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Ferrari

1076th Grand Prix

XLVI United States Grand Prix
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Austin
Sunday, 23 October 2022
56 laps x 5.513 km - 308.405 km
(Offset: 323 m)
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Mort de Dietrich Mateschitz

Le 22 octobre, peu avant le coup d'envoi des qualifications, Christian Horner annonce le décès de Dietrich Mateschitz, à l'âge de 78 ans, « des suites d'une longue maladie ». Cette mauvaise nouvelle était hélas redoutée car le milliardaire autrichien, président et fondateur de Red Bull GmbH, n'était plus apparu en public depuis de longs mois. Selon l'histoire officielle, c'est lors d'un voyage à Hong-Kong que celui qui n'était qu'employé d'un fabricant de dentifrice a découvert la boisson énergisante à base de taurine qui a fait son succès et sa fortune. En 1984, il s'associe avec le businessman thaïlandais Chaleo Yoovidhya pour fonder Red Bull, marque qui va conquérir en quelques années le marché mondial des boissons sucrées. Mais Mateschitz avait une obsession: associer l'image de sa firme aux sports populaires, y compris les plus excentriques ou les plus extrêmes, du ski freestyle à la voltige aérienne, en passant par les caisses à savon ou le saut en chute libre depuis l'espace qui fit de Felix Baumgartner un héros mondial en 2012.

 

Et puis, vinrent les sports mécaniques. Depuis 1990, rares sont les disciplines à n'avoir jamais accueilli en leurs rangs ne serait-ce qu'une voiture, qu'une moto flanquée du taureau rouge. Mais la Formule 1 fut la principale passion de Mateschitz qui, tout jeune homme, vibrait comme ses compatriotes autrichiens aux exploits de Jochen Rindt. De 1995 à 2004, Red Bull fut ainsi le principal actionnaire de Sauber, avant que Mateschitz ne profite de la mise en vente de Jaguar Racing pour acquérir sa propre équipe, puis une seconde, l'année suivante, avec Minardi, devenue depuis Toro Rosso puis AlphaTauri. Ce fut l'une des plus belles success stories de l'histoire de la F1 : à l'origine, peu de monde prenait au sérieux Red Bull Racing. Sa communication excentrique, ses distributeurs de boissons installés dans tout le paddock, son jeune team manager Christian Horner, un ex-pilote raté d'à peine 30 ans, suscitaient plutôt la moquerie voire le dédain. Mais Mateschitz avait les moyens de ses ambitions. Horner s'est révélé l'un des meilleurs managers de sa génération, Helmut Marko, l'ami du patron, l'homme de l'ombre, a su dénicher et former deux immenses talents, Sebastian Vettel et Max Verstappen, et surtout, dès 2007, Red Bull a recruté Adrian Newey, l'ingénieur le plus brillant de l'histoire de la F1, lequel a conçu les formidables monoplaces avec lesquelles Vettel (2010-2013) puis, près de dix ans plus tard, Verstappen (2021-2022) ont conquis six titres mondiaux.

 

Moins de vingt ans après son lancement, Red Bull Racing est désormais l'une des écuries les plus victorieuses de l'histoire de la Formule 1, qui sera bientôt l'égale de Ferrari, McLaren, Williams, Mercedes et Lotus. De nombreux puristes ne pardonnent pas cette réussite au « marchand de canettes » qui deviendra même sous peu son propre motoriste. Mais « Didi » Mateschitz, homme fort discret, était un authentique passionné d'automobile, et son incroyable réussite commerciale fut aussi, et peut-être même surtout, le moyen d'assouvir ses rêves. « Nous ne vendons pas de voiture, donc pour nous, la F1 n'est pas synonyme de compétition commerciale. Ce qui nous intéresse, c'est le sport lui-même », confiait-il en 2005. Que cela plaise ou non, voilà trois décennies que Red Bull investit dans le sport automobile, et notamment dans la formation de jeunes pilotes qui, de la prime adolescence au pinacle du sport auto, sont dénichés, élevés, policés par le Dr. Marko, le Pygmalion de la galaxie Red Bull. Sans Dietrich Mateschitz, que seraient devenus les Vettel, Ricciardo, Vergne, Sainz, Gasly, Verstappen et autres Albon ? Voilà peut-être son plus bel héritage.

 

Présentation de l'épreuve

La Formule 1 n'en finit pas de passionner les Américains. L'étape d'Austin, qui fête cette année ses dix ans, accueille près de 440 000 spectateurs en trois jours et bat ainsi le record stratosphérique de 2021. Cet engouement populaire se nourrit aussi d'un goût du show teinté de chauvinisme. Par exemple, Daniel Ricciardo arrive vendredi sur le circuit à dos de cheval, grimé en parfait cow-boy de western spaghetti ! Ses collègues flattent aussi le folklore américain par des casques spéciaux dont on pourra discuter le bon goût : livrée « Spider-man » (Esteban Ocon), « blue-jean » (Guanyu Zhou), « full cuir » (Lance Stroll), « étoile texane sur fond or » (Pierre Gasly), « ambiance western » (Mick Schumacher) et, last but not least, « Stars and Stripes » pour Max Verstappen. Mais, plus sérieusement, le « boom » de la F1 outre-Atlantique est à mettre au crédit de la série Netflix « Drive to survive » qui a conquis les Américains, principalement lors des « confinements » de 2020, si propices à la découverte de nouveaux produits télévisuels. Depuis, la F1 taille des croupières à l'Indy Car, même si la Nascar demeure encore inatteignable en termes d'audience et de popularité.

