Johnny HERBERT
 J.HERBERT
Benetton Renault
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Benetton Renault
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari

568th Grand Prix

XXXVII Gran Premio de España
Sunny
14 may 1995 - Barcelone
65 laps x 4.727 km - 307.255 km
Affiche
F1
Coupe

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Driver
Constructor
Engine
Premier podium pour Johnny Herbert.

Les « wouatures » rapides de M. Calvet

Une certaine angoisse flotte autour du motor-home Jordan-Peugeot. Après trois courses, l'association britanno-française est toujours à la recherche de ses premiers points. Certes, Gary Anderson se dit certain que la 195 jouit d'un excellent potentiel et, selon Jean-Pierre Jabouille, le nouveau V10 Peugeot 3l est l'un des meilleurs du peloton. Reste ce score vierge, imputable à un manque chronique de fiabilité. En outre, Rubens Barrichello, le grand espoir des Brésiliens, est beaucoup moins en verve que l'an passé, et même franchement dominé par son équipier Eddie Irvine, pourtant réputé moins doué. Le Pauliste explique ses mauvaises performances par ses difficultés à s'adapter au nouveau pédalier. En effet, cette saison, la Jordan ne comporte plus que deux pédales. L'embrayage s'effectue dorénavant au volant, ce qui permet au pilote de freiner du pied gauche. Or « Rubinho » tient du karting une vieille habitude de freiner du pied droit dont il peine à se départir ! Pour ne rien arranger, Barrichello a confié à certains journalistes qu'il discutait déjà avec certaines écuries, dont Ferrari, pour 1996, ce qu'Eddie Jordan n'a guère apprécié.

 

Jordan et Barrichello taisent ici leurs divisions car ils reçoivent la visite de Jacques Calvet. C'est la première fois que le PDG de PSA se rend sur un Grand Prix de Formule 1, discipline qu'il ne prisait guère par le passé. Il est accueilli par Xavier Crespin, directeur du marketing pour la F1, puis rencontre Eddie Jordan. L'Irlandais est aux petits soins pour son nouveau partenaire: il lui offre une bouteille de whisky de son pays ! Calvet s'attarde ensuite avec les ingénieurs de Jordan et de Peugeot, puis en compagnie de Rubens Barrichello et Eddie Jordan. Le patron du Lion veut tout savoir des progrès du V10 trois litres. Sa présence remotive des troupes quelque peu déboussolées par un début de saison médiocre.

 

V.I.P en Catalogne

Le PDG de Renault Louis Schweitzer est un autre invité de marque de ce Grand Prix d'Espagne. Ce rendez-vous sportif tombe en effet à point nommé pour les constructeurs automobiles, puisqu'il se déroule en parallèle du salon automobile de Barcelone. Renault y présente son nouveau break, la Laguna. L'Espagne est un marché très important pour la firme française, solidement implantée dans le pays. Aussi, M. Schweitzer souhaite ardemment une victoire d'une des deux écuries qu'il motorise, Williams ou Benetton. Dans le même temps, il répond à de nombreuses questions concernant Alain Prost. En avril, le bruit a en effet couru que Renault serait prête à motoriser l'écurie que le quadruple champion du monde envisagerait de mettre sur pied à l'horizon 97. Une hypothèse tout à fait exclue par Schweitzer: « Même pour Prost, Renault ne dérogera pas à sa politique de ne fournir que deux écuries. Au-delà, ce ne serait pas honnête d'envisager un troisième partenaire. » Il n'y aura donc pas d'équipe « Prost-Renault ». Une fois de plus, Alain Prost est déçu par le Losange. Il s'ennuie de plus en plus dans sa sinécure d'ambassadeur de luxe, et ce en dépit d'un salaire astronomique, et commence à lorgner vers d'autres activités.

 

Outre MM. Calvet et Schweitzer, d'autres grands noms de l'industrie française apparaissent sur le circuit de Montmeló: Mme. Geneviève Gomez, directeur d'Elf-Aquitaine, et M. Bernard de Combret, directeur d'Elf-Antar. Parmi les dirigeants étrangers, on aperçoit aussi Cesare Romiti et Paolo Cantarella, respectivement n°2 et 3 du groupe Fiat. Dimanche, le ministre français de la Culture Jacques Toubon rend visite aux troupes tricolores. Il est l'émissaire du Président de la République fraîchement élu, Jacques Chirac. Néanmoins, la présence de tous ces messieurs importants est éclipsée par celle du superbe mannequin tchèque Eva Herzigová, invitée par Benetton, dont les poses lascives devant les monoplaces font le bonheur des photographes et de la gent masculine en général...

