Moteur de Max Verstappen; la petite grenade de McLaren
À São Paulo, au soir de qualifications désastreuses, Red Bull avait décidé de rompre le parc fermé pour installer un nouveau moteur sur la voiture de Max Verstappen, ce qui n'a pas échappé au directeur de McLaren Andrea Stella qui s'est ouvertement interrogé sur les raisons de ce remplacement: était-ce par souci de fiabilité ou pour offrir plus de puissance ? Si cette dernière hypothèse était la bonne, Stella pense que ce changement de moteur devrait être pris en compte parmi les dépenses annuelles de Red Bull, et donc intégré au budget plafonné. Et Laurent Mekies lui-même a accrédité cette idée en saluant la vitesse de pointe atteinte par Verstappen en course, de 10 km/h supérieure à celle des McLaren. Ainsi, peu avant le déplacement à Las Vegas, McLaren interroge officiellement la FIA sur cette épineuse question. Red Bull contre-attaque par la voix de son ingénieur en chef Paul Monaghan: « Je ne suis pas surpris que quelqu'un tente de lancer une grenade en fin de championnat ! Ce que nous avons fait est défendable et légitime. Nous ne sommes pas la première équipe à changer ses moteurs depuis le gel de ceux-ci. Il n'y a rien d'inhabituel là-dedans et il n'y aura pas de pénalité contre nous à la fin de l'année. » Et Monaghan ajoute que rien n'empêche McLaren, après tout, de changer aussi son unité de puissance pour un besoin quelconque. Neil Houldey, directeur technique de McLaren, lui répond: « Nous ne sommes pas dans la même position que RBR. Nous ne pouvons pas effectuer un changement moteur pour la performance, car nous ne sommes pas une équipe d'usine dont le motoriste accepte de fournir gratuitement ce type de moteurs. » En d'autres termes, Red Bull est accusée d'abuser de sa position de partenaire exclusif de Honda.
Au final, Nikolas Tombazis, directeur des monoplaces à la FIA, admet que Red Bull a exploité une « zone grise » du règlement financier qui sera gommée en 2026: « Il est souvent impossible d'établir la raison pour laquelle une équipe change son moteur. Nous ne voulons pas débattre avec une écurie ou un motoriste pour savoir si la télémétrie soulève réellement un problème de fiabilité ou non. Nous n'avons pas l'expertise pour trancher ce genre de nuances. C'est une faiblesse du règlement actuel. Nous avons donc adopté une approche permissive. Tout changera en 2026, puisque l'introduction d'un plafond budgétaire pour les motoristes rendra toute stratégie de changement « gratuit » économiquement indésirable. Plus personne n'aura intérêt à effectuer un changement stratégique. Chaque fois, cela coûtera le prix complet d'un moteur. Ce mécanisme empêchera les abus. »
Présentation de l'épreuve
Cette troisième édition du Grand Prix de Las Vegas est un nouveau grand show « made in Liberty Media », réservés aux riches privilégiés capables d'acheter leur ticket d'entrée. Au menu cette année: concerts, villages thématiques, expositions interactives. Surtout, dimanche soir, les trois premiers seront conduits vers le podium par une réplique en Lego de la célébrissime Cadillac Fleetwood rose d'Elvis Presley ! L'acteur Terry Crews sera à son volant. Plus tôt dans le week-end, la chanteuse Beyoncé, très remarquable dans une combinaison Louis Vuitton aussi moulante que décolletée, a droit à un « hot lap » dans une Ferrari pilotée par Lewis Hamilton. Elle suivra ensuite le Grand Prix chez les Rouges aux côtés de son conjoint Jay-Z. Red Bull accueille aussi du beau linge avec Michael Douglas et Catherine Zeta-Jones.
Plus sérieusement, le circuit ultra-rapide serpentant dans la ville du Vice est un véritable défi sportif et technique. D'abord à cause de la météo: la chaleur aride du jour laisse place à un brutal froid nocturne. Les voitures peinent à faire chauffer leurs pneus, donc à trouver de l'adhérence, et ces deux dernières années les produits Pirelli ont été affectés par un fort grainage. Par ailleurs, le bitume est loin d'être optimal. Les bosses sont nombreuses, notamment sur le fameux « Strip ». Bref, ce week-end à Vegas se résumera à une quête d'adhérence. Si la plupart des pilotes acceptent ces rudes conditions sans broncher, le vétéran Fernando Alonso pousse un coup de gueule: « Le circuit est amusant, car il permet d'atteindre des vitesses élevées, mais le type d'asphalte n'est pas conforme aux standards de la Formule 1. Il est trop glissant, nous ne pouvons pas faire monter les pneus en température et il n'y a aucune adhérence. Par ailleurs, le bitume est extrêmement bosselé, à la limite de la sécurité pour courir. » L'Espagnol critique aussi la place de Las Vegas au calendrier, puisque quelques jours plus tard le paddock parcourra 13 000 kilomètres pour se rendre au Qatar...
