Il est difficile d'avoir un frère plus fort que soi. Ralf Schumacher, le cadet d'un septuple champion du monde, en sait quelque chose.
Agé de six ans et demi de moins que Michael, Ralf monte pour la première fois dans un kart à l'âge de trois ans. En 1991, il remporte le championnat de karting allemand junior. L'année suivante, il termine deuxième dans la catégorie senior.
La monoplace
En 1993, il participe au championnat Formula BMW Junior et termine deuxième, avec deux victoires. Il effectue des essais en Formule 3 pour l'écurie WTS et se lance dans la Formule 3 allemande en 1994. Il se classe troisième, derrière Jörg Müller et Alexander Wurz. L'année suivante, il se classe deuxième, derrière Norberto Fontana. Cette même année, il termine deuxième du Masters de Formule 3 à Zandvoort et remporte le prestigieux Grand Prix de Macao.
En 1996, il participe au championnat japonais de F3000, où il signe trois victoires et remporte le titre. Dans le même temps, il se classe deuxième en GT All-Japon.
En F1 avec Jordan
Toutes ces belles performances lui valent de décrocher un volant en 1997 chez Jordan-Peugeot, aux côtés de Giancarlo Fisichella. Les a priori commencent alors, sous prétexte qu'il aurait obtenu son contrat grâce à son frère. Mais le cadet des Schumacher fait taire les mauvaises langues dès sa troisième course, en Argentine, en décrochant son premier podium en terminant troisième. Cependant, il ne verra l'arrivée qu'une seule fois au cours des sept premières courses. La suite de la saison est irrégulière, mais lorsqu'il ne connaît pas de problème technique avant l'arrivée, il marque des points. Il enchaîne trois cinquièmes places consécutives en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Hongrie. Pour sa première saison, il se classe onzième du championnat.
En 1998, il entame sa deuxième saison en Formule 1 avec l'écurie Jordan, désormais motorisée par Mugen-Honda, et avec Damon Hill comme coéquipier. Le début de saison est difficile : il abandonne lors des trois premières courses. Il ne marque son premier point qu'au Grand Prix de Grande-Bretagne, avec une sixième place. La seconde moitié de la saison est plus régulière. Il termine cinquième en Autriche, puis sixième en Allemagne, avant de signer son meilleur résultat de l'année au Grand Prix de Belgique, où il se classe deuxième derrière son coéquipier, Damon Hill. Ce doublé constitue la première victoire de l'écurie Jordan en Formule 1. Cependant, Ralf, plus rapide en fin de course, reçoit l'ordre de ne pas dépasser Hill, ce qui provoque des tensions internes. Il enchaîne avec une troisième place en Italie. Cette saison 1998 marque une progression significative pour Ralf, qui confirme ainsi son potentiel. Il termine la saison à la dixième place du championnat du monde des pilotes.
Williams
En 1999, il rejoint l'écurie Williams, alors en pleine phase de reconstruction après des saisons difficiles. La monoplace FW21, équipée d'un moteur Supertec, n'est pas assez compétitive face aux meilleures équipes, mais Ralf parvient tout de même à tirer parti de sa fiabilité. Dès le Grand Prix d'Australie, il monte sur la troisième marche du podium, confirmant ainsi son adaptation rapide à sa nouvelle équipe. Il enchaîne ensuite les arrivées dans les points, avec notamment trois quatrièmes places au Brésil, au Canada et en France. Il décroche ensuite un autre podium en terminant troisième en Grande-Bretagne. Son meilleur résultat survient à Monza, où il termine deuxième, derrière Heinz-Harald Frentzen, dans une course marquée par une stratégie efficace et une régularité exemplaire. Lors du Grand Prix d'Europe, sur le circuit du Nürburgring, il mène la course et semble en mesure de décrocher sa première victoire en Formule 1, mais une crevaison l'oblige à abandonner ses espoirs de triomphe, laissant la victoire à Johnny Herbert. Face à un coéquipier en difficulté, Alessandro Zanardi, qui ne parvient pas à s'adapter aux exigences de la Formule 1 moderne, Ralf inscrit à lui seul l'intégralité des points de l'écurie Williams cette saison-là, terminant sixième du championnat. Sa constance et sa capacité à saisir les opportunités marquent un tournant dans sa carrière.