 

Présentation de l'épreuve

Le circuit de Barcelone a fait l'objet de certaines modifications imposées par la FIA, sans l'assentiment d'un GPDA qui a décidément perçu la (faible) influence qu'il possédait voici un an, après la mort d'Ayrton Senna. La dangereuse courbe Nissan, flanquée l'an dernier d'une ridicule chicane provisoire, disparaît purement et simplement au profit d'une longue ligne droite où les bolides atteindront les 280 km/h. L'ultime courbe rapide, où Andrea Montermini était durement sorti en 1994, est conservée mais bénéficie d'un dégagement élargi.

 

Michael Schumacher connaît un début de championnat 1995 compliqué. Après sa victoire brésilienne (d'abord annulée puis confirmée sur tapis vert), il a multiplié les approximations et les sorties de route, la plus impressionnante étant bien sûr celle qui l'a éliminé à Imola. Néanmoins, le champion du monde balaie l'hypothèse d'une crise personnelle. Il s'est entraîné comme jamais pour cette épreuve espagnole et médite une riposte terrible. « Michael nous prépare quelque chose », lâche Bernard Dudot qui s'est longuement entretenu avec lui. De l'autre côté du stand Benetton, Johnny Herbert n'affiche pas la même confiance. En trois courses, le blond Anglais n'a inscrit que trois points et s'est constamment fait « balader » par Schumacher. Après Brundle, Patrese, Lehto et Verstappen, il découvre qu'un équipier de Schumacher chez Benetton est quelque chose comme la cinquième roue d'un carrosse. Il s'aperçoit ainsi que les ingénieurs ne tiennent aucun compte de ses désirs ou de ses remarques, bien qu'il ait grand peine à régler une B195 capricieuse. Les débriefings techniques se résument à un commentaire des analyses de « Schumi ». Herbert doit donc se cuirasser pour supporter cette relégation et tirer malgré tout le meilleur parti d'une voiture qui d'évidence n'a pas été pensée pour lui.

 

Les finances de Simtek sont dans le rouge, et début mai cette petite écurie paraît sur le point de mettre la clef sous la porte. Nick Wirth dément mais annonce aussi que Domenico Schiattarella devra céder son baquet après le GP de Monaco à Hideki Noda, déjà aperçu l'an dernier avec Larrousse et recruté cette saison comme essayeur. En fait, Wirth tente ainsi de forcer la main aux sponsors dudit Japonais qui ne lui ont toujours pas versé un yen. A Barcelone, la rumeur veut qu'un riche homme d'affaires hollandais se soit porté acquéreur de Simtek. Dans le même temps, Flavio Briatore, qui a prêté Jos Verstappen et la transmission Benetton à cette équipe, réaffirme son soutien et prétend qu'il est du devoir des « top teams » de secourir les structures en difficulté: « Les grandes écuries doivent aider les petites en les prenant en charge partiellement », affirme l'Italien à Sport Auto. « La répartition des équipements technologiques entre toutes les équipes est un bienfait général. Tout le monde nous accuse d'avoir bradé Jos Verstappen en le transférant chez Simtek. En fait, nous le prêtons à Simtek, comme un footballeur est prêté à un club. Grâce à lui, les Simtek n'ont jamais été aussi bien placées au départ. Benetton fournit également Simtek en boîtes de vitesses. Maintenant, c'est aux autres top teams de nous imiter. »

 

Martin Brundle commence sa saison en Catalogne. Comme prévu, le vétéran britannique (36 ans) remplace Aguri Suzuki dans la seconde Ligier, grâce au soutien de son mentor Tom Walkinshaw. Appuyé par Honda, Suzuki devrait néanmoins revenir pour quelques épreuves en fin de saison. Guy Ligier semble avoir repris goût à la F1: après son escapade d'Imola, le revoici dans le paddock de Barcelone. Il arrive flanqué de son vieil ami Jacques Laffite qui vient d'être nommé ambassadeur de Ligier Sports. Le sympathique « Jacquot », toujours fringant et facétieux, promènera désormais sa bonne humeur sur chaque Grand Prix. Accessoirement, sa présence permet aussi de répondre aux critiques arguant que l'écurie bleue n'a plus rien de française. En tout cas, c'est très détendus que Ligier et Laffite retrouvent ici certains de leurs vieux copains de passage: René Arnoux, Jean-Pierre Jarier, Philippe Alliot... Éric Bernard et Érik Comas sont là aussi, à l'affût d'un volant disponible... Franck Lagorce, relégué au rang de n°4 chez Ligier, se plaint pour sa part de piloter trop rarement la JS41 et cherche ailleurs une place de titulaire pour 1996.