La saison 2025 se clôt donc par une triplette de Grand Prix sur trois semaines: Las Vegas, Qatar, Abou Dhabi. Et Lando Norris aborde ce sprint final en position de favori pour le titre mondial après ses deux victoires à Mexico et São Paulo. Le jeune Anglais possède 24 points d'avance sur son équipier Oscar Piastri, 49 points sur Max Verstappen, et peut faire un grand pas vers la consécration en cas de succès dans le Nevada. Il refuse cependant d'envisager cette perspective. Affichant depuis quelques semaines un calme olympien, son mantra est: « pas de pression » ! « Mon approche consiste à prendre les courses une par une, et je vais continuer ainsi jusqu'à la fin, assure-t-il. Je profite des endroits que nous visitons et passe de bons moments avec l'équipe. En piste, je fonce sans me préoccuper du reste. Je considère que je ne lutte pas pour le championnat. » Norris révèle en outre bénéficier des conseils de Sebastian Vettel qui lui a spontanément proposé ses services. « Sebastian a tout connu au cours de sa carrière, rappelle-t-il, donc c'est quelqu'un de bon conseil. Il est en outre extrêmement sympathique et très serviable, dans les bons comme dans les mauvais moments. » Cette situation ne manque pas d'ironie, puisqu'en parallèle Oscar Piastri est chaperonné par Mark Webber, l'ancien équipier de Vettel chez Red Bull. Or, voilà quinze ans, en 2010, l'Allemand avait chipé la couronne sur le fil à ce même Webber qui avait pourtant dominé la majorité de la saison... Bis repetita ?
Néanmoins, Zak Brown, Andrea Stella et tous les pontes de McLaren assurent que cette rivalité sportive n'altère en rien les excellents rapports qu'entretiendraient Oscar Piastri et Lando Norris. C'est aussi ce que jure ce dernier: « Quand nous sortons de la voiture, nous continuons à plaisanter, à rire de choses qui n'ont rien à voir avec la piste. Nous sommes certes très différents. Oscar est toujours très calme, ce que j'admire. Il est très facile à vivre. » Mais il ne faut pas être grand clerc pour subodorer que le soudain effacement de Piastri depuis la fin de l'été s'explique en partie par des tensions intestines. L'Aussie a-t-il vraiment digéré les consignes passées à ses dépens, notamment à Monza ? N'aurait-il pas fini par se convaincre que McLaren avantagerait Norris ? À Las Vegas, il tient un discours ambigu: « Il y a eu des conversations difficiles... mais personne sur la grille n'est parfaitement heureux de toutes les décisions qui ont été prises, que ce soit par leur équipe, les commissaires, ou même de la manière dont ils ont piloté eux-mêmes. » Piastri réfute en tout cas l'idée que Norris aurait pris l'ascendant chez McLaren à ses dépens: « Non. Les dernières courses ont été difficiles pour différentes raisons, mais mes rapports avec l'équipe n'ont pas changé, de même que la façon dont nous réglons la voiture. Pour moi, ce sont juste de difficiles moments d'apprentissage. » Cependant, vendredi 21 novembre, son compte Instagram officiel relaie une récente déclaration polémique de Bernie Ecclestone selon laquelle McLaren favoriserait Norris dans la lutte pour le titre... La publication est supprimée au bout de quelques heures et, après enquête, l'écurie attribue cette bévue non à son pilote, mais à « une personne chargée de gérer ses réseaux sociaux ». Une explication qui ne convainc pas grand-monde. Interrogé à ce sujet, Norris se contente de répondre par un sourire crispé, avant d'admettre que « Piastri a eu quelques soucis ces derniers temps. »
Pour ne rien arranger, Oscar Piastri ne décolère pas contre la pénalité qui lui a été infligée à Interlagos, suite à sa friction avec Andrea Kimi Antonelli. Victime collatérale de cette collision, Charles Leclerc a lui-même exonéré le pilote australien de toute responsabilité. Antonelli estime pour sa part que Piastri était peut-être en faute, mais qu'il aurait été préférable de classer l'affaire en simple incident de course. Lors de la conférence de presse ouvrant ce week-end, Carlos Sainz monte à son tour au créneau: « La pénalité infligée à Oscar est inacceptable. Tous ceux qui ont vraiment piloté une voiture de course savent qu'il ne pouvait rien faire pour éviter cet accident. » Il est vrai que l'Espagnol ne cesse depuis quelques semaines de critiquer les décisions des commissaires sportifs qui l'ont frappé à deux reprises, à Zandvoort et Austin, selon lui sans raison valable. Sainz appelle à la création de commissaires permanents, si possible d'anciens pilotes qui, par expérience, comprendraient mieux les réflexes de leurs pairs. Après cette polémique, pilotes et officiels conviennent de se rencontrer huit jours plus tard à Doha pour débattre des modalités d'application des directives du directeur de course. En sachant que certains ont des avis tranchés sur la question, comme Max Verstappen: « Je passerais tout cela à la broyeuse à papier ! »
