Mika HAKKINEN
 M.HAKKINEN
McLaren Peugeot
Damon HILL
 D.HILL
Williams Renault
Jos VERSTAPPEN
 J.VERSTAPPEN
Benetton Ford Cosworth

559th Grand Prix

LII Grand Prix de Belgique
Cloudy
28 august 1994 - Spa-Francorchamps
44 laps x 7.001 km - 308.044 km
Affiche
F1
Coupe

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Driver
Constructor
Engine
  • 54th win for Renault
  • 2nd and last pole position for Hart
Barrichello ne profitera pas longtemps du bénéfice de sa première pole.

McLaren: la course à l'Étoile (2)

Depuis le début de l'été, Ron Dennis négocie avec Mercedes afin de conclure un partenariat pour la saison 1995. Ses propositions sont bien accueillies par Helmut Werner, le président du directoire de Mercedes AG, partisan d'un large engagement de son entreprise en compétition automobile. Celui-ci préconise une stratégie fondée sur trois pôles: l'IndyCar (avec Penske), la Formule 1 (avec McLaren) et prestigieux championnat allemand de super-tourisme (DTM). Il se heurte cependant au scepticisme d'Edzard Reuter, le président-directeur général de Mercedes-Benz, avant tout préoccupé par les contraintes budgétaires. Herr Reuter exige que le développement du moteur Ilmor de F1, « rebadgé » Mercedes, soit assuré par McLaren et ses partenaires, comme par exemple TAG. Ron Dennis est estomaqué: selon ses estimations, McLaren devrait alors tripler son budget ! Il se demande si, finalement, Peugeot ne serait pas un si mauvais associé...

 

Mais Dennis reçoit heureusement le renfort de Jürgen Hubbert, le responsable des voitures de série au sein du directoire de Mercedes-Benz. Celui-ci convainc Edzard Reuter de la nécessité d'un investissement massif pour mener Mercedes vers des succès qui, à n'en pas douter, auront pour la marque un retentissement mondial. D'autant plus que Ron Dennis, l'homme qui a tout gagné en Formule 1, est l'allié idéal. Selon Hubbert, une alliance McLaren-Mercedes est une garantie du succès à moyen terme. Et puis, ce serait le moyen idoine de ramener Michael Schumacher au bercail... Fin août, à Stuttgart, la balance penche en faveur de McLaren. Le bonheur des uns fait le malheur des autres: Peter Sauber, lâché par la firme à l’Étoile, s'attend à tirer le rideau au soir de cette saison 94...

 

L'union du Pull et du Losange

L'alliance Benetton - Renault se concrétise enfin en ce mois d'août 1994. Les pourparlers entre les deux marques remontent à très loin, au printemps 1993. Elles ont été facilitées par les excellentes relations qu'entretiennent Flavio Briatore et Christian Contzen, le directeur général de Renault Sport. Les différentes « affaires » qui troublent l’écurie italo-britannique n'ont pas remis en cause ce rapprochement. Mais Louis Schweitzer, le patron de la Régie, et Patrick Faure, le président de Renault Sport, ont pris le temps d'évaluer les atouts de ce nouveau partenariat, comme l'image dynamique de Benetton, la montée en puissance et le gain de prestige que générera la fourniture de deux équipes de pointe, enfin et surtout les perspectives offertes sur le marché allemand grâce à Michael Schumacher. Par ailleurs, les obstacles qui pouvaient se dresser ont peu à peu été écartés. Frank Williams est amadoué par un nouveau contrat lui assurant l'usage du V10 Renault pour les trois prochaines années, et la rupture avec Ligier s'effectuera en douceur grâce au rachat de cette écurie par Briatore.

