Rubens BARRICHELLO
 R.BARRICHELLO
Ferrari
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari
Juan-Pablo MONTOYA
 J.MONTOYA
Williams BMW

686th Grand Prix

XXXI Grosser Preis von Osterreich
Sunny
Spielberg
Sunday, 12 May 2002
71 laps x 4.326 km - 307.146 km
Affiche
F1
Coupe

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Constructor
Engine

Barrichello avec Ferrari jusqu'en 2004

Mercredi 8 mai, Luca Colajanni, attaché de presse de Ferrari, diffuse un communiqué annonçant la signature par Rubens Barrichello d'un nouveau contrat de deux ans avec l'équipe italienne. Le pilote brésilien n'a jamais sérieusement étudié d'alternatives. Certes, au cours du premier trimestre 2002, certains bruits l'annonçaient en contact avec Toyota ou Jaguar. Mais il a toujours voulu prolonger son engagement avec Ferrari en dépit de l'amertume créée par son statut du pilote n°2. Ne dispose-t-il pas avant tout de la meilleure voiture du monde ? Pour Ferrari, Barrichello a aussi toujours été l'option prioritaire. Jean Todt a tout même sondé une piste italienne en la personne de Giancarlo Fisichella. Le Romain n'a jamais dissimulé son rêve de conduire pour Ferrari. Au début du printemps, Todt reçoit confidentiellement son agent Gianpaolo Matteucci. Les discussions vont assez loin, mais se heurtent à un obstacle majeur: le caractère de « Fisico ». Ce garçon tout d'une pièce, un peu soupe au lait, aurait bien du mal à se fondre dans l'environnement très feutré de la Scuderia, où toutes les planètes tournent autour de l'astre Schumacher. Et d'ailleurs, celui-ci ne veut pas entendre parler de Fisichella. L'Allemand voit en Barrichello l'équipier idéal, c'est-à-dire loyal et docile. Il ne faut pas mésestimer non plus l'influence du cigarettier Philip Morris (Marlboro) qui est à la fois le sponsor n°1 de Ferrari et le parrain du Brésilien depuis ses débuts en F1.


L'affaire se conclut dans le cabinet de Me Henry Peter à Lugano. Rubens Barrichello signe un nouveau contrat de deux ans, moyennant un salaire annuel passant de 7,5 à 9 millions de dollars. Il conserve la garantie de disposer du même matériel que Schumacher. Évidemment, existent peut-être certaines clauses secrètes touchant aux stratégies de course... En tout cas, en Autriche, Barrichello paraît rasséréné par ce nouvel engagement. Et ne lésine pas sur les éloges à l'égard de son leader: « Je suis fier d'être le coéquipier de celui qui égalera le record de Juan Manuel Fangio ». Rien de moins. En revanche, Giancarlo Fisichella fait très grise mine. Il avait fondé de grands espoirs sur les conciliabules Todt - Matteucci. Réalisera-t-il un jour son rêve de conduire un bolide flanqué du Cheval cabré ? « Fin 2004, j'aurais 31 ans !... » soupire-t-il.


Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix d'Autriche n'est pas lourd d'enjeux après les démonstrations de Michael Schumacher et de Ferrari à Imola et Montmeló. La seule question est de savoir si les Williams-BMW, fortes de leur impressionnante cavalerie, pourront menacer un peu les Rouges sur ce tracé qui contient plusieurs sections rapides. Une curiosité: Schumacher n'a jusqu'ici encore jamais gagné en Autriche. Mais cette anomalie pourrait fort bien être réparée dimanche soir. « J'aborde cette course comme toutes les autres. Ce n'est pas parce que les deux précédentes furent parfaites que je vais me laisser aller », énonce-t-il. Néanmoins, Juan Pablo Montoya se souvient avoir joué ici la victoire l'an passé contre les Ferrari et veut croire aux chances des Williams: « Nous serons meilleurs qu'en Espagne », prédit-il. En revanche, le tenant du trophée David Coulthard n'espère pas renouveler son succès de 2001. Pour l'heure, il s'agit seulement de trouver un peu de compétitivité sur la McLaren-Mercedes...