Il entame sa deuxième saison chez Williams, avec le soutien du nouveau moteur BMW dont les débuts en Formule 1 suscitent de grandes attentes. La FW22, bien qu'elle soit plus performante que sa devancière, reste en retrait par rapport aux Ferrari et aux McLaren. Il commence de nouveau la saison par une troisième place en Australie. Il enchaîne ensuite avec plusieurs arrivées dans les points, notamment à Silverstone et à Barcelone, où il termine quatrième à deux reprises. Il abandonne toutefois lors des trois Grands Prix suivants, à la suite de deux accrochages et d'un accident à Monaco qui lui cause une entaille de plusieurs centimètres au mollet gauche. Sa meilleure séquence survient en fin d'été, avec deux troisièmes places consécutives à Spa et Monza, deux circuits rapides qui mettent en valeur la puissance du moteur BMW. Face à son jeune coéquipier, Jenson Button, alors débutant en F1, Ralf assume pleinement son rôle de pilote principal. Si Button montre des qualités prometteuses, c'est Ralf qui porte l'équipe en termes de résultats. La saison 2000 consolide son statut de pilote fiable et compétitif, en attendant que le projet Williams-BMW atteigne sa pleine maturité. Il se classe cinquième du championnat.
En 2001, Ralf bénéficie enfin d'une monoplace compétitive avec la Williams FW23, propulsée par un moteur BMW qui figure parmi les plus puissants du plateau. Dès le début de la saison, il affiche une nette progression, malgré deux abandons lors des trois premières courses. Il remporte sa première victoire en Formule 1 au Grand Prix de Saint-Marin, à Imola, en menant une course maîtrisée de bout en bout. Ce succès est suivi de trois abandons, mais il s'impose à Montréal lors du Grand Prix du Canada, devant son frère Michael, offrant ainsi à la Formule 1 son premier doublé familial. Lors du Grand Prix de France, Ralf décroche sa première pole position. Il termine deuxième de la course, battu par son frère, mais cette performance souligne sa progression dans les qualifications. Il remporte une troisième victoire en Allemagne, où il domine la course sur ses terres. Il monte à nouveau sur le podium en terminant troisième en Italie. Ralf termine quatrième du championnat, son meilleur classement en carrière jusqu'alors. Il devance son coéquipier Juan Pablo Montoya, dont les débuts en Formule 1 sont prometteurs. La saison 2001 est la plus accomplie de sa carrière jusqu'alors, avec une combinaison de victoires, de régularité et d'une reconnaissance médiatique accrue. Elle confirme également le potentiel du duo Williams-BMW, désormais considéré comme un sérieux prétendant aux titres à venir.
En 2002, Ralf entame sa quatrième saison chez Williams. Lors du premier Grand Prix en Australie, il est victime d'un accident spectaculaire au départ. Sa voiture percute l'arrière de la Ferrari de Barrichello et décolle sur plusieurs mètres. Il se rattrape dès le Grand Prix suivant, en Malaisie, en s'imposant avec autorité, grâce à une stratégie efficace et à une bonne gestion des pneus Michelin. Cependant, cette victoire restera son seul succès de la saison. Il enchaîne ensuite avec plusieurs podiums, démontrant ainsi une régularité appréciable sur les tracés rapides et techniques. À Hockenheim, il termine troisième devant son public, dans une course marquée par une lutte serrée avec les McLaren. Malgré ces performances, il ne parvient pas à rivaliser avec la domination écrasante de Ferrari et de son frère, Michael, qui survole le championnat. Face à Juan Pablo Montoya, son coéquipier, Ralf compte une victoire contre aucune pour le Colombien. Ce dernier a toutefois décroché sept pole positions et sept podiums, contre respectivement zéro et six pour Ralf. Ralf termine la saison à la quatrième place du championnat, mais il est devancé par son coéquipier, qui se classe troisième, derrière les deux pilotes Ferrari.
