Présentation de l'épreuve
Ces années 2020 représentent un véritable « âge d'or » de la Formule 1 en Grande-Bretagne. On compte en effet cette année pas moins de cinq « Brits » sur la grille de départ, et non des moindres: la super-star mondiale Lewis Hamilton, le champion du monde en titre Lando Norris, l'aspirant à la couronne George Russell, ainsi que les très prometteurs Oliver Bearman et Arvid Lindblad. On pourrait leur adjoindre Alexander Albon qui est binational thaïlandais et britannique. L'engouement populaire pour la F1 est immense de ce côté de la Manche, et le circuit de Silverstone accueillera 565 000 spectateurs sur le week-end, battant ainsi le record établi par l'édition 1995 du Grand Prix d'Australie, la dernière à s'être disputée à Adélaïde. Ce qui occasionnera de nombreux bouchons sur les routes... Mais l'avenir de l'épreuve est désormais assuré. En 2024, un contrat de dix ans a été signé avec la FOM pour une valeur de 300 millions de livres sterling. Stefano Domenicali se dit désormais ouvert à une nouvelle prolongation et enterre tout projet de déménagement du GP de Grande-Bretagne: « Il n'y a pas d'autre endroit possible au Royaume-Uni. Ni Brands Hatch ni Donington ne disposent de la capacité nécessaire pour accueillir la F1. Nous sommes devenus trop populaires ! Le BRDC a fait du bon travail pour limiter les problèmes logistiques malgré le très grand nombre de personnes présentes. Il a compris qu'il devait offrir le meilleur produit possible aux fans. Et Silverstone est un endroit extraordinaire pour vivre la passion du sport automobile. Personnellement, je suis prêt à leur signer un contrat pour l'éternité ! »
Toutefois, si d'ordinaire Silverstone est l'un des principaux morceaux de bravoure du championnat avec ses grandes courbes rapides, le défi pourrait être moins exaltant cette année. En effet, comme les gros freinages sont presque absents, les pilotes seront contraints de relâcher l'accélérateur dans ces mêmes courbes afin de pouvoir recharger leurs batteries, comme l'explique franco Colapinto: « Le simulateur nous indique qu'il faudra lever le pied. Melbourne, Suzuka et désormais Silverstone sont des circuits avec de fortes accélérations et peu de gros freinages. La gestion de l'énergie électrique y est donc cruciale. On peut en manquer facilement. Néanmoins, les réformes apportées en début d'année devraient nous permettre de moins nous soucier de l'énergie et de ne pas trop relâcher en courbe. » D'autres pilotes sont nettement plus pessimistes, comme Max Verstappen: « Silverstone est désormais un autre circuit. Dans le simulateur, la batterie était à peine chargée au bout d'un tour. Elle était constamment à plat. Et comme on ne peut guère recharger en courbe, on manque de puissance en ligne droite. » « Ce sera difficile entre Brooklands et Stowe, abonde Lewis Hamilton. Nous aurons une perte de puissance très tôt, dès le virage de Copse. Là où nous passions jadis moteur hurlant, il faudra rétrograder de 8e en 7e à plein régime. Puis nous aborderons Maggots et Becketts en roue libre pour recharger. » Fernando Alonso est encore plus sévère: « Silverstone était un merveilleux tracé pour les précédentes F1 à effet de sol. Désormais, ce sera un triste spectacle, avec des voitures très lentes dans des courbes magiques. »
Alonso exagère, puisqu'au final les pilotes passeront entre 10 et 25 km/heure moins vite dans les courbes rapides, ce qui est un ralentissement substantiel, mais acceptable. Cependant, ce circuit favorisant le déploiement d'énergie électrique devrait favoriser le moteur Mercedes qui a un net avantage en la matière. Les Flèches d'Argent apparaissent comme les grandes favorites de cette épreuve, et Ferrari souhaite seulement pouvoir les titiller. Bien sûr, Lewis Hamilton espérerait mieux, comme remporter une dixième victoire à domicile pour combler ses innombrables fans. En tout cas, ses récents bons résultats ont levé les dernières préventions des « Hamiltonistes » vis-à-vis de Ferrari. Les bannières flanquées du cheval cabré claquent par centaines dans les tribunes. Signe que le mariage Hamilton - Ferrari a pris une heureuse tournure, Frédéric Vasseur annonce ici que le pilote britannique évoluera toujours en rouge en 2027, coupant court aux spéculations autour d'une possible retraite. Hamilton est désormais si bien intégré qu'il apparaît comme le leader officieux de la Scuderia face aux lourdes difficultés de Charles Leclerc. Vasseur admet que Hamilton a mis le temps pour se couler dans le moule, mais cela appartient au passé: « L'année dernière, j'avais sous-estimé l'ampleur de la transition de Mercedes à Ferrari », dit-il au Corriere della Sera. « Tout était nouveau pour Lewis qui n'est pas un de ces pilotes qui changent d'écurie tous les deux ou trois ans comme Sainz. Maintenant, il connaît les outils, les personnes et notre approche. Il est entré dans un cercle vertueux. »
Dans le même temps, Frédéric Vasseur répond à une déclaration de Toto Wolff qui s'étonnait en Autriche du rythme de développement effréné adopté par Ferrari: « Ils apportent énormément de pièces sur leur voiture... Ils sont les seuls à ne pas ralentir. Ferrari semble illimitée en ce domaine. Mais à cause du plafond budgétaire, on peut penser qu'ils ne pourront guère soutenir ce rythme. » Sous-entendu: peut-être que Ferrari dépasse cette fameuse limite... Vasseur réplique vivement à ce semblant d'insinuation: « Quand Mercedes et Red Bull développent, ce sont des génies. Quand c'est nous, on nous accuse de tricher ! Oui, nous apportons beaucoup d'évolutions dans cette première partie de saison, car il vaut mieux gagner des dixièmes maintenant que lors des dernières courses ! » Wolff répond en plaidant le malentendu: « Fred est très émotif. Il ferait mieux de lire intégralement mes propos et non les gros titres. J'ai fait une simple observation, je ne l'ai pas accusé de crever le plafond budgétaire ! » Mais le mal est fait, et les deux patrons, qui prenaient jusqu'alors souvent les mêmes vols pour aller et repartir des circuits, s'évitent ostensiblement.
