas le vent en poupe. Depuis ses deux victoires consécutives en Autriche et en Allemagne, Eddie Irvine ne cesse de régresser: il a fini 3e en Hongrie, 4e en Belgique, 6e en Italie. Surtout, trop dilettante, il est clairement dépassé par sa tâche de leader de la Scuderia Ferrari puisqu'il ne parvient pas à tirer la substantifique moelle de la F399 comme savait si bien le faire Michael Schumacher. Son lieutenant intérimaire Mika Salo ne lui est pas d'un grand secours. Pour de nombreux observateurs, Ferrari a péché par naïveté en imaginant que Irvine pourrait facilement prendre la suite de la super-star allemande. Il ne fait guère de doute que, face à la kyrielle de bêtises commises par Häkkinen et McLaren, un Schumacher ingambe aurait depuis longtemps coiffé la couronne mondiale. Irvine fait face à ses limites. Bon lieutenant d'un immense champion, il ne saurait supplanter longtemps ce dernier... et remporter le titre sans son aide. C'est pourquoi Luca di Montezemolo et Jean Todt s'activent pour convaincre Schumacher de reprendre le volant dès le GP de Malaisie afin qu'il prête à Irvine un concours décisif.

 

Un Häkkinen fragile, un Coulthard maladroit et un Irvine décrédibilisé... Voilà de bien piètres prétendants au trône suprême ! En cet automne, le favori le plus évident n'est-il pas finalement celui que personne n'attendait, Heinz-Harald Frentzen ? Récent vainqueur à Monza, l' « autre » Allemand est peut-être à l'aube de saisir la chance de sa vie. Au volant d'une Jordan-Mugen véloce et robuste, il engrange course après course, méthodiquement, tous les points qui passent à sa portée, alors que les parcours de ses concurrents font songer aux montagnes russes. A trois courses du terme du championnat, Frentzen n'a plus que dix points de retard sur Häkkinen et Irvine. Il peut en outre compter sur un motoriste japonais qui hume le parfum de la victoire, comme le prouve la présence ce week-end de Hirotoshi Honda qui promet que Mugen jettera toutes ses forces dans cette bataille. Toutefois, Frentzen sait aussi que son équipe n'a aucune expérience de la lutte pour le titre mondial et ne peut guère s'appuyer sur son équipier Damon Hill qui compte ses points retraite. Mais des quatre prétendants au titre, il est indéniablement celui qui réalise la meilleure saison et certains le positionneraient presque en favori.

 

Présentation de l'épreuve

Michael Schumacher ne participera pas à ce Grand Prix d'Europe sur le Nürburgring, au grand désarroi de ses fans. Néanmoins, le double champion du monde, toujours en convalescence, ne manque pas le 22 septembre la traditionnelle soirée qu'il organise dans son karting de Kerpen en compagnie des mécaniciens de Ferrari. Il apparaît flanqué de son cadet Ralf sur lequel se reporte une partie de la ferveur allemande. Willi Weber est aussi présent et se permet une vacherie à l'égard du leader par intérim de la Scuderia: « Selon moi, Irvine ne peut pas remporter le titre sans Michael. Ce n'est qu'une opinion, rien de plus. » Voilà toutefois qui corrobore le bruit selon lequel Luca di Montezemolo et Jean Todt se démèneraient pour que Schumacher reprenne le volant au prochain GP de Malaisie.

 

En l'absence de l'aîné des Schumacher, Heinz-Harald Frentzen est désormais le chouchou des amateurs d'outre-Rhin. Le pilote Jordan vient d'accomplir un voyage promotionnel à Francfort, puis s'arrête dans sa ville natale de Mönchengladbach, avant de rallier le Nürburgring. Il est à chaque fois acclamé par la foule. « HHF » savoure ces instants chaleureux. Il sait qu'une fois que le « Baron Rouge » aura fait son retour, il repassera sans aucun doute au second plan. A moins qu'il ne devienne champion du monde... Un rêve auquel veut croire Eddie Jordan qui se considère maintenant en lutte contre McLaren-Mercedes et Ferrari. Après tout, depuis le début de l'été, Frentzen a emmagasiné 37 points contre 35 pour Irvine et 26 pour Häkkinen...

 

On le sait, Stewart GP vit ses dernières courses sous cette dénomination avant de se transformer en Jaguar Racing sous l'égide Ford. Or le géant américain souhaite installer sa propre direction à la tête de l'équipe, ce qui signifie à terme l'éviction de Jackie et Paul Stewart. Jac Nasser, P-DG de Ford, et son bras droit Wolfgang Reitzle ont déjà décidé que le triple champion du monde écossais n'aura plus de rôle opérationnel mais se contentera d'un strapontin d'ambassadeur de luxe. Son fils Paul devrait lui conserver ses responsabilités sur le terrain, mais sous l'étroite surveillance de Reitzle et de Martin Whitaker, directeur de la compétition pour Ford en Europe. Dans l'Eifel, ce dernier dément les rumeurs avançant que l'arrivée de Jaguar en F1 ne serait pas du goût de tous les membres du board de Détroit. Selon Whitaker, la stratégie de Ford pour les compétitions européennes est ferme et définitive: Jaguar sera en Formule 1 et le nom de Ford n'apparaîtra plus qu'en rallye. Il précise en outre que Cosworth, autre filiale à 100 % de Ford, ne motorisera que Jaguar en 2000. Les vieux V10 « Compétition Clients » qui propulsent encore les Minardi prendront la direction du musée... ou devront être rebaptisés.