Max Verstappen, justement, est encore en lice pour le titre mondial, même s'il a perdu beaucoup de terrain sur Lando Norris au Brésil et lui concède 49 points. Le Néerlandais sait désormais qu'il lui faut tout gagner et compter sur une bonne dose de chance pour décrocher une cinquième couronne mondiale. Mais au regard des progrès accomplis par Red Bull ces derniers mois, être encore dans le match à trois épreuves du but est au fond une grande victoire en soi, et c'est ce que retient Verstappen: « Je sais que mon équipe s'est toujours donnée à 100% du début de la saison jusqu'à maintenant. Que faire d'autre ? Nous avons vraiment tout essayé. Nous avons eu de très bonnes années, et celle-ci n'est simplement pas aussi bonne que les précédentes. Cela arrive. McLaren a été la meilleure en 2025. Pour le reste, nous allons jouer tous les coups à fond. Nous n'avons rien à perdre ! »
Les récents commentaires peu amènes prononcés par John Elkann à l'égard des deux pilotes Ferrari, invités « à moins parler et à davantage penser à l'équipe », ont suscité de très nombreux commentaires, pour la plupart négatifs. Cette sortie de l'héritier de l'empire Agnelli apparaît en effet injuste, puisque Charles Leclerc et Lewis Hamilton ont fait de leur mieux pour tirer le maximum d'une SF-25 ratée. « Elkann ferait mieux de donner l'exemple et de se taire lui-même ! » lâchen Jenson Button. « Une telle prise de parole en public est malsainen car elle est aussitôt relayée par les réseaux sociaux et trouble l'équipe », souligne Jacques Villeneuve. Daniele Sparisci, journaliste du Corriere della Serra, affirme que les propos d'Elkann visait surtout Lewis Hamilton qui s'est beaucoup plaint cette saison sans obtenir de résultats probants. « Entre Elkann et lui, la lune de miel est terminée », écrit-il. Quoiqu'il en soit, le pilote anglais répond qu'il prend « les critiques de façon constructives » et Charles Leclerc lance intelligemment un appel à l'unité. À Las Vegas, le Monégasque va même jusqu'à justifier les propos du grand patron: « Je connais John depuis de nombreuses années et je sais qu'il est très ambitieux et veut pousser tout le monde pour avoir les meilleurs résultats possibles. Il aime Ferrari, j'aime Ferrari, nous aimons tous Ferrari. Le message qu'il a voulu envoyer était positif, il voulait dire que nous devons nous dépasser, et c'est clair pour tout le monde. » L'incident est clos.
Le 12 novembre 2025, Audi a présenté à Munich la « R26 », soit le concept de sa première Formule 1 qui fera ses grands débuts en 2026. Il s'agissait en fait de dévoiler la future livrée de la première monoplace flanquée des quatre anneaux, et on y retrouve sans surprise les trois couleurs emblématiques de la marque: argent, noir et rouge. Ce dévoilement a eu lieu en présence des dirigeants Mattia Binotto et Jonathan Wheatley, et des deux futurs pilotes Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto. Le président d'Audi Gernot Döllner était là aussi pour réaffirmer ses objectifs: jouer le titre mondial d'ici 2030. Audi a aussi confirmé l'ouverture d'une antenne à Bicester, dans la « Motorsport Valley » anglaise, qui servira de centre de travail pour les ingénieurs ne pouvant pas rejoindre l'usine principale d'Hinwil en Suisse, pays où le coût de la vie est bien plus élevé qu'au Royaume Uni.
Le service des sports de la BBC fait état de graves dissensions chez Aston Martin entre le directeur de l'écurie Andy Cowell et le « conseiller technique en chef » Adrian Newey. En cause, un conflit de compétences assez prévisible. Cowell souhaite en tant que CEO diriger l'ensemble du projet F1 2026, ce que ne saurait accepter Newey, lequel entend disposer d'une autorité pleine et entière sur un département technique en pleine restructuration. Du reste, on voit mal un aérodynamicien de renommée mondiale rendre des comptes à un ingénieur motoriste, aussi compétent soit-il... La rivalité entre les deux hommes aurait dégénéré en conflit frontal et Lawrence Stroll tranchera bientôt la question. Bien entendu, Newey l'emportera sur Cowell et la presse dresse déjà la liste des futurs « team principals » potentiels: Andreas Seidl, Mattia Binotto et... Christian Horner qui entretient semble-t-il des liens suivis avec Stroll.