Après un début de saison 2003 discret, il profite d'une nette amélioration des performances de sa monoplace à partir du Grand Prix de Monaco, où il termine quatrième après avoir réalisé la pole position. De nouveau en pole position au Canada, il termine la course à la deuxième place, derrière son frère. Cette montée en puissance se concrétise par deux victoires consécutives : au Nürburgring lors du Grand Prix d'Europe, puis à Magny-Cours lors du Grand Prix de France. Parti en pole position, il mène la course de manière autoritaire, devançant son coéquipier Montoya et les Ferrari. Ces succès le replacent dans la lutte pour le championnat des pilotes et le doublé de l'écurie Williams relance également les espoirs de l'équipe dans la course au titre. Toutefois, cette dynamique s'essouffle rapidement. De plus, lors des essais privés à Monza, Ralf est victime d'un accident sérieux qui lui provoque des vertiges persistants et l'oblige à renoncer au Grand Prix d'Italie. Il termine l'année à la cinquième place du championnat, derrière Montoya qui s'est montré plus régulier tout au long de la saison. La saison 2003 confirme les qualités de finisseur de Ralf et sa capacité à saisir les opportunités lorsque la voiture est compétitive. Elle marque également le début d'un déclin relatif, avec une fin de saison en demi-teinte et une dynamique interne chez Williams qui commence à favoriser Montoya. Malgré cela, ses deux victoires consécutives comptent parmi les plus marquantes de sa carrière.
En 2004, Ralf commence avec des performances en demi-teinte : s'il obtient une quatrième place encourageante à Melbourne, la FW26, avec son museau atypique, peine à rivaliser avec les Ferrari et les BAR-Honda. Il enchaîne plusieurs arrivées dans les points, mais sans monter sur le podium. Après deux abandons à Monaco et sur le Nürburgring, il décroche la pole position au Canada. Il termine la course à la deuxième place, mais est ensuite disqualifié pour des freins non conformes. Le Grand Prix suivant, aux Etats-Unis, marque un tournant dramatique. Victime d'une crevaison à haute vitesse sur l'ovale d'Indianapolis, il percute violemment le mur arrière. L'impact est si brutal qu'il perd connaissance. Il souffre de fractures vertébrales et doit observer une longue convalescence, manquant ainsi six courses. Il revient sur la piste pour les trois dernières manches de la saison. Au Japon, il réalise une solide performance en terminant deuxième, prouvant qu'il n'a rien perdu de ses capacités malgré son accident. Ce résultat rassure Toyota, son futur employeur, avec lequel il s'est engagé peu avant sa blessure. Ralf termine la saison à la neuvième place du championnat. Cette année, marquée par une baisse de compétitivité de l'écurie Williams et un accident majeur, symbolise la fin d'un cycle.
Toyota
En 2005, Ralf rejoint Toyota après avoir passé six saisons chez Williams. L'écurie japonaise, ambitieuse mais encore à la recherche de résultats probants, lui confie le volant de la TF105. Les débuts sont mitigés : Il termine hors des points en Australie, puis enchaîne avec des résultats plus solides, notamment une quatrième place à Bahreïn et en Espagne, qui témoignent d'un potentiel en nette progression. La première moitié de la saison est marquée par une régularité en milieu de grille, avec plusieurs places dans le top 6, mais aussi un abandon au Nürburgring à la suite d'une sortie de piste. Aux Etats-Unis, il est victime d'un nouvel accident dans le même virage que l'année précédente. Bien que moins grave, cet incident, causé par une défaillance de pneu Michelin, conduit Toyota à se retirer de la course, tout comme les autres équipes équipées par le manufacturier français. La seconde moitié de l'année est plus fructueuse. Il décroche un podium en Hongrie avec une troisième place, puis réitère en Chine, où il termine à nouveau troisième après une course stratégique bien maîtrisée. Il signe également une pole position au Japon, la dernière de sa carrière, mais ne parvient pas à la convertir en podium. Ces résultats lui permettent de conclure la saison à la sixième place du championnat, devant son coéquipier Jarno Trulli. La saison 2005 marque une transition réussie pour Ralf qui démontre ainsi sa capacité à s'adapter à une nouvelle structure tout en conservant son efficacité en course. Elle confirme également la montée en puissance de Toyota, désormais capable de jouer régulièrement les points et les podiums.