 

Si la popularité de la Formule 1 aux États-Unis est à son zénith, il n'y a toujours pas de pilote américain sur la grille. Cette « lacune » devrait cependant être comblée en 2023 car Williams annonce son intention de titulariser l'espoir Logan Sargeant, qui participe ce week-end aux essais libres, si dernier obtient sa super-licence. Dans le même temps, les Andretti père et fils persistent dans leur projet de lancer leur équipe de Formule en 2024, et ce malgré l'opposition conjuguée de Liberty Media, de la FIA et de la plupart des autres écuries. A Austin, Mario Andretti assure pourtant que son fils Michael a ouvert une nouvelle usine à Indianapolis et que le team « Andretti Global » compte bien être sur la grille de départ en 2024. A ceci près que personne ne les y convie... Mario Andretti n'en a en tout cas pas fini avec la Formule 1. Huit jours avant le GP des USA, le champion du monde 1978, âgé de 82 ans, est invité par Zak Brown à piloter une McLaren MP4/28 de 2013 à l'occasion du Festival automobile de Laguna Seca. « J'ai toujours rêvé que Mario conduise pour moi », sourit Brown, ravi de ce joli coup médiatique. Après cette exhibition, interrogée sur ses impressions, la légende américaine affirme qu'il compte bien continuer à piloter « pour obtenir les points nécessaires à l'obtention de sa super-licence » ! Une pique en forme de boutade rappelant que la FIA a récemment refusé de délivrer ce précieux sésame à Colton Herta, le protégé des Andretti...

 

La F1 va peut-être (enfin) triompher sur grand écran grâce à une super-production hollywoodienne réalisée par Joseph Kosinski, le réalisateur de Top Gun Maverick, dont le producteur et interprète principal sera Brad Pitt himself. La star américaine incarnera une ancienne gloire sortant de sa retraite pour affronter un jeune champion. Son ami Lewis Hamilton s'implique dans le projet au titre de conseiller, mais aussi de possible coproducteur. Ce week-end, Brad Pitt rencontre à Austin les dirigeants de Liberty Media Greg Maffei et Stefano Domenicali qui sont entièrement disposés à l'aider dans cette entreprise. Le « F1 Circus » ouvrira ses portes pour le futur tournage. L'acteur arpente également le paddock pour recueillir de précieuses informations auprès des pilotes et des managers. Il prend son futur rôle très au sérieux et a commencé à suivre des cours de pilotage au Castellet. Pitt s'instruit, mais ne connaît pas encore tout ce petit monde: dimanche après-midi, il snobe sur la prégrille un reporter TV qui n'est autre que... Martin Brundle !

 

Pendant ce temps-là, Haas retrouve un sponsor-titre, MoneyGram, une entreprise spécialisée dans le transfert de fonds en ligne basée à Dallas. Grâce à ce nouveau partenaire, l'équipe américaine devrait pouvoir atteindre le plafond budgétaire, ce qui n'était pas le cas ces deux dernières années, et ainsi bénéficier de plus de moyens pour développer sa monoplace. Reste à savoir qui conduira la Haas VF-23 l'année prochaine. Kevin Magnussen a prolongé pour plusieurs saisons, mais Mick Schumacher, lâché par Ferrari, semble être poussé vers la sortie au bénéfice du revenant Nico Hülkenberg. Enfin, Haas prend le deuil ce week-end suite au décès d'un de ses jeunes mécaniciens, Harvey Cook, victime d'un cancer à seulement 31 ans.

 

La FIA publie les résultats de son enquête lancée au soir du GP du Japon, où un véhicule de dépannage est entré en piste sous la pluie pour dégager la Ferrari accidentée de Carlos Sainz, alors que les autres pilotes roulaient encore. Le Centre d'opérations à distance, établi depuis cette année à Genève, avait immédiatement diligenté une investigation, puis a fourni ses données à un comité dirigé par Robert Reid, vice-président de la FIA pour les affaires sportives. Bien sûr, celui-ci conclut que la grue aurait dû attendre pour intervenir. Pour remédier à ce genre de dangers, la fédération annonce que désormais pilotes et écuries seront immédiatement informés de toute apparition de ce type d'engins. La direction de course pourra en outre surveiller plus facilement l'évolution en temps réel des monoplaces en cas de neutralisation. D'autres mesures pourraient être prises en concertation avec le GPDA. Enfin, le directeur de course Eduardo Freitas qui sévissait à Suzuka est mis à pied jusqu'à nouvel ordre. Peu de monde le regrettera, et sûrement pas Pierre Gasly qui s'était vivement heurté à lui au Japon. Niels Wittich, quoique tout aussi contesté que son ex-acolyte, officiera jusqu'à la fin de la saison.

 

Après la consécration de Max Verstappen à Suzuka, Red Bull Racing peut s'assurer à Austin de son premier titre de champion du monde des constructeurs depuis 2013. Pour cela, elle doit conserver 147 points d'avance sur Ferrari au soir de ce Grand Prix. Autrement dit, pour repousser le sacre de RBR à Mexico, la Scuderia doit lui reprendre ici un minimum de 19 points, une tâche qui s'annonce rude. En tout cas, avec 14 succès en 2022, l'équipe de Milton Keynes a d'ores et déjà battu son record de victoires en une seule saison qui remontait également à 2013, et pourra approcher, mais pas battre, le record de succès d'un constructeur sur une seule saison, détenu depuis 2016 par Mercedes (19).

