Red Bull: Hadjar et Lindblad promus, Marko s'en va
FIA: Ben Sulayem réélu sans adversaire
Norris, Verstappen, Piastri, la guerre des Trois
Fait très rare, trois pilotes sont encore en lice pour le titre mondial avant cette ultime manche de la saison 2025 à Abou Dhabi. Certes, il n'est pas étonnant de voir encore en concurrence Lando Norris (408 points) et Oscar Piastri (392 pts), dont la McLaren-Mercedes a dominé ce championnat, avec 14 victoires en 23 Grands Prix. Mais il est beaucoup plus surprenant de découvrir en outsider Max Verstappen (396 pts), qui voici trois mois était relégué à plus de 100 unités de la première place. Après une première partie de saison plus que maussade, marquée par des difficultés techniques et le limogeage fracassant de Christian Horner, le Néerlandais a bénéficié après la trêve estivale d'une RB21 très améliorée par des bonnes évolutions aérodynamiques. Le rouleau compresseur s'est alors mis en marche: neuf podiums d'affilée, cinq victoires, et un écart quasi comblé avec Norris avant cette dernière épreuve. Verstappen a en outre l'avantage d'affronter une équipe McLaren fragilisée à la fois par la rivalité entre ses deux pilotes et une série d'erreurs opérationnelles majeures. Ainsi, après la victoire de Norris à São Paulo, fin octobre, la couronne des pilotes semblait assurée de revenir à Woking pour la première fois depuis 2008. Verstappen était alors repoussé à 49 points du pilote anglais. Un gouffre. Las, les MCL39 furent ensuite disqualifiées à Las Vegas pour une usure excessive de leurs patins, puis l'équipe a laissé filer au Qatar une « balle de match » à cause d'une stratégie absurde. 50 points offerts sur un plateau d'argent à Verstappen qui n'a jamais été aussi proche de son cinquième titre. La « bête » est à l'affût, l'appétit aiguisé, prête à dévorer toutes crues les deux papayes...
Aussi, la pression pèse davantage sur McLaren que sur Red Bull. L'équipe de Woking est peut-être championne du monde des constructeurs pour la deuxième année consécutive, mais perdre encore une fois la couronne des pilotes serait un échec cinglant. Et sa tâche est évidemment compliquée par le fait que seuls seize points séparent Lando Norris et Oscar Piastri, lequel entend bien jouer sa propre partition jusqu'au bout: n'a-t-il pas dominé la majeure partie du championnat ? Ne menait-il pas au Qatar jusqu'à ce qu'une tactique idiote le fasse trébucher ? Évidemment, beaucoup considèrent que l'Australien devrait plutôt se mettre au service de Norris pour assurer la victoire de son écurie. Par exemple, Ruth Buscombe, ex-stratège de Sauber, estime qu'Andrea Stella devrait lui ordonner de s'effacer si d'aventure Verstappen était en passe de gagner la course. Mais Piastri ne veut pas envisager cette hypothèse. Et il est conforté par son mentor Mark Webber: en 2010, celui-ci avait perdu la couronne mondiale ici-même à Abou Dhabi, coiffé sur le fil par son propre coéquipier Sebastian Vettel qui avait entamé cette dernière épreuve avec quinze points de retard...
Après moult réflexions, Zak Brown et Andrea Stella ont finalement décidé de ne pas enfreindre les « Papayas rules » : Norris et Piastri seront bien libres de se battre jusqu'au bout. Mieux, un cloisonnement technique exceptionnel est établi pour assurer une totale équité. Concrètement, il n'y aura ce week-end aucun échange de réglages entre les entourages de deux pilotes. Le simulateur de Woking a déterminé deux set-up de base pour chacun, qui pourront être amendés au cours du week-end. Les données ont été transmises séparément à Will Joseph et Tom Stallard, les ingénieurs de course respectifs de Norris et Piastri. En outre, les briefings techniques auront lieu séparément. Norristes et Piastristes auront interdiction de communiquer entre eux. Pour ce qui concerne la course, McLaren maintiendra le statu quo jusqu'à ce que l'un des deux pilotes n'aura plus mathématiquement la possibilité d'être titré. Dans ce seul cas, l'équipe se réserve le droit d'intervenir dans le dernier relais. Autant dire que l'on peut donc tout de même s'attendre à voir Piastri s'effacer si besoin devant Norris. Il convient aussi de préciser que malgré ces louables efforts, les deux pilotes McLaren n'abordent pas le week-end à stricte égalité, puisque Piastri a obligation de céder son volant vendredi après-midi au réserviste Patricio O'Ward. Il manquera donc une séance d'essais.