En ce mois de novembre, Toto Wolff vend 5 % du Mercedes F1 Team (soit 15 % de sa participation personnelle) à l'homme d'affaires et « gentleman driver » américain George Kurtz, P-DG de la société informatique CrowdStrike, qui est aussi déjà sponsor de l'écurie. Cette vente permet à Wolff d'empocher un joli pactole de 260 millions d'euros, mais aussi à l'écurie d'être valorisée à hauteur de 5,2 milliards d'euros, battant ainsi le record établi il y a peu par McLaren (3,5 milliards de dollars). Rappelons que début 2009, Ross Brawn avait racheté à Honda cette même équipe de Brackley pour un dollar symbolique ! Voilà qui démontre une fois encore la dynamique de la Formule 1: en 2026, les onze écuries engagées seront toutes estimées à plus d'un milliard de dollars, y compris Cadillac F1. Quant à Wolff, cette vente n'influe en rien sur sa position au sein de l'équipe Mercedes dont il demeure le patron incontesté.
À Las Vegas, quatre écuries présentent des « tenues de soirée » pour leurs bolides. Williams adopte une livrée noire relevée d'arcs-en-ciel, conçue avec son partenaire Atlassian et son assistant d'intelligence artificielle Rovo. Racing Bulls arbore une robe « holographique » ou « iridescente » qui doit se refléter sous les lumières du « Strip », et destinée à promouvoir la nouvelle Holo Card de son sponsor Visa Cash App. Plus discrètement, Stake-Sauber sème des drapeaux à damier sur sa C45 et Alpine rajoute du rose « BWT » sur son A525.
Essais et qualifications
Jeudi soir, les pilotes apprivoisent un asphalte terriblement glissant lors des essais libres. Leclerc signe le meilleur temps (1'34''802'') de la première séance devant Albon et Tsunoda. Un peu plus tard dans la nuit, la seconde séance démarre sous une pluie fine. Elle sera amputée de vingt minutes à cause d'une fausse alerte sur une bouche d'évacuation qui semblait descellée. Norris se montre le plus rapide (1'33''602''') devant Antonelli et Leclerc, qui a dû mettre pied à terre suite à une panne de boîte de vitesses. Piastri et Verstappen sont en retrait toute la journée. Vendredi soir, dans une atmosphère très fraîche, Russell réalise le meilleur chrono (1'34''054''') des derniers essais devant Verstappen.
Puis une forte averse inonde Las Vegas une heure avant les qualifications. Celles-ci se déroulent donc sur une piste à la fois froide et très détrempée. Les pilotes utilisent d'abord les pneus intermédiaires avant de privilégier les gommes à flanc bleu « full wet », tant les conditions sont piégeuses. Beaucoup compareront cette expérience à de la conduite sur glace ! Par chance, aucun accident sérieux ne sera déploré.
La McLaren est beaucoup plus compétitive ici que l'an passé, et Norris réalise sa troisième pole position consécutive (14'47''934'''). Il salue la polyvalence de sa MCL39, aussi bonne sur le sec que sur le mouillé. Piastri exécute un tête-à-queue en Q3 et s‘élancera seulement cinquième. Verstappen place sa Red Bull au deuxième rang, à 3/10e de Norris. Proche de son équipier lors des essais libres, Tsunoda (19e) sombre une fois encore en qualifications. Sainz décroche une superbe troisième place avec sa Williams-Mercedes. Son équipier Albon (16e) touche le mur en Q1 après un gros survirage. Mercedes rate le coche après avoir dominé les derniers essais: Russell (4e) doit composer avec une panne de direction assistée et Antonelli (17e) est aussitôt éliminé à cause d'un blocage de roue. Les Racing Bulls (Lawson 6e, Hadjar 8e) brillent sur piste humide et peuvent viser une moisson de points.
Chez Aston Martin, Alonso est heureux de sa septième place tandis que Stroll (12e) est éliminé en Q2 après que son équipe a commis l'erreur de lui donner des pneus intermédiaires. Ferrari vit une bien mauvaise nuit: à cause d'une adhérence très précaire, Leclerc (9e) part à la faute à la fin de la Q3 et Hamilton est éliminé d'emblée, 20e et bon dernier à la régulière, une première en dix-neuf saisons de F1 ! Gasly (10e) se démène pour amener son Alpine-Renault en Q3. Colapinto (15e) a seulement la satisfaction d'atteindre la seconde manche. Hülkenberg (11e) utilise son expérience pour conduire la Sauber en Q2 alors que Bortoleto (19e) passe aussitôt à la trappe. Enfin, les Haas (Ocon 13e, Bearman 14e) ne parviennent pas à faire chauffer leurs pneus dans ces conditions si particulières.