Comme l'an passé, les fans de Lando Norris bénéficient de leur propre tribune baptisée « Landostand », agrandie et située entre les virages de Stowe et de Club. Moyennant la coquette somme de 539 £, les Norristes se voient remettre un bracelet et un t-shirt jaune fluo, couleur du casque de leur idole qui détonnera sur les images télévisées. En vérité, le champion du monde a besoin de réconfort car il ne cache plus le désarroi que lui inspire sa McLaren: « La voiture est médiocre dans tous les domaines, en ligne droite, dans les courbes lentes ou rapides... Je pensais après le GP de Miami que nous étions sur la bonne voie, mais ce n'était qu'une illusion. » Pas rancunier, Norris déclare néanmoins ce week-end qu'il envisage d'accomplir l'intégralité de sa carrière chez McLaren ! De son côté, le toujours taiseux Oscar Piastri s'en sort encore moins bien au volant de la MCL40. Andrea Stella explique que ses difficultés proviennent de son style de pilotage, peu économe envers la gomme: « Oscar doit adapter sa conduite à ces nouvelles F1 générant moins d'adhérence, en particulier sur les circuits qui maltraitent les pneus. Il progresse en ce sens et sa quatrième place en Autriche a récompensé son travail. »
La vraie vedette de ce Grand Prix de Grande-Bretagne n'évolue cependant pas en piste: Christian Horner effectue sa première visite dans le paddock depuis son éviction par Red Bull voici un an. Harcelé par la presse, l'ex-team principal annonce qu'il va bientôt publier un livre dans lequel il dévoilera toutes les coulisses de l'écurie au taureau rouge, sans rien cacher des raisons de leur rupture. Horner est cependant moins loquace sur son avenir dans la discipline qui donne lieu à mille supputations. Le vieux Bernie Ecclestone a ainsi révélé qu'il avait tenté de placer son ami chez Ferrari ! De son côté, Flavio Briatore ferme la porte à l'arrivée d'Horner chez Alpine, de quelque façon que ce soit. À Silverstone, ce dernier s'entretient avec Lawrence Stroll qui n'a semble-t-il pas renoncé à lui offrir la direction de l'équipe Aston Martin. Enfin, Horner est évidemment persona non grata chez Red Bull, à telle enseigne que Laurent Mekies interdit à Max Verstappen de rencontrer son ancien patron. Il est vrai que Horner ménage particulièrement le Néerlandais dans chacune de ses déclarations. Après tout, il ne faut jamais insulter l'avenir.
Laurent Mekies n'a du reste nulle envie de s'embarrasser de son prédécesseur. Le journal De Telegraaf fait en effet état de vives tensions au sein du team Red Bull. Le directeur technique Pierre Waché refuse d'impliquer Gianpiero Lambiase dans les programmes de développement puisque ce dernier migrera chez McLaren à l'horizon 2028. L'ingénieur et le confident de Max Verstappen est ainsi peu à peu mis sur la touche par le staff technique. La situation se serait encore envenimée ces derniers jours après que des rumeurs ont fait état d'un éventuel départ de Verstappen chez McLaren. Certains journalistes rapportent des échanges tendus entre Laurent Mekies d'une part, Jos Verstappen et Raymond Vermeulen d'autre part. Pis, Mark Mateschitz lui-même accuserait le champion hollandais de déloyauté ! Par ailleurs, chacun note l'absence à Silverstone de Paul Monaghan, l'un des techniciens les plus chevronnés de l'écurie. Le directeur de l'ingénierie châssis est en effet sur le point de rejoindre Cadillac F1. Un nouveau coup dur pour RBR...
La Formule 1 poursuit son partenariat avec Lego: après une parade l'an passé à Miami au moyen des biplaces entièrement construites avec les fameuses briquettes, ce sont ici vingt-deux « kartings » en plastique qui arpentent dimanche le circuit de Silverstone. Chaque pilote reçoit un petit bolide motorisé à ses couleurs pour une mini-course destinée à amuser le public. Cependant, certains se montrent assez grincheux face à cette initiative. « Cela m'intéresserait s'il avait 600 chevaux de plus ! » grogne Lance Stroll. Lewis Hamilton ne goûte guère le versant « auto-tamponneuses » de cet événement: « L'an passé, j'avais laissé le volant à Charles, et certes c'était amusant de se rentrer dedans. Mais là, à vingt-deux, cela va être la foire. » Max Verstappen se demande s'il est pertinent « de transformer les meilleurs pilotes du monde en clowns » ?... Au final, les vingt-deux pilotes, auquel se joint le président de la FIA Mohammed Ben Sulayem, passent tout de même un bon moment avant la course. Un grand moment de rigolade survient lorsque plusieurs concurrents tentent de court-circuiter le virage de Village... et s'enlisent piteusement dans le sable ! Finalement, Fernando Alonso remporte sa première « victoire » depuis bien longtemps après un impressionnant « finish » roue contre roue avec Valtteri Bottas et Esteban Ocon.