 

Tout observateur attentif constate que Karl Wendlinger n'est pas complétement remis de son terrible accident du GP de Monaco 1994. Depuis son retour à la compétition, au début de cette saison 1995, le grand Autrichien rend plus d'une seconde au tour à son équipier Heinz-Harald Frentzen. Il n'est visiblement pas en confiance, d'où des zones de freinages trop étendues et une perte de temps substantielle. Malgré toute l'affection qu'il porte à son pilote, Peter Sauber ne peut se résigner à ne compter que sur une seule voiture. Aussi, Wendlinger devrait céder son baquet dès la prochaine course, avant de revenir plus tard dans l'année, lorsqu'il aura retrouvé certains automatismes. Du moins l'espère-t-on...

 

La Benetton-Renault B195 est de l'avis général plus complexe à mettre au point et, partant, plus difficile à piloter que sa devancière, la B194. Aussi, à Barcelone, le tandem Ross Brawn – Rory Byrne tente d'y remédier en apportant quelques évolutions, notamment au niveau du soufflage. Leur solution est originale puisqu'on dénombre pas moins de cinq sorties d'échappements dans et sous le diffuseur. Benetton progresse aussi dans la connectique en introduisant un boîtier unique de connexion générale, installé juste derrière la prise d'air, ce qui évite de multiplier prises et câbles sur la paroi interne de la coque. Williams apporte à ses FW17 un nouveau différentiel CVD dont la mise au point pose semble-t-il quelques difficultés au staff technique. Ferrari dote sa 412 T2 d'un nouveau système de refroidissement et de jantes plus larges (11,5 pouces). Les Ligier évoluent encore avec un nouveau profil d'extracteur et une géométrie de suspension modifiée. La Jordan-Peugeot 195 se pare de nouvelles dérives à l'avant et d'un dispositif de double soufflage à l'arrière. Enfin, la très lourde Forti a subi une cure d'amaigrissement de huit kilos par l'ajout de nouveaux radiateurs d'eau.

 

Essais et qualifications

Vendredi, les Ferrari dominent la première séance d'essais qualificatifs. Berger réalise la pole provisoire devant Alesi. Coulthard se classe troisième alors que les deux favoris du championnat Hill (4ème) et Schumacher (5ème) ne parviennent pas à dénicher les bons réglages et peinent à maintenir leurs bolides en piste. Le jeune Allemand s'offre même une énième sortie de route.

 

Samedi après-midi, la bagarre pour la pole position est très intense. Cette fois, tous les acteurs disposent d'armes aiguisées. Au volant d'une Benetton-Renault transfigurée, Schumacher arrache la huitième pole position de sa carrière grâce à un temps-canon (1'21''452'''). Il relègue une nouvelle fois son compère Herbert (7ème) à deux secondes. Alesi (2ème) a mené un « rush » splendide lors de la seconde séance de qualifications, mais échoue à six dixièmes d'un Schumacher impérial. Berger et la seconde Ferrari sont repoussés au troisième rang. La déception est au rendez-vous chez Williams-Renault, mais Coulthard (4ème) comme Hill (5ème) visent encore la victoire. Les Jordan-Peugeot (Irvine 6ème, Barrichello 8ème) confirment leurs progrès. A l'inverse, les McLaren-Mercedes sont particulièrement instables. Häkkinen (9ème) et Mansell (10ème) se retrouvent seulement en cinquième ligne.

 

Très belle rentrée de Brundle (11ème) avec la Ligier-Mugen-Honda. L'Anglais devance assez nettement son équipier Panis (15ème). Les Sauber-Ford (Frentzen 12ème, Wendlinger 20ème) sont en difficulté à cause d'une adhérence précaire. Du côté de Tyrrell-Yamaha, Salo (13ème) casse un moteur et Katayama (17ème) commet quelques approximations. Morbidelli place son Arrows-Hart an 13ème rang. Inoue (18ème) commet encore quelques erreurs mais progresse en rapidité. Verstappen (15ème) réalise une fois de plus une performance remarquable avec la Simtek, et ce en dépit de problèmes de boîte récurrents, qui frappent aussi Schiattarella (22ème). Les Minardi (Martini 19ème, Badoer 21ème) ne parviennent toujours pas à s'extraire du fond de grille. Comme à l'accoutumée, les dernières rangées sont occupées par les Pacific (Montermini 23ème, Gachot 24ème) et par les Forti (Moreno 25ème, Diniz 26ème).