Jeudi soir, le motorhome Renault est le théâtre d'une fête d'anniversaire: Giancarlo Luigetti, le représentant historique de Magneti-Marelli, fête ses vingt-cinq ans de Formule 1 en présence de Giancarlo de Angelis, patron de l'équipementier italien, principal fournisseur de composants électroniques pour la discipline depuis les années 1970. Autour de la table, on retrouve entre autres Flavio Briatore, Bernie Ecclestone, Jean-François Caubet, Bruno Michel, Jacques Laffite, Jean Todt, Pierre Dupasquier et Jarno Trulli. Le très élégant Luigetti conte une foule d'anecdotes sur ses longues années de présence dans le paddock. Et constate à quel point l'électronique est devenu absolument incontournable dans la F1 moderne. Il se tourne un moment vers Ecclestone: « - Reconnais-tu encore le sport de jadis ? - Bah, nous avons juste des cheveux blancs et nous nous reconnaissons très bien ! » Interrogé sur la prolongation de Barrichello chez Ferrari, Luigetti puise dans ses souvenirs: « Je n'ai encore jamais connu une Scuderia capable de travailler correctement sur le long terme. Avec Todt, cela change peut-être... »


Vendredi 10 mai, Bernie Ecclestone convoque les patrons d'écuries pour évoquer la fameuse politique de réduction des coûts. Le Grand Argentier annonce qu'il faudra songer à d'autres mesures, après le moteur unique et la diminution des essais privés. « Il y a un an, nous parlions d'économiser 5 à 10 %, mais il faut en faire davantage pour assurer la survie d'équipes comme Arrows ou Jordan », révèle un participant. Ecclestone déclare aussi que de nouveaux Grands Prix devraient apparaître d'ici deux à trois ans à Bahreïn et en Turquie. En revanche le Grand Prix de Russie à Moscou, vieux serpent de mer, est enterré. Le jour de la signature du contrat, une personnalité moscovite aurait réclamé 2 millions de dollars au président de la FOM, à titre de commission... « Je reviendrai signer lorsque vous serez moins bêtes ! » aurait répondu Ecclestone.


David Richards a entrepris d'imposer à Jacques Villeneuve une réduction de salaire drastique afin de débloquer des fonds pour le département technique. « Il serait idiot de faire piloter une Minardi à Schumacher, explique le patron de BAR. Nous devons mettre le paquet sur la voiture avant de nous soucier du pilote ! » Villeneuve appréciera... Concrètement, Richards prétend rabattre de deux tiers le salaire du Montréalais, de 18 à 6 millions de dollars ! Villeneuve et son manager Craig Pollock considèrent cette offre comme un véritable affront et se défendent en s'appuyant sur le contrat de cinq ans signé avec BAR en 1999. Il est vraisemblable que Richards ne souhaite en vérité économiser que quelques millions, sous peine d'aller au clash avec son pilote.


Ce Grand Prix se déroule le week-end de la Fête des mères autrichienne et l'office de tourisme de Styrie a eu l'idée originale de convier pour la course les mamans des pilotes. Un autocar Pullman est ainsi affrété pour convoyer Tarja Salo, Carlota de la Rosa, Angelica Heidfeld, Anna Elena Massa, Paula Räikkönen, Joanna Yoong, Libia Montoya, Akiko Satō, Lorena Bernoldi, Sheila McNish, ainsi que Franca de Benedetto (mère de Jarno Trulli) et Carmen Lladosa (mère d'Heinz-Harakd Frentzen). « Aucune d'entre nous n'a osé avouer sa peur devant les risques courus par nos fils ! » dira par la suite Mme Massa.


Niki Lauda n'a pas le cœur à rire ce week-end. Il vient en effet de perdre son vieil ami et collaborateur Willi Dungl, mort à l'âge de 64 ans. Ce coach sportif de renom l'avait notamment aidé à se remettre de son terrible accident au Nürburgring avant de travailler avec Gerhard Berger, Johnny Herbert, Martin Donnelly ou encore Karl Wendlinger, tous victimes de graves accidents. Alain Prost, Ayrton et Michael Schumacher eurent aussi recours aux services de Dungl, tout comme plusieurs champions de ski, de tennis ou de moto. Sa clinique de Gars am Kamp est toujours active et a notamment formé Josef Leberer, le physiothérapeute d'Ayrton Senna.


Ferrari évalue deux packages aérodynamiques offrant plus ou moins d'appui, avant de retenir une solution mixte: un aileron assez « chargé » éprouvé par Barrichello et un aileron arrière classique à deux profils. Williams teste un aileron avant inspiré de celui de Ferrari ainsi qu'une carrosserie « spéciale qualifications », avec un capot moteur allongé et abaissé. Cette nouvelle peau offre plus d'appui mais le refroidissement est moins bon, d'où sa mise à l'écart pour la course. Adrian Newey travaille à renforcer l'appui de la McLaren MP4/17 et envisage de revoir la répartition des masses, conçue cet hiver à partir de pneus Michelin qui ont depuis beaucoup changé. Sauber présente la version « B » de sa C21, avec un capot moteur plus étroit et abaissé, rappelant davantage la « bouteille de Coca ». Le diffuseur et les ailerons ont aussi été revus. L'équipe suisse bénéfice en outre du V10 Ferrari 050 version GP d'Australie. Elle utilisait jusqu'alors le modèle du GP du Japon 2001. BAR apporte un châssis neuf pour Villeneuve. Jordan teste pas moins de trois types d'ailerons avant inspirés de l'école Ferrari. Jaguar et Arrows reçoivent une petite évolution du V10 Ford. Enfin, les deux Minardi sont désormais équipées de la direction assistée