Les trois protagonistes de cette bataille finale feignent une totale sérénité. « Rien ne change par rapport aux autres courses, assure Lando Norris. Tout le monde dans l'équipe est un peu plus excité, mais la méthode de travail reste la même. Certes, jouer le titre est nouveau, pour moi comme pour Oscar. Mais ces trois derniers jours, je n'y ai pas pensé. J'ai joué au golf avec mes potes, et j'ai hâte de retourner sur le green lundi, que je sois sacré ou pas ! » L'Anglais sait toutefois qu'en tant que leader du championnat, il a plus à perdre que ses concurrents. « Je ferai de mon mieux pour gagner, ajoute-t-il. Mais si cela ne se passe pas comme prévu, je retenterai ma chance l'année prochaine. Au fond, ce n'est qu'une course. Dans trente ans, cela me fera sourire. » De son côté, Oscar Piastri doit à la fois gagner la course et compter sur d'éventuels déboires pour ses rivaux pour l'emporter. « Je suis relax, clame-t-il néanmoins. J'ai déjà connu ce genre de situation dans les formules de promotion et c'était assez dur. Mais alors j'étais le leader, tandis que cette fois je suis celui qui a le moins à perdre. Je vais essayer d'être au bon endroit au bon moment, et je verrai bien. »
Quant à Max Verstappen, il répète une fois de plus qu'il n'a rien à perdre et considère cet éventuel cinquième titre comme un simple « bonus » après une saison très éprouvante. « Je suis très détendu, dit-il. Si je ne gagne pas, je n'irai pas pleurer dans un coin. Quoiqu'il advienne, je sais que j'ai fait une très bonne saison et je suis content de moi. Nous n'avons pas été l'équipe la plus forte cette année, donc un échec ne serait pas une grosse déception. » Cela n'empêche pas ses rivaux de le craindre plus que tout. « Max est comme un personnage de film d'horreur: il revient toujours, même quand on le croit mort ! » plaisante Zak Brown. Verstappen peut en tout cas compter sur une équipe toute dévouée. Son équipier Yuki Tsunoda est prêt à lui prêter main forte le cas échéant, en retenant en piste les McLaren. Et Laurent Mekies confirme que Red Bull jouera sa chance sans complexe: « Nous sommes concentrés pour donner à Max une excellente voiture. Si nous parvenons, nous savons qu'il se battra pour la victoire. Ce qui se passera derrière ne dépend pas de nous. On aura besoin d'un miracle. »
Concrètement, Lando Norris, leader du championnat, peut se contenter de finir sur le podium pour s'assurer du titre, quelle que soit la position de ses adversaires. Si le Britannique chute du « top 3 », alors tout devient possible pour Max Verstappen pourvu qu'il gagne la course. Quant à Oscar Piastri, sa meilleure chance d'être sacré est de l'emporter devant Verstappen ou un autre, en espérant que son coéquipier finisse au-delà de la quatrième place. Du reste, il n'est pas exclu que les Mercedes de George Russell et Kimi Antonelli, voire les Ferrari de Charles Leclerc et Lewis Hamilton, viennent jouer les trouble-fêtes. D'ailleurs, un autre protagoniste s'avance: Fernando Alonso déclare ouvertement vouloir aider son copain Max Verstappen, et mettra ses paroles en application en lui offrant l'aspiration en Q3 ! Pour se protéger, le malicieux Espagnol donnera aussi un peu d'élan à Oscar Piastri... mais pas à Lando Norris.
Présentation de l'épreuve
Pour la première fois de sa très longue carrière, Lewis Hamilton conclut une saison sans avoir paru une seule fois sur le podium. Cette première année avec Ferrari est sans doute la plus éprouvante qu'il ait jamais connu. Hamilton a eu toutes les peines du monde à s'adapter à son nouvel environnement, après douze saisons chez Mercedes. Il a en plus dû composer avec une SF-25 très médiocre et a été constamment dominé par Charles Leclerc. Il finira l'année avec 86 points de moins que le Monégasque, qui lui est parvenu à atteindre sept fois le podium. Évidemment, Hamilton a subi les foudres de la presse qui a relayé avec complaisance ses échanges aigres avec son ingénieur Riccardo Adami ou Frédéric Vasseur, lequel s'est agacé des sempiternelles plaintes de sa nouvelle recrue. Pourtant, au cours de ses deux décennies en F1, le Britannique avait jusqu'alors toujours délivré une parole très mesurée, professionnelle, « corporate », laissant peu d'espace à ses états d'âme. Cette année, il n'a au contraire rien caché de son profond désarroi, ce qui est un signe évident de lassitude: à bientôt 41 ans, Hamilton n'a plus de temps à perdre s'il veut devenir une huitième fois champion du monde. Mais le peut-il encore ? On a pu constater qu'il n'aimait pas cette génération de F1 à effet de sol introduite en 2022, qu'il commettait plus d'erreurs que jadis et surtout se lamentait beaucoup sur son propre sort. Bien sûr, tout peut encore changer avec les nouvelles monoplaces qui apparaîtront en 2026. Mais pour certains, la cause est entendue: Hamilton est engagé sur la voie d'un irrésistible déclin. Voilà pourquoi Ferrari songerait déjà à le remplacer par le très prometteur Oliver Bearman au terme de son contrat, fin 2026.
C'est presque en catimini que les moteurs Renault disparaissent de la Formule 1 au soir de cette saison 2025, mettant ainsi un terme à une aventure née il y a un demi-siècle, aux temps héroïques du turbo. Certes, le Losange restera engagé dans le championnat du monde via l'écurie Alpine, mais celle-ci sera désormais propulsée par un moteur Mercedes et n'aura plus un seul boulon français. Un déclassement symbolisé par cette triste dixième et dernière place au championnat des constructeurs 2025. Rendant 30 chevaux à toute concurrence et ne pouvant être amélioré, le V6 Renault hybride génération 2014-2025 ne sera regretté par personne... Ces adieux sont d'autant plus amers que le personnel de Viry-Châtillon reste meurtri par l'abandon du programme 2026 pour des raisons purement économiques, Le nouveau V6 hybride n'a même pas eu le temps de rouler au banc d'essai. Néanmoins, histoire de marquer le coup, Alpine inscrit les noms des gars et des filles de Viry sur les moteurs utilisés ce week-end. Mais ce sera tout. Renault quitte le cercle très fermé des motoristes de la F1, sans doute à tout jamais. Restera son incroyable palmarès: 11 titres pilotes, 12 titres constructeurs, 169 victoires, 213 pole positions, 465 podiums. Seule Ferrari a fait mieux, en soixante-quinze ans de présence. Alors, en dépit de tout, chapeau Renault !
L'écurie Sauber vit aussi son dernier Grand Prix sous cette dénomination avant de devenir l'écurie d'usine d'Audi en 2026. Elle célèbre ses « adieux » en présence du père fondateur Peter Sauber, 82 ans, accompagné de son épouse Christiane dont l'initiale a nommé tous les modèles de la marque, de la barquette C1 de 1970 à la Kick-Sauber C47 pilotée cette saison par Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto ! Voilà donc le terme d'une aventure vieille de cinquante-cinq ans. Et, histoire de marquer les esprits, Peter Sauber révèle autour d'une tarte aux pommes partagée avec des journalistes qu'il a bien failli faire débuter Lewis Hamilton en Formule 1 en 2007 ! « L'accord a capoté car McLaren voulait seulement le prêter pour un an, et nous le réclamions pour deux ans », révèle le Suisse, heureux de son effet.