 

Le « suicide » de Mansell

Dimanche matin, Ron Dennis reçoit dans le stand McLaren deux hôtes de marque: Helmut Werner, le président de Mercedes, et Jürgen Schrempp qui, dans une semaine, prendra les fonctions de président du directoire du groupe Daimler-Benz, la plus haute fonction à Stuttgart. Inutile de préciser le caractère hautement diplomatique de cette visite: les deux Allemands prennent le pouls de la toute jeune collaboration entre Mercedes et McLaren. Soudain, surgit Nigel Mansell, l'homme dont Mercedes a acheté les services, au grand dam de Ron Dennis, via un contrat mirobolant de dix millions de dollars. Le quadragénaire moustachu vient d'en terminer avec le warm-up. Sans aucune précaution oratoire, il décrit à Werner et à Schrempp le comportement jugé désastreux de la McLaren-Mercedes MP4/10: une vraie « poubelle » affligée d'un terrible sous-virage. Les deux dirigeants, stupéfaits, écoutent cette venimeuse diatribe. A bout d'imagination, Mansell conclut: « Allez, il ne vaut mieux pas en rajouter ! » et s'éclipse, sans avoir peut-être bien compris à qui il s'adressait. Werner et Schrempp, blêmes de colère, s'entretiennent ensuite avec Dennis, bien décidés à obtenir la tête du malotru. Le patron de McLaren est à la fois confus et ravi: il n'attendait que ça pour se débarrasser de ce pilote qu'il n'a jamais apprécié.

 

Mansell a-t-il commis une énième gaffe ? Ou bien a-t-il sciemment précipité son renvoi afin d'en finir avec une aventure qui, au fond, ne lui a servi qu'à évaluer sa valeur marchande ?

 

Le Grand Prix

L'intérêt des Espagnols pour la Formule 1 ne cesse d'augmenter, puisque cette épreuve de Barcelone affiche une affluence record de 53 000 spectateurs. Il faut cependant relativiser cet engouement car on dénombre en tribunes beaucoup de Français (la frontière est proche) et d'Allemands en villégiature venus encourager « Schumi »...

 

Schumacher survole le warm-up et « colle » de nouveau plus d'une demi-seconde à Alesi. Le bitume très abrasif de Montmeló soumet les pneus à rude épreuve et Goodyear prédit une course à deux ou trois arrêts. Le Grand Prix devrait donc être une série de courts « runs », exercice dans lequel excelle Schumacher. « Dans cette situation, ils ne sauront jamais combien Michael est grand », susurre Flavio Briatore, très optimiste. Les Benetton-Renault et les Ferrari tablent sur une course à deux ravitaillements contre trois pour les Williams-Renault.

 

Tour de formation: Montermini regagne les stands et ne prendra pas le départ. Sa boîte de vitesses refuse de fonctionner suite à une panne de pompe hydraulique.

 

Départ: Alesi démarre un petit peu mieux que Schumacher, mais celui-ci lui coupe la trajectoire et conserve le commandement. Hill prend un bel envol et se retrouve troisième devant Berger. Coulthard est en revanche mal parti et se retrouve septième.

 

1er tour: Schumacher mène devant Alesi, Hill, Berger, Irvine, Häkkinen, Coulthard, Herbert, Barrichello et Frentzen.

 

2e: Schumacher compte une seconde et demie d'avance sur Alesi. Hill et Berger évoluent à plus de trois secondes du leader. Mansell est seulement quinzième et vient de se faire dépasser par Panis.

 

3e: Schumacher trace sa route et repousse Alesi à trois secondes. Coulthard prend la sixième place à Häkkinen.

 

4e: Schumacher tourne une seconde au tour plus vite que ses poursuivants. La course s'annonce longue...

 

5e: Schumacher précède Alesi (5.1s.), Hill (5.8s.), Berger (7.1s.), Irvine (10.6s.), Coulthard (11s.), Häkkinen (13s.), Herbert (14s.), Barrichello (17.5s.), Frentzen (20.5s.), Brundle (21s.) et Salo (24.5s.). Moreno part en tête-à-queue au premier virage mais parvient à repartir.