En 2006, Ralf poursuit son aventure chez Toyota. Après une saison encourageante en 2005, l'écurie japonaise peine à confirmer ses ambitions. Dès le début de la saison, Ralf monte sur la troisième marche du podium en Australie. Ce sera toutefois le seul de l'année, et le dernier de sa carrière en Formule 1. La suite de la saison est marquée par une irrégularité chronique. La voiture souffre de problèmes de fiabilité, avec sept abandons au total. Malgré tout, Ralf parvient à marquer des points dans sept courses, notamment avec une quatrième place en France, ainsi que des arrivées dans le top 6 en Hongrie et en Turquie. Lors du Grand Prix du Japon, il réalise sa meilleure qualification de l'année en décrochant la troisième place sur la grille, mais il ne se classe que septième à l'arrivée. Face à son coéquipier Jarno Trulli, Ralf conserve l'avantage au championnat et termine dixième. Cette saison marque toutefois le début du déclin de Toyota, qui peine à maintenir sa compétitivité face aux équipes de pointe.
En 2007, il dispute sa troisième et dernière saison avec Toyota. Après une année 2006 déjà en retrait, les espoirs de progression sont minces et la saison se révèle décevante. Dès les premières courses, il peine à rivaliser avec son coéquipier, Jarno Trulli, tant en qualifications qu'en course. Il inscrit ses premiers points à Melbourne avec une huitième place, mais les résultats restent sporadiques. La voiture souffre de problèmes de performance et de fiabilité. Il parvient néanmoins à terminer sixième en Hongrie, son meilleur résultat de l'année, lors d'une course marquée par une stratégie opportuniste et une gestion prudente des pneus. Ce sera son dernier classement dans les points en Formule 1. A l'approche de la fin de la saison, les rumeurs sur son départ se multiplient et, le 1er octobre, il annonce officiellement qu'il quitte Toyota, sans doute contraint et forcé. Il termine la saison à la seizième place du championnat avec seulement cinq points, sans podium ni pole position. Cette dernière campagne reflète le déclin progressif de ses performances, mais aussi les limites du projet Toyota, qui n'a pas su concrétiser ses ambitions malgré des moyens considérables.
Le DTM après la F1
Après des essais infructueux chez Force India, Ralf entame une nouvelle phase de sa carrière en rejoignant le championnat DTM avec Mercedes. En 2008, il fait ses débuts dans la discipline au volant d'une C-Klasse de l'année précédente, ce qui le place dans une catégorie moins compétitive. Il termine la saison sans monter sur le podium, avec seulement trois points marqués, ce qui illustre les difficultés d'adaptation au pilotage des voitures de tourisme.
En 2009, il dispose d'une voiture plus récente, mais ses résultats restent modestes. Il marque quelques points, progresse en qualifications, mais ne parvient pas à se hisser dans le groupe de tête. La saison 2010 est marquée par une régularité accrue. Ralf termine plusieurs courses dans le top 10 et marque davantage de points que les années précédentes. Il devient un pilote apprécié pour son expérience et son rôle dans le développement technique des voitures. À Hockenheim, il réalise sa meilleure qualification en DTM, avec une quatrième place sur la grille, mais ne parvient pas à monter sur le podium. L'année suivante, il reste chez Mercedes, mais ses résultats stagnent. Il se contente souvent de places en milieu de peloton, sans parvenir à se distinguer. Il conserve néanmoins une influence stratégique au sein de l'équipe, participant activement aux essais et au développement des réglages.
La saison 2012 est la dernière qu'il passe en tant que pilote professionnel. Il dispute l'ensemble du championnat sans toutefois obtenir de résultats marquants. À la fin de l'année, il annonce sa retraite sportive, mettant ainsi un terme à une carrière de seize saisons en compétition internationale. Il reste actif dans le monde du sport automobile, notamment en tant que consultant pour Mercedes et mentor pour de jeunes pilotes, dont son fils David, engagé en monoplace.
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