Modifications réglementaires

Les normes techniques demeurent stables: 2020 sera une année de transition avant le grand chambardement de 2021. On constate toutefois que le poids minimal augmente à 746 kilos, afin de permettre d'embarquer plus de capteurs. Une petite excroissance surgit sur le capot moteur afin de rendre les numéros de course plus visibles. Afin que la fédération puisse mieux contrôler la consommation d'essence, un sujet de polémique depuis plusieurs années, la quantité de carburant pouvant être stockée en dehors du réservoir principal passe de 2 litres à 250 millilitres tandis qu'un second débitmètre est installé. En outre, la FIA souhaite empêcher que la combustion d'huile permette d'obtenir des gains de puissance illégaux, un subterfuge utilisé par Ferrari depuis deux ans. Dans ce souci, les voitures ne peuvent plus consommer que 0,3 litre d'huile pour 100 km, contre 0,6 litre auparavant, et le niveau des réservoirs d'huile doit être dorénavant communiqué aux commissaires une heure avant la course. La fédération édicte aussi plusieurs directives visant à renforcer son arsenal de contrôle. Elle définit ainsi très strictement ce que sont l'huile moteur et les réservoirs de lubrifiants, afin de proscrire toute utilisation détournée. Par ailleurs, pour compenser l'allongement initial du calendrier à vingt-deux Grands Prix, les pilotes pourront désormais utiliser trois générateurs cinétiques (MGU-K) par saison, contre deux auparavant.

 

Lors des essais de décembre 2019 à Abou Dhabi, les constructeurs ont unanimement rejeté les pneumatiques 2020 proposés par Pirelli. Ces nouvelles enveloppes, conçues pour être plus endurantes, offraient peu d'adhérence et faisaient perdre aux pilotes une seconde par rapport à leurs chronos de la saison précédente ! Du coup, Pirelli propose de nouveau les pneus de 2019 mais, afin d'accompagner la rapidité grandissante des monoplaces, leur pression sera augmentée. « La pression sera ajustée par rapport aux nouvelles performances », explique Mario Isola. « Nous voyons chaque année une amélioration que nous pouvons estimer entre une seconde et une seconde et demie par tour en moyenne. Cela signifie que vous mettez plus d'énergie dans les pneus, et qu'il faut mettre plus de pression. C'est comme ça que ça fonctionne. Il est possible que nous rencontrions plus de surchauffe avec ces pressions plus élevées, ou un peu plus de dégradation. Dans ce cas, il faudra sans doute gérer davantage le rythme en course, mais rien d'autre. En outre, les équipes connaissent maintenant très bien ces pneus, elles ont beaucoup de données, et les stratégies seront peut-être plus prévisibles. »

 

Enfin, dans un registre plus anecdotique, la FIA abroge l'interdiction pour les pilotes de modifier la décoration de leurs casques plus d'une fois par saison. Cela fait la joie des graphistes qui pourront donc de nouveau affubler régulièrement nos héros de couvre-chefs aux motifs excentriques et impersonnels.

 

Présentation des écuries

2020 sera pour Mercedes-AMG une chasse aux records, avec en vue le chiffre 7. Le constructeur allemand vise en effet son septième doublé avec titres pilotes et constructeurs consécutif tandis que Lewis Hamilton souhaite décrocher sa septième couronne mondiale et égaler ainsi Michael Schumacher. Pour y parvenir, Mercedes a conçu la W11, une évolution très agressive de sa devancière. Si cette voiture conserve un empattement long et une assiette plate, elle intègre aussi de nouveaux profilages des éléments de suspension avant, adopte les entrées d'air rehaussées type Ferrari et arbore des pontons très resserrées, signe d'un intense travail sur le refroidissement, le point faible de la W10. D'autre part, Mercedes innove avec le « dual axis system » (DAS): en tirant sur leur volant en ligne droite, les pilotes pourront désormais influer sur l'angle d'ouverture des roues avant, et donc amplifier soit le sous-virage, soit le survirage afin de mieux maîtriser l'usure des pneumatiques. Ce dispositif est toutefois jugé illégal par Red Bull qui annonce début mars porter plainte auprès de la fédération. Quoiqu'il en soit, la Flèche d'Argent a dominé les essais de présaison à Barcelone, même si l'on déplore quelques inquiétantes casses moteur. Lewis Hamilton est bien entendu le grandissime favori de cette nouvelle saison, mais son équipier Valtteri Bottas, très en verve en 2019, garde l'espoir de se battre pour le titre mondial.