Haas renforce un peu plus ses liens avec Toyota dont la division sportive (Toyota Gazoo Racing) deviendra son sponsor-titre en 2026. L'équipe américaine sera dorénavant connue sous le nom de TGR Haas F1 Team. Ce rapprochement scelle un partenariat technique encore plus avancé entre les deux structures. Toyota a ainsi participé à l'élaboration du simulateur qui entrera prochainement en service à l'usine de Banbury. Des ingénieurs japonais sont aussi détachés pour créer un cadre technique commun. Haas et Toyota approfondiront en outre leur programme TPC (Testing of Previous Cars) à l'œuvre depuis cette saison pour permettre à des pilotes officiels Toyota de rouler au volant de Haas des précédentes saisons. Ce fut notamment le cas en 2025 de Ryo Hirakawa, pilier de TGR en Endurance, du champion de Super Formula et Super GT 2023 Ritomo Miyata, de Sho Tsuboi (vainqueur de la Super Formula en 2024) et du vétéran Kamui Kobayashi. Le président Akio Toyoda déclare que cette saison 2025 fut une étape décisive dans la collaboration avec Haas, amenée à devenir une véritable alliance stratégique et technologique. Toutefois, il n'est pour l'instant pas question d'un retour officiel de Toyota en F1, et encore moins de l'élaboration d'un groupe propulseur.
Après 35 ans d'absence, Pepsi reviendra en Formule 1 en 2026 en tant que sponsor de l'équipe Mercedes. Cet accord permettra au géant américain des sodas de promouvoir trois de ses produits, Gatorade, Sting et Doritos. Par ailleurs, le Gatorade Sports Science Institute sera chargé de conseiller Mercedes en matière de nutrition énergétique. Il s'agit de la suite logique du partenariat signé cette même année entre la Formule 1 et Pepsi, courant jusqu'en 2030. Cette dernière firme fait donc son grand retour dans une discipline qu'elle avait désertée depuis 1991, saison au cours de laquelle elle sponsorisait la nouvelle écurie Jordan GP.
Comme chaque année ici, beaucoup de « rookies » roulent lors des premiers essais libres du vendredi. Candidat au titre, Oscar Piastri laisse son baquet au réserviste de McLaren Pato O'Ward. Williams confie le volant d'Alexander Albon à Luke Browning et Haas celui d'Esteban Ocon à Ryo Hirakawa. Ayumu Iwasa se glisse dans la Racing Bulls de Liam Lawson, alors que comme l'an dernier Ferrari alignera les deux frères Leclerc, le cadet Arthur supplantant Lewis Hamilton. Arvid Lindblad apparaît dans la Red Bull de Yuki Tsunoda. Vendredi après-midi, Aston Martin aligne deux débutants: Jak Crawford, vice-champion de Formule 2, et l'Écossais Cian Shields qui vient pourtant d'achever sa saison de F2 avec un score nul et vierge. Enfin, Alpine aligne l'Estonien Paul Aron à la place de Pierre Gasly.
Fernando Alonso se fait fâcheusement remarquer ce week-end. Lui et son équipier Lance Stroll font montre d'une grande désinvolture en séchant le traditionnel dîner de fin d'année des pilotes, la réunion du GPDA et surtout la séance officielle de dédicaces pour les fans. Les deux pilotes Aston Martin tentent de se justifier en déclarant que leur absence en EL1 aurait pu les exonérer de cette tâche, mais le collège des commissaires, pas convaincu, leur inflige à chacun 50 000 euros d'amende.
McLaren jouera le titre des pilotes avec une énième livrée spéciale, imaginée par neuf fans qui ont eu la chance de visiter l'usine de Woking et de rencontrer les deux pilotes. Le graphisme patronné par VELO est pour le moins particulier, puisque l'on croit voir sur les flancs de la MCL39 un fruit orangé (une papaye ?) ouvert, posé sur un fond bleu ciel agrémenté de vert pâle... De son côté, Nico Hülkenberg célèbre son 250e Grand Prix avec un casque gris métallique, inspiré de ceux que portaient les gladiateurs romains durant l'Antiquité ! « Cela rappelle l'esprit combatif dont on a besoin pour survivre dans ce sport ! » indique l'Incroyable Hulk.
Essais et qualifications
Vendredi après-midi, les essais libres sont dominés par les deux premiers du championnat, et Norris signe le meilleur temps (1'24''485''') juste devant Verstappen (1'24''493'''). Piastri a cédé son volant à O'Ward et perd ainsi un temps précieux. Puis, au coucher du soleil, Norris est de nouveau le plus rapide (1'23''085''') de la deuxième séance libre devant Verstappen et Russell, tandis que Piastri est en retrait avec seulement le 11e temps. Samedi après-midi, Russell crée la surprise en réalisant le meilleur chrono (1'23''344''') des derniers essais devant Norris et Verstappen. Piastri est cinquième. Hamilton provoque un drapeau rouge en heurtant violemment les barrières de pneus au virage n°9. Tsunoda reçoit une amende pour avoir gêné Norris au virage n°12.
Plus tard dans la soirée, Verstappen réalise une importante pole position (1'22''207''') et n'a plus qu'à compter sur d'éventuelles mésaventures des pilotes McLaren pour être titré. Tsunoda (10e) atteint la Q3 et n'y effectue aucun chrono puisqu'il se contente de donner l'aspiration à son équipier. Norris (2e) concède 2/10e à Verstappen et n'a en théorie qu'à se contenter de sa position pour être sacré. Piastri (3e) échoue à quelques millièmes de son équipier. Russell place sa Mercedes en quatrième position et dit assumer sa position d'arbitre pour le titre mondial. Antonelli (12e) est rapidement éliminé à cause d'un gros survirage. Leclerc est heureux de placer sa Ferrari au cinquième rang. En revanche, Hamilton (16e) est encore éliminé en Q1 après avoir commis une nouvelle erreur. Après des essais difficiles, Aston Martin corrige les réglages de l'AMR25 et Alonso atteint une belle sixième place. Stroll (15e) commet une erreur en fin de Q2 alors qu'il pouvait viser l'étape suivante.