Essais et qualifications

Les essais du vendredi se déroulent dans une atmosphère très printanière. Les Ferrari dominent toute la journée et un Barrichello pugnace arrache le meilleur temps (1'10''549'''). Le lendemain matin, les Rouges écrasent encore la concurrence, et cette fois M. Schumacher se place en haut de la feuille des temps (1'08''433''').


L'après-midi, Barrichello domine la séance de qualifications et réalise sa deuxième pole de la saison (1'08''082'''). M. Schumacher est peu à l'aise avec sa Ferrari de course. Il se plaint de ses freins et du trafic. Schumacher finit par sauter dans son mulet et se classe seulement troisième, à 6/10e de son équipier ! R. Schumacher (2e) est heureux d'intercaler sa Williams-BMW entre les Ferrari. Montoya (4e) subit une panne électrique en début de séance et se qualifie avec le mulet réglé pour son équipier. Les Sauber font merveille grâce à leur V10 Petronas évolué. Heidfeld décroche une superbe cinquième place, mais aurait pu faire mieux s'il n'avait pas été gêné par Button. Massa se classe septième. Les deux pilotes Sauber obtiennent leur meilleure qualifications en F1. Les McLaren-Mercedes (Räikkönen 6e, Coulthard 8e) sont très en retrait, à plus d'une seconde de la pole. Très en verve ce week-end, Panis décroche une belle 9e place avec sa BAR-Honda, très loin devant Villeneuve (17e) qui pointe un mauvais équilibre.


Les Toyota (Salo 10e, McNish 14e) profitent de la puissance de leur V10 mais sous-virent excessivement. Bien équilibrées, les Arrows (Frentzen 11e, Bernoldi 12e) se distinguent aussi grâce à l'évolution de leur V10 Ford-Cosworth. Grosse déconvenue chez Renault: Button (13e) rencontre du trafic et Trulli (16e) explose son moteur en début de séance. L'Italien est du reste perturbé par le remplacement de ses habituels freins Brembo par des Hitco. Les Jordan-Honda (Fisichella 15e, Satō 18e) pâtissent d'un fort sous-virage dans les courbes. Les Jaguar-Ford sont tout simplement trop lentes. De la Rosa (19e) devance Irvine (20e) qui a touché Bernoldi suite à une mésentente. Les Minardi-Asiatech sont en fond de grille, mais Webber (21e) colle une seconde à Yoong (22e) qui a rencontré des problèmes de freins.


Le Grand Prix

Les Ferrari dominent à nouveau le warm-up. Barrichello (1'10''876''') assoit sa prééminence devant M. Schumacher (1'08''895'''), ce qui fait jaser. « Rubinho » aurait-il déniché de bien meilleurs réglages que son équipier ? Surtout, est-ce que Ferrari le laissera gagner ? L'an passé, Barrichello avait été sommé de céder sa deuxième place à Schumacher dans le dernier virage... Ron Dennis flaire l'entourloupe: « Il est important que Ferrari laisse ses deux sociétaires se battre librement, sinon cela rejaillira négativement sur notre sport. » Jean Todt ne dit mot.


Il fait très beau et très doux en ce dimanche de mai. Le mercure atteint 20°C dans l'atmosphère et 29°C en piste. La majorité du peloton ne programme qu'un arrêt, mais Ferrari, sûre de sa force, table sur deux pit-stops, dont un second très tardif. Williams a sélectionné les pneus Michelin durs dans l'espoir de venir titiller Ferrari. Toutefois, Pierre Dupasquier a prévenu qu'il n'espérait battre ici les F2002 chaussées par Bridgestone.


Départ: Barrichello démarre bien et M. Schumacher se place dans son sillage avant de serrer son frère vers la droite. Bien parti, Heidfeld surgit à l'extérieur et déborde l'Allemand de Williams au freinage. Suivent Montoya, Räikkönen et Coulthard tandis que Massa mord sur le sable et perd quelques places.


1er tour: Heidfeld résiste à R. Schumacher au sommet de Remus. Coulthard double Räikkönen. Au même endroit, Villeneuve manque totalement son freinage et se frotte à Frentzen qui sort dans les graviers et rejoint la piste bon dernier. En fin de tour, Barrichello devance M. Schumacher, Heidfeld, R. Schumacher, Montoya, Coulthard, Räikkönen, Salo, Button et Massa. De la Rosa abandonne suite à une panne d'accélérateur.