 

BAR annonce ici la reconduction de Ricardo Zonta pour une saison supplémentaire, après une succession d'informations contradictoires. Selon les uns, Craig Pollock aurait voulu faire signer au jeune Brésilien un contrat pour deux ans fermes. Pour d'autres, il souhaitait au contraire le mettre à la porte. Il est vrai que l'ancien champion de Formule 3000 réalise une saison en demi-teinte, même s'il n'a guère été servi par le matériel mis à sa disposition, sans compter son gros accident en début de saison. En outre, ses relations avec Jacques Villeneuve seraient assez tendues. Toujours est-il que Zonta effectuera bien une saison supplémentaire chez BAR. La branche sud-américaine de BAT serait intervenue en sa faveur...

 

Arrows officialise sa séparation avec le sulfureux Prince Malik Ado Ibrahim qui s'est révélé être un escroc. Tom Walkinshaw a repris le contrôle de son écurie grâce à ses vieux partenaires de la banque Morgan, Grenfell & Co. L'Écossais ne s'attarde guère sur ces ultimes péripéties: « Malik était censé assurer à l'écurie des rentrées financières qui ne sont jamais arrivées. Il est arrivé en disant qu'il pouvait faire de grandes choses question marketing, investissements... A un moment donné, le mieux était donc qu'il parte, ce qu'il a fait. » Walkinshaw explique aussi que c'est bien faute d'investissements que l'Arrows A20 n'a pas été développée. Mais il a grande confiance en l'avenir grâce à son futur partenariat avec Supertec. Avec son bras droit Daniele Audetto, il est maintenant en quête de futurs pilotes. Les titulaires actuels Pedro de la Rosa et Toranosuke Takagi pourraient rester grâce à leurs généreux sponsors (Repsol pour le premier, PIAA pour le second), mais des discussions se tiennent aussi avec Olivier Panis, Jos Verstappen et le jeune espoir néerlandais Tom Coronel.

 

Voici un mois, à Spa-Francorchamps, Jordan a annoncé l'engagement de Jarno Trulli pour 2000 tandis que Prost GP révélait que l'Italien serait remplacé par Nick Heidfeld. Mais en vérité, ce petit jeu de chaises musicales aurait pu s'exécuter dès le Grand Prix de Malaisie, au mois d'octobre. Damon Hill, qui on s'en souvient souhaitait prendre sa retraite dès Silverstone, conduit depuis véritablement contre son gré et aurait été ravi de céder aussitôt son baquet à Trulli. De son côté, Heidfeld, assuré du titre en F3000, était partant pour grimper dans la Prost-Peugeot. Cependant toutes les parties concernées réclamaient des compensations financières, si bien que cette belle combinaison restera lettre morte pour cette année. « Je me suis rendu compte que j'étais le seul à ouvrir mon portefeuille... J'ai donc préféré renoncer à ce projet », commente Werner Heinz, le manager de Heidfeld.

 

Gerhard Berger fait son retour dans le paddock. Deux ans après sa retraite, l'ancien pilote autrichien vient d'être nommé directeur sportif de BMW Motorsport et devient donc le principal interlocuteur de Sir Frank Williams. A ses côtés se trouve le directeur technique Mario Theissen qui prend ses marques aux côtés de son alter-ego Patrick Head. Hélas, Berger ne pourra pas suivre le Grand Prix d'Europe avec ses nouveaux amis: terrassé par une crise de coliques néphrétiques, il est évacué jeudi soir vers l'hôpital le plus proche et restera sous observation pendant quelques jours pour soigner des calculs rénaux.

 

Alessandro Zanardi a peut-être perdu certaines de ses illusions sur la Formule 1, mais pas son sens de l'humour. Auto-Hebdo conte que le sympathique Alex souhaitait accomplir une ronde sur la mythique « Nordschleife » en compagnie son épouse Daniella, mais celle-ci a refusé arguant que son mari « roulait trop vite ». Pas décontenancé, Zanardi s'est mis en quête d'un collègue plus sage et a alpagué Pedro Diniz en ces termes: « Ça te dirait de faire un tour avec ma femme ? Elle cherche un gars moins rapide que moi... »

 

McLaren débarque sur le « Ring » avec quatre voitures afin que Häkkinen et Coulthard bénéficient chacun d'un mulet. Chez Ferrari, Irvine utilise pour la première fois de la saison un nouveau châssis. Le précédent manquait de rigidité, ce qui expliquerait sa contre-performance à Monza. En outre, après des essais au Mugello, un nouveau déflecteur en forme de S est placé derrière les roues avant. Jordan reçoit une nouvelle évolution du V10 Mugen-Honda, utilisée seulement en qualifications et qui ne doit apparaître en course qu'à Suzuka. La Benetton bénéficie d'un nouvel aileron arrière et retrouve des déflecteurs derrière les roues avant. Les suspensions des Williams ont été revues, avec notamment l'ajout d'un troisième amortisseur. Toutes les Prost AP02 sont désormais munies d'échappements hauts, façon Ferrari ou Stewart. En outre, Peugeot offre une « Evolution 7 » de son moteur qui annonce la V10 A20 prévu pour 2000. Cette version n'est pas utilisée en course. Enfin, Sauber teste des évolutions aérodynamiques. Diniz reçoit ainsi un déflecteur à l'intérieur des roues antérieures.

 

Essais et qualifications

Les essais du vendredi se déroulent par un temps beau mais frais. Häkkinen réalise le meilleur chrono (1'20''758''') devant Salo et Panis. Frentzen reste longtemps bloqué aux stands à cause d'ennuis de boîte de vitesses. Diniz provoque un drapeau rouge en endommageant son aileron avant sur un vibreur. Samedi matin, dans une atmosphère très fraîche, Häkkinen (1'18''945''') précède R. Schumacher et Irvine. Frentzen est de nouveau frappé par une panne, cette fois-ci une fuite d'air au niveau du rappel pneumatique.