Pour la dernière de Sauber, Bortoleto décroche une très brillante septième place. Hülkenberg (17e) est en revanche éliminé d'emblée à cause du trafic et de pneus jamais à bonne température. Après un vendredi calamiteux, Ocon hisse sa Haas au 8e rang et atteint la Q3 pour la première fois depuis six mois. Bearman (11e) rate la troisième manche pour une poignée de millièmes. La Racing Bulls n'est pas au mieux ce week-end. Hadjar (9e) se démène pour atteindre la Q3 tandis que Lawson se contente du 13e rang. Les Williams sont victimes des écarts extrêmement serrés au cœur du peloton. Sainz (13e) est éliminé en Q2 pour 8 millièmes et Albon (17e) cale d'entrée de jeu à cause d'un épais trafic. Enfin, les Alpine-Renault A525 concluent tristement leur carrière avec une dernière ligne, Gasly (19e) comme Colapinto (20e) ayant vu du reste plusieurs de leurs chronos effacés pour passage hors limites.
Le Grand Prix
Ce 7 décembre, la grande finale de la saison 2025 se déroule dans une atmosphère assez chaude, la température en piste dépassant les 30°C. La nuit tombante devrait bien sûr faire baisser celle-ci, mais Pirelli s'inquiète d'un éventuel graining. Deux changements de pneus ne sont pas exclus. Les trois protagonistes du championnat, placés aux trois premiers rangs, n'ont pas les mêmes stratégies. Si Verstappen et Norris partent en pneus médiums (C2), Piastri est muni de gommes dures (C1) et ne fera donc qu'un arrêt. La majorité du peloton est en gommes jaunes. Seuls Tsunoda, Antonelli et Stroll sont aussi en pneus durs (C1), tandis que Hülkenberg, Hamilton et Albon partent avec les Pirelli tendres (C3).
Départ: Verstappen coupe aussitôt la trajectoire à Norris et demeure en tête devant l'Anglais et Piastri. Russell fait patiner ses roues et se fait déborder par Leclerc et Alonso.
1er tour: Gasly et Hülkenberg se frottent au virage n°5, sans grande conséquence. Leclerc et Alonso se bagarrent entre les virages n° 6 et 9. Le Monégasque reste devant. Piastri assaille hardiment son équipier Norris par l'extérieur de la courbe n°9 et s'empare de la seconde place. En fin de tour, Verstappen devance Piastri, Norris, Leclerc, Alonso, Russell, Bortoleto, Hadjar, Ocon et Tsunoda.
2e: Le DRS est activé pour la dernière fois avant sa disparition. Verstappen prend une seconde et demie d'avance sur Piastri. Norris se retrouve sous la menace de Leclerc.
3e: Leclerc demeure dans le sillage de Piastri. Alonso est sous la pression de Russell.
4e: Russell attaque Alonso par l'intérieur au virage n°6 et conquiert la cinquième place. Leclerc prend l'aspiration de Norris dans l'accélération menant au tournant n°9. Au freinage, son museau point à droite de la McLaren, mais il ne peut pas porter une réelle attaque.
6e: Verstappen précède Piastri (2.2s.), Norris (3.5s.), Leclerc (4.4s.), Russell (5.6s.), Alonso (7.2s.), Bortoleto (7.7s.), Hadjar (8.4s.), Ocon (9.1s.), Tsunoda (9.8s.), Lawson (10.6s.) et Bearman (11.3s.). Hamilton est treizième.
7e: Leclerc se rapproche de nouveau de Norris, mais il lui manque une bonne traction en sortie de virage pour porter une estocade.
8e: Piastri reçoit le message d'accélérer la cadence pour permettre à Norris de semer Leclerc. Hülkenberg chausse les pneus durs.
9e: Piastri a obtempéré. Il revient à deux secondes de Verstappen tandis que Norris prend une petite marge sur Leclerc. Hamilton et Albon se saisissent des enveloppes dures.
10e: Verstappen mène devant Piastri (2.2s.), Norris (4s.), Leclerc (4.9s.), Russell (6.6s.), Alonso (8.7s.), Bortoleto (9.3s.), Hadjar (10.3s.), Ocon (11s.), Tsunoda (12s.), Lawson (12.6s.) et Bearman (13.2s.).
12e: Les écarts entre les trois premiers sont stables. Leclerc concède maintenant une seconde et demie à Norris. Au championnat, si les chosent restaient en l'état, la situation serait la suivante: 1) Norris: 423 pts ; 2) Verstappen: 421 pts ; 3) Piastri: 410 pts.
14e: Le soleil se couche sur Abou Dhabi. Piastri revient à une seconde et demie de Verstappen. Hadjar contient à grand peine Ocon et Tsunoda. Comme cela était redouté, la VCARB maltraite ses pneus en course. Lawson reçoit 5 secondes de pénalité pour avoir dangereusement zigzagué devant Bearman.
15e: Russell chausse les pneus durs (2.3s.) et ressort en 13e position derrière Antonelli. Hadjar et Bearman prennent aussi ce composé.
16e: Bortoleto prend les pneus blancs et ressort devant Albon, Hadjar et Bearman. Colapinto s'empare aussi des gommes dures.
17e: Norris apparaît chez McLaren et chausse les pneus durs sans incident (2.1s.). Leclerc fait de même et repart derrière l'Anglais. Alonso se saisit des mêmes gommes lors d'un arrêt trop long (4s.). Russell pourchasse Leclerc qui selon lui bouge dangereusement au freinage.