Le Grand Prix
Samedi soir, la course se déroule par une nuit claire et des températures moins fraîches que la veille (17°C), ce qui devrait limiter le graining. La plupart des pilotes partent avec les pneus médiums (C4). Hülkenberg, Colapinto, Albon, Bortoleto et Hamilton sont munis de gommes dures (C3). Seul Antonelli part en pneus tendres (C5). Un seul arrêt est prévu. Tsunoda démarre des stands avec un moteur neuf.
Départ: Verstappen démarre aussi bien que Norris qui braque nettement vers la gauche pour le tasser. Mais l'Anglais freine tard, vire large dans la première courbe et Verstappen saisit cette opportunité pour plonger à la corde et prendre le commandement. Norris se retrouve sous la menace de Russell qui a doublé Sainz. Derrière, Lawson tamponne le flanc de Piastri. Puis Bortoleto freine trop tard et emboutit l'arrière de Stroll, lequel envoie Gasly en tête-à-queue. Enfin, Albon frotte le diffuseur de Colapinto. Tous ces pilotes repartent avec des dégâts divers.
1er tour: Russell déborde Norris sur Sands Avenue et s'empare de la deuxième place. Privé de son aileron arrière, Stroll s'immobilise dans l'échappatoire du virage n°5. En fin de tour, Verstappen devance Russell, Norris, Sainz, Hadjar, Lawson, Piastri, Bearman, Leclerc et Alonso.
2e: Des commissaires se trouvent en bordure de piste pour ramasser des débris au niveau du premier tournant. Par bonheur, les pilotes ont été prévenus par des drapeaux jaunes... L'aileron avant de Lawson s'est effondré et le Néo-Zélandais doit lever le pied. La « voiture de sécurité virtuelle » est enclenchée. Antonelli entre alors aux stands pour chausser les gommes dures, tout comme Tsunoda et Gasly. Lawson fait réparer son museau tandis que.
3e: La course est neutralisée. Verstappen précède Russell, Norris, Sainz, Hadjar, Lawson, Piastri, Bearman, Leclerc, Alonso, Hülkenberg, Ocon, Hamilton, Albon, Colapinto, Antonelli, Tsunoda, Gasly et Lawson. Bortoleto met pied à terre suite à sa collision avec Stroll
4e: Le drapeau vert est agité dans ce tour. Russell vient aussitôt menacer Verstappen.
5e: Russell est sur les talons de Verstappen. Norris ne parvient pas à les suivre. Leclerc double Bearman au bout du Strip.
6e: Verstappen précède Russell (0.4s.), Norris (3.1s.), Sainz (5s.), Hadjar (5.8s.), Piastri (7.6s.), Leclerc (9.5s.), Bearman (10.8s.), Alonso (11.4s.), Hülkenberg (12.3s.), Ocon (13.6s.) et Hamilton (14.4s.).
7e: Russell bénéficie du DRS contre Verstappen sans pouvoir le doubler. Hamilton bute sur Ocon et est menacé par Albon.
8e: Russell a altéré ses pneus en tentant de suivre Verstappen et lui concède désormais plus d'une seconde.
10e: Verstappen mène devant Russell (1.6s.), Norris (4.3s.), Sainz (7.5s.), Hadjar (8.4s.), Piastri (9s.), Leclerc (9.8s.), Bearman (15.2s.), Alonso (16s.), Hülkenberg (17s.), Ocon (18s.) et Hamilton (18.8s.). Antonelli est quatorzième.
12e: Norris est désormais le plus rapide en piste (1'36''264''') et revient à deux secondes de Russell. Leclerc déborde Piastri par l'extérieur sur le Strip.
13e: Verstappen tourne en 1'36''101''' et repousse Russell à deux secondes. Leclerc efface Hadjar au virage n°14. Hamilton frotte un muret au virage n°12. Albon tente ensuite de déborder le Britannique sur le Strip, mais il arrache un morceau de son aileron contre la Ferrari. Ce débris retombe en pleine piste.
15e: Verstappen devance Russell (2s.), Norris (3.8s.), Sainz (11s.), Leclerc (13.3s.), Hadjar (14.7s.), Piastri (15.2s.), Bearman (21.2s.), Alonso (22.7s.) et Hülkenberg (23.6s.). Antonelli écope de 5 secondes de pénalité pour avoir légèrement anticipé le départ. Albon passe chez Williams pour changer de museau.
16e: La « Virtual Safety Car » est enclenchée durant une minute pour permettre à un commissaire de ramasser la dérive d'aileron d'Albon. Lorsque le drapeau passe au vert, Piastri double Hadjar sur le Strip.
