Rubens BARRICHELLO
 R.BARRICHELLO
Ferrari
David COULTHARD
 D.COULTHARD
McLaren Mercedes
Giancarlo FISICHELLA
 G.FISICHELLA
Benetton Playlife

653rd Grand Prix

LVIII Grand Prix Automobile de Monaco
Sunny
Monaco
Sunday, 4 June 2000
78 laps x 3.370 km - 262.860 km
Race interrupted after 1 lap following an accident, restarted for the original distance.
Affiche
F1
Coupe

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Constructor
Engine

Présentation de l'épreuve

Michel Boeri, président de l'ACM, révèle quelques chiffres autour de ce Grand Prix de Monaco. Avec seulement 21 000 places mises en vente, l'épreuve de la Riviera est évidemment très loin des capacités d'accueil des autres Grands Prix, même si Boeri révèle qu'il pourrait mettre en vente 50 000 billets, s'il était certain que tous soient achetés. Or assister au Grand Prix de Monaco n'est pas accessible à toutes les bourses... Néanmoins, son modèle économique paraît solide grâce aux privilèges accordés par la FIA et la FOA, notamment en ce qui concerne le sponsoring qui reste entre les mains de l'ACM. Si l'organisation de l'épreuve coûte entre 70 et 80 millions de francs, Boeri évoque des recettes de 130 millions de F et des retombées économiques de 600 millions. Il ne faut pas oublier non plus les bénéfices retirés par les promoteurs ou les particuliers qui surlouent les appartements situés en bordure de piste, le temps du week-end...

 

Toutefois, le circuit de Monaco est de plus en plus critiqué. Si rouler entre les rails à 250 km/h est toujours un sérieux défi technique et humain, certains pointent du doigt l'impossibilité de dépasser qui transforme les courses en processions monotones. Les teams dénoncent quant à eux des infrastructures archaïques, notamment l'allée des stands, beaucoup trop étroite pour les standards modernes. Les ravitaillements y sont périlleux et les bolides frôlent les mécaniciens appointés aux changements de roues. En outre, dimanche, la collision à l'épingle de l'Ancienne gare provoque l'abandon sur place de plusieurs bolides ne pouvant être ramenés vers les stands. Leurs pilotes doivent revenir casqués au pas de course vers la pit-lane, un spectacle impensable sur tout autre circuit. Ron Dennis est ainsi le porte-voix de ses collègues lorsqu'il critique vertement cette épreuve qu'il qualifie d'« archaïque ». Il estime que les énormes recettes emmagasinées devraient servir à moderniser ce circuit. Tout en saluant la qualité de l'organisation (on voit ainsi les commissaires évacuer des voitures accidentées en moins d'une minute), Bernie Ecclestone est conscient du problème et incite l'ACM à améliorer les choses. De fait, la construction d'un vaste complexe portuaire gagné sur la mer devrait permettre à terme de rénover totalement la voie des stands, mais la fin des travaux n'est prévue que pour 2004 ou 2005...

 

Le fiasco de la Prost-Peugeot AP03 fait sa première victime en la personne du directeur technique Alan Jenkins. L'ingénieur barbichu est absent à Monaco après avoir été « démissionné » par Alain Prost. Il ne sera donc resté que quelques mois à Guyancourt, où il fut pourtant accueilli tel un sauveur grâce au succès de ce qui était alors sa dernière-née, la Stewart-Ford SF-03. Hélas il ne s'est jamais entendu avec le staff de Prost GP. En off, plusieurs ingénieurs français dénoncent son autoritarisme et une méthode de travail surannée: Jenkins voulait contrôler l'élaboration de la monoplace d'A à Z, travail qui relève aujourd'hui de divers services spécialisés. Selon certains bruits, les ingénieurs auraient réclamé sa tête à Prost, menaçant de prendre eux-mêmes la porte si Jenkins restait en poste. La coordination technique de l'équipe revient pour le moment à Jean-Paul Gousset, un ancien de Ligier et d'Arrows, en attendant le recrutement d'un nouveau directeur technique.

 

Le duo de pilotes qu'alignera BMW-Williams en 2001 fait l'objet de beaucoup de spéculations. Si Ralf Schumacher sera reconduit, Jenson Button pourrait changer de garage en dépit de ses excellents débuts. En effet, Frank Williams et Patrick Head lorgnent toujours sur leur protégé Juan Pablo Montoya, émigré aux USA. Le pilote colombien, champion de F3000 en 1998, a conquis l'Amérique en moins de deux ans. Il a gagné l'an passé le très relevé championnat CART avec le team Chip-Ganassi, et vient tout juste d'enlever le 500 Miles d'Indianapolis, le 28 mai dernier. Montoya (25 ans) ne perd pas la F1 de vue et son manager David Sears négocie un contrat avec Williams pour la saison 2001. Problème: Button a lui aussi un contrat en bonne et due forme de cinq années avec l'équipe de Grove. Williams envisage ainsi de prêter le jeune Anglais à une autre équipe, le temps qu'il polisse son talent. Jaguar et Benetton seraient sur les rangs. Pour le moment, Button doit s'acquitter d'une amende. Le 29 mai, il a été interpellé à 228 km/h au volant de sa BMW 330 diesel, sur l'autoroute, près de Montpellier. Sa prune s'élève à 5000 francs. Cette infraction est fâcheuse, mais il se murmure que BMW la pardonne volontiers à son pilote qui a ainsi démontré les qualités sportives de sa gamme diesel...