 

En 2021, les pilotes de Formule 1 et de Moto GP se sont plaints des nombreuses bosses qui parsemaient le bitume du Circuit des Amériques, vieux de près de dix ans. Heureusement, en février 2022, les potions les plus endommagées ont fait l'objet d'un resurfaçage. Deux secteurs sont concernés: celui des « Esses » (virages n°2 à 10), ainsi que la portion lente s'étalant des courbes n°12 à 15. Un socle en béton a par ailleurs été coulé sous le premier secteur afin d'éviter à l'avenir des érosions trop rapides. Le résultat a satisfait les motards lors du Grand Prix disputé en avril et les pilotes de F1 confirment cette bonne impression.

 

Début octobre, Pedro de la Rosa est nommé « ambassadeur » par l'équipe Aston Martin, c'est-à-dire qu'il deviendra un de ses conseillers en communication. Ce recrutement est lié à celui de Fernando Alonso qui aime toujours s'entourer de son petit « clan », dont de la Rosa est un membre éminent. Lors de son passage chez Ferrari, le double champion du monde avait réussi à caser son ami, pourtant plus que quadragénaire, comme pilote d'essais. Depuis, de la Rosa n'a jamais quitté le sport automobile puisqu'après avoir soutenu l'équipe de Formule E Techeetah entre 2018 et 2019, il a cofondé l'écurie et école de pilotage Drivex, tout en officiant comme consultant auprès de divers médias espagnols.

 

Cette fin de saison donne l'occasion aux équipes de faire rouler des pilotes néophytes ou assimilés comme tels lors des essais du vendredi, comme le règlement les y contraint depuis cette année. A Austin, pas moins de cinq impétrants sont présentés. Par exemple, Ferrari aligne à la place de Charles Leclerc son réserviste Robert Shwartzman. Touché par les sanctions visant la Russie depuis l'invasion de l'Ukraine, celui-ci a changé de nationalité sportive et roule désormais pour Israël, son pays natal. Cette saison, Shwartzman s'est cantonné au rôle de réserviste pour la Scuderia qui l'a étalonné en compagnie d'Antonio Giovinazzi au Mugello, mais il ne semble pas devoir débarquer de sitôt sur une grille de F1. Williams prête le baquet de Nicholas Latifi à son futur successeur, le jeune Américain Logan Sargeant. Chez Alfa Romeo-Sauber, Théo Pourchaire, vice-champion du monde F2, hérite de la monoplace de Valtteri Bottas, un petit accessit puisque le jeune Français n'arrivera pas en F1 l'an prochain. Haas donne le volant Kevin Magnussen à Antonio Giovinazzi, qui n'est malgré tout pas en lice pour intégrer l'équipe américaine en 2023.

 

Enfin, ces essais libres donnent à McLaren l'occasion de prêter ses baquets à deux pilotes d'IndyCar qui lui sont liés. Le Mexicain Patricio O'Ward conduira la MCL36 à Abou Dhabi alors qu'ici, à Austin, c'est l'Espagnol Álex Palou qui officie lors de la première session du vendredi à la place de Daniel Ricciardo. Âgé de 25 ans, Palou s'est notamment distingué l'an dernier en remportant le championnat d'IndyCar avec l'écurie Chip Ganassi. Depuis cet été, il est au centre d'un imbroglio judiciaire opposant Ganassi à McLaren, ces deux teams affirmant le détenir sous contrat pour 2023. Palou restera finalement chez Ganassi l'an prochain avant sans doute de rejoindre l'équipe McLaren d'IndyCar en 2024. Il est de toute façon déjà lié au constructeur britannique qui l'a fait rouler cet automne, ainsi que O'Ward, dans la MCL35M de 2021 à Barcelone et à Zeltweg.

 

Mercedes apporte un plancher retravaillé, ainsi qu'un nouvel aileron avant doté de cinq nouveaux renforts dont la mission fait l'objet de contestations. En effet, la fédération autorise ce type d'éléments s'ils servent à rigidifier entre les flaps. Or, sur la W13, ils font plutôt penser à des mini-déflecteurs qui dévieraient l'air vers les côtés pour limiter les turbulences créées par les roues avant. Leur fonction serait donc aérodynamique, ce qui contourne l'esprit du règlement. Mercedes a envoyé ses dessins à la FIA qui les a d'abord validés, avant de se rétracter à Austin. Le constructeur allemand laisse donc son nouvel aileron au garage mais le directeur technique Mike Elliott envisage de l'utiliser à Mexico. D'autre part, l'Alpine-Renault est dotée d'un plancher remanié, doté d'une ailette perpendiculaire, une découpe inventée par Ferrari. Enfin, Alfa Romeo a aussi revu son soubassement. Pérez et Zhou adoptent ici leur cinquième moteur à combustion interne de la saison, ce qui leur vaut une pénalité de cinq places sur la grille de départ. Samedi, Leclerc remplace plusieurs composants sur son unité de puissance et écope de dix places de pénalité. Alpine change d'autres éléments sur le moteur d'Alonso qui reculera de cinq rangs.

 

Essais et qualifications

Les essais du vendredi se déroulent sous une forte chaleur (30°C dans l'atmosphère). Sainz signe le premier chrono de référence (1'36''857'') du week-end. Aucun des « intérimaires » ne se met en évidence, si ce n'est Giovinazzi qui endommage sa Haas – ou plutôt celle de Magnussen - contre un mur au bout de quatre rondes. La seconde séance, rallongée d'une demi-heure, est consacrée au test des pneumatiques proposés par Pirelli pour 2023. Seuls les pilotes n'ayant pas participé à la session précédente peuvent se munir de pneus 2022. C'est d'ailleurs l'un d'eux, Leclerc, qui se montre le plus véloce (1'36''810'''). Mais ce programme inhabituel laisse les participants sur leur faim. Les derniers essais seront cruciaux pour peaufiner les réglages. Lors de cette séance du samedi après-midi, Verstappen se place au premier rang (1'35''825''') devant les Ferrari.