17e: Hülkenberg prend la huitième place à Bearman. Alonso chausse les pneus durs.
18e: Russell passe chez Mercedes pour mettre les gommes dures (2.2s.) et se relance en septième position. Bearman prend aussi ce composé et repart derrière Alonso.
19e: Verstappen précède Norris (2.8s.), Sainz (13.7s.), Leclerc (15.5s.), Piastri (17.3s.), Hadjar (20s.), Russell (22.4s.), Hülkenberg (25.7s.), Ocon (27.5s.), Hamilton (28s.), Antonelli (31s.) et Colapinto (43.6s.).
20e: Russell déborde Hadjar tandis que Hamilton vient enfin à bout d'Ocon. Albon est pénalisé de 5 secondes pour avoir percuté Hamilton.
21e: Verstappen compte trois secondes d'avance sur Norris. Leclerc rejoint Sainz. Hadjar chausse les pneus durs et se relance en onzième position.
22e: Piastri se saisit de gommes dures et se relance dixième, entre Antonelli et Hadjar. Alonso efface successivement Tsunoda et Colapinto.
23e: Norris passe chez McLaren pour prendre des pneus durs (2.9s.) et repart en quatrième position. Sainz chausse les pneus blancs (2.6s.) et se réinsère juste devant Piastri qui le double ensuite sur Sands Avenue.
24e: Verstappen mène avec vingt secondes d'avance sur Leclerc. Antonelli prend la septième place à Ocon.
25e: Leclerc fait escale chez Ferrari, prend les Pirelli blancs (2.7s.) et repart entre Piastri et Sainz. Russell recueille la seconde place.
26e: Verstappen stoppe chez RBR, s'empare de pneus durs (3s.) et retrouve la piste une seconde devant Russell. Colapinto chausse les gommes médiums.
27e: Verstappen mène devant Russell (1.6s.), Norris (5.2s.), Hülkenberg (9.4s.), Hamilton (10.5s.), Antonelli (12.7s.), Piastri (17.7s.), Leclerc (20s.), Sainz (21s.), Hadjar (25s.) et Alonso (32s.). Ocon chausse des pneus durs et repart derrière Bearman.
28e: Verstappen creuse facilement l'écart sur Russell qui a endommagé ses pneus en tentant de s'accrocher à la Red Bull. Tsunoda prend des pneus médiums.
29e: Deux secondes et demie séparent Verstappen et Russell. Lawson change de pneus pour la seconde fois.
30e: Hamilton s'empare de pneus jaunes et reprend la piste en 10e position, entre Hadjar et Alonso.
31e: Hülkenberg se saisit à son tour des enveloppes médiums et parvient à repartir devant Hamilton. Ce dernier contient Alonso, lui-même menacé par les Haas. Bearman finit par doubler l'Espagnol, grand perdant de cette salve d'arrêts.
32e: Verstappen a repoussé Russell à trois secondes et demie. Norris menace désormais son compatriote. Ocon dépasse Alonso.
33e: Norris est revenu à moins d'une seconde de Russell. Ocon passe devant son équipier Bearman.
34e: Norris actionne son DRS sur le Strip et dépasse sans mal Russell par l'extérieur avant le freinage. Le voici deuxième.
35e: Verstappen précède Norris (5.1s.), Russell (6.3s.), Antonelli (17.6s.), Piastri (19.3s.), Leclerc (20.8s.), Sainz (24.4s.), Hadjar (30s.), Hülkenberg (37.7s.), Hamilton (41.7s.), Ocon (45s.) et Bearman (46.3s.). Albon subit sa pénalité.
36e: Privé de radio et ne pouvant informer son stand de l'étendue des dégâts sur sa Williams, Albon rentre au garage et met pied à terre.
38e: Piastri menace Antonelli. Le Bolonais ne s'arrêtera plus mais est aussi sanctionné de cinq secondes. Piastri tente de l'attaquer par l'extérieur sur le Strip, en vain. Leclerc rattrape ce duo.
40e: Verstappen améliore le meilleur tour (1'34''030'''). Il devance Norris (6s.), Russell (12.2s.), Antonelli (22.8s.), Piastri (23.4s.), Leclerc (24s.), Sainz (27.4s.), Hadjar (35.8s.), Hülkenberg (43s.), Hamilton (48s.), Ocon (51s.) et Bearman (55s.).
41e: Norris bat le record du tour (1'33''965'''). Antonelli, Piastri et Leclerc sont roues dans roues.
43e: Six secondes séparent toujours Verstappen et Norris. Russell est repoussé à quinze secondes du leader.
45e: Verstappen est premier devant Norris (6s.), Russell (16s.), Antonelli (23.4s.), Piastri (24.2s.), Leclerc (25.1s.), Sainz (28.7s.), Hadjar (39.2s.), Hülkenberg (45.3s.) et Hamilton (52.4s.).