 

Une grosse averse inonde le « Ring » à la fin de la matinée et un crachin persiste en début d'après-midi. Les qualifications s'ouvrent sur une piste en voie d'assèchement. Tout le monde prend la route en pneus intermédiaires pour assurer un chrono, avant de rentrer aux stands. Dans le dernier quart d'heure, le bitume est asséché. Les pilotes se ruent en piste, munis de pneus pour le sec.

 

A ce petit jeu, le dernier à démarrer à de fortes chances d'hériter de la pole. C'est ainsi qu'à 13h59, juste avant le drapeau à damiers, Frentzen décroche la deuxième pole position de sa carrière (1'19''910'''), la première de Jordan depuis cinq ans et la toute première pour Mugen-Honda. Pour cela, l'Allemand n'a pas hésité à s'empoigner avec le team manager Trevor Foster qui voulait absolument le voir sortir le plus tôt possible. « Nous avons eu des mots ! » admet Frentzen avec le sourire. Sur l'autre voiture jaune, Hill démarre bien avant son équipier et n'obtient que le septième temps. Les pilotes McLaren effectuent leur dernier « run » dans les ultimes minutes, mais trop tôt pour battre Frentzen. Coulthard (2e) devance Häkkinen (3e) pour la première fois du week-end. R. Schumacher (4e) emprunte le mulet Williams, réglé pour le sec, et réalise sa meilleure qualification de la saison. Mauvaise pioche en revanche pour Zanardi (18e) qui s'englue dans le trafic des dernières minutes. Les Prost-Peugeot sont performantes et Panis obtient une superbe cinquième place. Trulli (10e) aurait pu faire mieux s'il avait bénéficié d'un tour clair.

 

Fisichella (6e) place sa Benetton en troisième ligne malgré une petite sortie. Wurz (11e) est gêné par une McLaren en fin de séance. Villeneuve hisse la BAR-Supertec à une encourageante huitième place. Son équipier Zonta (17e) n'arrive pas à trouver les bons réglages. Nouvelle déroute pour Ferrari: Irvine achève sa dernière tentative dans les graviers et est relégué en neuvième position. Salo (12e) accomplit trop tôt son dernier tour. Les Sauber sont en retrait: Diniz (13e) est gêné par le tête-à-queue d'Irvine et Alesi (16e) doit rouler avec un aileron arrière pour piste humide. Mauvaise journée aussi pour les Stewart-Ford: Herbert (14e) se rabat sur le mulet suite à une panne électrique et Barrichello (15e) tombe sur un épais trafic. En fond de grille, on retrouve comme d'habitude les Minardi (Badoer 19e, Gené 20e) qui devancent les Arrows (Takagi 21e, de la Rosa 22e) de plusieurs dixièmes.

 

Le Grand Prix

Il pleut de nouveau dimanche matin et l'échauffement se déroule sur une piste très humide. C'est l'occasion d'éprouver les réglages pour ce type de conditions météorologiques. Fisichella signe un meilleur chrono anecdotique. L'après-midi, la course démarre sous un ciel voilé et sur une piste sèche, mais les spécialistes annoncent des averses orageuses pour la course. Les stratégies s'adapteront ainsi aux aléas climatiques...

 

Premier départ: La procédure de lancement vire au gag: les cinq feux rouges s'allument comme prévu les uns après les autres et, alors que chacun s'attend à les voir disparaître, ils restent fixes. Toutefois, les cinq premiers, Frentzen, Coulthard, Häkkinen, R. Schumacher et Panis démarrent avant de ralentir au bout d'une seconde, lorsque les feux passent à l'orange ! Que signifie cette confusion ? Officiellement, le départ est interrompu parce que Gené s'est trompé d'emplacement sur la grille, puis aurait calé.

 

Mais cette procédure avortée serait en fait un piège tendu par Charlie Whiting pour démasquer les écuries qui interceptent le signal radio indiquant l'extinction des feux rouges, celle-ci étant laissée à la discrétion du directeur de course pour éviter les envols anticipés. Or, en captant ce signal, les écuries peuvent donc prévenir leurs pilotes du démarrage imminent. Cette astuce ne tombe pas sous le coup de la loi, mais elle poussera la FIA à automatiser davantage la procédure de départ. Quoiqu'il en soit, les mécaniciens interviennent auprès des bolides, notamment pour les cinq premiers afin de les ramener à leurs emplacements. Après cinq minutes d'interruption, Whiting relâche les bolides pour un deuxième tour de chauffe. La distance originelle est amputée d'une boucle.

 

Second départ: Frentzen conserve l'ascendant pendant que Häkkinen déborde Coulthard. Suivent R. Schumacher, Fisichella et Panis. Engagé dans le premier enchaînement, Hill ralentit soudainement suite à une panne électrique et sème la panique. Les Ferrari l'évitent de justesse mais Wurz, aveuglé par celles-ci, donne un coup de volant à droite pour éviter la Jordan. Ce faisant, il harponne violemment la roue arrière-gauche de Diniz. La Sauber est projetée dans les airs, se retourne, retombe dans l'herbe avant de parcourir encore quelques mètres dans cette position et de s'écraser cul par-dessus tête... et plate comme une galette. L'arceau de sécurité a cédé sous les chocs successifs ! L'image est horrible, mais par bonheur on aperçoit Diniz remuer dans son cockpit.