McLaren continue de célébrer son soixantième anniversaire en arborant une livrée inspirée par celle de son tout premier modèle, la M2B de 1966: blanche avec une ligne verticale verte sur le museau. Par ailleurs, John Watson, âgé de 80 ans, fête les 45 ans de sa victoire à Silverstone en reprenant le volant de sa McLaren-Ford-Cosworth MP4/1, la première Formule 1 en fibre de carbone conçue par John Barnard. De son côté, Cadillac fête le 250e anniversaire de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis en pavoisant aux couleurs de la bannière étoilée, laquelle se retrouve aussi sur les casques de Sergio Pérez et Valtteri Bottas.
Quelques évolutions apparaissent sur les bolides de pointe, comme de nouveaux conduits de refroidissement sur la Ferrari ou des ailettes inédites chez Red Bull. McLaren a redessiné les bords de son fond plat. De son côté, Racing Bulls a retouché son plancher et son diffuseur. Haas inaugure un nouvel aileron arrière, dans l'espoir de retrouver une performance qui semble s'évaporer au fur et à mesure de la saison. Enfin, Williams présente un nouveau modèle d'aileron avant, mais travaille surtout sur une version B de sa FW48 qui devrait apparaître en septembre à Bakou.
Vendredi: essais libres et qualifications pour le sprint
Le soleil et la chaleur sont au rendez-vous de ce quatrième week-end sprint de la saison. Les pilotes doivent cependant composer avec des rafales de vent, toujours assez fortes sur cet ancien aérodrome. Vendredi, Hamilton réalise le meilleur chrono (1'29''260''') de l'unique séance d'essais libres devant Antonelli et Leclerc.
Un peu plus tard, Hamilton signe le meilleur temps (1'28''376''') des qualifications pour le sprint. Leclerc place sa Ferrari en quatrième position, à un peu plus de trois dixièmes de son équipier. Chez Mercedes, Antonelli est en deuxième position, à seulement 11 millièmes de la pole. Russell (5e) paraît moins à l'aise que son équipier. Du côté de Red Bull-Ford, Verstappen (3e) échoue à 3/10e d'Hamilton tandis que Hadjar (8e) est quelque peu déçu de sa prestation. Chez McLaren, Norris (6e) est gêné par une écope de frein arrière endommagée, mais parvient à faire mieux que Piastri (7e). Les Racing Bulls (Lawson 9e, Lindblad 10e) s'affirment en cinquième force du plateau devant les Alpine-Mercedes (Gasly 11e, Colapinto 14e), plus en retrait ces derniers temps. Les Audi (Bortoleto 12e, Hülkenberg 13e), quelque peu déstabilisées par le vent, ne franchissent pas la SQ2. Les Williams (Sainz 15e, Albon 16e) semblent progresser. En revanche, les Haas (Bearman 17e, Ocon 18e) sont toujours à la peine malgré des améliorations. Chez Cadillac, Pérez (19e) n'échoue qu'à quelques millièmes d'Ocon et précède Bottas (20e). Enfin, les Aston Martin-Honda (Alonso 21e, Stroll 22e), concèdent encore près d'une seconde aux Cadillac.
Le spint
Samedi à mi-journée, ce quatrième sprint de la saison se déroule dans une atmosphère très estivale (22°C dans l'air, 37°C sur la piste). La majorité des pilotes part avec le composé médium (C2). Bottas, Stroll et Alonso essaient les pneus tendres (C3). Albon part des stands après que sa Williams a été retouchée sous parc fermé.
Départ: Hamilton barre la route à Antonelli et conserve l'ascendant au premier virage. Norris bondit en troisième position devant Piastri et Russell, tandis que Verstappen tombe au septième rang.
1er tour: Norris déborde Antonelli avant Copse, mais l'Italien reprend l'ascendant à Stowe. Russell déborde Piastri dans cette même courbe, puis surprend Norris à Club. En fin de tour, Hamilton devance Antonelli, Russell, Norris, Piastri, Verstappen, Leclerc, Gasly, Lawson et Lindblad. Mal parti, Hadjar se retrouve 13e.
2e: Verstappen dépasse Piastri à Abbey, puis l'Australien se fait doubler par Leclerc. Norris déborde Russell par l'extérieur à Copse puis pare une attaque de son compatriote à Stowe. Pérez heurte Alonso à Village et l'expédie en tête-à-queue. L'Espagnol repart tandis que le Mexicain repasse aux stands pour changer de pneus.
3e: Hamilton compte une seconde d'avance sur Antonelli. Verstappen double Russell à Abbey, puis attaque Norris sans succès. Piastri dépasse Russell à Copse mais ce dernier profite du mode dépassement pour reprendre sa position à Stowe.
4e: Leclerc assaille Piastri à The Loop avant de prendre l'avantage au freinage de Brooklands. Lawson double Gasly.
5e: Hamilton précède Antonelli (0.7s.), Norris (5.8s.), Verstappen (6.5s.), Russell (8s.), Leclerc (8.6s.), Piastri (9.7s.) et Lawson (12.5s.). Lindblad prend la neuvième place à Gasly.
6e: Hadjar a doublé Bearman et Colapinto, et apparaît désormais au onzième rang.
7e: Antonelli est sur les talons d'Hamilton. Norris est à six secondes du leader. Hadjar dépasse Gasly.