 

À Monte-Carlo, Michael Schumacher commente son récent transfert. Non, le double champion du monde ne quitte pas Ferrari. Il s'agit de football: il abandonne le FC Aubonne (qui évolue en troisième ligue suisse) pour le club du village de Vufflens-le-Château où se situe sa luxueuse villa. Schumacher prétend avoir voulu suivre l'ex-entraîneur d'Aubonne, un de ses amis. « Je ne veux que retirer du plaisir du football, le reste, je m'en moque ! » proclame ce modeste joueur amateur. Sur le Rocher, Schumacher enfile un autre maillot, celui de l'équipe de foot des pilotes qui affronte au stade Louis-II le Star Team for Children du prince Albert. Les as du volant l'emportent 3 buts à 2. Schumacher passe le reste du week-end sur son bateau familial, le Gina-Maria (baptisé d'après le prénom de sa fille), amarré au fond de la rade de Fontvieille, et tente d'évoluer anonymement dans les rues de Monte Carlo au guidon d'une Harley-Davidson... immatriculée « MS01 ». Il étrenne aussi ce week-end un tout nouveau casque. Depuis le début de l'année, son précédent couvre-chef bleu, blanc et rouge était souvent confondu par les téléspectateurs avec celui assez semblable de son équipier Rubens Barrichello. Voilà pourquoi le Rhénan affiche désormais un casque à dominante rouge, justifiant plus que jamais son surnom de « Roter Baron ». Il préfère cependant mettre en avant sa fidélité à la Scuderia: « Ce rouge prouve l'amour que je porte à Ferrari ! » assure-t-il avec lyrisme.

 

Le torchon brûle chez McLaren entre Mika Häkkinen et David Coulthard. Le champion du monde en titre, globalement déçu par son début de saison (une seule victoire en six courses), s'agace des prétentions de son équipier à jouer sa propre carte dans l'optique du titre mondial. Or, selon lui, la piètre prestation de Coulthard sous la pluie au Nürburgring ne justifie guère cette ambition. « Je pense que David est parvenu au bout de ses possibilités ! » lance le Finlandais qui ne nous avait pas habitués aux propos vipérins. Coulthard lui réplique sans prendre de gants: « Mika peut dire ce qu'il veut, mais je ne partage pas son opinion. Il me déçoit beaucoup, après tout ce que j'ai fait pour lui !... » Quelle mouche pique donc le calme et gentil Häkkinen ? Niki Lauda a son idée sur la question. Le 30 mai, alors qu'il inaugure à Berlin le nouveau Boeing de sa compagnie aérienne, il s'exprime à brûle-pourpoint sur la situation du pilote McLaren: « Mika est démotivé. Après sept ans chez McLaren, il doit s'en aller pour retrouver une nouvelle combativité. C'est ce que j'avais fait après quatre ans chez Ferrari ! » Häkkinen est outré par les propos de Lauda. Il se demande si Ron Dennis et Norbert Haug n'auraient pas fait à ce dernier quelques confidences... Voudrait-on le pousser vers la sortie ? Dennis et Haug s'efforcent de calmer le jeu. Tous deux affirment être très satisfaits de leurs pilotes et ne voient aucune raison de ne pas les reconduire en 2001. « Il est trop tôt pour évoquer mon futur », assène Häkkinen. « Rien n'est changé dans mes relations avec Mika », conclut Dennis.

 

Le 24 mai, Giancarlo Fisichella a échappé à un terrible drame lors d'essais privés sur le circuit de Valence. Lancé à plus de 200 km/h, il tombe sur Jarno Trulli, parti pour un tour lent. Suite à une mésentente entre les deux Italiens, la Benetton percute la Jordan et s'envole pour une série de tonneaux qui s'achève dans le bac à graviers. « Fisico » s'en tire par bonheur avec une simple blessure à un pouce, mais a ensuite une explication très « latine » avec son compatriote. Les deux hommes étaient déjà en froid depuis leur précédent accrochage au Nürburgring. Trulli s'était alors indigné du refus de Fisichella d'admettre sa responsabilité...

 

Le 30 mai 2000, le rachat d'Orange, n°3 britannique de la téléphonie mobile, par France Telecom, est scellé à Londres en présence de leurs patrons respectifs, Michel Bon et Hans Snook, et devant l'Arrows-Supertec de Pedro de la Rosa. En effet, Orange est depuis le début de la saison le principal sponsor de l'équipe de Tom Walkinshaw. L'écot s'élèverait à 200 millions de francs. Walkinshaw est serein puisque Michel Bon s'est engagé à maintenir l'accord Orange-Arrows sur le long terme. Voilà qui avive l'amertume d'Alain Prost qui, tout à ses rêves de monter une vraie équipe nationale française de F1, avait jadis contacté France Telecom, en pure perte...