 

1er tour: La voiture de sécurité entre en piste pour permettre aux secours de venir en aider au pauvre Diniz, prisonnier de son habitacle, la tête écrasée contre le sol, à la merci de la moindre fuite d'essence. Heureusement, les commissaires et l'équipe médical du Pr. Watkins sont sur place en une vingtaine de secondes. La Sauber est délicatement retournée, puis Diniz est pris en charge par les médecins. Une bâche est déployée par les commissaires pour camoufler cette opération.

 

2e: Les peloton évolue derrière la Safety Car. Frentzen devance Häkkinen, Coulthard, R. Schumacher, Fisichella, Panis, Irvine, Villeneuve, Salo, Alesi, Barrichello, Trulli, Herbert, de la Rosa, Takagi, Zonta, Badoer, Gené et Zanardi, ce dernier ayant viré au large dans la pelouse pour éviter Diniz. Hill et Wurz ont abandonné.

 

4e: La médicalisation de Diniz se poursuit. Le Pauliste est placé sur une civière, une minerve autour du cou. Il lève le pouce droit pour signifier qu'il se porte bien. Il est évacué vers le centre médical afin de subir des examens. Pendant ce temps-là, les commissaires balaient les débris répandus sur la piste au niveau du Castrol-S.

 

6e: De lourds nuages surplombent le Nürburgring. La pluie est de plus en plus redoutée et les pilotes s'impatientent. Heureusement, la voiture de sécurité s'efface à l'issue de cette boucle.

 

7e: La course reprend. Frentzen n'est pas inquiété par Häkkinen. Panis attaque Fisichella mais celui-ci le serre rudement vers la droite avant le premier freinage et garde l'ascendant. Plus loin, Irvine surprend le Français par l'intérieur à la chicane Veedol.

 

8e: Frentzen est premier devant Häkkinen (0.5s.), Coulthard (1.2s.), R. Schumacher (2.1s.), Fisichella (5.3s.), Irvine (5.6s.), Panis (7s.), Villeneuve (8s.), Salo (9s.) et Alesi (10s.).

 

9e: Frentzen ne parvient pas à semer les McLaren. R. Schumacher reste au contact de ce trio. Irvine est aux trousses de Fisichella.

 

10e: Irvine tente en vain de doubler Fisichella à la courbe Dunlop, puis à la chicane. Derrière évolue un peloton serré comprenant Panis, Villeneuve, Salo et Alesi.

 

11e: Le quatuor Frentzen – Häkkinen – Coulthard – R. Schumacher se tient en deux secondes. Irvine, bloqué par Fisichella, est repoussé à huit secondes des leaders. Alesi exécute une pirouette dans la dernière courbe, puis se relance. Un peu plus tard, au même endroit, Zanardi assaille Zonta par l'intérieur et freine si tard qu'il harponne de la Rosa qui évoluait devant eux. L'Espagnol et l'Italien partent en tête-à-queue. Zonta puis Takagi les évitent de justesse.

 

12e: Si de la Rosa a pu repartir, Zanardi renonce, moteur calé. Sa Williams est rapidement dégagée par les commissaires. De la Rosa passe aux stands pour changer ses gommes.

 

14e: Häkkinen roule toujours dans les échappements de Frentzen. Irvine harcèle Fisichella mais celui-ci verrouille toutes les issues.

 

15e: Frentzen précède Häkkinen (0.5s.), Coulthard (1s.), R. Schumacher (1.6s.), Fisichella (8.3s.), Irvine (8.7s.), Panis (9.5s.), Villeneuve (10.5s.), Salo (11.2s.), Barrichello (13s.), Trulli (15s.) et Herbert (16s.).

 

16e: Häkkinen est revenu à trois dixièmes de Frentzen mais il ne peut pas porter une attaque, d'autant que Coulthard et Schumacher sont toujours sur ses talons.

 

17e: Il commence à pleuvoir sur la portion sud-ouest du circuit. En résistant à Irvine, Fisichella glisse sur le vibreur de la courbe RTL et doit laisser filer l'Irlandais au tournant suivant.

 

18e: R. Schumacher assaille Coulthard par l'intérieur de la dernière courbe, mais l'Écossais résiste en le serrant vers la droite et garde l'avantage à la réaccélération.

 

19e: L'averse traverse rapidement le « Ring », du sud vers le nord, inondant le sol de façon très irrégulière. Panis, Zonta et Takagi entrent aux stands pour ravitailler et chaussent les pneus pour la pluie.

 

20e: Häkkinen stoppe chez McLaren pour prendre de l'essence et les gommes pour sol humide (8.1s.). Frentzen compte désormais trois secondes d'avance sur Schumacher qui vient à bout de Coulthard. Chez Ferrari, on attend Irvine, mais celui-ci préfère rester dehors car il ne pleut pas partout sur le circuit. Les Rouges accueillent finalement Salo qui arrive avec un aileron de guingois suite à une excursion dans l'herbe ! Le Finlandais reste immobilisé près de 40 secondes.

 

21e: Irvine souhaite désormais s'emparer de pneus... pour piste sèche ! Il entre aux stands mais la Scuderia n'était pas du tout prête à ce revirement stratégique et la nouvelle roue arrière-droite manque à l'appel ! Les mécaniciens courent dans tous les sens sans la dénicher. C'est finalement un cameraman de télévision qui met la main de dessus ! Irvine perd 28 secondes dans cette scène grotesque.

 

22e: La pluie a cessé mais la piste est détrempée dans le dernier secteur du circuit. R. Schumacher doit ainsi tirer tout droit à la chicane, mais il remonte malgré tout sur Frentzen.

 

23e: Frentzen est premier devant R. Schumacher (1.8s.), Coulthard (3.3s.), Fisichella (12.9s.), Barrichello (23s.), Trulli (27s.), Herbert (27.5s.), Alesi (28s.), Villeneuve (35s.) et Badoer (32s.). Häkkinen est 12e, Irvine 13e. Panis et Takagi repassent aux stands pour remettre les gommes pour le sec.