8e: Antonelli tente en vain de se porter à la hauteur d'Hamilton à Brooklands. Il parvient toutefois à sauvegarder sa batterie et déborde facilement le Britannique dans la ligne droite d'Hangar Straight. Russell dépasse Verstappen. Pérez est pénalisé de 10 secondes pour sa collision avec Alonso.
9e: Verstappen repasse devant Russell en début de tour, mais ce dernier contre-attaque avec succès à Hangar Straight. Hadjar dépasse Lindblad.
10e: Verstappen menace Russell dans le premier secteur, mais se fait rattraper en fin de tour par Leclerc qui le déborde à l'entrée de Stowe.
11e: Antonelli devance Hamilton (1.3s.), Norris (5.7s.), Russell (9s.), Leclerc (9.6s.), Verstappen (10.5s.), Piastri (11.6s.), Lawson (19.3s.), Hadjar (21s.) et Lindblad (22.3s.).
13e: Antonelli conserve environ une seconde et demie d'avance sur Hamilton. Hadjar menace Lawson.
15e: Antonelli est premier devant Hamilton (1.7s.), Norris (8s.), Russell (10s.), Leclerc (11.2s.), Verstappen (13.5s.), Piastri (15.2s.), Lawson (25.2s.), Hadjar (29s.) et Lindblad (29s.).
16e: Hadjar attaque Lawson à Stowe, mais le Néo-Zélandais ferme rudement la porte dans la courbe et garde l'ascendant.
17e et dernier tour: Kimi Antonelli remporte son premier sprint devant Hamilton et Norris. Russell se classe quatrième. Leclerc finit cinquième, Verstappen seulement sixième. Piastri termine septième et Lawson sauve le dernier point. Viennent ensuite Hadjar, Lindblad, Gasly, Colapinto, Hülkenberg, Bortoleto, Bearman, Ocon, Sainz, Albon, Bottas, Alonso, Stroll et Pérez.
Ce mini-course semble confirmer la suprématie d'Antonelli et de sa Mercedes qui ont assez facilement avalé la Ferrari de Lewis Hamilton. Le jeune Italien se méfie cependant de la riposte des Rouges. En tout cas, cette première victoire en sprint lui permet d'engranger huit bons points, soit trois de plus que son coéquipier George Russell. Lando Norris se satisfait de sa troisième place au volant d'une McLaren qui selon lui ne mérite pas pareil résultat, d'autant plus qu'il a dû composer avec un débit de carburant mal réglé. Enfin, un beau geste à signaler: alors que Liam Lawson est entendu par les commissaires pour sa défense un peu trop musclée face à Isack Hadjar, ce dernier vient lui-même prendre la défense de son ex-équipier qui est ainsi blanchi !
Les qualifications
Antonelli garde l'avantage lors des qualifications et réalise sa cinquième pole position (1'28''111''') malgré un relatif déficit de puissance en ligne droite. Russell se fait peur en sortant de la route à Luffield en Q1. Il abîme son aileron contre le mur, mais a le temps de réparer pour signer un chrono et franchir cette étape. Il obtient ensuite le 4e temps en Q3. Les Ferrari (Leclerc 2e, Hamilton 3e) seront en embuscade pour jouer la victoire. Les Red Bull manquent à la fois d'équilibre et de puissance. Hadjar (5e) fait mieux que Verstappen (7e), très mécontent de sa RB22. Les McLaren sont rejetées à plus d'une demi-seconde de la pole. Agacé, Norris (6e) dénonce un manque d'appui et trop de traînée, jugement confirmé par Piastri (8e) qui déplore un vif sous-virage. Les Racing Bulls atteignent à nouveau la Q3, mais Lindblad (9e) et Lawson (10e) prestent contre l'équilibre de leur monture.
Bortoleto (11e) hisse son Audi en Q2 malgré un petit problème de boîte de vitesses en Q1, mais estime qu'il aurait pu faire mieux sans une faute de pilotage. Hülkenberg (12e) effectue une nouvelle prestation très terne. Gasly est déçu de son Alpine qui ne lui a jamais laissé espérer atteindre la Q3. Il signe le 12e temps, puis recule de trois places car il est pénalisé pour avoir gêné Stroll. Colapinto (19e) ruine ses chances dans une sortie de route à Becketts. Les Haas-Ferrari sont instables, surtout dans les virages lents. Bearman ne fait mieux que 13e tandis que Ocon (17e) est éliminé d'emblée, piégé par le drapeau jaune provoqué par Colapinto. Sainz (14e) et Albon (16e) évaluent principalement les évolutions apportées à la Williams, quitte à sacrifier cette séance. Les Cadillac se rapprochent toujours du peloton, et cette fois Bottas (18e) devance Pérez (20e), victime de sous-virage. Enfin, les Aston Martin-Honda (Stroll 21e, Alonso 22e) ferment la marche comme à l'ordinaire.
Le Grand Prix
Les tribunes de Silverstone sont pleines à craquer en ce chaud dimanche juillet. La passion et la ferveur du public britannique atteignent leur paroxysme à chaque apparition de Sir Lewis Hamilton, roi incontesté de l'Angleterre automobile. Il fait encore plus chaud que la veille (24°C dans l'air, 41°C sur la piste) et l'hypothèse d'une course à deux arrêts n'est pas exclue. Les vingt-deux pilotes démarrent avec des pneus médiums (C2) neufs et prévoient d'utiliser le pneu dur C1 lors du deuxième relais.