 

Jeudi, à l'issue des essais libres, Jean Alesi, acclamé par le public, récompense celui-ci à sa manière: il lance son casque dans les tribunes ! S'en suit une mêlée générale pour attraper le précieux couvre-chef. L'heureux récipiendaire s'enfuit en courant, brisant au passage la main d'une spectatrice... Celle-ci porte plainte et l'homme est peu de temps après appréhendé par la police monégasque. Cela ne l'empêche pas de vendre le casque d'Alesi pour 33 000 francs à un magasin spécialisé dans les objets liés à la Formule 1...

 

Samedi matin, un autre incident très insolite se déroule peu avant les essais libres. Le pilote de la Safety Car Bernd Mayländer effectue quelques tours de reconnaissance avec dans son sillage le véhicule médical conduit par l'ancien pilote Alex Ribeiro, lequel emmène comme passager le Pr. Sid Watkins. Le Brésilien de 52 ans se fait plaisir au volant de sa belle Mercedes-AMG et finit par faire la course avec Mayländer. Résultat: un joli crash au Bureau de Tabac ! Heureusement, Ribeiro bénéficie d'une Merco de rechange. Plus fâcheux: le docteur Watkins s'en tire avec trois côtes cassées...

 

Les voitures sont comme toujours fortement gréées pour ce Grand Prix de Monaco, avec parfois une bonne dizaine de profils sur les ailerons arrière, comme par exemple sur la Ferrari. La Jordan et la Williams se parent d'un troisième aileron central au-dessus de la prise d'air. L'Arrows A21 reçoit pour sa part deux petites ailettes de chaque côté du museau. McLaren utilise un aileron avec des dérives entaillées, comme le faisaient Prost et Stewart en 1998 sur les circuits rapides. Cette solution est aussi inspirée par BAR qui l'emploie sur les pistes à forte charge. La Williams FW22 est munie de nouveaux ailerons avant et arrière tandis que des mini-ailes sont placées sur les pontons. Jordan reçoit la première évolution du V10 Mugen-Honda qui sera utilisée pour la course du dimanche. La Prost-Peugeot poursuit sa mue et est dotée d'un nouvel aileron avant. La Jaguar se pare d'un capot moteur abaissé, de nouveaux déflecteurs, de deux extracteurs dans les parties basses (comme sur les McLaren, BAR et Minardi) et d'une aile avant inédite. Les circuits d'huile sont enfin différenciés pour le moteur et la boîte: le précédent circuit commun créait trop de surchauffe et transportait des particules de métal... Chez Minardi, Gené reçoit à son tour la boîte en titane jusque-là réservée à Mazzacane. Enfin, en raison de la forte chaleur ambiante, les mécaniciens multiplient les entailles dans les carrosseries afin de favoriser un refroidissement toujours problématique sur ce circuit urbain.

 

Essais et qualifications

Les essais libres du jeudi se déroulent par une forte chaleur pré-estivale. Häkkinen (1'21''387''') réalise le meilleur temps de la journée devant M. Schumacher et Coulthard. On compte de nombreuses touchettes, dont deux assez violentes, pour Mazzacane à la Rascasse et pour Wurz à la Piscine.

 

Le vendredi est traditionnellement ici une journée de relâche pour les pilotes. Sauf pour Michael Schumacher qui a prévu d'effectuer quelques essais au volant de la F1-2000 à Fiorano. Ron Dennis proteste. Selon lui, Ferrari se met hors-la-loi: les essais privés ne sont pas autorisés pendant un week-end de compétition. Mais Jean Todt a mieux lu le règlement que son homologue: les pilotes ont le droit de rouler sur une autre piste, mais pas plus de 50 km ! Ainsi, ce vendredi 2 juin, Schumacher s'envole pour Fiorano avec l'électronicien Ted Czapski. Il parcourt 42 km, pas un de plus, effectue quelques essais de départ, puis atterrit à Fontvieille en fin d'après-midi.

 

La session libre du samedi matin est dominée par Coulthard (1'20''405''') qui devance Schumacher d'un dixième. Cet entraînement prend fin lorsque Irvine pulvérise sa Jaguar à la Piscine.

 

Il fait de nouveau chaud (26°C) pour les qualifications. M. Schumacher réalise la 25ème pole position de sa carrière (1'19''475'''), bien que sa Ferrari soit un peu trop sous-vireuse. Barrichello (6e) déplore une voiture trop nerveuse et concède près d'une seconde à son équipier. Après un jeudi assez piteux, les Jordan-Mugen-Honda reprennent leurs anciens réglages de suspension et ressuscitent. Trulli (2e) détient la pole (1'19''746''') à 10 minutes du drapeau à damiers avant d'être devancé in extremis par Schumacher. Frentzen (4e) s'illustre aussi, bien que sa dernière sortie soit gâchée par un ralentissement d'Irvine. Déception chez McLaren-Mercedes: Coulthard (3e) voit sa dernière tentative brisée par une sortie de Wurz pendant que Häkkinen (5e), longtemps englué dans le trafic, déplore du sous-virage dans les enchaînements lents. Les sourires reviennent chez Prost-Peugeot: Alesi décroche une superbe septième place et aurait peut-être fait mieux sans une panne d'alternateur qui l'a contraint à prendre le mulet. Heidfeld (18e) déplore en revanche un déficit de motricité. Chez Benetton, Fisichella (8e) n'est pas tout à fait satisfait de ses réglages et Wurz (12e) heurte les glissières avant la chicane.