2e: M. Schumacher met la pression sur Barrichello. Heidfeld vire large au premier virage et met les quatre roues dans la poussière. Il revient en piste derrière les Williams. Bernoldi rejoint son stand et renonce à cause d'un bris de suspension, conséquence d'une touchette avec Frentzen au premier virage.


3e: Barrichello prend une seconde d'avance sur Schumacher. Räikkönen menace Coulthard sous le regard de Salo.


4e: R. Schumacher concède déjà sept secondes aux Ferrari. Villeneuve assaille Trulli pour la 13e place au premier virage, freine tard et vire au large. Il revient en piste derrière l'Italien puis bloque son équipier Panis.


5e: Barrichello précède M. Schumacher (1.2s.), R. Schumacher (8s.), Montoya (10s.), Heidfeld (14s.), Coulthard (15s.), Räikkönen (15.7s.), Salo (17s.), Button (18s.) et Massa (18.6s.).


6e: Très léger en essence, Villeneuve double Trulli au virage n°1. Le moteur Mercedes de Räikkönen explose après la Castrol Kurve et le Finlandais subit son cinquième abandon consécutif.


7e: Les Ferrari ont repoussé R. Schumacher à plus de dix secondes. Villeneuve attaque McNish au sommet de Remus, freine tard et rattrape superbement un début d'embardée, même s'il reste derrière le pilote écossais. Massa ralentit suite à un bris de suspension à l'arrière-gauche.


8e: Villeneuve double McNish au virage n°1. Massa rejoint le garage Sauber et n'en ressortira pas.


9e: Barrichello mène devant M. Schumacher (1s.), R. Schumacher (15.2s.), Montoya (21.4s.), Heidfeld (27.3s.), Coulthard (29.8s.), Salo (31s.), Button (33s.), Fisichella (36.5s.) et Villeneuve (37s.).


10e: Huit dixièmes séparent les Ferrari en tête. Villeneuve prend la neuvième place à Fisichella au virage Castrol.


11e: Barrichello tourne en 1'10''142''' et regagne quelques dixièmes d'avance sur son équipier.


13e: Barrichello précède M. Schumacher (2s.), R. Schumacher (21.7s.), Montoya (31s.), Heidfeld (39s.), Coulthard (41.6s.), Salo (43s.), Button (45s.), Villeneuve (45.7s.), Fisichella (48s.), McNish (50s.) et Trulli (51.5s.).


14e: Barrichello et Schumacher prennent un tour à Yoong, lanterne rouge. Villeneuve déborde Button par l'intérieur à Schlossgold.


16e: Barrichello creuse peu à peu l'écart sur son équipier. Frentzen part en tête-à-queue en sortant du dernier virage et se retrouve à contre-sens, fort heureusement hors trajectoire. Il se relance bon dernier. Villeneuve est maintenant aux trousses de son copain Salo.


17e: Barrichello devance M. Schumacher (3s.), R. Schumacher (27.5s.), Montoya (38s.), Heidfeld (48s.), Coulthard (50s.), Salo (53s.), Villeneuve (53.5s.), Button (56s.) et Fisichella (1m.).


19e: Schumacher est revenu à une seconde et demie de Barrichello grâce aux dépassements des attardés. Villeneuve dépasse Salo au premier virage puis se prémunit d'une contre-attaque du Finlandais avant Remus. Yoong sort très large dans le dernier virage.


21e: Barrichello mène devant M. Schumacher (1.7s.), R. Schumacher (32s.), Montoya (44s.), Heidfeld (57s.), Coulthard (59s.), Villeneuve (1m. 02s.) et Salo (1m. 04s.).


23e: Villeneuve est pénalisé d'un drive-through suite à sa collision avec Frentzen.


24e: Le moteur de Panis explose brutalement au passage de la ligne. De l'huile se répand immédiatement sous les roues arrière de la BAR qui part en double tête-à-queue. Le Français parvient à ne rien heurter et quitte rapidement sa voiture, plantée en pleine piste et à contresens.


25e: La voiture de sécurité intervient. Barrichello entre aux stands pour ravitailler, imité par M. Schumacher. Le Brésilien reste immobilisé 11 secondes, ce qui fait perdre un peu de temps à son équipier dont l'arrêt dure 9 secondes. L'Allemand quitte les stands derrière son frère Ralf. Villeneuve et Satō s'arrêtent aussi.


26e: Le peloton se regroupe derrière la Safety Car. La BAR de Panis est retirée par un véhicule de dépannage.


27e: La voiture de sécurité s'efface à l'issue de cette boucle. Les retardataires Webber et Frentzen sont intercalés entre Barrichello et les frères Schumacher.