 

Les qualifications se déroulent sous le soleil, mais la journée avançant, le vent se lève et la température au sol chute de quelques degrés, ce qui perturbe le comportement des pneumatiques. Les Ferrari et les Red Bull sont très proches durant les trois manches. Sainz réalise finalement sa troisième pole position (1'34''356'''), la douzième en 2022 pour la Scuderia qui n'a jusqu'ici remporté que... quatre victoires. Leclerc obtient le deuxième temps, mais s'élancera 12e du fait de sa pénalité. Ce samedi est pénible pour Red Bull qui apprend le décès de son fondateur une demi-heure avant le coup d'envoi de cette séance. Verstappen (2e) manque la pole pour moins d'un dixième. Pérez, neuvième après sa sanction, regrette de n'avoir disposé que de trois trains de pneus lors de cette séquence. Les Mercedes pâtissent du changement de température et surtout de leur traînée qui leur fait perdre beaucoup de temps en ligne droite. Hamilton (3e) et Russell (4e) ne peuvent se battre avec les Ferrari et les Red Bull. Les Aston Martin-Mercedes confirment leur regain de forme. Stroll, cinquième sur la grille par le jeu des pénalités, décroche sa meilleure qualification en 2022. Vettel (9e) manque son passage en Q3 suite à une erreur dans son dernier tour lancé.

 

Norris (6e) estime avoir réalisé un tour excellent au volant d'une McLaren toujours aussi rétive. Son collègue Ricciardo (15e) passe une fois de plus à la trappe dès la Q1. Bottas (7e) est très satisfait des évolutions apportées à son Alfa Romeo et atteint la Q3 pour la première fois depuis deux mois. Le sort s'acharne en revanche contre Zhou (18e): pénalité, panne lors des derniers essais et un tour annulé pour une ligne franchie de quelques centimètres... Belle journée pour Williams: Albon partira en huitième position après avoir signé le onzième temps. En revanche, Latifi (17e) est toujours à la traîne. Chez AlphaTauri, un Gasly (11e) frustré rencontre les mêmes problèmes de frein qu'à Suzuka. Tsunoda perd tous ses chronos en Q2 car il a franchi les limites de la piste. Il change ensuite de boîte et recule au 19e rang. La journée est mauvaise pour Alpine-Renault: Alonso (14e) a toutes les peines du monde à atteindre la troisième manche pour atténuer sa pénalité et Ocon, mal à l'aise avec son A522, ne va pas plus loin que la Q1. Le Normand remplace ensuite son moteur et partira depuis la pit-lane. Enfin, les Haas souffrent du vent et des bosses. Magnussen (13e) se plaint d'une voiture qui talonne et Schumacher (16e), frappé d'une panne lors des derniers essais, s'offre un tête-à-queue avant son élimination.

 

Le Grand Prix

Dimanche 23 octobre, le public américain est présent en masse, bruyant et enthousiaste comme sur un ovale de Nascar. La F1 a décidément conquis les « States ». Il fait toujours chaud mais le vent souffle très fort sur le Circuit des Amériques. Les rafales pourraient créer de mauvaises surprises dans les courbes rapides. Côté stratégies, Pirelli table sur deux arrêts. La plupart des pilotes partent en gommes médiums (C4). Vettel, Tsunoda, Alonso et Zhou sont en gommes dures (C3). Le pneu tendre (C5) ne devrait pas être utilisé.

 

Départ: Verstappen un meilleur envol que Sainz et s'empare immédiatement des commandes. Au sommet de la colline, Russell, en bagarre avec Hamilton, freine tard et percute le flanc gauche de Sainz qui venait de braquer. La Ferrari tournoie au milieu du peloton. Stroll profite de la confusion pour doubler Russell.

 

1er tour: Pérez déborde Bottas dans le dernier « Esse », mais se frotte l'Alfa Romeo. Il poursuit avec une dérive verticale endommagée. Le Finlandais perd quant à lui plusieurs places. Verstappen mène devant Hamilton, Stroll, Russell, Vettel, Norris, Pérez, Gasly, Albon et Leclerc. Sainz rejoint son garage et doit renoncer car des fluides s'échappent de son radiateur depuis sa collision avec Russell.

 

2e: Verstappen possède deux secondes d'avance sur Hamilton. Pérez dépasse Norris au virage n°12, là même où Leclerc se défait d'Albon.

 

3e: L'usage du DRS est autorisé. Russell se montre menaçant derrière Stroll tandis que Pérez menace Vettel.

 

4e: Pérez dépasse Vettel au bout de la plus longue ligne droite. Gasly, très incisif en ce début de course, se débarrasse provisoirement de Norris. Bottas, puis Alonso, dépassent Albon.

 

5e: Verstappen compte deux secondes et demie de marge sur Hamilton. Russell dépasse Stroll par l'intérieur au virage n°12. Leclerc double Norris puis Gasly, lequel cède ensuite au jeune Anglais. Latifi est déventé dans les Esses et réalise un tête-à-queue. Il se relance mais doit ensuite changer ses enveloppes.