 

Les Williams-BMW sont un peu en retrait. La dernière tentative de R. Schumacher (9e) est ruinée par Irvine. Button (14e) se bat longtemps contre du sous-virage. Les Jaguar-Ford déçoivent encore. Irvine (10e) pouvait se classer dans le « top 5 » mais une panne de direction assistée obère ses chances en fin de séance. Herbert (11e) rencontre trop de survirage. Chez Sauber, Salo (13e) bute sur du trafic et Diniz (19e) s'égare dans ses réglages avant de subir une panne hydraulique en fin de séance. Les Arrows-Supertec sont en huitième ligne. Verstappen (15e) tâtonne longtemps dans son set-up et de la Rosa (16e) se crashe à la Rascasse. Les BAR-Honda sont affligées d'un manque de motricité très préjudiciable ici. Villeneuve (17e) tombe en panne en début de séance et se rabat sur son mulet. Zonta (20e) découvre avec peine ce tracé. Les Minardi sont complétement hors du coup, à quatre secondes de la pole. Gené (21e) et Mazzacane (22e) s'illustrent en outre par de nombreuses sorties à la Rascasse...

 

Le Grand Prix

Les Ferrari sont les plus véloces lors du warm-up du dimanche matin, le meilleur temps revenant à Barrichello. Herbert fracasse sa Jaguar contre le rail à la Piscine tandis qu'en toute fin de séance de la Rosa heurte les glissières au Bureau de Tabac. Son Arrows étant inutilisable pour la course, le Catalan se rabat sur son mulet.

 

La course se déroule par une chaude atmosphère (24°C) rendue étouffante par l'absence de vent. On relève plus de 40°C au sol. Dans ces conditions, le choix des pneumatiques est important. Les Ferrari et McLaren sont munies des gommes Bridgestone « tendres » tandis que les Jordan sont équipées du composé « super-tendre ».

 

Tour de formation: Les pilotes s'installent sur la grille, mais la procédure de départ est annulée car Wurz signale que son moteur a coupé. Les mécaniciens reviennent sur la piste pour rafraîchir les bolides tandis que la Benetton de l'Autrichien est poussée vers les stands. Au bout de cinq minutes, Charlie Whiting relance la meute pour une seconde boucle de formation. Wurz reste bloqué à son garage.

 

Départ: Schumacher démarre bien et devance Trulli, Coulthard, Frentzen et Häkkinen. Alesi surprend Barrichello.

 

1er tour: Häkkinen double Frentzen à l'épingle de l'ancienne gare. Suite à un bug électronique, le drapeau rouge est signalé sur les écrans de contrôle ! Au même instant, à la sortie de l'épingle, Button heurte de la Rosa qui se retrouve en tête-à-queue au beau milieu de la piste ! L'Arrows en travers obstrue le passage et huit bolides se retrouvent bloqués ! Ainsi le drapeau rouge, brandi par erreur, devient évidemment opportun. Les treize premiers rejoignent la grille.

 

Cette interruption dure une vingtaine minutes. Toutes les monoplaces bloquées sont évacuées par une grue, mais ne pourront pas être rapatriées à temps pour le nouveau départ. En conséquence, Button, Diniz, Zonta, Heidfeld et Gené piquent un sprint vers les stands afin de sauter dans leur mulet. Villeneuve et Mazzacane parviennent à se dégager et à rejoindre la grille. Quant à de la Rosa, puisqu'il a pulvérisé sa voiture de course le matin même, il n'a plus de châssis en réserve et son dimanche s'arrête là.

 

Comme moins de deux tours ont été parcourus, le premier départ est considéré comme nul et non avenu. La course va être relancée pour la distance originelle (78 tous) selon la grille établie à l'issue des qualifications. Wurz s'est rabattu sur sa Benetton de réserve et peut ainsi prendre le départ depuis les stands. Diniz, Button et Gené ont grimpé trop tard dans leurs mulets et s'élanceront aussi de la pit-lane.

 

Second départ: M. Schumacher conserve l'ascendant devant Trulli, Coulthard, Frentzen et Häkkinen. R. Schumacher et Alesi dépassent Barrichello.

 

1er tour: M. Schumacher compte déjà plus de deux secondes d'avance sur Trulli. Suivent Coulthard, Frentzen, Häkkinen, R. Schumacher, Alesi, Barrichello, Fisichella et Herbert.

 

2e: Schumacher s'enfuit aisément. Chaque McLaren klaxonne derrière une Jordan. Coulthard poursuit Trulli et Häkkinen se fait menaçant derrière Frentzen.

 

4e: Schumacher tourne une seconde au tour plus vite que tout le monde et a déjà repoussé Trulli à quatre secondes.

 

5e: M. Schumacher devance Trulli (5.8s.), Coulthard (6.3s.), Frentzen (9.8s.), Häkkinen (10.5s.), R. Schumacher (11.5s.), Alesi (13s.), Barrichello (14s.), Fisichella (15s.) et Herbert (16.5s.).