 

L'accord Benetton-Renault portant sur trois saisons est scellé le 22 août 1994, dans la péniche de réception Release, amarrée en bord de Seine, en présence de Flavio Briatore, Patrick Faure, Christian Contzen et Bernard Dudot. La presse est avertie le lendemain. Patrick Faure croit bon de préciser que Renault n'abandonne pas Williams pour Benetton: les deux écuries seront traitées avec une stricte équité. Et le boss de Renault Sport en profite pour saluer le chemin accompli avec le maître de Didcot: « Enrôler Benetton ne signifie pas liquider Williams. Il nous était impossible de trahir Frank. Avec lui, Renault s'est trouvé d’entrée en première ligne, le 26 mars 1989, au Brésil. Et ça ne s'oublie pas. »

 

Barrichello et Frentzen sur le marché des transferts

La fin août marque le coup d'envoi de la « silly season », la période des transferts. Au cœur de ce marché se trouve cette année Rubens Barrichello, le successeur désigné d'Ayrton Senna. Geraldo Rodrigues, son manager, ne chôme pas puisqu'il discute à la fois avec Ron Dennis, Flavio Briatore, Jean Todt et Frank Williams ! Toutefois, les écuries sponsorisées par Philip Morris semblent bénéficier d'une longueur d'avance. « Je suis à 80 % chez Marlboro-McLaren et à 20 % chez Ferrari ! » plaisante « Rubinho ». Cependant, Eddie Jordan ne s'avoue pas encore vaincu et garde un petit espoir de conserver son jeune prodige grâce à ses prétentions financières exorbitantes. « Donnez-moi cinq millions de dollars, et je vous donne Rubens ! » clame l'Irlandais, rigolard.

 

Le jeune Allemand de Sauber Heinz-Harald Frentzen est également très courtisé. Il a en effet déjà été approché par Frank Williams au mois de mai, après la mort d'Ayrton Senna, et espère encore devenir l'équipier de Damon Hill en 1995. Sauber a néanmoins sur lui une option pour deux saisons supplémentaires. Son sort dépend en grande partie de celui de l'alliance Sauber-Mercedes, et si d'aventure le constructeur allemand s'alliait à McLaren, il y aurait peut-être une place pour lui à Woking. En tout cas, Andrea de Cesaris, bon camarade, ne tarit pas d'éloges sur son compagnon d'écurie: « Il est aussi rapide que Schumacher ! » déclare-t-il à la presse.

 

Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix de Belgique marque une étape fort importante du championnat du monde. En effet, deux jours après cette manche, le mardi 30 août, le tribunal d'appel de la FIA rendra son verdict quant à la suspension de deux couses infligée à Michael Schumacher, suite à l'incident de Silverstone. Il est fort peu probable que l'Allemand soit blanchi, et il devrait donc manquer les deux prochains Grands Prix, en Italie et au Portugal. Or Schumacher, qui jouit déjà d'une avance abyssale de trente-et-un points sur Damon Hill, son unique rival, a ici l'occasion de se mettre presque définitivement à l'abri en cas de victoire. A contrario, un succès du pilote Williams pourrait relancer la compétition, puisqu'il aura ensuite le champ libre pendant deux week-ends pour refaire son retard. Quoiqu'il en soit, Schumacher ne semble pas subir la pression et se montre très heureux de retrouver le circuit de Spa-Francorchamps, théâtre de son premier succès en F1, il y a deux ans. Des milliers d'Allemands ont par ailleurs franchi la frontière toute proche pour l'encourager. On aperçoit aussi une importante cohorte de Néerlandais venus soutenir son jeune coéquipier, Jos « the boss » Verstappen.

 

Après moult tergiversations, le GP d'Italie aura bien lieu deux semaines plus tard, le 11 septembre. Les pilotes ont finalement accepté d'effectuer le déplacement bien que les aménagements réclamés à l'autodrome de Monza ne seront pas tous réalisés. Il faudra pour cela patienter jusqu'en 1995. L'influence de Ferrari, et notamment de ses représentants Niki Lauda, Gerhard Berger et Jean Alesi, a évidemment été prépondérante. La Scuderia ne pouvait se passer de « son » Grand Prix, qu'elle a par ailleurs cette année de fortes chances de remporter.