 

24e: Le soleil brille de nouveau. Häkkinen est à la dérive avec ses pneus pluie. Après un « tout droit » à la chicane, il est dépassé par Gené, puis par Irvine au premier virage. Salo et Zonta retournent aux stands pour remettre les « slicks rainurés ».

 

25e: La piste s'assèche dans le dernier secteur. R. Schumacher est revenu à une petite seconde de Frentzen. Häkkinen revient chez McLaren pour rebasculer sur les pneus pour le sec et remettre un peu d'essence afin de rallier l'arrivée sans nouvel arrêt. Le champion du monde sombre au 14e rang, à un tour des leaders. Alesi a pris la septième place à Herbert.

 

26e: Frentzen, R. Schumacher et Coulthard évoluent désormais dans un mouchoir. Fisichella roule à treize secondes du trio de tête.

 

27e: R. Schumacher arrive chez Williams pour prendre de l'essence et remettre des pneus pour le sec (7s.). Il repart quatrième.

 

28e: Frentzen devance Coulthard (1.1s.), Fisichella (14.5s.), R. Schumacher (22.3s.), Barrichello (28.8s.), Trulli (34s.), Alesi (35s.), Herbert (36s.), Villeneuve (41s.) et Badoer (58s.).

 

29e: Coulthard signe le meilleur chrono provisoire (1'21''835'''). Irvine (12e) tente de remonter sur les Minardi. Häkkinen (14e) concède un tour à Fisichella et tourne en seulement 1'24''. Trulli et Alesi passent aux stands pour subir leur premier pit-stop.

 

30e: Frentzen sur-vire brusquement au freinage de la chicane Veedol et emprunte le dégagement en asphalte pour regagner la piste.

 

31e: Le ciel se couvre de nouveau. Coulthard évolue dans le sillage de Frentzen. Irvine dépasse Gené et Häkkinen efface de la Rosa.

 

32e: Frentzen et Coulthard entrent aux stands de concert. Tous deux restent immobilisés sept secondes et repartent dans le même ordre. Fisichella opère aussi un pit-stop et glisse derrière Barrichello.

 

33e: Frentzen vient tout juste de franchir le premier virage lorsque son moteur se tait brusquement. De façon inexplicable, le malheureux Allemand est contraint de stopper en pleine piste. Coulthard prend les commandes de l'épreuve. Villeneuve effectue un ravitaillement.

 

34e: Les drapeaux jaunes sont brandis dans le premier enchaînement car la Jordan de Frentzen est remorquée à la ficelle. Coulthard précède R. Schumacher (6.5s.), Barrichello (13.5s.), Fisichella (18s.), Herbert (35s.) et Trulli (38s.). Arrêt de Gené.

 

35e: La pluie refait son apparition dans la portion sud du circuit. Salo puis Takagi exécutent des pirouettes à la chicane. Herbert s'arrête chez Stewart, remet de l'essence et prend des pneus pour sol humide. Trulli et Badoer font de même. Alesi rejoint son stand pour ravitailler mais ne repartira pas en raison d'une rupture de transmission.

 

36e: L'averse s'abat désormais sur presque l'ensemble du circuit. Coulthard devance R. Schumacher de neuf secondes, Barrichello de vingt-cinq secondes. Zonta part en tête-à-queue dans la dernière courbe avant de se relancer.

 

37e: La piste est assez détrempée mais l'averse est déjà finie ! Barrichello rejoint les stands pour ravitailler et choisit de reprendre les pneus pour piste sèche.

 

38e: Coulthard glisse en abordant la courbe Valvoline et sort de la route. Il tente en vain de contrôler son bolide, mais ce dernier traverse le bac à graviers avant de venir mourir contre une barrière. C'est fini pour l'Écossais. R. Schumacher recueille le leadership.

 

39e: Le ciel facétieux rouvre les vannes, toujours dans la partie sud ! Barrichello est en grande difficulté avec ses pneus pour piste sèche et se fait dépasser par Trulli.

 

40e: R. Schumacher est premier devant Fisichella (17s.), Herbert (35.6s.), Trulli (52.3s.), Barrichello (1m. 04s.), Villeneuve (1m. 27s.), Irvine (1m. 30s.), Gené (-1t.), Badoer (-1t.) et Häkkinen (-1t.).

 

41e: Irvine avait la sixième place de Villeneuve en point de mire, mais il est rappelé par Ferrari pour remettre un peu de carburant mais aussi les pneus pluie (8s.). Il se relance derrière les Minardi. Häkkinen, prudent comme un sioux dans ses conditions, se laisse dépasser par Zonta !

 

42e: Le soleil point de nouveau ! Cette météo capricieuse met les nerfs à rude épreuve. Les pilotes en pneus secs s'efforcent de repérer les portions sèches. Fisichella glisse dans l'herbe dans la courbe Ford. Grâce à un remarquable contre-braquage, l'Italien parvient à retrouver le bitume. Irvine arrive sur Gené qu'il va effacer aisément.

 

43e: R. Schumacher devance Fisichella (25s.), Herbert (28s.), Trulli (40s.), Barrichello (1m. 10s.), Villeneuve (1m. 23s.), Badoer (-1t.), Irvine (-1t.), Gené (-1t.), Zonta (-1t.), Häkkinen (-1t.), Panis (-1t.), de la Rosa (-1t.), Salo (-2t.) et Takagi (-2t.).