 

6e: Coulthard cherche l'ouverture sur Trulli, sans pouvoir se porter à sa hauteur sur le boulevard Albert Ier. R. Schumacher rejoint Frentzen et Häkkinen.

 

8e: Schumacher jouit de huit secondes et demie d'avance sur le tandem Trulli - Coulthard. Le groupe Frentzen est relégué à douze secondes. Septième, Alesi parvient à tenir en respect Barrichello.

 

10e: M. Schumacher précède Trulli (10.8s.), Coulthard (11.3s.), Frentzen (14.5s.), Häkkinen (15.6s.), R. Schumacher (16.8s.), Alesi (18.5s.), Barrichello (20.5s.), Fisichella (22.6s.), Herbert (25s.), Irvine (27s.) et Salo (30s.).

 

12e: L'intervalle entre Schumacher et Trulli atteint douze secondes. Coulthard prend son mal en patience derrière le jeune Italien.

 

14e: M. Schumacher devance Trulli (13.5s.), Coulthard (14.1s.), Frentzen (18.1s.), Häkkinen (19.1s.), R. Schumacher (20.2s.), Alesi (22s.) et Barrichello (24s.).

 

15e: M. Schumacher affole chrono (1'23''196'''). Coulthard évolue dans la boîte de Trulli, mais prend garde à ne pas faire surchauffer ses pneus. Häkkinen fait de même derrière Frentzen mais doit en outre surveiller R. Schumacher.

 

17e: Schumacher compte dix-huit secondes d'avance sur Trulli et Coulthard. Button est rappelé au stand Williams pour abandonner car une chute de pression d'huile menace son moteur. L'Anglais était 19e.

 

18e: M. Schumacher précède Trulli (19.8s.), Coulthard (20.3s.), Frentzen (22s.), Häkkinen (22.8s.), R. Schumacher (23.8s.), Alesi (25.5s.), Barrichello (28.5s.), Fisichella (29.5s.) et Herbert (32s.).

 

19e: Wurz sur-vire au freinage de Sainte-Dévote et percute le rail avec sa roue avant-gauche. L'Autrichien quitte son bolide, très vite évacué par une grue.

 

21e: Le trio Frentzen - Häkkinen - R. Schumacher se rapproche quelque peu du tandem Trulli - Coulthard. Au cœur du peloton, Verstappen (13e) résiste à un groupe composé de Diniz, Villeneuve et Zonta.

 

22e: Schumacher compte vingt-deux secondes d'avance sur Trulli. Gené se gare d'ans l'échappatoire du Casino suite à une panne de boîte de vitesses.

 

23e: Mazzacane freine trop tard à Sainte-Dévote et touche le rail avec son train avant. C'est fini pour le néophyte argentin.

 

24e: M. Schumacher précède Trulli (24s.), Coulthard (24.5s.), Frentzen (26.7s.), Häkkinen (27.8s.), R. Schumacher (28.8s.), Alesi (30.8s.), Barrichello (32.8s.), Fisichella (33.3s.), Herbert (39s.), Irvine (41s.) et Salo (44s.).

 

26e: Tandis que M. Schumacher caracole en tête, Trulli, Coulthard, Frentzen, Häkkinen, R. Schumacher et le surprenant Alesi se tiennent en cinq secondes. Plus loin, Barrichello est menacé par Fisichella.

 

27e: En panne de radio, Herbert regagne le stand Jaguar pour ravitailler... et surprend son équipe qui n'était pas du tout prête ! Il perd trente-cinq secondes dans cet incident et se retrouve dernier.

 

28e: En difficulté, Frentzen roule désormais une seconde moins vite que Trulli et contient avec peine Häkkinen. R. Schumacher et Alesi observent cette bagarre.

 

29e: M. Schumacher mène devant Trulli (28.1s.), Coulthard (28.7s.), Frentzen (33.8s.), Häkkinen (34.4s.), R. Schumacher (35.1s.), Alesi (36s.), Barrichello (38s.), Fisichella (38.5s.) et Irvine (42s.).

 

30e: Fisichella tente de réaliser l'intérieur sur Barrichello à la chicane du port, en vain. Juste devant eux, Alesi est victime sous le tunnel d'un bris de demi-arbre. L'Avignonnais parvient à maîtriser sa Prost et se gare dans l'échappatoire. Terrible déception pour les Bleus qui pouvaient glaner de gros points cet après-midi...

 

31e: Diniz heurte le rail par l'arrière-gauche à Sainte-Dévote et s'immobilise à l'entame de la montée de Beaurivage. Les drapeaux jaunes sont agités le temps d'évacuer la Sauber.

 

33e: Schumacher compte trente secondes de marge sur Trulli et rencontre les premiers attardés. Il dépasse notamment les BAR.

 

34e: M. Schumacher améliore le record du tour (1'22''832''').

 

35e: M. Schumacher précède Trulli (34s.), Coulthard (34.6s.), Frentzen (36.8s.), Häkkinen (37.8s.), R. Schumacher (39.5s.), Barrichello (43s.) et Fisichella (44s.).