Tour de formation: Le moteur d'Alonso se coupe un instant à Becketts. L'Espagnol parvient à relancer celui-ci et à rejoindre le peloton, mais il prendra le départ depuis les stands.
Départ: Antonelli prend un envol moyen. Leclerc le déborde par la droite et s'empare de la première place. Hamilton fait ensuite l'extérieur à l'Italien au premier tournant. Suivent Russell, Hadjar et Verstappen. Lawson passe devant les McLaren.
1er tour: Russell attaque en vain Antonelli à Brooklands. Dans ce même virage, Albon heurte la roue arrière-gauche de Bearman qui part en tête-à-queue, mais parviendra à repartir. Norris efface Lawson tandis que Piastri perd plusieurs places après avoir endommagé son aileron avant contre la voiture de Lindblad. En fin de tour, Leclerc devance Hamilton, Antonelli, Russell, Hadjar, Verstappen, Norris, Lawson, Lindblad et Sainz. Albon rejoint les stands et y reste immobilisé plus d'une minute.
2e: Huit dixièmes séparent Leclerc et Hamilton. Piastri lève le pied pour rejoindre les stands. Hülkenberg perd quelques positions dans une pirouette.
3e: Verstappen déborde Hadjar à The Loop. Piastri remplace ses pneus et son aileron avant et sombre au 21e rang.
4e: Leclerc mène devant Hamilton (1.1s.), Antonelli (2s.), Russell (4.7s.), Verstappen (6s.), Hadjar (6.7s.), Norris (7.3s.), Lawson (11.1s.), Lindblad (26.4s.), Sainz (14.6s.), Bortoleto (15.3s.) et Gasly (16.2s.).
5e: Bortoleto prend la 10e place à Sainz. Albon reçoit 10 secondes de sanction pour avoir percuté Bearman.
6e: Leclerc compte deux secondes de marge sur Hamilton, trois secondes sur Antonelli. Gasly efface Sainz.
7e: Hamilton écope de 5 secondes de pénalité pour avoir légèrement bougé avant le départ. En piste, le Britannique est sous la menace d'Antonelli.
8e: Leclerc précède Hamilton (3s.), Antonelli (3.3s.), Russell (6.2s.), Verstappen (7.5s.), Hadjar (9.3s.), Norris (11s.), Lawson (17.7s.), Lindblad (19.4s.) et Bortoleto (23.4s.).
10e: Antonelli met une forte pression sur Hamilton, sans porter d'attaque pour le moment.
11e: Antonelli puise dans sa batterie pour déborder Hamilton sans coup férir avant Copse. Le voici deuxième.
12e: Leclerc compte quatre secondes d'avance sur Antonelli. Russell est sous la pression de Verstappen et Norris fond sur Hadjar.
14e: Leclerc devance Antonelli (4.2s.), Hamilton (5.6s.), Russell (9s.), Verstappen (9.6s.), Hadjar (14.6s.), Norris (15.2s.), Lawson (26.6s.), Lindblad (28s.), Bortoleto (31.5s.), Gasly (37.6s.) et Colapinto (40s.).
16e: Leclerc garde quatre secondes et demie d'avantage sur Antonelli. Hamilton est repoussé huit secondes de son équipier. Albon subit sa pénalité, puis va passer le reste de son après-midi à enchaîner les courts relais pour éprouver son nouvel aileron avant.
17e: Verstappen déborde Russell par l'extérieur à Copse. Le pilote Mercedes réplique à Stowe mais le Hollandais lui barre la route assez rudement... avant de renter aux stands.
18e: Verstappen chausse les gommes dures (2.8s.) et repart en septième position. Hülkenberg change aussi de pneus.
19e: Leclerc est en tête devant Antonelli (4.3s.), Hamilton (8.7s.), Russell (12.8s.), Hadjar (19s.), Norris (19.8s.), Verstappen (30s.), Lawson (33.2s.), Lindblad (35s.) et Bortoleto (39s.). Stroll change de pneus.
20e: Hadjar se saisit de pneus blancs lors d'un arrêt trop long (4.2s.). Il se réinsère derrière Bortoleto qu'il déborde dans la foulée.
21e: Antonelli est revenu à trois secondes et demie de Leclerc qui commence à souffrir avec ses pneus. Arrêts de Sainz et Alonso.
22e: Hamilton déplore un fort sous-virage. La « voiture de sécurité virtuelle » est mise en place 30 secondes, le temps pour un commissaire de ramasser une ombrelle tombée sur un bas-côté. Ocon subit un long pit-stop de 16 secondes. Pérez change aussi de pneus.
23e: Hadjar efface Lindblad à Copse. Colapinto chausse les pneus durs.
24e: Hamilton stoppe chez Ferrari, subit sa pénalité, prend des pneus durs et fait modifier le réglage de son aileron avant. Il repart au bout de huit secondes en sixième position. Russell prend aussi des Pirelli blancs (3s.) et se retrouve entre Verstappen et Hamilton. Gasly s'arrête chez Alpine plus de sept secondes et repart derrière Colapinto et Sainz.
25e: Leclerc n'a plus que deux secondes et demie d'avance sur Antonelli. Hamilton améliore le record du tour (1'32''309'''). Hadjar déborde Lawson.
26e: Leclerc s'empare de pneus durs (2.4s.) et repart deuxième devant Norris. Antonelli récupère le commandement.
27e: Antonelli n'a que quinze secondes d'avance sur Leclerc, ce qui est insuffisant pour garder la première place après son arrêt. Verstappen, Russell et Hamilton sont dans un mouchoir. Bortoleto se saisit d'enveloppes dures et reste dixième.