 

6e: Coulthard est aux trousses d'Irvine. Cela va mieux pour Mansell qui repasse devant Panis et va bientôt se défaire de Katayama.

 

7e: Coulthard déborde Irvine dans la ligne droite principale. Le voilà cinquième.

 

8e: Hill recolle à Alesi qui choisit de ménager ses pneus. Berger observe ce duo sans attaquer. La Ferrari use en effet très vite sa gomme.

 

10e: Schumacher mène devant Alesi (6.8s.), Hill (7.4s.), Berger (9.5s.), Coulthard (12.5s.), Irvine (18.6s.), Häkkinen (19.1s.) et Herbert (20.6s.).

 

11e: Schumacher prend déjà un tour aux deux Forti. L'Allemand compte six secondes d'avance sur Alesi, toujours menacé par Hill.

 

13e: Ne parvenant pas à dépasser Alesi, Hill ravitaille en fin de tour (10.3s.). L'Anglais reprend la piste en neuvième position.

 

14e: Schumacher compte huit secondes d'avance sur Alesi. Häkkinen prend la cinquième place à Irvine. Coulthard ravitaille à son tour (7.6s.) et ressort derrière son coéquipier.

 

16e: Schumacher accroît sa cadence et tourne en 1'25''. Irvine opère son premier ravitaillement. Mansell s'arrête à son stand pour se plaindre d'un gros sous-virage. Il repart néanmoins après avoir changé de pneus et remis de l'essence. Arrêts aussi pour Katayama, Morbidelli et Diniz.

 

17e: Berger fait halte au stand Ferrari (8.5s.). Häkkinen et Barrichello passent aussi aux stands. Diniz rejoint son garage avec une boîte de vitesses bloquée. C'est son premier abandon de la saison.

 

18e: Schumacher prend un tour à Mansell. Il compte dix secondes d'avance sur Alesi. Brièvement troisième, Herbert stoppe chez Benetton et y prend de l'essence et des gommes fraîches (8s.). Il réalise une excellente opération puisqu'il repart devant Häkkinen et les deux Jordan.

 

19e: Alesi opère un rapide pit-stop (8.4s.) et retrouve le circuit sans avoir perdu sa seconde place. Brundle prend aussi de l'essence et des pneus neufs. Mansell fait une excursion dans les graviers après la courbe Würth.

 

20e: Salo, Verstappen, Badoer et Moreno sont aperçus aux stands. Jugeant sa monoplace inconduisible, Mansell choisit de regagner son box et de mettre pied à terre, sous les regards interloqués de ses mécaniciens.

 

21e: Schumacher effectue son premier pit-stop (8.2s.) et repart largement en tête.

 

22e: Schumacher devance Alesi (7.4s.), Hill (10.1s.), Coulthard (15s.), Berger (20s.), Herbert (33.3s.), Häkkinen (36s.), Irvine (38s.) et Barrichello (42.7s.). Ravitaillements pour Frentzen, Martini et Inoue.

 

24e: Alesi est gêné par Brundle qui pourchasse Frentzen. Hill rattrape le Français. Panis, Wendlinger, Gachot et Schiattarella effectuent des pit-stops. Badoer quitte l'épreuve après avoir cassé sa commande de boîte.

 

25e: Alerte dans le stand Ferrari: le V12 d'Alesi perd de l'huile. L'explosion semble imminente.

 

26e: Le moteur d'Alesi part en fumée dans la grande ligne droite. C'est le premier abandon de la saison pour une Ferrari. Hill récupère la deuxième place.

 

27e: Schumacher est plus rapide que les deux Williams, et ce bien qu'il ait embarqué plus d'essence que ceux-ci. L'Allemand est en effet sur une stratégie à deux arrêts alors que les Anglais prévoient de stopper trois fois.

 

29e: Schumacher est premier devant Hill (11.1s.), Coulthard (19.4s.), Berger (31.3s.), Herbert (38.5s.), Häkkinen (39.4s.), Irvine (45s.), Barrichello (55s.), Frentzen (1m. 19s.) et Panis (1m. 21s.).

 

31e: Hill effectue son second pit-stop (8s.) et repart en quatrième position. Irvine ravitaille aussi et perd une place au profit de Barrichello.