18e: Deux secondes séparent Verstappen et Piastri. Norris efface Antonelli au virage n°5, puis Sainz au tournant n°9. Lawson et Stroll se bagarrent devant ce duo.
19e: Norris déborde Stroll dans la ligne droite de la mi-parcours, puis sur son élan surprend Lawson au freinage. Il double ainsi deux bolides d'un coup. Mais Lawson, pilote Red Bull, contre-attaque et se porte par l'extérieur à la hauteur de la McLaren dans la courbe n°9. Norris garde cependant l'avantage. Leclerc se défait d'Antonelli. Sainz chausse les enveloppes blanches.
20e: Brièvement troisième, Ocon met les pneus durs et tombe derrière Bearman et Hadjar. Leclerc avale d'un même mouvement Stroll et Lawson, exactement comme Norris un tour plus tôt ! Russell se débarrasse d'Antonelli.
21e: Quatrième, Norris revient désormais sur Tsunoda qui a évidemment pour mission de jouer les bouchons. Lawson s'empare des pneus durs et subit sa pénalité. Cela le relègue au dernier rang.
22e: Verstappen mène devant Piastri (2.3s.), Tsunoda (26.5s.), Norris (27.5s.), Leclerc (29s.), Russell (33s.), Stroll (35s.), Antonelli (35.5s.), Hamilton (36s.), Hülkenberg (36.6s.), Alonso (37.2s.) et Bortoleto (38s.).
23e: L'ingénieur Richard Wood confie à Tsunoda la mission de gêner Norris pour laisser revenir Leclerc. Conscient du danger, le pilote McLaren passe aussitôt à l'attaque, DRS ouvert, dans la grande ligne droite. Tsunoda louvoie à trois reprises devant lui. Dans son dernier mouvement, il le serre vers l'intérieur, ce qui décide Norris à le déboîter, quitte à mettre les quatre roues derrière la ligne blanche. Le Britannique s'impose avec panache au freinage. Alonso se défait des Sauber de Bortoleto et d'Hülkenberg.
24e: Verstappen s'empare des gommes dures (2.3s.) et reprend la piste en seconde position, laissant Piastri aux commandes. Troisième, Norris a de nouveau le titre en poche, à condition que les commissaires ne sanctionnent pas son dépassement sur Tsunoda... Leclerc double aisément le Japonais. Hamilton dépasse Antonelli et Bortoleto double Hülkenberg.
25e: Piastri précède Verstappen (18.6s.), Norris (23.3s.), Leclerc (25.6s.), Tsunoda (29.6s.), Russell (31.7s.), Stroll (35.5s.), Hamilton (37s.), Antonelli (38.2s.), Alonso (38.8s.), Bortoleto (39.4s.) et Hülkenberg (40s.).
26e: Les commissaires annoncent enquêter à la fois sur les manœuvres de défense de Tsunoda et le dépassement litigieux de Norris. Autant dire qu'ils ont le sort du championnat entre leurs mains... La situation actuelle au classement est la suivante: 1) Norris: 423 pts ; 2) Piastri: 417 pts ; 3) Verstappen: 414 pts.
27e: Alonso déborde hardiment Antonelli par l'extérieur au bout de la longue ligne droite et conquiert la neuvième place.
28e: La nuit est tombée. Verstappen revient à seize secondes de Piastri. Norris signe le meilleur tour (1'27''998''') et garde à distance un Leclerc toujours menaçant.
29e: Russell prend la cinquième place à Tsunoda. Le Japonais est frappé de 5 secondes de pénalité pour avoir changé plusieurs fois de trajectoire devant Norris. En revanche, ce dernier échappe à toute sanction ! Les commissaires ont jugé qu'il avait été contraint à cette manœuvre par les zigzags de Tsunoda. La couronne demeure sur sa tête.
30e: Piastri devance Verstappen (14.2s.), Norris (19s.), Leclerc (21.3s.), Russell (32.3s.), Tsunoda (35.3s.), Stroll (39.3s.), Hamilton (40.6s.) et Alonso (44s.). Bortoleto déborde Antonelli qui n'a toujours pas stoppé.
31e: Verstappen reprend environ une seconde par tour à Piastri. Norris sème peu à peu Leclerc, nettement moins à l'aise avec les gommes dures. Ocon prend l'avantage sur Hülkenberg après une rude bagarre. Bearman doublera aussi l'Allemand peu après.
32e: Verstappen tourne en 1'27''801''' et revient à moins de dix secondes de Piastri. Ocon dépasse Antonelli. Hamilton chausse les gommes médiums et tombe au 19e rang.
33e: Tsunoda stoppe chez RBR pour subir sa punition et prendre des pneus médiums. Antonelli s'empare aussi de ce composé. Tous deux se retrouvent en queue de peloton.
34e: Piastri est leader devant Verstappen (9.4s.), Norris (15s.), Leclerc (19s.), Russell (32.5s.), Stroll (42s.), Alonso (46s.), Bortoleto (47s.), Ocon (18.3s.) et Bearman (50.3s.). Deuxième arrêt pour Albon.
36e: Piastri compte sept secondes d'avance sur Verstappen, onze secondes sur Norris. L'Australien ne court désormais plus pour lui-même: il s'agit de retenir Verstappen...
37e: Les trois premiers se tiennent en dix secondes. Albon reçoit 5 secondes de pénalité pour excès de vitesse aux stands.
38e: Verstappen remonte à tire-d'aile sur Piastri. Ocon déborde Bortoleto par l'extérieur au virage n°6. Hamilton remonte dans le peloton grâce à ses pneus médiums. Après avoir doublé Hadjar, il réapparaît au 13e rang.
40e: Verstappen est à moins d'une seconde de Piastri. Leclerc prend des pneus médiums et repart derrière Russell.