 

Le circuit de Spa-Francorchamps est retouché pour améliorer la sécurité, ou plus exactement défiguré par l'ajout d'une chicane très serrée au pied de l'Eau Rouge. Les pilotes devront ainsi passer de 280 à 80 km/h en quelques secondes, avant de grimper à vitesse réduite le fameux raidillon. Cette verrue ne contente personne, mais elle est provisoire, car en 1995 les organisateurs ont prévu d'abattre une tribune et de raser un bout de colline pour accroître le dégagement à cet endroit.

 

Roland Bruynseraede paie-t-il imbroglio de Silverstone ? Toujours est-il que le Belge voit sa charge officielle, comprenant les postes de directeur de course, de délégué fédéral à la sécurité et de starter permanent, sensiblement allégée. Le commissaire vétéran John Corsmit (79 ans) le remplace comme directeur de course jusqu'à la fin du championnat 1994 et l'avocat Roberto Causo, déjà représentant officieux de Max Mosley sur le Grands Prix, devient l'« observateur FIA », c'est-à-dire le médiateur en chef. Bruynseraede se contentera désormais d'allumer les feux de départ et de présenter le drapeau à damiers.

 

Larrousse F1 traverse une fois de plus une grave crise budgétaire. L'écurie de Signes se sépare d'Olivier Beretta qui, selon elle, aurait cessé de payer son baquet depuis trois Grands Prix. Le Monégasque nie avec vigueur, affirme avoir toujours réglé son dû à son « employeur » et donne une toute autre vision des choses: « En fait, le vrai problème vient du fait que l'écurie m'a demandé de lui fournir le solde de la saison: soit le budget correspondant aux six dernières courses. Une demande à laquelle je ne peux satisfaire sans un minimum de garanties quant à son avenir immédiat... » Quoiqu'il en soit, Gérard Larrousse doit désormais prospecter du côté des pilotes payants. Mais pour Spa, il confie le volant de Beretta à son vieux complice Philippe Alliot, qui effectue ainsi une nouvelle pige, quinze jours après son apparition au GP de Hongrie avec la McLaren-Peugeot. « Je vis un peu la F1 au jour le jour, mais j'y ai repris goût en remettant le doigt dedans à Budapest », déclare le vétéran français.

 

Le team Lotus vit une saison cauchemardesque: après dix Grands Prix, il ne compte toujours aucun point au compteur, la faute à une voiture, la 109, complètement ratée. Pis encore, ses finances sont dans le rouge, et Peter Collins doit lui aussi se tourner vers des pilotes payants. Alessandro Zanardi est ainsi écarté pour trois courses au profit du jeune Belge Philippe Adams. Âgé de 25 ans, ce Mouscronnois a remporté l'an passé le peu prestigieux championnat britannique de Formule 2, et se distingue surtout cette saison en Procar, le championnat belge du Super-tourisme, qu'il domine au volant d'une Audi Quattro. Il achète son baquet pour 500 000 £. Cette somme provient principalement des affaires de son père Bernard Adams. En fait, l'opération est fondée sur une combinaison complexe de primes d’assurance qui incite des huissiers soupçonnant une escroquerie à se présenter vendredi au garage Lotus ! Par bonheur, l'imbroglio sera rapidement levé.

 

Quelques modifications sont apportées aux monoplaces. Benetton greffe à sa suspension des amortisseurs WP à ressorts courts et des disques Belville. Suspension inédite également chez McLaren, avec des points d'attache revus et des amortisseurs fournis par Bilstein. L'Arrows de Fittipaldi reçoit une suspension avant à trois amortisseurs permettant de mieux maîtriser le roulis et les variations de hauteur de caisse. Nouvelles suspensions aussi pour Sauber, qui par ailleurs inaugure un différentiel fabriqué par X-Trac. En outre, le régime du V10 Mercedes-Ilmor est poussé à son maximum pour les deux circuits rapides de Spa et de Monza, mais seulement en qualifications. Aldo Costa retouche encore la Minardi 194. A Spa, celle-ci arbore des pontons raccourcis de 12 cm munis d'entrées d'air élargies, afin de mieux aérer le fragile V8 Ford-Cosworth série VIII. A l'arrière, les échappements aboutissent directement dans la partie inférieure du déflecteur, ce qui accroît le rendement du moteur. Ligier reçoit les ailerons arrière en forme de dièdre adoptés par Benetton, mais les démontera dès les premiers essais.