 

36e: Häkkinen ralentit dans la descente vers Mirabeau car ses freins ne répondent plus. Le Finlandais regagne prudemment les stands où ses mécaniciens lui mettent de l'essence, des pneus neufs et surtout resserrent sa pédale de frein qui était en train de se détacher !

 

37e: Coulthard menace Trulli sur le boulevard Albert Ier. Déventé au freinage, l'Écossais évite de peu le rail à Sainte-Dévote. Peu après, Trulli lève le pied car il ne parvient plus à monter les rapports. Häkkinen redémarre finalement après 45 secondes d'immobilisation, avec un tour de retard.

 

38e: Häkkinen quitte les stands devant R. Schumacher qui le contourne aussitôt par l'extérieur. Mais ce faisant, le jeune Allemand roule sur la partie sale de la piste, ne parvient pas à tourner et heurte de plein fouet le rail de Sainte-Dévote. La Williams échoue en marche arrière sur le parvis de l'église, et Schumacher en sort en boitillant: une grosse plaie cisaille son mollet gauche. Trulli rejoint le stand Jordan et abandonne.

 

39e: M. Schumacher devance Coulthard (37s.), Frentzen (42s.), Barrichello (47s.), Fisichella (50s.), Irvine (54s.), Salo (1m. 02s.), Verstappen (-1t.), Villeneuve (-1t.) et Zonta (-1t.).

 

40e: Häkkinen tourne en 1'22'123'''. Désormais douzième, l'homme du Nord va cravacher pour arracher quelques points.

 

41e: R. Schumacher est pris en charge par l'équipe médicale et transféré sur une civière vers l'hôpital Princesse-Grace pour que son entaille soit désinfectée puis recousue.

 

42e: Débarrassé de Trulli, Coulthard est désormais le plus rapide en piste et a repris quelques secondes à Schumacher. Herbert refait escale chez Jaguar pour tenter de faire réparer son assistant de direction, en pure perte. L'Anglais se relance, toujours bon dernier. Verstappen effectue son ravitaillement.

 

44e: M. Schumacher devance Coulthard (33s.), Frentzen (41s.), Barrichello (46s.), Fisichella (49s.), Irvine (54s.), Salo (1m. 08s.), Villeneuve (-1t.), Zonta (-1t.), Heidfeld (-1t.), Häkkinen (-1t.), Verstappen (-1t.) et Herbert (-1t.).

 

45e: M. Schumacher répond à Coulthard et achève son tour le plus rapide (1'21''912''').

 

46e: En bagarre pour la neuvième place, Zonta et Heidfeld ravitaillent de concert et ressortent dans le même ordre. Verstappen s'intercale entre eux au redémarrage.

 

48e: Schumacher compte trente-trois secondes d'avantage sur Coulthard alors que les mécaniciens de Ferrari se préparent pour les ravitaillements.

 

49e: Schumacher stoppe pour remettre de l'essence et des gommes rodées (7.7s.). Il conserve aisément le leadership. Zonta dérape au premier virage et s'écrase dans le mur de pneus. Le Brésilien rejoint la longue liste des abandons.

 

50e: Schumacher compte sept secondes d'avance sur Coulthard. Irvine effectue son pit-stop et repart derrière Salo. L'Irlandais vit une course difficile car il est privé de son système d'hydratation. Une grue retire la BAR de Zonta.

 

51e: Coulthard est léger en essence et revient à six secondes de M. Schumacher. Barrichello a rejoint Frentzen. Fisichella anticipe son ravitaillement (7.6s.) à cause d'une crevaison lente. Il reste cinquième.

 

52e: M. Schumacher devance Coulthard (6s.), Frentzen (22s.), Barrichello (22.5s.), Fisichella (55s.), Salo (1m. 06s.), Irvine (1m. 14s.) et Villeneuve (-1t.).

 

53e: Frentzen et Barrichello entrent ensemble aux stands. L'arrêt dure sept secondes pour les deux pilotes et l'Allemand reste devant le Brésilien. Salo effectue aussi son ravitaillement et glisse derrière Irvine.

 

54e: Cinq secondes séparent Schumacher et Coulthard. Villeneuve opère son ravitaillement et se relance derrière Häkkinen.

 

56e: La suspension arrière-gauche de Schumacher s'affaisse soudain à l'entame de ce tour. A cause d'un échappement fêlé, un poussoir a surchauffé et s'est désintégré. Le leader du championnat parcourt toute une boucle au petit trot pour rejoindre les stands. Coulthard s'empare du commandement.

 

57e: Coulthard arrive chez McLaren pour prendre de l'essence et des pneus neufs (7.1s.), puis reste en tête. Häkkinen réalise le meilleur tour de la course (1'21''571'''). M. Schumacher rejoint le garage Ferrari. Ses mécaniciens examinent ses suspensions arrière.

 

58e: Coulthard compte dix-huit secondes d'avance sur Frentzen et Barrichello, en bagarre pour la deuxième place. Schumacher quitte son cockpit: c'est son premier abandon de la saison.

 

60e: Coulthard est premier devant Frentzen (19s.), Barrichello (19.6s.), Fisichella (26s.), Irvine (52s.), Salo (1m.), Häkkinen (1m. 10s.), Villeneuve (-1t.), Verstappen (-1t.), Heidfeld (-1t.) et Herbert (-2t.).