41e: McLaren couvre la stratégie de Ferrari et rappelle Norris. Ce dernier s'empare de gommes dures (2.4s.) tout en restant troisième. Verstappen fond sur Piastri et le dépasse sans coup férir dans la grande ligne droite. De son côté, Leclerc bute sur Russell. Hamilton dépasse Sainz. Gasly et Colapinto prennent les enveloppes jaunes.
42e: Piastri s'arrête enfin aux stands, reçoit des pneus médiums (2.2s.) et repart en seconde position. Leclerc vient à bout de Russell au virage n°6. Hülkenberg se saisit de pneus médiums et repart en 18e position.
43e: Verstappen mène devant Piastri (24s.), Norris (29s.), Leclerc (33.3s.), Russell (37s.), Alonso (54.5s.), Ocon (55.2s.) et Bearman (56.7s.), Hamilton prend la 9e place à Bortoleto. Stroll est le dernier pilote à troquer des pneus durs contre des médiums et se relance devant Hülkenberg.
44e: Piastri est le plus rapide en piste (1'26''765''') et remonte sur Verstappen. Leclerc réduit son retard sur Norris. Hamilton chasse désormais les pilotes Haas.
45e: Leclerc réalise le meilleur tour de la course (1'26''725'''). Hamilton déborde Bearman. Gasly écope de 5 secondes de pénalité pour franchissement répété des limites de la piste.
47e: Verstappen devance Piastri (20.8s.), Norris (25.4s.), Leclerc (29.5s.), Russell (41.6s.), Alonso (1m.), Ocon (1m. 01s.), Hamilton (1m. 03s.), Bearman (1m. 04s.), Bortoleto (1m. 06s.), Sainz (1m. 07s.) et Tsunoda (1m. 09s.)
49e: Dix-neuf secondes séparent Verstappen et Piastri. Leclerc ne remonte plus sur Norris qui a désormais le titre en poche. Stroll et Hülkenberg se fraient un chemin dans le peloton grâce à leurs pneus frais. Ils sont respectivement 14e et 16e.
51e: Verstappen a dix-sept secondes d'avantage sur Piastri, vingt-et-une secondes sur Norris. Leclerc est repoussé à cinq secondes du futur champion. Stroll passe devant Antonelli et Hülkenberg efface Hadjar.
52e: Verstappen se voit adresser le drapeau noir et blanc car il a déjà roulé deux fois derrière la ligne blanche. Stroll prend la 12e place à Tsunoda.
54e: Piastri est revenu à quinze secondes de Verstappen. Stroll dépasse Sainz par l'extérieur au virage n°6, puis se défend rudement face à une contre-attaque de ce dernier. Les commissaires examinent son cas. Hülkenberg a doublé Antonelli et se défera ensuite de Tsunoda.
55e: Les pneus de Piastri commencent à s'abîmer. Norris comble une partie de son retard sur son équipier. Hamilton menace Ocon pour la septième place. Stroll s'empare de la 10e place aux dépens de Bortoleto.
56e: Verstappen précède Piastri (13.6s.), Norris (15.4s.), Leclerc (23.4s.), Russell (45.5s.), Alonso (1m. 03s.), Ocon (1m. 06s.), Hamilton (1m. 07s.), Bearman (1m. 09s.), Stroll (1m. 11s.), Bortoleto (1m. 13s.) et Sainz (1m. 14s.).
57e: Hülkenberg prend la 12e position à Sainz, puis doublera son équipier Bortoleto dans le dernier tour.
58e et dernier tour: Stroll prend la neuvième place à Bearman, après une défense excessive de ce dernier qui lui vaudra une pénalité.
Max Verstappen remporte le GP d'Abou Dhabi devant Piastri. Norris (3e) est sacré champion du monde 2025. Leclerc se classe quatrième, Russell cinquième. Alonso décroche une belle sixième place. Ocon (7e) résiste jusqu'au bout à Hamilton (8e). Stroll est neuvième devant Bearman. Viennent ensuite Hülkenberg, Bortoleto, Sainz, Tsunoda, Antonelli, Albon, Hadjar, Lawson, Gasly et Colapinto.
Stroll et Bearman sont chacun sanctionnés de 5 secondes pour des défenses trop rugueuses. Le Canadien tombe au 10e rang, l'Anglais au 11e, et c'est donc Hülkenberg qui recueille la 9e place et inscrit deux points pour le dernier Grand Prix de Sauber.