28e: Le drapeau vert est agité. Les Schumacher doublent les attardés. Heidfeld perd le contrôle de sa Sauber dans l'ascension vers Remus. La Sauber part en toupie, traverse le gazon comme un boulet de canon, frôle la Williams de Montoya et percute à pleine vitesse la Jordan de Satō qui venait de prendre le virage. Les deux bolides viennent mourir dans le bac à graviers. Le train arrière de la Sauber est démoli, mais surtout le flanc droit de la Jordan est déchiqueté. La voiture de sécurité réapparaît. Coulthard entre aux stands pour ravitailler, tout comme Fisichella et Yoong.


29e: Le peloton se range derrière la voiture de sécurité. Heidfeld est sur pied, mais Satō, très sonné, reste dans sa Jordan. La voiture médicale est déjà sur place pour lui porter secours. Le Pr. Watkins mène les opérations pour désincarcérer le Japonais avec sûreté.


30e: Trulli et Webber ravitaillent, tout comme Irvine qui en profite pour reprogrammer sa boîte de vitesses. Villeneuve exécute sa pénalité.


31e: Button observe son premier pit-stop. Satō est placé avec précaution sur une civière.


33e: Les commissaires retirent les deux bolides accidentés et balaient les nombreux débris répandus au virage de Remus. Salo se plie à son ravitaillement et chute de la cinquième à la douzième place.


34e: McNish passe au stand Toyota pour ravitailler, mais l'opération traîne à cause d'un cafouillage à l'arrière-gauche. L'Ecossais cale ensuite au redémarrage et perd 20 secondes dans cette mésaventure. Frentzen s'arrête aussi. Satō est évacué en ambulance vers le centre médical du circuit, d'où il partira en hélicoptère vers l'hôpital de Graz. Heidfeld est aussi entre les mains des médecins ppur panser une plaie à la jambe gauche.


35e: Le peloton évolue toujours derrière la Safety Car. Barrichello devance R. Schumacher, M. Schumacher, Montoya, Coulthard, Fisichella, Villeneuve, Trulli, Button, Irvine, Salo, McNish, Yoong, Webber et Frentzen. Seules les Williams n'ont pas encore ravitaillé.


36e: La Safety Car va disparaître à l'issue de cette boucle et la course reprendra.


37e: Barrichello reste en tête tandis que M. Schumacher tente de menacer son frère, désormais très léger en essence.


38e: Barrichello prend deux secondes d'avance sur les Schumacher. Villeneuve double Fisichella et menace bientôt Coulthard. Irvine abandonne à cause d'un problème hydraulique.


40e: Villeneuve prend la cinquième place à Coulthard au deuxième tournant. Le Québécois doit cependant stopper une seconde fois.


42e: Barrichello précède R. Schumacher (2s.), M. Schumacher (3.3s.), Montoya (5.4s.), Villeneuve (11s.), Coulthard (16s.), Fisichella (17s.), Trulli (17.7s.), Button (18.5s.) et Salo (23s.).


44e: Les écarts sont stables parmi le trio de tête. Montoya est semé par les frères Schumacher. Villeneuve est isolé au cinquième rang. Sixième, Coulthard contient un peloton comprenant Fisichella, Trulli et Button.


45e: Fisichella surprend Coulthard à Remus. Trulli se gare sur le bas-côté du premier virage suite à une chute de pression d'essence. C'est fini aussi pour Yoong qui se gare dans la pelouse avec un moteur en feu.


46e: Barrichello creuse l'écart sur Ralf et Michael Schumacher. Webber écope d'un drive-through pour avoir ignoré des drapeaux bleus. L'Australien a en effet bloqué Salo en se croyant dans le même tour que celui-ci...


47e: R. Schumacher effectue son unique ravitaillement (8.8s.) et repart en cinquième position. Webber subit sa pénalité.


48e: Barrichello mène devant M. Schumacher (3.7s.), Montoya (8.5s.), Villeneuve (17.4s.), R. Schumacher (31s.), Fisichella (32s.), Button (33s.), Salo (45s.) et McNish (46s.).


50e: Barrichello a perdu quelques dixièmes en prenant à tour à Webber. Montoya est désormais plus rapide que les Ferrari, mais c'est l'appel de la pompe à essence...


52e: Trois secondes et demie séparent les Ferrari. Montoya subit enfin son ravitaillement (7.2s.) sans changer ses pneus, puis se relance une seconde devant son équipier R. Schumacher. Villeneuve se retrouve troisième.


54e: Villeneuve se plie à son second pit-stop (7.8s.) et tombe au huitième rang, derrière le trio Fisichella - Coulthard - Button.