 

62e: Menacé par Heidfeld, Verstappen part en travers à la sortie du Bureau de Tabac et heurte le rail par l'arrière. Le Néerlandais sort de son Arrows et celle-ci est mise hors trajectoire par les commissaires en quelques instants.

 

63e: Frentzen a repris du champ sur Barrichello. Häkkinen remonte très vite sur Salo qui détient la sixième place. Doubler son compatriote sera cependant fort délicat...

 

65e: Coulthard précède Frentzen (16.7s.), Barrichello (20.2s.), Fisichella (25.8s.), Irvine (55.3s.), Salo (1m. 02s.), Häkkinen (1m. 03s.) et Villeneuve (-1t.).

 

67e: Coulthard possède dix-huit secondes d'avance sur Frentzen qui semble s'être mis à l'abri de Barrichello.

 

69e: Häkkinen évolue dans les échappements de Salo sans pouvoir porter la moindre attaque. Le champion du monde va-t-il échouer à la porte des points ?

 

71e: Frentzen sous-vire en abordant Sainte-Dévote, glisse et heurte le rail avec sa roue avant-droite. Le choc est léger, mais la suspension est touchée à mort. HHF abandonne et les commissaires interviennent pour évacuer la Jordan. Häkkinen grimpe ainsi dans les points.

 

72e: Barrichello est désormais second, mais Fisichella le rejoint à tire-d'aile. Deux secondes les séparent.

 

74e: Coulthard est en tête devant Barrichello (23.1s.), Fisichella (25s.), Irvine (1m. 02s.), Salo (1m. 17s.) et Häkkinen (1m. 18s.).

 

75e: Häkkinen rencontre quelques soucis avec sa boîte de vitesses. Il tire ainsi tout droit à la chicane et perd tout espoir de doubler Salo.

 

76e: Häkkinen laisse passer Coulthard et effectuera ainsi un tour de moins pour ménager sa boîte. Coulthard finit l'épreuve avec dix-neuf secondes d'avance sur Barrichello qui a repoussé Fisichella à quatre secondes.

 

78e et dernier tour: David Coulthard remporte le GP de Monaco. Barrichello se classe deuxième. Fisichella, troisième, grimpe sur son second podium de la saison. Irvine (4e) donne à Jaguar ses premiers points en F1. Salo finit cinquième. Häkkinen sauve le point de la sixième place. Seuls Villeneuve, Heidfeld et Herbert coupent aussi la ligne d'arrivée.

 

Après la course

Vingt-sept ans après Jackie Stewart, David Coulthard devient le second Écossais à inscrire son nom au palmarès du Grand Prix de Monaco. Le prince Rainier s'attendait sans doute plutôt à remettre la coupe à Michael Schumacher ou Mika Häkkinen. Outsider par excellence, Coulthard prend une autre dimension en gagnant sur le Rocher. Il exorcise aussi sans doute ainsi certaines angoisses, un mois après le tragique accident d'avion qui a failli lui coûter la vie. « Je suis heureux de remporter la troisième perle du championnat du monde, après Spa, le plus beau circuit selon moi, et Silverstone qui est chère à mon cœur », commente-t-il. « Monaco, c'est l'épreuve la plus exigeante techniquement et physiquement. Bien sûr j'ai bénéficié des ennuis de Schumacher et de Trulli, mais c'est aussi la course. J'ai eu ma part de problèmes sur ce circuit ces dernières années. Mon bonheur est encore plus fort ! » Grâce à ce succès, Coulthard prend aussi la deuxième place du championnat du monde à son équipier et revient à seulement 12 longueurs de Schumacher (46 pts contre 34). « J'ai gagné en confiance et je progresse peu à peu. Partant de là, j'attends aussi davantage de mon équipe, souligne-t-il. Mais je n'ai aucune plainte à formuler aujourd'hui. Ce fut un grand jour pour nous tous ! » On perçoit néanmoins dans ces propos un léger avertissement à Ron Dennis: si d'aventure il était mieux placé que Häkkinen pour vaincre Schumacher, il espère que McLaren en tirera certaines conclusions...

 

Mika Häkkinen apparaît en revanche très dépité. On le serait à moins. Le champion en titre a encore été accablé par des soucis de fiabilité (freins et boîte), même s'il a fini la course. Il perd ainsi une opportunité de combler son important retard sur Michael Schumacher. La victoire de Coulthard le dessert encore davantage. Désormais, ses prétentions à un statut de « numéro un » chez McLaren-Mercedes sont réduites à néant. Häkkinen admet qu'il devra lutter contre son propre coéquipier s'il veut remporter la couronne mondiale. Or, après deux ans et demi de combat contre Schumacher, il sait que cela est un gros inconvénient quand en parallèle son grand rival jouit chez Ferrari d'un statut de leader « de droit divin »...

