La Scuderia Ferrari aborde cette nouvelle année en posture de quasi favorite. L'équipe italienne a en effet manqué de peu le titre mondial en 1974 avec Clay Regazzoni, mais elle compte sur le pilote tessinois et sa nouvelle star Niki Lauda pour prendre sa revanche. Surtout, elle attend avec impatience la nouvelle création de Mauro Forghieri, la 312 T à boîte de vitesses transversale qui fera ses débuts en Afrique du Sud. En attendant la 312 B3 est utilisée pour les premières épreuves.
Championne du monde des pilotes et des constructeurs, McLaren a évidemment pour ambition de conserver ses titres. Emerson Fittipaldi rêve de devenir triple champion du monde. Pour l'aider, Gordon Coppuck a modifié le train avant et les suspensions de la M23 qui entame tout de même sa troisième saison. Denny Hulme parti à la retraite, c'est le jeune Allemand Jochen Mass qui épaule Emmo.
Révélation de la saison 74 malgré des performances irrégulières, la Brabham BT44 a été améliorée par Gordon Murray et transformée en BT44B. L'objectif de Bernie Ecclestone et de ses pilotes, les deux Carlos, Reutemann et Pace, est le titre mondial. De plus l'équipe a enfin obtenu le concours d'un gros sponsor, à savoir le fameux vermouth Martini, grâce à l'entregent de David Yorke, l'ancien team manager de Vanwall et de l'équipe de John Wyer, et grand ami d'Ecclestone.
Tyrrell aborde cette saison en position d'outsider. La 007 a encore une belle marge de progression et Ken Tyrrell pense qu'elle peut conduire Jody Scheckter au sacre. Le fougueux Patrick Depailler est toujours chargé d'assister le Sud-Africain.
Le moral est en revanche en berne chez Lotus. La marque subit le contre-coup de la crise de l'automobile et, qui pis est, John Player Special a diminué son soutien financier de 60%. Dans ces conditions, Colin Chapman n'a pu construire une nouvelle voiture et du coup, l'antique 72, conçue fin 1969 (!), va reprendre du service aux mains de Ronnie Peterson et Jacky Ickx. Les ambitions sont d'emblée forts modestes: la 72 est la seule voiture du plateau à ne pas avoir de freins à l'intérieur des roues, ce qui ne convient évidemment pas aux nouveaux pneus Goodyear.
L'écurie de l'excentrique Lord Hesketh, toujours associé à James Hunt, a en revanche plus d'ambition avec une 308 encore améliorée par Harvey Postlethwaite. Elle bénéficie désormais d'un nouveau système de suspensions avant composé de cornes en caoutchouc. Un inconvénient cependant: la diminution du rayon de braquage.
L'équipe Shadow a de grandes ambitions pour ses pilotes Jean-Pierre Jarier et Tom Pryce. Tout d'abord une nouvelle voiture, la DN5, est confiée à Jarier, pendant que Pryce pilotera une DN3B. Surtout Tony Southgate a pris langue avec Jean-Luc Lagardère pour obtenir à terme la fourniture d'un moteur V12 Matra.
Le reste du plateau fait grise mine. John Surtees se débat toujours avec des difficultés financières et n'engage qu'une voiture, toujours la médiocre TS16, confiée à John Watson, laissé libre par le retrait de l'écurie de John Goldie. Après avoir d'abord annoncé son retrait, March a entrepris la construction d'une nouvelle voiture, mais en attendant une seule 741 est engagée pour Vittorio Brambilla. Les deux équipes américaines Parnelli et Penske sont toujours là avec comme pilotes respectifs Mario Andretti et Mark Donohue. Ensign est sponsorisé par HB Bewaking, une société néerlandaise, et engage donc des pilotes néerlandais : Roelof Wunderink et Gijs van Lennep. A bientôt 46 ans, Graham Hill entame sa 18ème saison de Formule 1. En ce début d'année, son équipe Embassy utilise toujours les Lola de la saison précédente mais bientôt le double champion du monde bénéficiera de son propre châssis. Rolf Stommelen est son coéquipier.
Frank Williams s'est séparée de son sponsor Iso qui ne l'a pas payé. De plus Marlboro a considérablement réduit sa quote-part. Qu'à cela ne tienne, Williams engage désormais ses châssis sous son propre nom. Arturo Merzario est toujours premier pilote tandis que Jacques Laffite l'assiste, moyennant mille livres sterling par Grand Prix.
BRM est sur la pente descendante. Rachetée par son directeur Louis Stanley mais sans soutien financier, l'équipe anglaise n'engage plus qu'une seule voiture, une vieille P201, pour le Britannique Mike Wilds.
L'évènement de ce début de saison est l'arrivée d'une écurie 100% brésilienne, projet de Wilson Fittipaldi. Ce dernier a obtenu le soutien de la compagnie nationale sucrière Copersucar. La FD01 conçue par Richard Divila est apparue cependant comme trop audacieuse sur le plan aérodynamique et a été modifiée avant même le début de la saison. Enfin une autre équipe nationale sud-américaine aurait dû voir le jour, Berta, écurie argentine du grand constructeur Oreste Berta qui avait engagé le pilote Nestor Garcia-Veiga. Il doit cependant renoncer à cause de soucis financiers et techniques.
Cette saison Goodyear a désormais le quasi-monopole de la fourniture des pneumatiques. Néanmoins pour cette première course Parnelli utilise encore des gommes Firestone et on ne sait pas si cette situation va perdurer.
Tony