 

Lotus bénéficie du nouveau V10 Mugen 3,5l, en fait intégralement conçu par des ingénieurs de Honda, mais assemblé chez Mugen pour couper court aux rumeurs de retour officiel de la firme de Wako en F1. Allégé de seize kilos, ce moteur possède un V à 72° et délivrerait 780 chevaux à 14 000 tours/minute. Selon Johnny Herbert, il se distingue surtout par une grande souplesse de fonctionnement grâce à une distribution variable.

 

Essais et qualification: la surprise Barrichello

De fortes averses s'abattent sur Spa-Francorchamps le vendredi 26 août. Comme la météo annonce des conditions encore plus difficiles pour le lendemain, la pole position va donc se jouer sur piste humide. Schumacher détient longtemps le meilleur chrono (2'21''494'''), lorsqu'à dix minutes du drapeau à damiers point une éclaircie. Sur le conseil de son ingénieur Gary Anderson, Barrichello tente avec sa Jordan-Hart un ultime run en slicks. A la surprise générale, la piste s'assèche rapidement, ce qui permet au jeune Pauliste de s'adjuger le tour le plus rapide (2'21''163'''). Le lendemain, des trombes d'eau s'abattent sur les Ardennes belges, rendant toute amélioration impossible. Barrichello et Jordan conquièrent ainsi leur première pole position ! Irvine n'est pas en reste sur la seconde monoplace irlandaise puisqu'il arrache un superbe quatrième temps.

 

Schumacher est lui aussi sorti en slicks à la fin de la séance du vendredi après-midi, et aurait certainement conservé la pole s'il n'avait pas bloqué une roue, à cause d'une défaillance de sa répartition de freinage. Il s'élancera tout de même second. Verstappen (6ème) demeure cette fois sur le circuit en dépit des conditions météorologiques. Chez Williams-Renault, Hill (3ème) ne commet pas d'imprudence et ne quitte pas les pneus rainurés. Coulthard (7ème) opte pour les pneus lisses comme Schumacher et Barrichello, mais n'en profite pas car il cale son moteur au bout de la pit-lane. Alesi est furax: sorti en slicks vendredi, il est gêné (volontairement selon lui) par son vieil ennemi Brundle. Berger est un médiocre onzième avec la deuxième Ferrari. Pas de réjouissance non plus chez McLaren-Peugeot: Häkkinen (8ème) perd du temps à régler sa voiture et Brundle (13ème) reste tout le temps en pneus pluie.

 

Les Sauber-Mercedes (Frentzen 9ème, de Cesaris 15ème) sont toujours nerveuses et délicates à conduire. Martini amène sa Minardi-Ford à une très belle 10ème place. Alboreto (18ème) déplore un mauvais équilibre sur sa M194. Les Tyrrell-Yamaha ne brillent pas: Blundell (12ème) rencontre du trafic et Katayama (23ème) sort de la route à Pouhon vendredi alors que la piste s'asséchait. Du côté d'Arrows, si Morbidelli accroche un 14ème temps passable, Fittipaldi casse son moteur vendredi et se retrouve non-qualifié au soir de cette journée. Le lendemain, il brave les conditions diluviennes pour arracher son billet d'entrée, le 24ème. Les pilotes Ligier (Bernard 16ème, Panis 17ème) tournent beaucoup vendredi, et ont déjà dépassé leur quota de tours lorsque le soleil revient. Larrousse joue de malchance: Alliot (19ème) a déjà couvert ses douze tours vendredi lorsque la piste sèche et Comas (22ème), parti en pneus lisses, se met dehors. Les Lotus-Mugen-Honda sont toujours à la ramasse. Herbert (20ème) se contente de se qualifier. Adams casse son auto vendredi matin, mais décroche tout de même la 26ème et dernière position qualificative. Chez Simtek, Brabham (21ème) se met en valeur alors que Gounon (25ème) déplore toujours un manque tragique d'adhérence. Gachot, 26ème vendredi soir, croit pouvoir enfin qualifier sa Pacific-Ilmor. Las, le lendemain Fittipaldi lui passe devant. Belmondo, lanterne rouge, est accablé de problèmes de transmission.

