Le Phoenix grillé (1)
En dépit de toutes les embûches, Tom Walkinshaw et son associé Charles Nickerson s'entêtent à vouloir engager sous le nom de Phoenix les ex-Prost AP04, et ce bien que leur « écurie » ne soit pas inscrite au championnat du monde 2002... Après une première rebuffade en Australie, les deux hommes ne désarment pas et expédient en Malaisie deux châssis AP04 dotés de vieux V10 Arrows-Hart, conçus en 1998... Pourtant, John Hilton, « directeur technique » de Phoenix Grand Prix, a démontré à Walkinshaw que cet assemblage exécuté à la va-vite serait incapable de boucler plus d'un tour de circuit...
Les « Phoenix » débarquent donc en Malaisie et sont stockées dans un hangar éloigné de la zone de fret de l'aéroport de Kuala Lumpur. Deux mécaniciens les accompagnent, prêts à toute éventualité. Cependant, face à l'hostilité des autres constructeurs, Bernie Ecclestone fait le nécessaire pour leur interdire l'accès au circuit. Mardi 12 mars 2002, la FIA publie un communiqué excluant toute douzième écurie de la liste des engagés. Mais Tom Walkinshaw n'abdique toujours pas. Dans le paddock malaisien, il passe plus de temps à s'occuper de Phoenix GP que d'Arrows, qui est tout de même jusqu'à nouvel ordre sa propre écurie, bien réelle celle-là... Le manager écossais s'entretient d'abord avec Jacques Kramer, le dirigeant du groupe télévisuel sud-américain PSN, pour s'assurer du concours de Gastón Mazzacane. Le pilote argentin, qui a conduit la Prost AP04 il y a tout juste un an, serait donc le « premier pilote » de l'équipe. Le deuxième volant devait primitivement échoir à Tarso Marques, qui a d'ailleurs fait le voyage à Kuala Lumpur. Cependant, Walkinshaw reçoit la visite d'Antonín Charouz, le protecteur de Tomáš Enge, qui lui promet quelques millions de dollars alloués par une eau minérale tchèque. Va donc pour Enge ! Errant comme une âme en peine, le pauvre Marques n'a plus qu'à repartir pour le Brésil.
Ces remous autour de volants-fantômes ressemblent à une vaste farce. Jeudi 14 mars, alors Walkinshaw assure que les Phoenix rouleront le lendemain, Michel Lepraist, délégué technique de la FIA, affirme que celles-ci sont inconnues au bataillon ! Et pour cause, elles n'ont pas bougé de leur hangar, tandis que leurs cerbères désœuvrés profitent de ces quelques jours de vacances. Puis, on apprend que Charles Nickerson ne s'est même pas rendu en Malaisie ! Une « porte-parole » distribue un communiqué affirmant que des juristes travaillent à défendre les droits de Phoenix GP, laquelle préparerait désormais sa participation... au Grand Prix du Brésil. De son côté, Tom Walkinshaw s'entretient avec ses amis Eddie Jordan et David Richards pour les convaincre de son bon droit. Il les assure avoir bel et bien racheté les droits d'inscription de Prost GP au championnat du monde 2002 et se plaint des manœuvres de Bernie Ecclestone: « Cette affaire est complexe, je peux vous affirmer que juridiquement, rien n'est terminé... » Son agitation agace cependant Niki Lauda: « Au lieu de s'occuper de Prost, Tom ferait mieux de se concentrer sur Arrows ! Il nous doit déjà des millions de dollars pour le V10 Ford ! »
En effet, les finances d'Arrows atteignent le rouge vif. Et maintenant, tout le monde a compris qu'en rachetant les actifs de Prost GP, Tom Walkinshaw avait pour seul but de récupérer les 12 millions de dollars de droits commerciaux dévolus à l'équipe française suite à la saison 2001. Une façon comme une autre d'injecter de l'argent frais. Problème: l'accord conclu avec les administrateurs de feue Prost GP stipule expressément que l'acheteur ne sera pas remboursé si d'aventure l'inscription au championnat 2002 est rejetée. Walkinshaw a donc vraisemblablement perdu son pari et dévoilé à tout le paddock sa fragilité financière. Son principal partenaire-créancier, la banque Morgan Grenfell, est désormais à l'affût de ses moindres faux pas...
Sources :
- Dir. Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2002-03, Chronosports Editions, 2002
- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2002, Paris, Solar, 2002
- Sport auto, avril 2002
- Auto hebdo, 20 mars 2002
- Unraced F1
Tony