47e: Verstappen affole le chrono (1'39''895''') tandis que Norris décroche complètement et lui concède neuf secondes. Le pilote McLaren semble économiser de l'essence... À moins qu'il ne doive ménager son fond plat qui laisse échapper force étincelles ? Antonelli hausse son rythme afin de semer Piastri et Leclerc, et conserver une bonne place malgré sa pénalité.
49e: Norris est relégué à quinze secondes de Verstappen. Russell ne revient pas sur son compatriote et voit Antonelli grossir dans ses rétroviseurs.
50e et dernier tour: Max Verstappen triomphe à Las Vegas et signe sur la ligne le meilleur tour de la nuit (1'33''365'''). Norris termine deuxième, Russell troisième. Antonelli coupe la ligne au quatrième rang, et ne perd qu'une place au profit de Piastri. Leclerc demeure sixième. Sainz se classe septième devant Hadjar et Hülkenberg. Hamilton recueille la 10e place. Viennent ensuite Ocon, Bearman, Alonso, Tsunoda, Gasly, Lawson et Colapinto.
Après la course: disqualification des McLaren, Verstappen rafle la mise
À l'issue de ce Grand Prix, Lando Norris et McLaren accusent une défaite assez cinglante face à Max Verstappen, mais a priori de peu de conséquences. Le leader du championnat ne concède en effet que sept points au Néerlandais, et quarante-deux unités les séparent encore à deux week-ends du terme du championnat, ce qui reste un fossé important. Norris s'avoue certes déçu du comportement de sa MCL39, peste contre son départ « merdé » (grossièreté qui lui vaudra une amende...), mais estime qu'il a limité les dégâts. Quatrième, Oscar Piastri regrette pour sa part que Liam Lawson n'ait pas été pénalisé après leur touchette au départ. Rien de bien grave cependant.
Tout bascule quelques heures après l'arrivée. Les commissaires techniques s'aperçoivent que l'usure des patins arrière des deux MCL39 est trop excessive, de 0,12 mm sur la machine de Norris, de 0,10 mm sur celle de Piastri. Nikolas Tombazis, Jan Monchaux et Jo Bauer convoquent pour explications Andrea Stella, ainsi que Piers Thynne et Neil Houldey, respectivement directeurs sportif et technique de McLaren. Ceux-ci ne peuvent que constater l'infraction. Les deux McLaren sont disqualifiées. Andrea Kimi Antonelli rejoint ainsi son équipier George Russell sur le podium, Charles Leclerc récupère la quatrième place d'Oscar Piastri tandis que les deux Haas d'Esteban Ocon et Oliver Bearman entrent dans les points. Voilà qui relance entièrement le championnat du monde, puisque Norris ne compte plus que 24 points d'avance sur Piastri et Verstappen, désormais ex æquo. Andrea Stella présente ses excuses aux deux pilotes dont la position au championnat est fragilisée. Déjà frustré de n'avoir pas pu menacer Verstappen, Norris accuse le coup: « On m'a demandé de gérer un certain nombre de choses à la fin de course, et je sais maintenant que c'était pour éviter cette usure du fond plat... C'est frustrant de perdre autant de points. » « C'est décevant de repartir sans point, ajoute Oscar Piastri. Il est clair qu'aujourd'hui nous n'avons pas réussi à trouver le meilleur équilibre sur la voiture. Il faut repartir de zéro, nous recentrer et nous battre pour ce sprint final. »
Cependant cet incident demeure assez mystérieux, surtout que la MCL39 avait jusqu'alors la réputation de s'appuyer davantage sur ses patins avant qu'arrière. Certains spécialistes suggèrent que McLaren aurait déplacé une partie de la charge sur l'arrière de sa monoplace pour limiter le graining des pneus avant qui lui fut très préjudiciable l'an passé à Las Vegas. Finalement, le 27 novembre, Andrea Stella explique que l'usure des patins était une conséquence d'un « marsouinage » plus important que prévu: « Cet effet de succion a causé de grandes oscillations verticales de la voiture, aggravées par les conditions dans lesquelles la voiture a roulé pendant la course. Cela n'avait pas été anticipé malgré les essais et les simulations. Nous ne pensons pas avoir pris des risques excessifs en termes de hauteur de caisse, et pourtant nous avions ajouté une marge de sécurité pour les qualifications et la course. Tout cela a été réduit à néant par le marsouinage qui a conduit la voiture à racler le sol. Nous avons constaté assez vite une forte usure des patins, et c'est pour cette raison que les deux pilotes ont commencé à prendre des mesures correctives dans plusieurs sections du circuit. Mais cela n'a pas suffi. »