 

32e: Coulthard s'arrête chez Williams pour reprendre de l'essence et des pneus. Il repart entre Häkkinen et Barrichello. Second pit-stop pour Morbidelli.

 

33e: Hill bute sur Berger qui n'a pas encore effectué son deuxième arrêt. Häkkinen effectue son second arrêt-ravitaillement.

 

34e: Berger subit déjà son second pit-stop car la Ferrari dévore sa gomme. L'Autrichien bascule sur une stratégie à trois arrêts. Second pit-stop aussi pour Barrichello. Herbert grimpe au troisième rang grâce à sa stratégie à trois relais calquée sur celle de son équipier.

 

36e: Schumacher est en tête devant Hill (36.2s.), Herbert (39s.), Coulthard (45.8s.), Berger (1m. 01s.), Häkkinen (1m. 02s.), Irvine (1m. 13s.), Barrichello (1m. 26s.), Frentzen (-1t.), Panis (-1t.), Salo (-1t.) et Brundle (-1t.).

 

38e: Schumacher compte trente-huit secondes d'avance sur Hill. Chacun a encore un arrêt à effectuer. Berger contient un Häkkinen pressant. Moreno ravitaille une deuxième fois.

 

40e: Panis stoppe chez Ligier pour son second arrêt-ravitaillement.

 

41e: Herbert observe son second ravitaillement en sept secondes. Suite à une erreur du préposé à la « sucette », l'Anglais repart trop tôt, alors que le cric est encore accroché à son train arrière ! Heureusement celui-ci se détache peu après à la sortie de l'allée des stands. Salo et Verstappen passent aussi aux stands.

 

42e: Comme d'habitude, Martini s'amuse à louvoyer devant les leaders, et cette fois tarde à s'effacer devant Schumacher. Second ravitaillement de Brundle. Moreno abandonne à cause d'une rupture de pompe à eau.

 

43e: Schumacher effectue son second ravitaillement (7.8s.) et repart largement en tête. Arrêts-ravitaillements de Wendlinger, Inoue, Gachot et Schiattarella.

 

44e: Häkkinen commence à perdre de la puissance suite à une baisse de sa pression d'essence. Herbert le dépasse. Frentzen effectue un second pit-stop.

 

45e: Schumacher précède Hill (6.2s.), Coulthard (20.7s.), Berger (43.6s.), Herbert (46.7s.), Häkkinen (49.8s.), Irvine (53.1s.), Barrichello (1m. 10s.), Panis (-1t.) et Frentzen (-1t.). Inoue rentre à son garage suite à une début d'incendie sur son moteur Hart.

 

46e: Léger en essence, Hill remonte sur Schumacher et améliore le record du tour (1'24''531'''). Häkkinen ravitaille et se retrouve huitième. Gachot stoppe chez Pacific pour remettre du carburant. Mais à la fin de l'opération, le tuyau d'accouplement fait de la résistance et les vapeurs d'essence commence à s'enflammer. Gachot redémarre mais se range pour de bon quelques mètres plus loin par mesure de sécurité.

 

48e: Hill était revenu à trois secondes de Schumacher, mais il ravitaille pour la troisième et dernière fois (8s.). L'Anglais repart en troisième position. Irvine stoppe aussi et perd sa sixième place au profit de Barrichello.

 

49e: Coulthard effectue son ultime ravitaillement (8s.) et cède la troisième place à Berger.

 

50e: Schumacher compte dorénavant vingt-six secondes d'avance sur Hill. Berger ravitaille (7.6s.) et retrouve le circuit en cinquième position derrière Herbert. Troisième pit-stop également pour Barrichello.

 

52e: Schumacher est premier devant Hill (23.4s.), Coulthard (45.4s.), Herbert (49.6s.), Berger (1m. 06s.), Irvine (1m. 18s.), Häkkinen (-1t.) et Barrichello (-1t.).

 

53e: Le moteur d'Häkkinen n'est plus alimenté en essence. Le Finlandais laisse passer Barrichello, puis rejoint son box pour mettre pied à terre.

 

55e: La boîte de vitesses de Coulthard part en fumée. L'Écossais gare sa Williams dans l'herbe. Herbert grimpe ainsi au troisième rang.

 

57e: Schumacher devance Hill (25.2s.), Herbert (54.2s.), Berger (1m. 11s.), Irvine (-1t.), Barrichello (-1t.), Panis (-1t.), Frentzen (-1t.), Brundle (-1t.) et Salo (-1t.).