28e: Antonelli devance Leclerc (15.2s.), Norris (23.3s.), Verstappen (27s.), Russell (27.7s.), Hamilton (28.2s.), Hadjar (42.7s.), Lawson (48.2s.), Lindblad (1m. 08s.) et Bortoleto (1m. 09s.).
29e: Norris chausse les pneus durs (2.9s.) et repart derrière Hadjar. Lindblad et Lawson se succèdent chez Racing Bulls. Hamilton déborde Russell par l'extérieur à Copse, mais ce dernier tente de riposter dès Maggots, en vain. Russell reste toutefois dans le sillage de la Ferrari et grâce au mode dépassement reprend l'ascendant dans Hangar Straight.
30e: Leclerc est toujours à 14 secondes d'Antonelli. Norris déborde Hadjar à Brooklands. Bearman et Bottas passent aux stands.
31e: Hamilton surprend Russell par l'extérieur à Brooklands, mais ce dernier riposte avec succès par l'intérieur à Copse.
32e: Antonelli précède Leclerc (14s.), Verstappen (28.7s.), Russell (29s.), Hamilton (29.9s.), Norris (43s.), Hadjar (46.7s.), Lawson (1m. 09s.), Lindblad (1m. 10s.), Bortoleto (1m. 11s.), Colapinto (1m. 20s.) et Gasly (1m. 25s.). Piastri est 15e.
33e: Antonelli améliore le record du tour (1'33''451''') avec ses vieux pneus. Russell réduit légèrement son rythme à cause d'une suspicion de crevaison lente. Il attaque malgré tout Verstappen à Stowe, sans succès.
34e: Russell déboîte Verstappen à Stowe, mais ce dernier reste à sa hauteur. Les deux rivaux arrivent côte à côte à Club, lorsque Russell bifurque vers les stands. La crevaison est hélas confirmée par la télémétrie.
35e: Russell chausse des pneus médiums (2.3s.) et repart en septième position. Antonelli entre aux stands en fin de tour, et tombe sur Hülkenberg qui lui aussi va changer de pneus.
36e: Antonelli se saisit de gommes dures (2.4s.) et reprend la piste sept secondes et demie derrière Leclerc. Russell se défait d'Hadjar.
37e: Leclerc devance Antonelli (5.6s.), Verstappen (17.3s.), Hamilton (18s.), Norris (29.3s.), Russell (35.2s.), Hadjar (37.8s.), Lawson (57s.), Lindblad (58s.) et Colapinto (1m. 01s.). Antonelli réalise le meilleur tour de la course (1'31''777'''). Piastri change de gommes.
38e: Antonelli remonte à grandes enjambées sur Leclerc. Hamilton déborde Verstappen par l'extérieur à Brooklands. Frappé d'une panne de boîte de vitesses, Hülkenberg se gare sur le bas-côté à Copse, après les anciens stands.
39e: La « voiture de sécurité virtuelle » est instaurée pour évacuer l'Audi. Verstappen et Norris plongent aux stands pour prendre des pneus médiums. Hadjar fait de même et remplace son aileron avant afin de retrouver de l'appui.
40e: Le drapeau vert est agité. Leclerc précède Antonelli (3.4s.), Hamilton (20.4s.), Verstappen (29.4s.), Russell (34.4s.), Norris (42s.), Hadjar (54.3s.), Lawson (59s.), Lindblad (1m. 01s.) et Bortoleto (1m. 06s.). Stroll reçoit 5 secondes de pénalité pour avoir outrepassé les limites de la piste. Le pauvre Canadien n'y est pourtant pour rien: son Aston Martin est tellement sous-vireuse qu'il doit braquer de façon totalement fantaisiste pour franchir certains virages !
41e: Alors qu'il filait grand train, Antonelli ralentit soudainement puisqu'il ne parvient plus à tourner dans les courbes ! Le jeune Italien rejoint le stand Mercedes, reçoit des pneus neufs et un nouvel aileron, puis se relance en cinquième position.
42e: Antonelli ne parvient toujours pas à inscrire sa Mercedes dans les virages et emprunte plusieurs échappatoires. Norris le double.
43e: Leclerc fonce désormais vers la victoire avec 21 secondes d'avance sur Hamilton. Hadjar passe devant Antonelli dont le problème apparaît sur sa caméra embarquée: le bouclier de sa roue avant-gauche s'est détaché et est coincé dans sa suspension !
44e: Antonelli retourne aux stands où ses mécaniciens arrachent la pièce de carbone fiché dans sa suspension avant-gauche. Le Bolonais reprend la piste en 10e position.
45e: Antonelli roule désormais devant les Alpine de Colapinto et Gasly. Bien que sa direction soit endommagée, il poursuit sa route dans l'espoir de sauver un point.
46e: Leclerc précède Hamilton (21s.), Verstappen (28s.), Russell (33s.), Norris (41s.), Hadjar (52s.), Lawson (1m. 03s.), Lindblad (1m. 07s.), Bortoleto (1m. 13s.) et Antonelli (1m. 27s.). Ayant achevé sa séance d'essais officieuse, Albon rentre au garage Williams et met pied à terre. Antonelli reçoit 5 secondes de pénalité en raison de ses passages hors-piste, bien que ceux-ci furent bien involontaires...
47e: Verstappen aborde la courbe de Stowe lorsque son aileron arrière reste ouvert à la décélération. Le Néerlandais perd le contrôle de sa Red Bull, sort dans les graviers et s'y enlise avant de heurter quoique ce soit. La voiture de sécurité entre en piste.