 

A vingt-deux ans, trois mois et cinq jours, Rubens Barrichello devient le plus jeune poleman de l'histoire de la Formule 1. Il bat un record qui était jusqu'ici détenu par Andrea de Cesaris (22 ans, 10 mois et 4 jours). Voilà une divine surprise pour le Brésilien, joyeusement fêté par toute l'écurie Jordan. Très ému, il saisit l'occasion de saluer la mémoire d'Ayrton Senna, dont les exploits de funambule dans ces mêmes conditions météorologiques ne sont pas oubliés. « C'est mon frère de course. Je ne l'oublie pas », dit-il, l’œil humide.

 

Le Grand Prix

Il pleut de nouveau dans la nuit du samedi au dimanche, et le warm-up se dispute sur une piste encore assez humide. Schumacher réalise le meilleur chrono (2'18'')... trois secondes devant Coulthard (2'21'') ! Rien de significatif donc. Les deux pilotes McLaren, qui se sont hasardés en slicks, sèment la pagaille: Brundle traverse les graviers et revient en piste sous le nez d'Alesi (et oui !), contraint à un brusque freinage, alors qu'Häkkinen fracasse sa machine contre les glissières qui bordent la pit-lane. Celle-ci sera néanmoins réparée pour la course.

 

L'après-midi, un pâle soleil perce les nuées. Le bitume est complétement sec et, sauf imprévu, la pluie devrait épargner cette épreuve. À noter que comme l'entrée des stands est ici très étroite, la vitesse y sera limitée à 80 km/h et contrôlée par un radar. La plupart des pilotes partent pour une course à deux arrêts, sauf le poleman Barrichello qui ne ravitaillera qu'une fois.

 

Départ: Barrichello contient les assauts de Schumacher qui tente de s'infiltrer à la corde, puis à l'extérieur. Alesi se glisse tout à droite, retarde son freinage et parvient à prendre l'ascendant sur Hill. Coulthard suit son équipier. Irvine, rejeté vers l'extérieur par Verstappen, perd quelques places.

 

1er tour: Herbert effectue un tête-à-queue à la petite chicane et se retrouve dernier. Schumacher prend l'aspiration de Barrichello dans Kemmel et lui fait l'extérieur au virage des Combes. Puis, Alesi déborde le Pauliste à l'Arrêt de Bus. Häkkinen dépasse Irvine puis Verstappen. En fin de tour, Schumacher devance Alesi, Barrichello, Hill, Coulthard, Häkkinen, Verstappen, Irvine, Frentzen, Brundle et Berger.

 

2e: Les supporteurs allemands saluent par des jets de pétards la prise du pouvoir de Schumacher. Néanmoins Alesi n'évolue qu'à deux secondes de la Benetton. Hill menace Barrichello. Frentzen double Irvine et Berger dépasse Brundle. Gounon exécute une pirouette à la nouvelle chicane sous le nez d'Adams, qui doit attendre que le Français se redresse pour repartir à son tour.

 

3e: Une chute de pression d'air ruine la distribution pneumatique de la n°27. Alesi s'immobilise, ivre de rage, au pied des anciens stands. Pendant ce temps-là, Barrichello, handicapé par un réservoir lourd, cède aux Williams aux Combes, puis à Häkkinen à l'Arrêt de Bus.