 

6e: C'est au tour de Pérez de doubler Stroll au bout de la longue pleine charge. Russell est jugé responsable de la collision avec Sainz et reçoit cinq secondes de pénalité.

 

7e: Pérez se rapproche de Russell. Gasly s'impose de nouveau face à Norris, cette fois-ci par l'intérieur au virage n°12.

 

9e: Verstappen est premier devant Hamilton (3.5s.), Russell (10s.), Pérez (10.7s.), Stroll (14.2s.), Vettel (16.2s.), Leclerc (18.2s.), Gasly (24s.), Norris (24.3s.), Bottas (24.7s.), Alonso (27.2s.) et Albon (30s.).

 

10e: Albon et Zhou passent aux stands pour chausser les pneus durs. Bottas, Tsunoda et Ricciardo font de même au tour suivant.

 

12e: Verstappen a repoussé Hamilton à quatre secondes et demie. Leclerc efface Vettel au douzième virage. Gasly passe chez AlphaTauri pour prendre les gommes blanches.

 

13e: Hamilton fait escale chez Mercedes et prend des Pirelli blancs (2.7s.). Russell parvient à résister à Pérez.

 

14e: Verstappen entre aux stands et s'empare des enveloppes dures (2.6s.). Le Hollandais redémarre devant Stroll. Russell effectue la même opération tout en subissant sa pénalité. Pérez recueille la première place. Leclerc déborde Stroll au virage n°12

 

15e: Pérez passe aux stands pour mettre des pneus durs (2.1s.) et ressort sixième. Verstappen retrouve le commandement, deux secondes devant Leclerc qui n'a pas stoppé. Norris monte aussi des pneus blancs.

 

16e: Stroll est chez Aston Martin et reprend des gommes jaunes (3.8s.). Hamilton prend la troisième place à Vettel tandis que Russell efface Alonso. Ocon prend la neuvième place à Schumacher par l'extérieure du virage n°12.

 

17e: Verstappen mène devant Leclerc (3.2s.), Hamilton (6.2s.), Vettel (8.2s.), Pérez (14.5s.), Russell (19.8s.), Alonso (22.4s.), Stroll (26.4s.), Ocon (29.6s.) et Schumacher (30.5s.). Gasly chipe la onzième place à Magnussen.

 

18e: Bottas est déventé lorsqu'il aborde le très bosselé virage n°19. Son train arrière se dérobe à vive allure et le Finlandais s'enlise dans les graviers. Il abandonne et la voiture de sécurité est envoyée en piste, une première ici depuis... 2015 !

 

19e: Cette neutralisation sourit aux pilotes qui ne s'étaient pas arrêtés. Leclerc s'empare des gommes dures (3.5s.) et ne perd que deux places. Vettel et Alonso prennent quant à eux les gommes jaunes. Schumacher et Magnussen prennent des pneus médiums, alors que les Williams d'Albon et de Latifi effectuent un second pit-stop pour sélectionner les pneus durs.

 

20e: Derrière la Safety Car, Verstappen emmène le peloton comprenant Hamilton, Pérez, Leclerc, Russell, Vettel, Stroll, Gasly, Alonso, Norris, Tsunoda, Ocon, Schumacher, Zhou, Magnussen, Ricciardo, Albon et Latifi.

 

21e: L'Alfa Romeo de Bottas a été évacuée. La Safety Car se retire à la fin de ce tour. Verstappen accélère bien avant la ligne et se garde ainsi de toute attaque de Hamilton.

 

22e: Le drapeau vert est agité. Alonso double Gasly tandis que Tsunoda surprend Norris. Puis, à l'entame de la grande ligne droite, Alonso prend l'aspiration de Stroll. L'Espagnol déboîte vers la gauche, au moment même où le Canadien se décale dans cette même direction. L'Alpine escalade la roue arrière-gauche de l'Aston, esquisse un début de vol plané, puis retombe par bonheur sur la bande herbée, avant de heurter le rail. Stroll part en toupie, percute le rail interne et rebondit en piste, où par bonheur tout l'évite au milieu d'une nuée de débris. La voiture de sécurité intervient de nouveau.

 

23e: Stroll sort sans difficulté de son habitacle. Alonso, qui a échappé de près à la catastrophe, parvient à ramener son Alpine aux stands avec un aileron brisé. Miraculeusement, son plancher comme ses suspensions sont intacts et il peut repartir muni de nouvelles gommes !

 

24e: Une grue pénètre sur la piste pour retirer la monoplace accidentée. Zhou passe aux stands pour mettre les pneus durs.

 

25e: La voiture de sécurité va regagner ses pénates à l'issue de ce tour. Verstappen devance Hamilton, Pérez, Leclerc, Russell, Vettel, Gasly, Tsunoda, Norris, Schumacher, Ocon, Magnussen, Ricciardo, Albon, Latifi, Alonso et Zhou.

 

26e: La course est relancée. Verstappen n'est pas inquiété par Hamilton. Magnussen prend la onzième place à Ocon.

 

27e: Verstappen mène devant Hamilton (1.5s.), Pérez (2.6s.), Leclerc (3.6s.), Russell (4.8s.), Vettel (6.6s.), Gasly (7.2s.), Tsunoda (7.8s.), Norris (8.3s.) et Schumacher (9.8s.).

 

29e: Verstappen n'est pas satisfait du comportement de sa Red Bull, très sensible aux rafales de vent. Hamilton ne lui concède que deux secondes. Leclerc assaille Pérez par l'extérieur avant le virage n°12. Tous deux freinent tardivement et le pilote Ferrari doit emprunter le dégagement pour éviter la collision.