55e: Barrichello précède M. Schumacher (3.4s.), Montoya (38.2s.), R. Schumacher (40s.), Fisichella (49s.), Coulthard (50.8s.), Button (51.7s.) et Villeneuve (53s.).


57e: Barrichello signe son meilleur chrono de la journée (1'09''320''') et porte son avance sur Schumacher à quatre secondes et demie.


59e: Les Ferrari prennent un tour aux Toyota. Les Williams sont repoussées à plus de 40 secondes des Rouges qui vont donc pouvoir effectuer en toute quiétude un second pit-stop.


61e: Barrichello mène devant M. Schumacher (4.4s.), Montoya (42s.), R. Schumacher (45s.), Fisichella (57s.), Coulthard (58s.), Button (59s.) et Villeneuve (1m. 01s.).


62e: Barrichello observe son deuxième arrêt, un « splash-and-dash » (6.2s.). M. Schumacher se retrouve provisoirement premier.


63e: Schumacher stoppe chez Ferrari (6.4s.) et repart logiquement derrière Barrichello.


64e: « Radio Todt » prévient Barrichello qu'il va devoir laisser passer Schumacher pour l'aider dans la conquête du titre mondial. Mais le Brésilien ne répond pas pour le moment.


65e: Barrichello devance M. Schumacher (3.8s.), Montoya (18s.), R. Schumacher (19.5s.), Fisichella (46.5s.), Coulthard (47.3s.), Button (48s.) et Villeneuve (49s.).


67e: M. Schumacher a repris quelques dixièmes à Barrichello. R. Schumacher se rapproche aussi de Montoya. Fisichella retient toujours Coulthard, Button et Villeneuve.


68e: M. Schumacher réalise le meilleur tour de la course (1'09''298'''). Ross Brawn annonce à Barrichello qu'il doit s'effacer devant son équipier.


69e: Schumacher est revenu à moins de deux secondes de Barrichello. L'ombre d'un soupçon effleure le public...


70e: Une seconde sépare les deux pilotes Ferrari à l'entame du dernier tour.


71e et dernier tour: La murette Ferrari s'agite en ce début de tour. Jean Todt et Ross Brawn ordonnent à Barrichello de s'effacer. Mais celui-ci regimbe. Pendant ce temps-là, Schumacher, averti de la manœuvre, se glisse dans le sillage de son équipier. Finalement, Barrichello lève le pied et s'écarte à la sortie du tout dernier virage, après semble-t-il une ultime hésitation. Schumacher le dépasse à cent mètres de la ligne qu'il coupe en vainqueur, devant une assistance médusée. Des huées jaillissent instantanément des tribunes, tandis que les reporters des télés et des radios s'insurgent contre ce tour de passe-passe inique.


Montoya termine troisième devant R. Schumacher. Fisichella (5e) donne à Jordan-Honda ses premiers points de la saison. Coulthard finit sixième. Viennent ensuite Button, Salo, McNish, Frentzen et Webber. Villeneuve se range dans l'herbe avant la ligne d'arrivée avec un moteur explosé.


Après la course: le doublé de la honte

« Une infamie absolue ! » : c'est le cri du cœur de John Watson, commentateur pour Sky Sport, devant le spectacle lamentable offert par Ferrari. Un sentiment partagé par tous ses confrères (« On peut avoir honte que le directeur de Ferrari soit français ! » ose Pierre Van Vliet sur TF1), mais aussi par le public, tifosi compris. Au soir de cette course, on retrouvera bon nombre de casquettes et de drapeaux rouges dans les poubelles de l'A1 Ring. Ce malaise est encore aggravé par la cérémonie du podium. Les pilotes Ferrari sont accueillis par une véritable bronca. Visiblement très embarrassé, Michael Schumacher tape dans le dos d'un Rubens Barrichello pétrifié. Puis, à l'heure des hymnes, l'Allemand abandonne la première marche du podium à son équipier-serviteur. Barrichello se retrouve ainsi quasi en pleurs sur la plus haute marche du podium, tandis que retentit le Deutschland über alles ! Les deux hommes se retrouvent sur la marche n°1 pour le Fratelli d'Italia, mais cela ne fait qu'exciter la colère des spectateurs. La sombre farce atteint son comble lorsque le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel présente le trophée du vainqueur à Schumacher... qui s'empresse de le confier à Barrichello ! « Une obscénité ! » s'écrit John Watson. Cela vaudra à Ferrari une amende pour violation du cérémonial...