48e: La course est neutralisée. Hadjar et Pérez prennent des pneus tendres, suivis par Lawson, Lindblad et Bortoleto.
49e: Leclerc stoppe chez Ferrari pour mettre des pneus tendres et reste en tête. Hamilton l'imite, mais il ressort derrière Russell qui n'a pas été rappelé par Mercedes. Colapinto, Gasly, Piastri, Bearman, Bottas, Ocon, Alonso et Stroll basculent aussi sur les gommes tendres.
50e: Une grue évacue la Red Bull de Verstappen. Sainz prend des pneus rouges. Seuls les pilotes Mercedes sont encore munis de pneus médiums. En effet, Russell n'a aucun intérêt à lâcher sa deuxième place tandis que Antonelli, neuvième, espère que la course sera relancée afin d'atténuer les conséquences de sa pénalité.
51e: Les retardataires sont autorisés à se dédoubler. Les incrustations télévisuelles annoncent la fin de la neutralisation à l'issue de cette avant-dernière boucle, mais la voiture de sécurité restera finalement en piste car les Aston Martin, qui étaient reléguées à deux tours, n'ont pas pu rattraper tout leur retard.
52e et dernier tour: La course s'achève derrière le Safety Car qui ne s'efface que dans l'avant-dernier virage. Comme tout dépassement est interdit jusqu'à la ligne, les positions sont figées.
Charles Leclerc remporte ce GP de Grande-Bretagne, ce qui est la 250e victoire de Ferrari en Formule 1. Russell et Hamilton l'accompagnent sur le podium. Norris décroche une chanceuse quatrième place. Hadjar finit cinquième. Lawson (6e) et Lindblad (7e) apportent de gros points à Racing Bulls. Bortoleto (8e) donne à Audi ses premiers points depuis l'Australie. Antonelli se classe neuvième, mais il sombre au seizième rang à cause de sa pénalité. Colapinto (9e) et Gasly (10e) prennent les derniers points. Suivent Piastri, Sainz, Bearman, Ocon, Pérez, Bottas, Alonso et Stroll. Sainz écope d'un tour de pénalité pour s'être dédoublé alors qu'il n'en avait pas le droit, suite à une confusion suscitée par son dernier passage aux stands.
Après la course
Cette victoire vient à point nommé pour Charles Leclerc après une série noire printanière. Le Monégasque n'avait en effet inscrit que quatre points lors des trois derniers Grands Prix et voyait son équipier Lewis Hamilton le distancer au championnat. Ce dimanche, il a su renverser la vapeur et goûte à nouveau aux joies du succès après près de deux ans de disette. « Je suis très heureux de gagner enfin, après une phase très difficile, confie-t-il. J'avais un bon feeling avec la voiture à Barcelone, mais j'avais dû abandonner. En Autriche, ce n'était pas très bon, mais ici j'ai enfin réussi à tout mettre dans le bon ordre. » Leclerc a en effet modifié son approche en tentant d'adapter sa Ferrari à son style de pilotage assez agressif. Après le sprint, il a ainsi ajouté plus d'appui aérodynamique sur le train arrière, et cela a semble-t-il fait la différence. Leclerc admet cependant qu'il a eu un peu de chance, puisque Kimi Antonelli l'aurait sans doute rattrapé s'il n'avait pas été frappé par un problème mécanique. « Cela aurait été très chaud, reconnaît-il. Mais il a eu ce pépin, et dès lors je pensais être tranquille jusqu'à l'arrivée. Cependant est venue la neutralisation. J'ai alors eu du mal à garder les pneus à bonne température. Heureusement qu'il n'y a pas eu de relance ! »
Frédéric Vasseur se félicite du regain de forme de Charles Leclerc tout en assurant n'avoir jamais douté de lui: « Charles a géré sa course de manière remarquable, le couteau entre les dents. Il savait que Antonelli pouvait revenir très fort. Charles sait parfaitement gérer ce type de situation et cette victoire arrive au meilleur moment pour lui. Je savais qu'il retrouverait son meilleur niveau, il lui fallait seulement bien apprivoiser sa monture. » Ferrari revient à seulement 78 points de Mercedes au championnat des constructeurs, tandis que Hamilton comme Leclerc peuvent espérer se mêler à la lutte pour la couronne des pilotes. Cependant, comme après Barcelone, Vasseur tempère les ambitions: « Concentrons-nous sur la prochaine course à Spa. Nous sommes encore loin de songer aux titres... »
Lewis Hamilton finit troisième mais est assez déçu par son Grand Prix national. Sanctionné pour un départ volé, il n'a jamais pu menacer son équipier, et a en plus perdu la seconde place dans les derniers tours après que Ferrari l'a doté de pneus tendres pour un restart... qui n'a pas eu lieu. « Ma main a bougé au démarrage, je ne sais pas où elle est allée, raconte-t-il. Mais bon, cela arrive. De toute façon, Charles avait un bien meilleur équilibre que moi. Je trouvais à l'origine la voiture trop survireuse, alors j'ai retiré de l'aileron, mais je me suis retrouvé avec un gros sous-virage. J'ai pu améliorer les choses en modifiant les réglages du différentiel, mais trop tard pour viser la victoire. Et puis, il y a eu ce dernier arrêt que je n'aurais évidemment pas effectué si j'avais su que Russell resterait dehors ! »