 

4e: Schumacher mène devant Hill (10.4s.), Coulthard (12s.), Häkkinen (13.6s.), Barrichello (16s.), Verstappen (16.5s.) et Frentzen (17.3s.). Berger prend le meilleur sur Irvine. Comas s'immobilise à la Source avec un moteur fumant.

 

5e: Alors que Schumacher trace sa route en tête de l'épreuve, Katayama opère une splendide remontée: parti 23ème, le voici 16ème ! Il dépasse un concurrent par tour.

 

6e: Frentzen double Verstappen à la dernière chicane. Brundle et Blundell menacent Irvine. Herbert rencontre un problème de freins et tire tout droit à la Source. Il regagne ensuite son stand pour faire purger ses freins et reprend la piste deux minutes plus tard.

 

8e: Schumacher devance d'une douzaine de secondes les Williams de Hill et Coulthard. Häkkinen est isolé au quatrième rang. Barrichello repousse une attaque de Frentzen dans Kemmel.

 

9e: Schumacher tourne désormais en 1'58'', une seconde au tour plus vite que Hill. Berger dépasse Verstappen et grimpe ainsi au septième rang.

 

10e: Schumacher mène devant Hill (16.8s.), Coulthard (18.6s.), Häkkinen (28.5s.), Barrichello (37.4s.), Frentzen (39s.), Berger (40.8s.) et Verstappen (42.9s.). Brundle prend la neuvième place à Irvine. Blundell est dixième devant son équipier Katayama, revenu du diable Vauvert. Fittipaldi est le premier pilote à ravitailler.

 

11e: Frentzen freine trop tard à la chicane du Raidillon et exécute un tête-à-queue pour éviter Barrichello. Lorsqu'il remet les gaz, sa transmission le lâche. C'est un nouvel abandon pour le jeune Allemand.

 

12e: Häkkinen stoppe chez McLaren pour son premier ravitaillement (8.2s.) et se réinsère entre Verstappen et Brundle. Arrêt également pour Blundell.

 

13e: Hill observe son premier pit-stop (8.8s.) et se retrouve derrière Barrichello. Le moteur de Berger part en fumée suite à une panne de distribution, comme pour Alesi. L'Autrichien coupe la chicane de l'Arrêt de Bus pour rejoindre les stands, et manque de peu d'harponner Brundle qui rentre aussi aux stands, mais pour ravitailler.

 

14e: Ravitaillement de Coulthard (9.3s.) qui parvient à repartir devant son équipier. Alliot stationne à l'Arrêt de Bus, moteur muet.

 

15e: Schumacher fait halte chez Benetton pour son premier arrêt (7.6s.). Il sort de la piste un tout petit mètre devant l'attardé Gounon, qui doit freiner pour l'éviter. Katayama et Martini passent aussi par les garages.

 

16e: Schumacher compte une douzaine de secondes d'avance sur Barrichello. Verstappen, Irvine, Alboreto, Brabham et Herbert observent des arrêts-ravitaillements. Bernard fait de même au tour suivant.

 

17e: Schumacher roule désormais en 1'57''833''' et paraît irrattrapable. A Pouhon, Adams glisse sur l'huile répandue par Berger et finit sa première course en F1 dans le bac à sable.

 

18e: Coulthard s'échappe peu à peu devant Hill. Trois secondes les séparent. Arrêts de Panis et de de Cesaris. Gounon fait un tête-à-queue sans conséquence à La Source.

 

19e: Schumacher dérape à la sortie de Pouhon, escalade le vibreur et exécute un 360° à même l'asphalte. Il se redresse et reprend sa marche comme si de rien n'était ! Barrichello arrive chez Jordan pour ce qui doit être son unique ravitaillement (12.2s.). Il se retrouve entre les McLaren d'Häkkinen et de Brundle. Katayama abandonne à Rivage suite à une casse moteur.

 

20e: Barrichello tombe sur l'attardé Gounon à l'approche de Pouhon. