Après son terrible accident du 15 juin 1997 à Montréal, Olivier Panis subit une seconde opération le surlendemain afin de réduire la pression sanguine dans ses jambes brisées. Puis, il regagne la France pour suivre sa convalescence à Douarnenez. Se pose alors la question de sa succession chez Prost. Celle-ci paraît devoir échoir à Emmanuel Collard. Le Francilien semble avoir tous les atouts dans sa manche: très doué, issu de l'école Elf, il est depuis cette saison le réserviste attitré de Prost Grand Prix, après avoir roulé pour Ligier, Williams, Benetton et Tyrrell en essais privés depuis 1989. Mais Alain Prost a une autre idée en tête: Flavio Briatore lui a confié que son poulain Jarno Trulli, auteur de débuts remarqués avec Minardi, était disponible pour rejoindre les Bleus. Séduit par le potentiel du jeune Italien, Prost choisit de le confronter à Collard lors d'une séance d'essais privés à Magny-Cours, les 18 et 19 juin. Briatore se charge d'aplanir les difficultés auprès de Giancarlo Minardi, qui reste l'employeur officiel de Trulli.

 

En fait, l'issue de la confrontation Collard – Trulli ne se jouera pas en piste. Les deux jeunes pilotes réalisent des chronos très similaires. Mais très vite, l'attitude de Collard irrite les ingénieurs de Prost GP. Orgueilleux, trop sûr de son (grand) talent, il communique peu avec le staff. Lorsque, le 19 juin, il sort dans les graviers et regagne les stands à pied, il ne prend pas la peine de s'expliquer. À l'inverse, Trulli se montre affable et coopératif. « Jarno ne subit pas les événements. Il les exploite à son bénéfice et nous en fait profiter », souligne Prost. La situation aurait pu pourtant se retourner en faveur de Collard si celui-ci avait bénéficié du soutien financier d'Elf. Or, depuis fin 96, le pétrolier français a cessé tout engagement officiel en F1 et ne sponsorise plus qu'un seul pilote: Olivier Panis. Dès lors, Emmanuel Collard voit ses espoirs réduits à néant.

 

Le 19 juin, Alain Prost et Flavio Briatore s'entretiennent avec Giancarlo Minardi et son associé Gabriele Rumi. Les deux parties s'accordent sur un rachat du contrat de Jarno Trulli, qui se voit en outre proposer une option pour 1998. Tard dans la soirée, Minardi téléphone à Prost: Peter Sauber réclame Trulli afin de remplacer Gianni Morbidelli, blessé dans la journée (voir plus bas). Le Suisse désire une réponse expresse. Prost prend les devants et confirme à Minardi l'engagement de Trulli à compter du GP de France. L'annonce officielle n'a cependant lieu que quatre jours plus tard, le 23 juin. « J'attends de Jarno qu'il marque des points à chaque Grand Prix ! » proclame Prost. À ses côtés, le natif de Pescara, très excité par cette formidable opportunité, sourit jusqu'aux oreilles. Giancarlo Minardi le remplace par un revenant: le Brésilien Tarso Marques, déjà aperçu l'an passé à l'occasion des GP du Brésil et d'Argentine. Celui-ci apporte par ailleurs quelques sponsors supplémentaires à l'écurie italienne, ainsi assurée d'achever la saison en cours.

 

Lors des essais privés du 19 juin à Magny-Cours, Gianni Morbidelli est victime d'une très rude sortie dans la courbe d'Imola: sa Sauber tire tout droit suite à une rupture mécanique avant de se pulvériser dans les barrières de pneus à près de 150 km/heure. Se plaignant de vives douleurs au bras gauche, l'Italien est transporté vers l'hôpital de Nevers, où un scanner détecte de multiples fractures à l'avant-bras, au radius et à l'ulna. Morbidelli est aussitôt transféré à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris afin d'être opéré dans la soirée par le célèbre professeur Gérard Saillant. Il devra s'éloigner des cockpits pendant six semaines. Après avoir tenté d'arracher Jarno Trulli à Alain Prost, Peter Sauber remplace finalement le blessé par le jeune Argentin Norberto Fontana, 22 ans, essayeur de l'équipe helvétique depuis deux ans. Champion d'Allemagne de Formule 3 en 1995 devant un certain Ralf Schumacher, Fontana sort d'une saison 1996 décevante en Formula Nippon et aura du mal à briller pour ses débuts improvisés en Formule 1. Voilà un événement bien funeste pour Sauber qui comptait sur Morbidelli pour inscrire des points aussi régulièrement que Johnny Herbert, et ainsi permettre à son équipe de rivaliser avec Prost, Jordan, voire McLaren et Benetton, au championnat des constructeurs.

 

Source:

Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 1997, Solar, 1997.

Tony