Les malheurs de McLaren permettent donc à Max Verstappen de toucher le jackpot à Vegas. Après avoir dominé la course de la tête et des épaules, le Néerlandais reprend 25 points à Lando Norris au championnat, revient à la hauteur d'Oscar Piastri, et peut donc encore espérer chiper à ceux-ci la couronne mondiale. Il revient toutefois d'assez loin, car ce circuit n'était de prime abord guère favorable à sa Red Bull. « Nous ignorions tout du comportement de pneus et comment attaquer, mais tout s'est bien passé, confie-t-il. Norris s'est un peu raté au premier freinage et j'ai saisi l'opportunité. Par la suite, j'ai toujours pu attaquer sans angoisser, les pneus ont vraiment bien tenu le coup. » Laurent Mekies est plus disert: « Max a mené une course proche de la perfection. Le grainage fut moins important que prévu sur notre machine, et c'est un très bon point. En plus, Max en a gardé sous la pédale, on l'a vu en fin de course lorsqu'il a creusé un écart substantiel avec Norris. Je tiens à féliciter l'équipe qui a fait un travail exceptionnel pour obtenir cette victoire sur un circuit qui ne nous avait pas réussi l'an passé. » En revanche, dans la seconde RB21 (car il y en a une), Yuki Tsunoda est très frustré par un nouveau week-end misérable. Plutôt rapide en essais libres, le Japonais ne comprend pourquoi il a perdu tout rythme à partir des qualifications et peste ouvertement contre son équipe. Mais qui se soucie encore de ses états d'âme ?
En 2024, Mercedes avait survolé le Grand Prix de Las Vegas, exploit qui ne s'est pas renouvelé cette année. Si les deux Flèches d'Argent grimpent sur le podium grâce aux disqualifications des McLaren, elles n'ont jamais pu envisager la victoire. George Russell a pourtant espéré tirer son épingle du jeu en début d'épreuve: « J'étais très bien parti, mais au bout de cinq tours, j'ai rencontré le même problème de direction que la veille. Toutefois, je suis parvenu à m'en accommoder. Puis, après l'arrêt, j'ai eu l'opportunité de menacer Verstappen. Je pensais qu'il aurait du mal sur son tour de sortie et j'ai tenté le coup. Mais l'usure des pneus a été très forte. Le deuxième relais fut donc pénible, je n'arrivais plus à tourner à gauche. » Russell a ainsi baissé le pavillon devant Norris. Mais comment expliquer une telle différence de performance sur le Strip d'une année sur l'autre ? « Cette saison, nous avons une voiture plus constante sur l'ensemble de la saison, alors que l'an passé, elle était soit exceptionnellement forte, soit exceptionnellement faible », avance Russell. Pour sa part, Andrea Kimi Antonelli a réalisé une extraordinaire remontée jusqu'à la cinquième place, nonobstant sa pénalité pour départ anticipé, en effectuant presque toute la course avec un train de pneus blancs. Grâce à la disqualification des McLaren, il grimpe même sur son troisième podium de la saison ! « C'est une forme de rédemption après ma qualification ! sourit l'Italien. J'ai commencé à rencontrer du graining un peu avant la mi-course, mais il s'est finalement estompé, et j'ai pu hausse le rythme en fin de course. Je suis vraiment très heureux de ce résultat. » Mercedes quitte ainsi le Nevada avec 33 points dans le besace et est presque assurée de décrocher la seconde place du championnat des constructeurs.
La double disqualification des McLaren permet à Ferrari de presque doubler sa récolte de points (16 points contre 9). C'est à peu près tout ce que les Rouges retireront d'une course qui avait été compromise par des qualifications calamiteuses sur piste humide. Charles Leclerc tacle au passage l'un des principaux talons d'Achille de son équipe: la tenue de route sur le mouillé. « C'est un problème que je rencontre depuis que je suis arrivé chez Ferrari, il y a sept ans ! bougonne-t-il. Et que ce soit Sainz ou Hamilton dans l'autre voiture, ce sont les mêmes impressions. On n'arrive pas à avoir du grip sur piste humide. C'est très frustrant car je pense être très bon dans ces conditions ! » Pour ce qui concerne la course, Leclerc avait une SF-25 très appuyée, ce qui l'a empêché d'attaquer les voitures devant lui. Mais Hamilton, pourtant moins fortement gréé, n'a pas brillé non plus et n'est remonté qu'en 10e position. Au final, Ferrari perd du terrain sur Red Bull et se retrouve clouée à la quatrième place du championnat des constructeurs. « Quoiqu'on en dise, cette saison ne sera pas un fiasco », assure pourtant Frédéric Vasseur. Disons alors un échec cuisant...
Sources :
- Nextgen-auto.com
- F1i.AutoJournal.fr
Tony