 

Après avoir frôlé le titre en 2018, Ferrari semblait devoir être enfin consacrée en 2019. Las, une monoplace ratée et la rivalité exacerbée entre Sebastian Vettel et Charles Leclerc ont débouché sur une saison ratée. Ainsi, pour 2020, la Scuderia souhaite surtout combler son retard sur Mercedes. La nouvelle SF-1000 ressemble à la SF-90 mais bénéficie d'importantes améliorations aérodynamiques afin de réduire le sous-virage qui était le talon d'Achille de sa devancière. La monoplace est ainsi plus fine et ramassée, dotée d'appendices innovants afin de renforcer l'appui sur l'avant. Le galbe (réduit au strict minimum) et les entrées des pontons sont très inspirés par Red Bull. Le groupe propulseur a aussi fait l'objet d'un important travail, notamment au niveau de la combustion, et devrait rester le plus puissant du plateau... malgré les doutes persistants sur sa légalité. Hélas, Ferrari n'aborde pas cette saison avec optimisme. D'abord, on ne sait quelles seront les relations entre le jeune et ambitieux Charles Leclerc, qui symbolise le futur de l'équipe, et le vieillissant Sebastian Vettel, plus contesté que jamais. En outre, la SF-1000 n'a guère impressionné lors des essais hivernaux. Un « loup » aurait été décelé en soufflerie. Enfin et surtout, en ce mois de mars, l'Italie est durement frappée par l'épidémie mondiale de coronavirus qui a conduit le gouvernement à placer le pays entier en quarantaine, une mesure inédite en Europe occidentale. Les entreprises tournent au ralenti et les déplacements dans la péninsule italienne sont strictement limités, ce qui pourrait contraindre la Scuderia a déclarer forfait à brève échéance.

 

Red Bull et Honda abordent leur seconde année de collaboration gonflés d'ambitions: la paire austro-nippone espère faire chuter la forteresse Mercedes et conduire Max Verstappen au titre mondial. La nouvelle RB16, toujours dessinée par Adrian Newey, est une version affinée de la RB15 et présente quelques idées originales: un museau à trois « narines » inspiré du S-duct et enveloppé d'une mini-cape, présence d'une cape sous le nez, entrées d'air ultra-compactes, prise d'air ovale scindée en deux parties etc. Cette monoplace a été conçue pour s'imposer sur la plupart des circuits, au contraire de la RB15 qui n'était compétitive que sur certains types de tracés. On l'a dit, Max Verstappen lorgne pour la première fois sérieusement vers la couronne mondiale. Il a du reste assuré son avenir avec Red Bull en prolongeant son contrat jusqu'en 2023. À ses côtés, Alexander Albon devra se contenter de jouer les équipiers modèles et de ramener des points régulièrement, comme il a su le faire en 2019, après sa « promotion-éclair » consécutive à l'éviction de Pierre Gasly. Le Thaïlandais savoure cette chance de piloter dans un « top-team » : un an plus tôt, il n'avait jamais touché une F1 de sa vie !

 

Après de longues années de crise, McLaren est revenue à la vie en 2019 en décrochant la quatrième place du championnat des constructeurs. L'équipe de Woking espère poursuivre sa progression en 2020, d'autant plus qu'elle peut désormais compter sur l'expérience de James Key, son nouveau directeur technique. La MCL35 à moteur Renault est une version revue et corrigée de la MCL34. Ainsi, si le capot avant est aminci, l'aileron tombant en forme de dièdre inversée, apparu l'an passé au GP d'Espagne, est toujours présent. On constate d'autre part que les pontons et les entrées d'air sont plus étroits. Mais Key annonce que ce modèle est destiné à évoluer considérablement en cours d'année. McLaren peut en outre compter sur des pilotes solides. Carlos Sainz Jr., sixième du championnat des pilotes l'an passé, a franchi un cap et s'affirme désormais comme une des valeurs sûres de la discipline. Quant au jeune et sympathique Lando Norris, révélation de la saison 2019, il devrait être un des grands animateurs du peloton.