 

30e: Toujours au bout de la ligne droite, Leclerc attaque Pérez, cette fois par l'intérieur. Le Mexicain lui laisse peu d'espace, mais le pilote Ferrari parvient à se faufiler et conquiert la troisième place. Gasly reçoit cinq secondes de pénalité car il a laissé trop d'écart avec la voiture qui le précédait durant l'une des neutralisations.

 

32e: Hamilton est revenu à moins de deux secondes de Verstappen. Russell se rapproche pour sa part de Pérez.

 

33e: Gasly passe aux stands pour changer de gommes et subir sa pénalité. Cette dernière procédure n'étant pas pratiquée selon les normes, il recevra 10 secondes de sanction supplémentaires...

 

34e: Verstappen devance Hamilton (1.5s.), Leclerc (6.7s.), Pérez (8s.), Russell (8.8s.), Vettel (12.5s.), Norris (20.6s.), Magnussen (26.6s.), Ocon (28.2s.) et Alonso (30s.). Tsunoda et Schumacher chaussent des pneus durs.

 

35e: Hamilton fait escale chez Mercedes pour mettre des enveloppes blanches (2.7s.). Norris reprend aussi ce composé (2.2s.).

 

36e: Verstappen arrive chez Red Bull pour prendre les pneus médiums. Hélas, le préposé au pneu avant-gauche rencontre un souci avec son pistolet et l'arrêt s'éternise onze secondes. Le Hollandais repart juste derrière Leclerc qui vient de mettre des médiums (2.8s.). Pérez se retrouve premier, quelques dixièmes devant un Russell menaçant. Arrêt aussi pour Ricciardo.

 

37e: Russell chausse les pneus durs (3.2s.) et se relance derrière Magnussen, dont il se défait peu après. Pérez mène avec cinq secondes d'avance sur Vettel, dix secondes sur Hamilton. Verstappen réalise son meilleur temps de la journée (1'39''541''').

 

38e: En fin de tour, Pérez entre aux stands pour mettre les pneus médiums (3.8s.). Vettel recueille la première place.

 

39e: Verstappen fait l'intérieur à Leclerc au sommet de la grande côte, mais il freine tard et son adversaire reprend l'ascendant à la réaccélération. Plus loin, dans la grande ligne droite, le Hollandais ouvre son DRS, déborde Leclerc par l'intérieur et lui coupe autoritairement la trajectoire. Pendant ce temps-là, Pérez double Russell à la sortie des stands. L'Anglais fait l'intérieur au Mexicain au virage n°2, mais celui-ci lui rend la monnaie de sa pièce au n°3, le tout à 250 km/h. Attaqué par Schumacher, Latifi bloque ses roues au virage n°12 et contraint son adversaire à virer au large, ce qui lui vaudra une pénalité de cinq secondes.

 

40e: Vettel devance Hamilton (0.7s.), Verstappen (4.7s.), Leclerc (5.3s.), Pérez (12s.), Russell (14.1s.) et Magnussen (20.5s.). Ocon cède la septième place à son équipier Alonso.

 

41e: Hamilton dépasse Vettel au premier tournant et s'empare de la première place. Leclerc demeure au contact de Verstappen.

 

42e: Vettel passe chez Aston Martin pour changer de gommes, mais cela vire au désastre suite à un cafouillage avec la roue avant-gauche ! L'Allemand reste arrêté dix-sept secondes et chute en 13e position. Norris est en pleine remontée: il double Tsunoda, puis Zhou au tour suivant.

 

43e: Hamilton est leader devant Verstappen (3s.), Leclerc (3.8s.), Pérez (10.5s.), Russell (15s.), Magnussen (27.2s.), Alonso (30s.), Ocon (32.5s.), Albon (34s.), Norris (35s.), Zhou (35.6s.) et Tsunoda (36.2s.).

 

44e: Verstappen remonte sur Hamilton grâce à ses pneus plus frais et plus tendres. Deux secondes les séparent. Norris efface Albon.

 

45e: Hamilton maintient l'écart avec Verstappen. Leclerc fait face à l'usure de ses gommes et ne peut plus suivre le Hollandais. Norris déborde Ocon au virage n°12. Le Normand regagne ensuite les stands pour monter des pneus médiums.

 

46e: Hamilton précède Verstappen (2s.), Leclerc (5.2s.), Pérez (9.4s.), Russell (16.6s.), Magnussen (34.6s.), Alonso (36s.), Norris (40s.), Albon (43.3s.), Zhou (43.7s.), Tsunoda (44.1s.) et Vettel (45s.).

 

48e: Alonso revient sur Magnussen qui poursuit sa route avec des gommes usées. L'Espagnol double la Haas dans la grande ligne droite, mais perd au passage son rétroviseur droit, endommagé lors du choc avec Stroll. Cela est remarqué par la direction de course.

 

49e: Verstappen est revenu à moins d'une seconde de Hamilton. Norris se débarrasse de Magnussen. Vettel a doublé Tsunoda et Zhou.

 

50e: Verstappen ouvre son aileron mobile dans la longue pleine charge et plonge vers l'intérieur au freinage. Hamilton se décale au même instant pour réduire l'ouverture, mais il est trop tard: le Hollandais volant est passé et s'empare de la première place.

 

51e: La course n'est pas tout à fait jouée car Hamilton reste au contact de Verstappen. Vettel réalise un superbe dépassement sur Albon par l'extérieur du triple droit. Tsunoda déborde Zhou.