Après la course: Lando Norris champion du monde 2025
Sitôt passé la ligne, Lando Norris laisse éclater des larmes sa joie. Il devient à 26 ans le 35e champion du monde de Formule 1, le 11e Britannique. Il exécute quelques « donuts », puis rejoint la voie des stands où, avant même d'ôter son casque, il se jette dans les bras de sa mère Cisca et de sa petite amie Margarida Corceiro. Son vieil ami Carlos Sainz est le premier pilote à le féliciter. Viendra ensuite Lewis Hamilton qui était le dernier pilote sacré avec McLaren. Zak Brown, Andrea Stella et Will Joseph congratulent aussi Norris avant qu'il ne réponde tout ému aux questions de David Coulthard, sous les vivats de la foule. De joyeux sanglots entrecoupent ses propos. Émotionnellement, il a vécu une rude soirée, même si au fond tout s'est bien passé. Il a plus ou moins laissé Oscar Piastri le doubler dans le premier tour, sachant que ce dernier avait pour mission de titiller Max Verstappen. Charles Leclerc a tout fait pour lui chiper sa précieuse troisième place, mais n'a jamais représenté une grande menace. Le moment crucial fut bien sûr le dépassement sur Yuki Tsunoda, exécuté avec les roues derrière la ligne blanche. Une manœuvre qui aurait pu lui valoir une pénalité désastreuse, mais les commissaires ont jugé le Japonais responsable de cette situation par ses dangereux louvoiements. « Quand je pense qu'à 10 cm près, je perdais tout ! » sourit Norris. « Je suis resté calme jusqu'aux trois derniers virages, confie-t-il. Là, j'ai commencé à trembler un peu. Des choses incroyables me sont venues à l'esprit, puis j'ai vu l'équipe sur le muret des stands. Je n'oublierai jamais ce moment. »
Le sacre du natif de Bristol fait plaisir à voir. Ce garçon un peu efflanqué, à la bouille d'éternel gamin, est au fond un champion très atypique. Il a pourtant suivi l'itinéraire classique des surdoués du volant: champion du monde de karting en 2014 (le plus jeune de l'Histoire), champion d'Europe de F3 en 2017, vice-champion de F2 en 2018. Il intégra cette année-là la filière McLaren qui l'a depuis choyé dans sa lente ascension: débuts en F1 en 2019, premier podium en 2020, première pole en 2021... Mais première victoire en 2024 seulement pour celui que des médias souvent méchants surnommaient « Lando No-win ». Puis, cette année-là, alors que sa McLaren devait lui permettre de jouer le titre mondial, Norris est tombé avec une remarquable constance dans tous les traquenards semés par Max Verstappen. Car certes, il n'est sans doute pas le meilleur pilote de sa génération. Lui-même reconnaît volontiers qu'il n'a pas le mental d'acier d'un Verstappen ou d'un Hamilton. Il a très honnêtement avoué avoir jadis souffert de problèmes psychologiques. Et bien souvent on l'a vu commettre des erreurs quand la pression était intense. Cependant, il a toujours conservé le plein soutien de son équipe. Comme le fait justement remarquer Éric Boullier, Norris est à Zak Brown ce que Lewis Hamilton fut à Ron Dennis: le prodige jalousement couvé, façonné, poli pour devenir le fer de lance de McLaren. La comparaison s'arrête là. Norris n'est pas Hamilton. Mais Brown ne lui jamais ôté sa confiance et sa persévérance a payé. Car l'autre Anglais au casque jaune, Norris-le-fragile, a fait mentir ses détracteurs: il a vaincu ses démons pour remporter avec bio un titre est amplement mérité. Qu'on en juge.
Après sa victoire inaugurale en Australie, Norris a subi la loi de son équipier Oscar Piastri durant le printemps, s'échinant à apprivoiser une MCL39 au comportement parfois déroutant. Puis, à Montréal, il percuta son collègue, une erreur que d'aucuns jugeaient inévitable en raison de sa maladresse supposée. La cause paraissait entendue: Piastri allait enterrer Norris. Et pourtant ce dernier a renversé la vapeur et remporté trois courses avant la pause estivale. Mais à la reprise, à Zandvoort, une panne vint le frapper en toute fin de course. Il fut repoussé à 34 points de Piastri, alors que pointait à l'horizon la menace Verstappen. Là encore, les « experts » avaient rendu leur verdict: Norris ne serait qu'un figurant du duel Piastri - Verstappen. Et non ! Le jeune Anglais s'est ressourcé, a revu son approche de la conduite, notamment en cessant de comparer ses temps avec ceux de son équipier dans le cockpit, et a pris le pouvoir chez McLaren. Après deux victoires au Mexique et au Brésil, Norris, leader du championnat, avait le titre en poche... mais son équipe s'est prise les pieds dans le tapis à Las Vegas et Losail. Bilan: 37 points concédés à Verstappen, sans qu'il eût quelque chose à se reprocher. Dur à encaisser. Comment ce grand sensible allait-il tenir son rang à Abou Dhabi, dans la position du chassé, face à Max le prédateur et Oscar le faux frère ? Encore une fois, il a fait preuve de résilience, n'a pas commis une seule faute et recueille la troisième place nécessaire à sa consécration. Pas mal, pour un pilote réputé très vulnérable ! « J'ai connu beaucoup de moments difficiles cette année, reconnaît-il. Gagner en Australie m'a donné un premier élan, mais très rapidement les résultats ne furent pas géniaux. Piastri a fait un boulot incroyable et était constamment devant moi. Mais il faut apprendre de ces moments compliqués. J'avais des doutes, je les ai effacés. Pour cela, j'ai élargi le groupe de personnes avec lesquelles je travaille, pour être plus calme, plus performant sous la pression. » Sebastian Vettel lui a notamment apporté soutien et conseils en cette fin de saison. Ajoutons que Norris se targue avec raison d'être un champion « propre », gentil, honnête. « Je veux démontrer qu'on peut devenir champion du monde en respectant ses adversaires », a-t-il proclamé. Sous-entendu: pas comme Max Verstappen. Pari réussi. Son fair-play n'a jamais été pris en défaut. Il n'a jamais zigzagué au freinage pour contraindre son assaillant à la doubler en sortant des limites de la piste...
McLaren remporte donc les deux championnats pilotes et constructeurs pour la première fois depuis 1998. Zak Brown y a laissé quelques gouttes de sueur: « Mon cœur a battu la chamade durant toute la course ! clame l'Américain. Il y a eu les arrêts aux stands, la menace de Leclerc... J'étais très nerveux, mais vaincre Max Verstappen est un grand accomplissement. Avec Lando et Oscar, on ne peut pas demander une meilleure paire de pilotes. Nous avons deux as capables de remporter le titre mondial, et nous ne changerons rien l'an prochain. » De fait, l'équipe papaye a réussi à décrocher cette couronne des pilotes en maintenant entre ses pensionnaires une stricte équité durant toute la saison. Cela mérite d'être salué. Enfin, après les obligations officielles, vient le temps des festivités. Avec son père Adam, Norris retrouve son entraîneur John Malvern en train de préparer des spritz et des bières au bar du circuit. Les rejoignent son discret manager Mark Berryman, son ingénieur Will Joseph et bientôt tout l'aréopage de McLaren. Le nouveau champion, grand fêtard, se lâche franchement. Et tant pis s'il doit reprendre la piste dès le mardi pour les essais Pirelli...