Évidemment, les deux principaux protagonistes sont fort embarrassés. Lorsqu'ils pénètrent en salle de presse, Michael Schumacher se fait huer par les journalistes. Certains grimpent même sur leur pupitre et brandissent le poing ! Rubens Barrichello est au contraire applaudi. Réactions bien naturelles, car le sport a été bafoué. Blême, Schumacher s'assoit sur la chaise réservée au second de l'épreuve, ne comprenant visiblement pas que ses piteuses tentatives de réparation ne font qu'exciter la fureur de ses interlocuteurs. Ce n'est que plus tard qu'il prendra conscience son incommensurable maladresse. Les reporters l'accablent de questions venimeuses: « Serez-vous champion du monde parce que vous êtes le meilleur ou parce que vous avez le meilleur contrat ? » ; « Ne sera-ce point le pire titre de votre carrière ? » etc. Les yeux humides, Schumacher reste coi, avant de lâcher quelques explications navrantes: « Je ne suis pas vraiment content de cette victoire, comme tout le monde je pense... Je suis satisfait pour les points gagnés, mais de toute évidence je ne retire aucune joie de ce résultat. » Rubens Barrichello s'astreint lui aussi à la langue de bois, se réfugiant derrière ses engagements: « Je viens de resigner un contrat de deux ans et je me devais de respecter les consignes. C'est une décision d'équipe, et je suis très fier de travailler pour Ferrari. Je ne suis pas si frustré que cela. Je traverse une période magnifique de ma vie, je n'ai jamais aussi bien piloté. Je n'ai pas à me plaindre. Ma détermination me permettra de gagner d'autres courses. C'est ma façon de voir les choses. » Voilà le boa constrictor avalé. À ses côtés, Juan Pablo Montoya lève les yeux au ciel... Également assaillis par la presse, Jean Todt et Ross Brawn se retranchent derrière un pseudo-pragmatisme qui sonne faux. « Nous nous souvenons de 2000, quand Schumacher menait largement le championnat avant de connaître un long passage à vide estival, assène Todt. Je sais que c'est une décision impopulaire que le public ne comprendra guère, mais nous assumons notre décision. » « Tous les points sont vitaux pour conquérir un titre des pilotes », prétend Ross Brawn.


Dans le paddock, les réactions sont aussi très vives. « Ferrari a tort de prendre les spectateurs pour des imbéciles ! » lance Flavio Briatore. Ron Dennis renchérit en égratignant au passage son « ami » Max Mosley: « La F1 n'a pas besoin de cela. Souvenez-vous que le pouvoir sportif m'avait reproché d'avoir ordonné à Coulthard de laisser passer Häkkinen à Melbourne en 1998, en nous menaçant d'une suspension. J'attends de voir comment réagira une certaine personne... » « C'est à la FIA de s'intéresser à cette caricature de consigne ! » confirme Patrick Head. « Ce qui s'est produit est dans le contrat de Barrichello... » relativise David Coulthard. Chez BAR, tandis que Craig Pollock plaide pour une disqualification des Ferrari, Jacques Villeneuve se veut fataliste: « Vous savez ce que je pense de Schumacher et de Ferrari. Rien ne peut me surprendre de ces gens-là. Mais Barrichello a signé un contrat de deux ans et il est contraint de vivre avec cela. » Le plus irrité est encore Bernie Ecclestone. À cause de la suprématie de Ferrari, les audiences télévisées de la F1 étaient déjà médiocres. Et voilà que la Scuderia jette le discrédit sur son business ! Ce dimanche soir, le « dictateur » s'entretient longuement avec Luca di Montezemolo... De son côté, Max Mosley prend la mesure du scandale. S'il reconnaît n'avoir aucun moyen de sanctionner Ferrari, le président de la FIA convoque cette équipe et ses pilotes à s'expliquer devant le prochain Conseil mondial, prévu pour le 26 juin 2002.


La presse internationale n'aura pas de mots assez durs pour dénoncer l'attitude de Jean Todt et Ross Brawn, coupables d'une rare iniquité à l'égard de Rubens Barrichello. Ils n'en sont certes pas à leur coup d'essai. Ici-même l'an passé, le Pauliste avait déjà ouvert la voie à Michael Schumacher dans le dernier virage du dernier tour. Mais les circonstances étaient différentes. Une seconde place était en jeu, et le pilote allemand était alors menacé par David Coulthard au championnat du monde. Cette année, Schumacher a entre les mains une F2002 invincible et caracole en tête du classement, avec 54 points engrangés sur 60 possibles... Ici, à Zeltweg, les bolides rouges étaient si dominateurs qu'ils auraient sans doute collé un tour à tout le monde sans les deux neutralisations ! Pis, Barrichello avait réalisé un week-end impeccable et dominait nettement son leader. Son succès était donc logique, mérité, indiscutable. Seulement voilà, il est tenu par des obligations contractuelles, qu'il vient de proroger, à obéir à toutes les consignes d'équipe. Des années plus tard, Jean Todt révélera que cet échange de positions avait été prévu bien en amont. En tardant à s'exécuter, Barrichello aurait été le responsable de cette scène grotesque. Peut-être. Mais c'est moins le principe de la consigne d'équipe, pratiquée depuis toujours, que la manière qui est condamnable. Face à la mauvaise volonté compréhensible de Barrichello, Jean Todt aurait dû prendre son parti de laisser à celui-ci une victoire méritée. On retrouve là ses conceptions bien particulières de l'autorité et de l'éthique sportive. Et chacun se remémore l'épisode du Paris-Dakar 1989, joué à pile ou face entre Ari Vatanen et Jacky Ickx.