 

En progression constante de 2016 à 2018, Renault a régressé en 2019, la faute à un châssis peu compétitif. Cet échec a entraîné un chambardement à Enstone: le directeur technique Nick Chester a été limogé et remplacé par Pat Fry. La nouvelle RS20 reste néanmoins l'œuvre de l'ancienne équipe technique qui avait su identifier les maux frappant la RS19. Selon Alain Prost, cette monoplace est ainsi plus stable que sa devancière. Elle se distingue notamment par un nez très fin, malgré tout coiffé d'une longue « cape », à l'instar de la plupart des bolides. Quant au groupe propulseur Renault, Rémi Taffin annonce d'ores et déjà qu'il évoluera très peu en 2020: les hommes de Viry-Châtillon concentreront leurs efforts sur la « révolution » de 2021. Par ailleurs, le Losange aligne une paire de pilotes potentiellement explosive: Daniel Ricciardo, assez décevant en 2019, devra se mesurer au jeune espoir français Esteban Ocon, de retour comme titulaire après une année passée dans le simulateur Mercedes. Les ambitions du Renault F1 Team sont simples: reprendre le dessus sur McLaren et retrouver la quatrième place du championnat des constructeurs. En cas de déconfiture, la nouvelle direction de l'Alliance Renault – Nissan pourrait fort bien reconsidérer l'opportunité de cet engagement officiel en Formule 1...

 

La scuderia de Faenza change d'identité: Toro Rosso cède la place à AlphaTauri, du nom d'une ligne de vêtements créée par son propriétaire Red Bull. L'AT01 a d'ailleurs été présentée en marge d'un défilé de mode ! Parée d'une élégante livrée bleue et blanche, la monoplace italienne emprunte beaucoup d'éléments à sa grande sœur de Red Bull, surtout en ce qui concerne les composants internes. Une heureuse nouveauté: AlphaTauri recevra de Red Bull Technologies une boîte de vitesses et un système de refroidissement adaptés au moteur Honda, ce qui n'était pas le cas en 2019. En matière aérodynamique, l'équipe de Jody Egginton, le nouveau directeur technique, conserve ses propres solutions: museau large dépourvu d'orifice, entrées de radiateurs plus arrondies etc. Les deux pilotes, le Français Pierre Gasly et le Russe Daniil Kvyat, tous deux recalés par Red Bull, auront à cœur de briller dans l'espoir de réintégrer un jour l'écurie-mère. Ils devraient en tout cas pouvoir évoluer sans trop de pression sur les épaules, car aucun autre prodige n'émerge pour l'heure de la filière Red Bull.

 

Le 31 janvier 2020, le milliardaire canadien Lawrence Stroll devient actionnaire majeur d'Aston Martin et annonce dans la foulée que Racing Point deviendra en 2021 l'équipe d'usine du célèbre constructeur anglais. Les hommes de Silverstone abordent donc 2020 comme une saison de transition. Néanmoins, la Racing Point-BWT RP20 crée la polémique car il s'agit tout simplement de la copie conforme de la Mercedes FW10 de la saison précédente ! Cela est particulièrement frappant en ce qui concerne son museau au bout arrondi typique de l'ancienne Flèche d'Argent. « Nous travaillons avec la soufflerie de Mercedes sur la RP20 depuis le mois de mai 2019. Cela avait donc plus de sens de nous inspirer de leur concept que de tenter de suivre celui de Red Bull », reconnaît benoîtement Andrew Green, le directeur technique. Cette « Mercedes rose » a suscité des protestations émanant de Williams et de Haas (qui n'a honte de rien). D'autre part, Racing Point repart avec le même « line-up ». Désormais trentenaire, Sergio Pérez espère retrouver en 2020 le chemin du podium. Quant au fils du patron, Lance Stroll, peut-être pourra-t-on un jour cerner son véritable potentiel ?