 

52e: Verstappen a franchi une limite du circuit et est averti par le drapeau noir et blanc. Il devance Hamilton (0.8s.), Leclerc (5.4s.), Pérez (8.1s.), Russell (20.3s.), Alonso (46s.), Norris (47s.), Magnussen (51.5s.), Vettel (58s.), Albon (59s.), Tsunoda (1m.) et Zhou (1m. 01s.).

 

53e: Hamilton tente de s'accrocher à Verstappen et signale par radio les moindres franchissements de ligne commis par celui-ci. Au final, lui-même roule hors limites et se voit aussi présenter le drapeau noir et blanc ! Gasly dépasse Zhou.

 

54e: Norris prend la sixième place à Alonso. De son côté, Tsunoda dépasse Albon au prix d'une rude bagarre et entre dans les points.

 

55e: Hamilton a lâché prise et concède désormais trois secondes à Verstappen. Russell chausse les pneus tendres afin de partir en quête du point du meilleur tour. Vettel est aux trousses de Magnussen.

 

56e et dernier tour: Vettel assaille Magnussen dans les derniers mètres et réussit à dépasser le Danois par l'intérieur dans l'avant-dernier virage. Plus loin, Ocon chipe la 12e place à Albon.

 

Max Verstappen remporte le GP des États-Unis pour la deuxième année consécutive. Hamilton et Leclerc l'accompagnent sur le podium. Pérez termine quatrième. Russell finit cinquième et s'empare in extremis du point du record du tour (1'38''788'''). Norris se classe sixième, Alonso septième. Vettel termine huitième, mais aurait fait bien mieux sans son pit-stop raté. Magnussen (9e) inscrit ses premiers points depuis l'Autriche. Tsunoda est dixième, puis viennent Gasly, Ocon, Albon, Zhou, Schumacher, Ricciardo et Latifi.

 

Mais ce classement est bouleversé par une cascade de pénalités. Tout d'abord, suite à une réclamation de Haas, les commissaires frappent Alonso d'une pénalité de 30 secondes qui le relègue hors des points, en 14e position, car il a couvert près de la moitié de la course avec un rétroviseur endommagé qui aurait pu être dangereux pour ses poursuivants. Alpine conteste cette décision. Gasly est frappé de dix secondes de pénalité pour ne pas avoir correctement observé sa précédente punition. Voilà qui permet à Ocon de recueillir le point de la 10e place. Albon et Schumacher sont sanctionnés de cinq secondes chacun pour avoir roulé hors limites, tandis que le même tarif est appliqué à Latifi car il a poussé Schumacher hors de la route.

 

Après la course: cinquième titre mondial pour Red Bull

Grâce à cette nouvelle victoire, la quinzième en 2022, Red Bull remporte son cinquième titre mondial des constructeurs, le premier depuis neuf ans. En outre, avec ce succès, Max Verstappen égale le record du nombre de victoires amassées en une saison (13), codétenu par Michael Schumacher (2004) et Sebastian Vettel (2013). Le Batave a sorti le bleu de chauffe pour conquérir ces lauriers qui paraissaient envolés après un second pit-stop calamiteux et dévolus à Mercedes et Lewis Hamilton. Mais ce ne fut qu'un mirage, tant la Red Bull écrase toute concurrence en cette fin de saison. Verstappen n'a eu besoin que de quinze tours pour effacer Leclerc, puis Hamilton. Et pour offrir à Red Bull une consécration fort émouvante, vingt-quatre heures après la disparition de son fondateur.

 

« Nous dédions cette victoire à Dietrich Mateschitz», déclare Verstappen. « Nous voulions gagner avec panache, et nous l'avons fait. Ce fut une course trépidante. J'ai pris un très bon départ, j'avais un bon rythme et je gérais mon avance. C'était serré car Hamilton n'était pas loin. Avec notre arrêt raté, cela est devenu évidemment plus difficile. J'étais en colère, c'était une erreur non nécessaire... Je suis sorti des stands derrière Leclerc et j'ai détruit mes pneus en me bagarrant avec lui. J'ai continué néanmoins à tout donner. Avec le DRS, j'ai pu dépasser Lewis. Le DRS était très puissant ici. Pour Hamilton comme pour moi. Il a fallu que je continue à attaquer pour sortir de sa zone d'activation. Sans cela, je n'aurais pas été tranquille ». Pour cela, le Néerlandais a usé ses trois « jokers » et a franchi les frontières de la piste à trois reprises... Une fois de plus, et il aurait été pénalisé. Mais le Verstappen cuvée 2022 sait comment frôler les limites sans jamais les franchir...

 

Christian Horner rend également hommage à Dietrich Mateschitz après une course riche en suspens: « C'est un week-end très contrasté au cours duquel nous sommes passés par toutes les émotions, et qui se termine de la meilleure façon possible. Didi [Mateschitz] aurait été fier. Nous avons eu un problème avec le pistolet pneumatique lors du deuxième arrêt de Max, mais il a gardé la tête dans le guidon. Et il a dû savourer le fait de doubler une Mercedes à quelques tous du but ! Apprendre la mort de Dietrich hier a été un rude choc, mais nous étions déterminés à rendre un homme digne de lui. Pas de brassard noir, pas de minute de silence, mais une victoire et le titre des constructeurs ! » Et l'on oublie quelques instants la polémique sur le dépassement budgétaire...