Dans la tempête, Barrichello peut compter sur le soutien des siens. Son site internet est inondé de centaines de milliers de courriels de réconfort. Le président du Brésil Fernando Henrique Cardoso lui assure même son appui face à cette « criante injustice » ! Toutefois, il faut savoir regarder au-delà de l'émotion. Car Barrichello est ici moins une victime qu'un complice. Aussi sympathique soit-il, il a fait montre d'un criant manque de caractère, et pour tout dire d'un certain manque de courage. Car il aurait pu cueillir ces lauriers qui lui revenaient de droit. Il lui suffisait pour cela d'envoyer promener Jean Todt et Ross Brawn. Certes, cela est facile à dire, et sans doute certains circonstances nous échapperont toujours. Reste que Barrichello se serait moralement grandi en s'élevant contre ses patrons. Nul ne peut être accusé de manquer de loyauté si celle-ci confine à l'humiliation.


Satō miraculé

Cette mascarade ferait presque oublier le terrible accident dont a été victime Takuma Satō, percuté de plein fouet par un Nick Heidfeld en perdition au sommet de Remus. Le jeune Japonais a été extrait conscient de sa monoplace puis transféré à l'hôpital universitaire de Graz. Nick Heidfeld l'a rejoint car il souffre d'une méchante contusion à la jambe gauche. Vite relâché par les médecins, le jeune Allemand, choqué, tente d'expliquer ce qu'il s'est passé: « J'ai vu un panache de fumée quand Yoong a freiné, et j'ai peut-être trop appuyé sur la pédale des freins qui étaient encore froids, explique le jeune Allemand. La voiture m'a échappé, j'ai glissé sur l'herbe et j'ai encaissé un choc terrible. » Après enquête, il s'avérera que Heidfeld n'a rien à se reprocher puisqu'il a été victime d'une rupture d'un disque de frein à l'avant-droit. Juan Pablo Montoya a lui aussi eu très chaud puisque la Sauber en perdition a frôlé son aileron avant à plus de 200 km/h: « Je ne saurais dire si la Sauber arrivait en marche avant ou en marche arrière, tant elle allait vite ! » rapporte le Colombien.


L'incertitude règne un temps sur le sort de Satō, mais son ingénieur Andrew Gilbert-Scott donne heureusement des nouvelles rassurantes. Si le Japonais est resté bloqué dans son cockpit, c'est parce que la structure déformable arrière de la Sauber s'est brisée sur la monocoque de la Jordan, cassant la colonne de direction juste au-dessus de son genou droit. Par ailleurs son casque s'est retrouvé coincé contre l'appui-tête, ce qui rendait tout mouvement fort périlleux. Mais Satō ne souffre d'aucune fracture et les examens menés à Graz démontrent qu'il n'est même pas commotionné. « Il ne souffre que de quelques contusions. un miracle ! » s'exclame Eddie Jordan qui avoue avoir craint le pire pour son pilote. Et il le pouvait: celui-ci a encaissé un choc latéral évalué à 47G ! Lundi, Satō raconte son expérience à sa sortie de l'hôpital: « J'ai entendu un grand bruit et j'ai fermé les yeux une fraction de seconde. Je n'avais aucune idée de ce qui se passait, je n'ai pas du tout vu Heidfeld arriver. Quand j'ai rouvert les yeux, mes jambes étaient coincées par la monocoque endommagée et j'apercevais le sol à travers le trou. La voiture a fait un travail absolument fantastique pour me sauver la mise: il n'en reste plus rien, mais je vais bien. » Satō peut en effet remercier la fédération d'avoir imposé des structures déformables capable d'absorber la grande majorité des chocs. Dix ans plus tôt, un tel impact l'aurait certainement tué...


Sources :

- Dir. Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2002-03, Chronosports Editions, 2002

- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2002, Paris, Solar, 2002

- Auto Week, 9 mai 2002

- Auto hebdo, 15 mai 2002

- Sport auto, juillet 2002

- Atlas F1

- Wikipedia

Tony