Réactions de Verstappen et Piastri - Cap sur 2026
Max Verstappen ne coiffera pas cette année sa cinquième couronne, malgré l'époustouflante remontée qu'il a accomplie à partir du mois de septembre. Ce dimanche soir, le Batave n'était pas maître de son destin. C'est pourquoi Red Bull lui a suggéré de rééditer l'astuce appliquée ici-même par Lewis Hamilton contre Nico Rosberg en 2016: partir en tête, imprimer un rythme modéré, ralentir ainsi son rival et espérer que celui-ci se fasse avaler par la concurrence. Mais McLaren a paré le coup en envoyant Piastri aux basques de la n°1. « Le plan était évident: retenir le groupe, produire du désordre et espérer que Norris soit attaqué et perde des positions, reconnaît Helmut Marko. Mais McLaren a fait un choix intelligent en donnant les pneus durs à Piastri. Nous ne pouvions pas ralentir le peloton, car celui-ci en aurait profité. Cela nous a surpris. » Dès lors, Verstappen a dû attaquer, et s'il gagne la course haut la main, aucun incident ne lui a permis de décrocher la timbale in extremis. Comme il l'avait annoncé, il prend cette défaite avec beaucoup de philosophie: « On a pris les montagnes russes cette année, avec beaucoup de moments difficiles. C'est dommage de passer à côté du titre, mais celui-ci fut sorti de mon esprit pendant si longtemps que je préfère retenir nos efforts et notre fin de saison. Je n'ai aucun regret. » Verstappen sait qu'il aura bien d'autres trophées à ranger dans son armoire. Il ne s'amuse donc pas à pester contre les commissaires qui ont fait preuve ce soir d'une grande mansuétude envers Norris, ni à chercher où il a perdu les deux minuscules points qui lui ont manqué. Cependant, lorsqu'en conférence de presse un journaliste lui rappelle son « pétage de plombs » de Barcelone, il sort les dents: « Tu oublies tout ce qui s'est passé cette saison pour ne retenir que Barcelone ! Mais je savais qu'on allait me sortir ça... » Pour finir, Verstappen tacle le « sourire stupide » de l'impudent...
Pour Oscar Piastri, la défaite semble plus dure à digérer. Ce soir, le natif de Melbourne s'est cantonné à une course d'équipe. Grâce à sa stratégie à un arrêt, il a pu embêter Verstappen, mais savait qu'il ne pouvait gagner la course que grâce à une éventuelle neutralisation qui lui aurait offert un arrêt « gratuit ». Et pour gagner le titre, il lui fallait compter sur des circonstances exceptionnelles qui ne sont pas advenues. « On a tenté un coup avec deux stratégies différentes, en espérant que les planètes s'aligneraient, mais cela n'a pas été le cas », dit-il. De toute façon, Piastri sait qu'il n'a pas perdu le titre ici, dans le golfe persique, mais à l'automne, lorsqu'il s'est écroulé face à Verstappen et Norris sur les pistes à faible adhérence de Bakou, Austin et Mexico. Et il ne peut qu'être très amer en songeant qu'il fut en tête du championnat pendant la majeure partie de l'année, comptant un temps jusqu'à 34 points d'avance sur son équipier... « J'aurais évidemment souhaité une issue différente, confie-t-il, mais j'aurais signé en début de saison pour de telles statistiques (7 victoires, 6 poles). J'ai énormément appris sur moi-même. Il y a des leçons à tirer de cette saison, sur ma façon de conduire, mais aussi mon comportement en dehors de la piste. J'ai eu des moments compliqués, mais ce n'était que ma troisième saison de F1, et elle fut bien supérieure aux deux premières. » Il est permis de douter de l'entière sincérité de ces propos. Surtout que si bien évidemment Piastri félicite Norris devant les caméras, il laisse tout de même échapper une petite phrase révélatrice: « Lando mérite d'être champion, mais il n'est pas soudain devenu Superman ! » Bref, à charge de revanche... D'ailleurs, Zak Brown tente de consoler son autre pilote en assurant que « lui aussi deviendra champion du monde ».
Du côté des autres écuries, Ferrari n'est pas parvenue à propulser Charles Leclerc sur le podium, mais cela est anecdotique. Le Monégasque, las des échecs répétés de la Scuderia, prévient que 2026 sera « l'année ou jamais » pour retrouver les sommets. De son côté, après de nouveaux échanges tendus avec Riccardo Adami, Lewis Hamilton prétend vouloir fuir la presse, « disparaître » pendant les quelques semaines de la trêve hivernale. Ce dernier rendez-vous n'a pas souri non plus à Mercedes qui n'a pas exploité correctement les pneus Pirelli. Andrea Kimi Antonelli achève sa première saison assez brillante hors des points et George Russell, modeste cinquième, porte tous ses espoirs vers le futur moteur hybride flanqué de l'Étoile. Pour ce qui concerne le championnat des constructeurs, Racing Bulls conserve sa sixième place, malgré un Grand Prix calamiteux, et devance Aston Martin, Haas, Stake-Sauber et Alpine-Renault.
La page 2025 est très vite tournée, car 2026, c'est déjà demain. 88 jours seulement séparent ce Grand Prix d'Abou d'Abou Dhabi du coup d'envoi du prochain exercice à Melbourne. Entretemps apparaîtront les toutes nouvelles F1 à l' « aérodynamique active » et propulsées par les nouveaux groupes propulseurs hybrides. Voilà pourquoi le surlendemain de cette ultime course, les équipes sont encore à pied d'œuvre à Abou Dhabi pour tester les nouveaux pneus Pirelli et des « mulets » simulant l'aérodynamisme des F1 de 2026, notamment les futurs ailerons avant mobiles. Le temps presse. Les premiers essais des nouvelles machines auront lieu à Barcelone du 28 au 30 janvier 2026, soit dans huit semaines. L'hiver sera court !
Sources :
- Nextgen-auto.com
- Auto hebdo n°2541, 10 décembre 2025
Tony