Après sa victoire en sprint et sa pole position, Kimi Antonelli était ce dimanche le favori des bookmakers. S'il a comme souvent manqué son envol et laissé filer les Ferrari, le leader du championnat semblait néanmoins disposer d'un atout-maître: après avoir accompli un long premier relais en pneus médiums, il avait toutes les chances d'avaler Leclerc en fin d'épreuve grâce à une monte bien plus fraîche. Las, un incident peu banal, le bris d'une écope de frein, l'a sans doute privé des lauriers. « Le déflecteur de roue s'est rompu à l'intérieur de l'écope, explique Simone Resta, directeur technique adjoint de Mercedes. Cette pièce s'est mise à bloquer les mouvements de la suspension. La voiture est devenue très lourde à inscrire en virage et pratiquement impossible à piloter. » « Cela ne tournait plus du tout, confirme Antonelli. La roue se soulevait dans certains virages, donc quelque chose d'essentiel était cassé. Bref, c'est un dimanche malheureux. J'avais un rythme excellent et j'aurais pu me battre pour la victoire... »
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, George Russell reprend ce dimanche 18 points à son équipier qui l'avait jusqu'ici dominé depuis le début du week-end. Le Britannique a pourtant lui aussi eu son lot de malchance avec une crevaison en seconde partie de course. « Je n'étais pas assez rapide, admet-il. Je n'ai pas encore pleine confiance dans cette voiture... Je me suis certes battu avec Hamilton et Verstappen, deux des plus grandes pilotes de tous les temps. Je pense que j'aurais pu les contenir jusqu'au bout, mais j'ai eu cette crevaison lente. Je n'en revenais pas d'une pareille déveine ! Finalement, la chance a fini par me sourire lorsque Hamilton s'est arrêté en fin de course. Cette deuxième place est assez inespérée. » Malgré tout, Russell a encore réduit son retard sur Antonelli au championnat du monde. L'écart est tombé en trois courses de 68 à 25 points. « Oui, mais je ne pense pas au titre, tempère Russell. Il faut d'abord que je comprenne pourquoi j'ai parfois autant de mal avec la Mercedes. Si rien ne change, Antonelli reprendra de l'avance... »
McLaren ne retire guère de satisfaction de sa prestation à domicile. Lando Norris décroche une quatrième place assez chanceuse et pointe encore les défauts de la MCL40: « J'ai pris un mauvais envol et la voiture n'a jamais été performante. Nous ne méritions certainement pas cette quatrième place, pas plus que la troisième hier en sprint. Cette voiture est la plus difficile que j'ai jamais eue à piloter. Oui, il faut des évolutions, mais il y a des problèmes intrinsèques. Nous manquons d'adhérence, surtout à l'arrière. C'est difficile de conduire quand on n'a pas confiance dans sa monture. » Quant à Oscar Piastri, ses espoirs de bon résultat se sont envolés dès le premier tour. Signe que la MCL40 n'est vraiment pas à la hauteur, il n'a même pas pu remonter vers les points. « Nous nous sommes retrouvés à trois de front à Brooklands, cela ne pouvait pas passer, raconte-t-il. De toute façon, je savais que nous ne serions pas dans le coup ici. Mais je ne m'attendais pas à un écart aussi important avec les meilleurs. »
Pour la deuxième fois en huit jours, Max Verstappen a été expédié dans les graviers par un aileron arrière mobile mal fermé. Deux défaillances inacceptables qui font exploser le quadruple champion du monde: « Je veux juste rentrer chez moi et ne plus penser à la F1 ! C'est la deuxième fois que ce genre d'incident arrive en une semaine. À cette vitesse, c'est très dangereux et totalement inacceptable ! » Verstappen ajoute qu'il croit avoir attrapé un « chat noir » et qualifie sa RB22 de « m*rdique » ! D'autre part, il souhaitait partir des stands avec un moteur neuf et de nouveaux réglages, une option finalement rejetée par Laurent Mekies. Peut-être à raison, puisque le Néerlandais était troisième avant son abandon. Mais Verstappen n'est pas habitué à ce genre de résistance chez Red Bull, chez lui, dans « son » écurie. La presse fera état de propos très durs échangés de chaque côté. Autant dire que dans une telle ambiance, la méritante cinquième place d'Isack Hadjar passe hélas inaperçue...
Racing Bulls place ses deux pilotes dans les points pour la quatrième fois consécutive et s'affirme dorénavant en cinquième force du plateau en lieu et place d'Alpine F1. Cette dernière ne compte plus qu'un point d'avance au classement des constructeurs sur sa rivale italienne. Alan Permane salue l'excellente prestation de son équipe et des jeunes Liam Lawson et Arvid Lindblad: « La stratégie était idéale, le rythme excellent, et nous avons su tirer parti des événements qui se déroulaient devant nous au fil de la course. Tout le monde a fait preuve d'une grande constance dans la performance, des pilotes à l'équipe en piste, sans oublier bien sûr nos formidables usines de Milton Keynes et de Faenza. » Enfin, Audi arrache ses premiers points depuis le GP d'Australie grâce à la huitième position de Gabriel Bortoleto, un gros soulagement pour le constructeur allemand qui se cognait jusqu'ici sans cesse aux portes du « top 10 ». « C'est une étape très importante, souligne Allan McNish. Nous étions convaincus qu'en maintenant la qualité de notre exécution et en poursuivant notre développement, les résultats finiraient par arriver. C'est chose faite. Gabi a réalisé une superbe remontée après avoir perdu des places au départ, se battant avec ténacité pour finir huitième. » En revanche, Nico Hülkenberg a encore été trahi par la mécanique et affiche toujours un zéro pointé...
Sources :
- Nextgen-auto.com
Tony