 

44e: Schumacher arrive chez Williams pour son second pit-stop (8s.) et remet des gommes pour le sec. Villeneuve, Panis et Zonta changent aussi d'enveloppes.

 

45e: R. Schumacher est reparti en troisième position derrière Fisichella et Herbert. Takagi glisse après la courbe Bit. L'Arrows pivote vers la droite et percute le muret de pneus. Le Japonais perd sa roue avant-droite qui revient en piste et en raison du dévers parcourt encore quelques dizaines de mètres sur son élan !

 

46e: Un véhicule retire l'Arrows de Takagi. En pneus secs, R. Schumacher est revenu dans le sillage de Herbert qui peine à maintenir en vie ses pneus pluie. En proie à de perpétuels problèmes de freins, Salo rentre aux stands et abandonne.

 

47e: Schumacher bute sur Herbert qui bénéficie d'une meilleure adhérence selon les endroits. Fisichella compte huit secondes d'avance sur ce duo.

 

48e: Herbert stoppe chez Stewart afin prendre les gommes pour le sec (6.2s.), puis redémarre en quatrième position. R. Schumacher est relégué à dix secondes de Fisichella. En fin de tour, Trulli passe chez Prost pour prendre des enveloppes pour le sec.

 

49e: Fisichella prend un tour à Irvine qui est à l'agonie avec ses pneus pluie. Un peu plus loin, l'Italien est surpris par le décrochage... de son appui-tête ! Il dérape dans le S « Shell », part en tête-à-queue et échoue dans la pelouse. « Fisico » balance son volant de rage: il vient de laisser filer sa première victoire... R. Schumacher se retrouve de nouveau en tête.

 

50e: Le pneu arrière-droit de Schumacher déchape alors qu'il atteint la courbe Valvoline. Comme Coulthard plus tôt, l'Allemand tire droit dans les graviers, mais il parvient à regagner le circuit en dévalant la pente. Il rentre aux stands sur trois roues. Herbert s'empare des commandes de ce Grand Prix fou. Irvine reprend enfin les pneus pour le sec et se retrouve juste devant Häkkinen.

 

51e: R. Schumacher arrive au stand Williams pour chausser quatre pneus neufs. Il redémarre en cinquième position, derrière Badoer, incroyable quatrième au volant de la Minardi.

 

52e: Herbert est en tête devant Trulli (17s.), Barrichello (21s.), Badoer (46s.), R. Schumacher (56s.), Villeneuve (1m. 01s.), Gené (1m. 15s.), Irvine (1m. 20s.), Häkkinen (1m. 27s.) et Zonta (-1t.).

 

54e: Badoer se gare à l'entrée des stands, trahi par son carter de boîte de vitesses. Le malheureux Italien perd ainsi une chance unique d'inscrire enfin ses premiers points en F1. A peine sortie de son cockpit, il éclate en sanglots, le bras accoudé au ponton droit de sa monture. De la Rosa, bon dernier, renonce suite à une panne de boîte.

 

55e: Herbert est solidement installé en tête. Barrichello, en pneus durs, se rapproche de Trulli, muni de pneus tendres usés. Stewart-Ford a un superbe doublé en vue.

 

57e: Irvine est à la peine: non seulement il ne parvient pas à rattraper Gené, mais Häkkinen grossit dans ses rétroviseurs.

 

58e: Häkkinen tente de réaliser l'extérieur sur Irvine au freinage de la chicane. L'Irlandais ne laisse aucun espace à son rival et le contraint à couper le tournant en mettant quatre roues dans l'herbe.

 

59e: Herbert précède Trulli (19s.), Barrichello (21s.), R. Schumacher (50s.), Villeneuve (58s.), Gené (1m. 18s.), Irvine (1m. 23s.) et Häkkinen (1m. 24s.). Zonta réalise un tête-à-queue dans la courbe Dunlop.

 

60e: Barrichello est revenu sur les talons de Trulli. Häkkinen harcèle Irvine. Les deux leaders du championnat luttent pour la septième place et perdent du temps sur Gené. Du reste, porter une attaque est très difficile car la piste est encore un peu humide hors trajectoire.

 

61e: Barrichello essaie de réaliser l'extérieur sur Trulli avant la chicane, en vain. Pour sa part, Irvine ferme la porte devant Häkkinen en sortant de la dernière courbe.

 

62e: Herbert compte vingt secondes de marge sur Trulli et Barrichello, toujours roues dans roues. Villeneuve se gare sur le bas-côté, victime d'une panne d'embrayage. Le Québécois laisse échapper les premiers points de BAR... Un peu plus loin, Irvine craque sous la pression: il bloque sa roue avant-gauche au freinage de la chicane et file tout droit dans l'herbe. Häkkinen conquiert ainsi la sixième place et le précieux point qui va avec.

 

63e: Barrichello tente de déboîter Trulli par l'extérieur au premier virage, mais il lui manque quelques mètres pour passer. Pendant ce temps-là, Häkkinen est lancé aux trousses de Gené.

 

64e: Barrichello tente de nouveau de faire l'extérieur sur Trulli aux abords de la chicane. Cette fois, il parvient à la hauteur de la Prost mais l'Italien, mieux placé à l'intérieur, conserve sa seconde place. Tout ceci se déroule sous le regard de Panis qui, quoique attardé, suit parfaitement la Stewart. Häkkinen signe le meilleur tour de la course (1'21''282''') et remontre très vite sur Gené.

 

65e: Trulli verrouille l'espace devant Barrichello. Häkkinen dépasse aisément Gené et s'empare de la cinquième position. Irvine cravache désormais pour revenir sur le Catalan et arracher un point.