 

En ce chaud après-midi méditerranéen, rien ne semblait pouvoir arrêter Michael Schumacher dans sa marche triomphante. L'homme en rouge devait glaner un facile quatrième succès à Monte-Carlo, lorsqu'au 56ème tour un bris de suspension l'a contraint à un cruel renoncement. Aurait-il heurté un muret ? Même pas: un échappement cassé a littéralement brûlé un poussoir de suspension ! « Contrairement à la partie intérieure de la carrosserie et à certains éléments proches des échappements, ce poussoir n'est pas revêtu d'une protection thermique », explique Claudio Berro, porte-parole de la Scuderia. « Nous n'avons reçu aucun signe annonciateur, si ce n'est que la sonde reliée à la télémétrie indiquait depuis quelques tours une modification de la qualité des gaz brûlés. Mais nous n'y avons pas prêté garde dans la mesure où ce genre d'incident n'était jamais arrivé ! Sous l'effet de la chaleur, le matériau composite du poussoir s'est rapidement dégradé et la pièce a cédé lorsque Schumacher a négocié la bosse avant la ligne de départ. » Ce curieux problème aurait d'ailleurs aussi affecté Rubens Barrichello. « C'est pour cela que Ross Brawn lui a demandé de lever le pied dans les six derniers tours ! » assène Berro.

 

« S'il y a une course durant laquelle on peut s'attendre à toutes sortes d'ennuis, c'est bien celle-ci ! » commente Schumacher avec un feint détachement. « Je m'y étais d'ailleurs préparé, tout me paraissait trop facile jusqu'ici. Bon, cette journée aurait pu se terminer de meilleure manière, mais j'accepte ce coup du sort. C'est le premier incident technique que je subis depuis le début de la saison, je n'ai pas à me plaindre. D'autant que la course n'a pas été favorable à Häkkinen. Au final, je ne suis pas trop déçu ! Je vais aller rendre visite à mon frère à l'hôpital, puis j'irai faire mes bagages pour quelques jours de vacances aux Etats-Unis ! » Traduisons la langue de bois schumiste: « Je suis terriblement déçu de perdre une course que j'archi-dominais à cause d'un incident technique aussi stupide, et il n'est pas question que cela se reproduise ! » Son équipier Rubens Barrichello recueille la deuxième place après une course frustrante, dont une grande partie fut passée dans la boîte d'Heinz-Harald Frentzen. « Ce fut une épreuve de patience et de calme, raconte-t-il. Je n'ai doublé personne et il y a eu beaucoup d'abandons. Ce résultat tombe à pic après mes récents déboires, mais mon erreur fut de ne pas avoir bien su régler ma voiture lors des essais. Partir en troisième ligne n'était pas satisfaisant car j'avais la voiture pour gagner ici. » S'il le dit...

 

Eddie Irvine offre à Jaguar ses premiers points grâce à une quatrième place très valeureuse. « L'une des courses les plus difficiles de ma vie ! » commente le natif de l'Ulster. « La direction était très lourde en fin de parcours. J'ai souffert de déshydratation à cause d'un dysfonctionnement de ma bouteille d'eau et j'ai des cloques aux pieds, mais je m'occuperai de tout ça demain ! » Irvine va fêter cela comme il se doit, à coups de bières, et se dit désormais confiant: « Si on continue d'assembler toutes les pièces du puzzle de manière aussi régulière, les points vont tomber, j'en suis sûr ! »

 

Ralf Schumacher finit pour sa part sa journée à l'hôpital après son rude accident à Sainte-Dévote. Le jeune Allemand a fait peur à ses proches puisque le bruit a couru qu'il avait une jambe cassée ! En fait, il souffre d'une forte entaille de sept centimètres au mollet gauche qui a nécessité la pose de points de suture. « Je ne sais vraiment pas ce qui a provoqué cette blessure », indique-t-il. « Après le choc, j'ai sauté de ma voiture comme si de rien n'était. La douleur s'est ensuite rappelée à moi... » En fait, le bras de suspension a transpercé la coque de sa Williams. Le cadet des Schumacher se rend ensuite dans une clinique de Cologne pour suivre une convalescence d'une dizaine de jours. Selon son manager Franz Tost, c'est à l'issue de ce délai qu'il décidera s'il participera ou non au prochain Grand Prix du Canada.

 

La déception est très vive chez Jordan qui ne place aucune voiture à l'arrivée, alors que Jarno Trulli et Heinz-Harald Frentzen pouvaient prétendre à la victoire. Notamment l'Italien qui était parti avec un réservoir rempli à ras bord et devait s'arrêter au 66e tour ! Mais Trulli a très vite su qu'il n'irait pas au bout: « Dès le départ, mon différentiel s'est déréglé. Je ne soupire pas après la victoire. Ce qui est miraculeux, c'est que j'ai pu tenir autant de tours avant d'abandonner... » Si le clan Jordan est fort marri, que dire de Prost GP ? Jean Alesi peut certes se satisfaire des progrès enregistrés par son AP03. Reste que sans ce stupide bris de demi-arbre, il aurait fini deuxième... « Jean méritait au moins le podium. Il précédait Barrichello avant son abandon, alors... » soupire Jean-Claude Lefebvre, porte-parole de Peugeot Sport. « C'est une chance unique que nous avons perdue ! » lâche Alain Prost, désabusé.

 

Sources:

- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2000, Paris, Solar, 2000.

- Sport Auto, juillet 2000

- Auto Hebdo, 6 juin 2000

Tony