 

Après un bon début de saison 2019, Alfa Romeo (ex-Sauber) est peu à peu rentrée dans le rang pour achever le championnat des constructeurs à une décevante huitième place. L'équipe italo-helvétique espère faire mieux en 2020. La C39 conçue par Jan Monchaux et Luca Furbatto est une évolution de la C38. On y retrouve l'aileron avant peu chargé qui était le trait saillant de la monoplace de 2019, mais aussi des modifications aérodynamiques significatives, avec l'apparition sur les flancs d'un « double boomerang » inspiré par Ferrari. Les triangles de suspension sont par ailleurs nettement rehaussés. Enfin l'aileron arrière est remanié dans le souci de réduire la traînée. Comme l'an passé, les pilotes seront Kimi Räikkönen (40 ans), qui entame probablement sa dernière saison de Formule 1, et Antonio Giovinazzi, dont on attend une plus grande régularité. Enfin, Robert Kubica a été engagé comme pilote de réserve et apporte le secours financier de son sponsor, le pétrolier polonais PKN Orlen.

 

Haas a complétement manqué sa saison 2019 à cause d'une VF-19 au comportement incompréhensible. Sans surprise, la VF-20 ressemble à s'y méprendre à la Ferrari SF90 de 2019. Très inclinée vers l'avant, cette monoplace est dotée d'un aileron antérieur beaucoup plus effilé que celui de la VF-19, afin de générer moins de traînée. Le train arrière est quelque peu reculé pour réduire le survirage, le grand mal du précédent modèle. Sur la plan esthétique, Haas retrouve sa livrée originelle blanche et noire, suite à son divorce avec son fumeux sponsor Rich Energy. Côté pilotes, Kevin Magnussen s'est affirmé l'an dernier comme le leader de l'équipe et souhaite marquer des points plus régulièrement. Quant à Romain Grosjean, toujours irrégulier en piste, il a surtout été conservé grâce à son bon retour technique. Pour 2020, l'équipe américaine vise la cinquième ou la sixième place du championnat des constructeurs. Un nouveau désastre est interdit, car Gene Haas n'a toujours pas confirmé son engagement pour 2021...

 

Après avoir dévissé en 2018, Williams a littéralement touché le fond en 2019 (un point inscrit, le pire résultat de son histoire). En conséquence, d'importants sponsors (PKN Orlen, Rexona) ont déserté, et l'équipe a dû vendre Williams Advanced Engineering, sa branche de recherche. Néanmoins, Williams demeure attractive: peu endettée, elle a convaincu le milliardaire canadien Michael Latifi d'apporter des commanditaires bienvenus (Sofina Foods, Lavazza, Royal Bank of Canada). Échange de bons procédés, M. Latifi place son rejeton Nicholas dans la seconde Williams. Âgé de 24 ans, ce dernier est un baroudeur des formules de promotion où il n'a jamais rien gagné, mais jouit d'une réputation de travailleur. Latifi devrait toutefois souffrir de la comparaison avec le jeune espoir George Russell qui espère inscrire en 2020 ses premiers points en F1. En dessinant la Williams FW43, les ingénieurs David Worner et Jonathan Carter ont surtout cherché à combler le principal défaut de sa devancière: un dramatique manque d'appui à l'avant. D'où un aileron avant doté de deux types de flaps: plats vers l'extérieur, relevés vers l'intérieur. Le museau est très large, afin de générer un appui maximal. Par ailleurs, la carrosserie est très resserrée autour du moteur Mercedes. Lors des essais de Barcelone, la FW43 a pulvérisé les chronos de la FW42. Cela est de bon augure, mais il sera à nouveau difficile pour Williams d'échapper à la cuillère de bois.

Tony