 

66e et dernier tour: Johnny Herbert remporte son troisième Grand Prix, le premier de l'équipe Stewart-Ford. Trulli offre à Prost-Peugeot une superbe deuxième place, avec 2/10e d'avance sur Barrichello. Le malchanceux R. Schumacher se classe quatrième. Häkkinen termine cinquième. Gené finit sixième: Minardi conquiert son premier point depuis près de quatre ans ! Irvine (7e) échoue à une seconde de l'Espagnol. Seuls Zonta et Panis reçoivent aussi le drapeau à damiers.

 

Après la course: la 28ème victoire de Jackie Stewart

Cette course démentielle débouche sur un podium farfelu composé de Johnny Herbert, Jarno Trulli et Rubens Barrichello. Il est cependant empreint d'une vive émotion puisque le surprenant trio est flanqué de Jackie Stewart, tout heureux de voir l'écurie familiale triompher quelques semaines avant de se transformer en Jaguar Racing. Surtout, l'Écossais renoue la chaîne du temps puisque c'est sur ce même Nürburgring qu'il a remporté sa 27ème et dernière victoire en Formule 1, il y a vingt-six ans, le 5 août 1973. En quelque sorte, la victoire de Herbert est la 28ème de Stewart, inondé de champagne par ses deux pilotes. Après ces joyeuses ablutions, Jackie Stewart tombe dans les bras de son fils Paul, la cheville ouvrière de l'équipe, mais aussi de vieux amis comme Nina Rindt, le chanteur Phil Collins ou encore David Coulthard. « Pour moi, c'est un rêve dont je ne suis pas près de me remettre ! » s'extasie Paul Stewart. Le stand de l'équipe écossaise est aussi visité par Alain Jenkins, le directeur technique de Prost GP, qui est aussi le concepteur de cette Stewart SF-03 victorieuse. Avec la seconde place de Trulli, il réalise ici une sorte de « triplé » !

 

Par ce succès, Johnny Herbert se console d'une saison extrêmement difficile. L'Anglais était jusqu'ici dominé par Rubens Barrichello et les problèmes de fiabilité ne l'avaient pas épargné. Avant ce GP d'Europe, il ne totalisait que deux misérables points. Certes, cette victoire est chanceuse, mais Herbert a su aussi fait preuve de circonspection, usant de son expérience de vieux briscard pour ne pas s'affoler à la première goutte de pluie... puis en changeant ses gommes pile à l'instant propice. « Il s'est mis à pleuvoir juste au moment de mon premier arrêt, au 35e tour, dit-il. J'ai vu un gros nuage noir et je me suis dit: cette fois, ça va vraiment tomber ! J'ai opté pour les pneus pluie et ce fut une bonne chose ! » Rubens Barrichello n'a pas eu la même prescience: « Pour ma part, j'ai vu un coin de ciel bleu et j'ai demandé des slicks à rainures. Mauvaise pioche ! Mais de toute façon j'avais opté pour le plus dur des deux mélanges. J'avais du mal à rester en piste, j'ai dû mouiller la chemise. » Le Brésilien masque sa déception de passer une fois de plus à côté de sa première victoire: « Je me réjouis pour Johnny car il a vécu une saison frustrante. De plus, il reste avec Stewart alors que moi je m'en vais. Mais d'un autre côté, j'aurais voulu apporter leur première victoire à Jackie et Paul... »

 

La liesse règne aussi chez Prost-Peugeot grâce à l'exceptionnelle deuxième place de Jarno Trulli qui grimpe sur son premier podium en F1. L'Italien a été plus perspicace que son équipier Olivier Panis, pourtant mieux placé à l'origine, en ne basculant pas immédiatement sur les pneus pluie. « Mon stand m'a rappelé pour changer de gommes, mais j'ai vu un coin de ciel qui s'éclaircissait et une partie du bitume était encore sèche. J'ai donc décidé de poursuivre », explique Trulli. Panis est en revanche très déçu car la victoire était à sa portée sans ce pit-stop précipité. « Mais le temps changeait toutes les trente secondes. Il était donc facile de faire le mauvais choix ! » soupire-t-il. Par ailleurs, Trulli a su opposer une résistance héroïque à Rubens Barrichello. « C'est lorsque je suis passé en pneus pluie et que j'ai fait le plein que j'étais le plus rapide », narre-t-il. « Cependant il a fallu repasser en slicks et alors Barrichello m'a rattrapé. Mais je connais bien le circuit [NDLA: Trulli a été champion d'Allemagne de F3] et je savais exactement où placer mes roues pour lui barrer le passage ! » Enfin, Alain Prost salue un « résultat motivant » : avec les six points engrangés, Prost GP s'assure de la septième place du championnat des constructeurs devant Sauber-Petronas.

 

Häkkinen émerge, Ferrari sombre... dans le ridicule.

Les favoris ont mordu la poussière durant ce fol après-midi. Et en premier lieu McLaren qui s'est fourvoyée dans sa stratégie en stoppant Mika Häkkinen dès les premières gouttes. « Nous assumons l'entière responsabilité de cette bévue », assure Ron Dennis. « Néanmoins, je dois ajouter que je n'ai jamais été aussi heureux de voir un de mes pilotes finir cinquième. En effet, paradoxalement, Häkkinen est aussi le seul prétendant au titre mondial à avoir inscrit des points, deux petites unités qui lui permettent de prendre seul le commandement du championnat. Le blond Finlandais a couru avec sa tête, ménageant ses gommes durant la majorité de l'épreuve, ralentissant sous l'orage, avant d'attaquer dans les derniers kilomètres. Mais que retenir ? Cette petite provision arrachée de haute lutte face à Eddie Irvine ou les gros points encore une fois jetés par la fenêtre ?