 

59e: Katayama renonce suite à une panne de moteur. Le petit Japonais occupait la treizième place.

 

60e: A cinq tours du but, Hill concède vingt-trois secondes à Schumacher.

 

62e: Panis menace Barrichello qui rencontre des problèmes d'accélérateur. Le Français a en vue le point de la sixième place.

 

64e: Schumacher achève l'épreuve le coude à la portière. Son avance sur Hill n'évolue plus. Herbert roule à près d'une minute de son équipier.

 

65ème et dernier tour: A cause d'une panne de pompe hydraulique, Hill perd l'usage de sa boîte et de son accélérateur dans les derniers mètres. Extrêmement lent, il finit la course en roue libre, bloqué en cinquième, et se fait doubler par Herbert et Berger. De son côté Panis prend in extremis la sixième place à Barrichello dont la Jordan n'avance plus.

 

Michael Schumacher remporte la douzième victoire de sa carrière. Herbert, second, assure le doublé pour Benetton-Renault et grimpe sur son premier podium après avoir disputé 70 Grands Prix. Berger finit troisième pour la troisième fois de l'année. Hill franchit la ligne au petit trot, en quatrième position, et se gare immédiatement devant le muret des stands, très en colère. Cinquième, Irvine ouvre le compteur de la paire Jordan-Peugeot. Panis inscrit un point. Suivent Barrichello, Frentzen, Brundle, Salo, Morbidelli, Verstappen, Wendlinger, Martini et Schiattarella.

 

Après la course

Après deux courses compliquées, Michael Schumacher a remis les pendules à l'heure par un succès sans coup férir. Il peut narguer ceux qui glosaient sur sa « méforme » du début de saison. L'Allemand est d'autant plus joyeux qu'il reprend aussi la première place du championnat du monde avec 24 points, soit une unité de plus que Hill (23 pts). L'attelage Benetton-Renault s'offre même son premier doublé dès sa quatrième sortie, une performance tout à fait remarquable. Si la B195 réclame une mise au point très pointue, elle n'en est pas moins extrêmement efficace une fois déniché le bon « set-up ». Sa spectaculaire progression de la B195 entre la journée du vendredi et du samedi le démontre.

 

Johnny Herbert est presque aussi content que son équipier grâce à ce premier podium, après une course riche en émotions, marquée par l'incident du « lève-vite » dans les stands. « J'ai entendu mes mécaniciens me crier « Stop ! Stop ! Stop ! », raconte-t-il. « J'ai à peine eu le temps de leur demander « Pourquoi ? » que déjà j'entendais « Go ! Go ! Go ! » Tout cela m'a pas mal déstabilisé ! [...] Décidément j'avais oublié le goût du champagne ! » reprend l'Anglais. « La dernière fois que j'ai dû en boire, ce devait être lors de ma victoire au Mans, en 1991... Je suis content d'être là car, comme vous le savez, l'an dernier avec Lotus, j'ai failli tout plaquer, tout abandonner... Comme quoi... Vous ne pouvez pas savoir à quel point ce résultat m'enchante ! »

 

Louis Schweitzer congratule les techniciens de Renault Sport après ce formidable doublé, mais ménage aussi la susceptibilité de ses autres partenaires de Williams. En effet, les mines sont longues chez les hommes de Didcot. Patrick Head, d'humeur massacrante, enguirlande quelques subordonnés. Ce sont en effet dix points qui se sont envolés à cause de défaillances techniques. Le moral n'est pas plus élevé chez Ferrari où la 412 T2, très rapide aux essais, a montré ses limites en course: incapable de ménager ses pneus, elle ne peut pas encore viser la victoire à la régulière. Et pourtant, grâce aux disqualifications du GP du Brésil, les Rouges mènent au classement des constructeurs avec 27 points, devant Williams (26 pts) et Benetton (23 pts).

 

Enfin, pour son « baptême » de F1, Jacques Calvet aura porté chance à Jordan et à Peugeot qui inscrivent leurs premiers points en 1995. Eddie Irvine souligne en outre que Jordan est parvenue à corriger un grave défaut de ses monoplaces: « Nous avons enfin trouvé de l'adhérence sur le train arrière. La voiture survirait dans les courbes rapides, mais à plus faible vitesse, elle était vraiment parfaite. » Et deux points dans la besace pour le Nord-Irlandais, alors que le pauvre Barrichello affiche toujours un score nul et vierge...

Tony