 

Mercedes a bien cru tenir enfin sa première victoire de la saison. A vingt tours du but, Lewis Hamilton était en tête, avec une bonne avance sur Charles Leclerc et Max Verstappen. La belle histoire semblait s'écrire sous les yeux de son copain Brad Pitt. Le vieux champion, lésé par une monoplace ratée, allait enfin triompher de son ennemi Verstappen et ainsi repousser l'horrible spectre d'une année vierge de tout succès. Hélas, les Happy Ends ne sont garantis que par Hollywood. La Mercedes était décidément trop lente, surtout en ligne droite, pour résister à l'infernal retour de la Red Bull. Hamilton n'a rien pu faire pour lui résister, d'autant qu'il était chaussé de pneus durs, faute de médiums à sa disposition... Aussi ses efforts furent vains. « Je suis lessivé, admet-il. C'était incroyable d'être en tête, mais la voiture était exigeante aujourd'hui. Nous sommes venus ici avec des évolutions et nous avons un peu réduit notre retard. Mais Red Bull est encore trop rapide. Je pense qu'avec le DRS, ils ont 35 km/h de plus que nous en ligne droite ! Et sans le celui-ci, ils ont encore de l'avance. A mon sens, j'ai perdu à chaque tour une demi-seconde dans les deux lignes droites. C'est douloureux de perdre cette victoire, mais il faut être réaliste. Nous n'avions pas le rythme des Red Bull. Nous ne l'avons jamais eu cette année et c'est pour ça qu'ils sont champions du monde ». Lewis Hamilton se consolera un peu en voyant qu'il prend enfin le dessus en cette fin de saison sur son équipier George Russell, peu en forme depuis quelques temps et justement épinglé pour avoir ruiné la course de Carlos Sainz.

 

Comme trop souvent, Ferrari n'a pas transformé une pole position en victoire, mais cette fois elle n'y est pour rien puisque Carlos Sainz a été éliminé dès le premier virage par George Russell ! « J'étais en pleine lutte avec Max, et soudain est arrivé quelqu'un qui n'était même pas dans cette bataille et m'a heurté. Je ne pense pas que beaucoup d'explications soient nécessaires. Russell mérite sa pénalité ! » commente l'Espagnol. De son côté, Charles Leclerc a effectué une très belle remontée après sa pénalité. A mi-course, il pouvait se battre à armes égales contre les Red Bull, mais hélas, comme d'habitude, la F1-75 n'a pas su préserver les Pirelli. « Je suis satisfait dans un sens parce qu'en partant de la douzième place, un podium est une réussite, mais en regardant la course, c'est évidemment un peu décevant », commente le Monégasque. « J'avais un bon rythme mais ensuite j'ai eu un peu trop de dégradation vers la fin de la course. Je me suis bien battu avec Pérez et Verstappen, mais encore une fois, j'ai été limité par la dégradation des pneus. » Voilà le problème numéro un que Ferrari devra résoudre en 2023.

 

Alonso le voltigeur

Les vieux font de la résistance. A Suzuka, Fernando Alonso et Sebastian Vettel s'étaient livrés à une bagarre acharnée, roue contre roue, jusqu'au drapeau à damiers. Au Texas, les deux vétérans se sont de nouveau distingués, séparément cette fois. Vettel a réalisé dans les derniers mètres un extraordinaire dépassement sur Kevin Magnussen qui demeurera dans les anthologies. Le pré-retraité en a décidément encore sous le pied. Quant à Fernando Alonso, quoique victime d'une effrayante cabriole, il a pu ramener son Alpine-Renault à l'arrivée, qui plus est dans les points, avant de subir une curieuse sanction. Certes, l'Espagnol ne cache pas qu'il a eu très peur lorsqu'il s'est envolé sur la roue arrière de Lance Stroll. Après le damier, il doit d'ailleurs récupérer quelques instants, assis sur la roue avant-droite de son A522. « Ça ne va pas fort », admet-il devant la presse. « En fait, je suis heureux de pouvoir vous parler, au lieu d'être au centre médical. Je n'ai pas revu les images, mais nous allons en parler devant les commissaires ». Sans doute Alonso jugera-t-il que ceux-ci ont eu la main légère envers son futur équipier. Stroll s'en tire avec trois places de pénalité pour le prochain Grand Prix et deux points en moins sur son permis.

 

En revanche, les arbitres se montrent particulièrement sévères en infligeant une pénalité de 30 secondes à Alonso, suite à une plainte déposée par Haas. L'équipe américaine pointe le fait que l'Asturien a roulé pendant la moitié de la course avec un rétroviseur droit désarticulé qui a fini par se détacher dans la longue ligne droite. Haas, qui par trois fois cette saison a dû rappeler Kevin Magnussen aux stands pour réparer une voiture bien moins abîmée, renvoie la monnaie de sa pièce à la FIA. Reste que Alpine peut à bon droit demander pourquoi diable, si la situation était aussi périlleuse, le drapeau noir et orange n'a-t-il pas été présenté à Alonso ? L'équipe française fait appel contre cette punition pour récupérer les six points perdus qui sont évidemment cruciaux dans le duel qu'elle livre contre McLaren au championnat des constructeurs.

 

Mais trois jours plus tard, Alonso récupère cette fameuse septième place car Alan Permane, directeur sportif d'Alpine, relève avec justesse que Haas a déposé sa plainte hors des délais légaux. La direction de course avait en effet mal informé l'équipe américaine sur le temps dont elle disposait pour formuler sa réclamation... La fédération doit reconnaître ce vice de forme et la sanction contre Alonso est frappée de caducité.

 

Sources :

- Auto-Hebdo n°2385, 26 octobre 2022

Tony