 

Dans ses malheurs, McLaren a beaucoup de la chance car Ferrari a commis des erreurs encore plus grossières et, pour la première fois en 1999, achève un week-end avec un zéro pointé. Eddie Irvine aurait pourtant pu gagner sans le cafouillage insensé de son équipe lors de la première averse. Il est vrai que son équipier Mika Salo a eu la mauvaise idée de sortir de la route à cet instant et de rentrer pour changer d'aileron. « Ce fut une confusion totale », raconte le Nord-Irlandais. « En fait, au moment où j'ai décidé de mettre quatre pneus pluie, le stand m'a dit de rester encore deux tours dehors, le temps de réparer la voiture de Salo. Or durant ce laps de temps, les conditions ont sensiblement changé. Du coup, quelques secondes avant de rentrer, j'ai hurlé dans ma radio que je voulais des slicks rainurés, car la trajectoire s'asséchait. Apparemment, j'ai créé la panique... » En fait, les mécaniciens avaient alors sur les bras les pneus ôtés par Salo et les « pluie » prévus pour Irvine. Ils ont dû sortir les « secs » en catastrophe et l'un d'eux, posé dans un coin, a longtemps échappé à leurs regards. Ferrari avait déjà vécu un incident similaire avec Irvine au GP de France. Depuis, Ross Brawn a imposé un système a priori clair avec des couvertures chauffantes de couleurs différentes selon le composé et le pilote. Mais Irvine n'accable pas les mécaniciens: « A partir du moment où le règlement impose une seule équipe de ravitaillement pour les deux pilotes, ce genre d'erreurs peut se produire, surtout dans une situation aussi confuse que cet après-midi. » « Nous ne rechercherons pas de coupables, c'est la faute de toute la structure », renchérit Jean Todt. Voilà qui ne satisfait pas la presse italienne qui réclame dans les jours suivants la démission du manager français...

 

Toutefois, les grands perdants du jour sont Heinz-Harald Frentzen et David Coulthard. Tous deux ont renoncé alors qu'ils étaient aux commandes de l'épreuve et pouvaient rattraper Häkkinen et Irvine au championnat. Mais après leurs abandons, leurs espoirs de titre s'amincissent. Frentzen est le plus désappointé car son moteur s'est tu sans crier gare. « Tout avait admirablement fonctionné jusque-là... » gémit le pilote Jordan qui commençait vraiment à croire que les planètes s'alignaient pour faire de lui le champion du monde 1999. Hélas, contre toute apparence, il porte la responsabilité de son abandon. Jordan communique autour d'une mystérieuse « panne électrique », mais en fait Frentzen a tout simplement oublié de désactiver son dispositif anti-calage après son pit-stop. Son ingénieur Sam Michael est aussi fautif, car il a négligé de lui rappeler d'appuyer sur ce bouton... David Coulthard est à moins à plaindre puisqu'il a glissé sur une flaque d'eau. « Ma première sortie de la saison ! » souligne-t-il non sans mauvaise foi. « DC » peut se mordre les doigts. Vainqueur, il avait la couronne à portée de main. Mais après cet abandon, il va devoir se mettre au service de son équipier...

 

Frentzen et Coulthard out, les lauriers auraient pu revenir à deux jeunes en quête d'un premier succès. Hélas, la scoumoune les a aussi frappés. Giancarlo Fisichella apparaît ainsi en larmes devant les caméras. Le Romain avait en main sa première victoire avant d'être victime de l'incident le plus stupide qu'il soit: « Mon appui-tête s'est desserré et je me suis déconcentré une seconde... C'est de ma faute... J'avais là une chance unique... » Les yeux perdus dans le vague, Rocco Benetton peine lui aussi à surmonter sa déception. D'autant que l'heure est grave pour son équipe qui n'a plus inscrit le moindre point depuis le GP d'Autriche... Toutefois, plus encore que Fisichella, Ralf Schumacher méritait de remporter son premier Grand Prix. Il a mené une course digne de son frère, ne commettant pas une seule erreur de pilotage ou de stratégie malgré des conditions météorologiques changeantes. Hélas, une crevaison complétement inattendue a ruiné ses espoirs. « Une fois de plus, Ralf a fait une course magnifique. Il n'a rien à se reprocher », souligne Frank Williams, très admiratif.

 

Enfin, le miraculé de ce dimanche après-midi est bien sûr Pedro Diniz qui se tire de son impressionnante cabriole avec seulement quelques contusions à la jambe et à l'épaule droites. Transféré vers le centre médical du circuit, le Pauliste part ensuite pour l'hôpital de Bonn afin de subir des examens de routine. Il est libéré dans la soirée. Il peut s'estimer très heureux car son arceau de sécurité n'a pas résisté à ses tonneaux. Il a toutefois eu le réflexe de se pelotonner dans son cockpit, ce qui a probablement sauvé ses cervicales. Mais ensuite, prisonnier à l'envers dans son épave, Diniz a craint le feu: « J'ai d'abord senti couler un liquide chaud, l'eau des radiateurs... Puis soudain, du froid. De l'essence ? Surtout pas maintenant, me suis-je dit ! » Plus de peur que de mal pour le jeune Brésilien, même si la FIA va désormais devoir se pencher sur les moyens de renforcer les arceaux de sécurité.

 

Sources :

- Renaud de Labroderie, Le Livre d'Or de la Formule 1999, Solar, 1999

- Formule 1, la saison 1999, Mixing GmbH, 1999

- Sport Auto, novembre 1999

- Auto-Hebdo, 29 septembre 1999

- https://franceracing.fr/f1/europe-1999-frentzen-abandonne-sur-un-stupide-oubli/

Tony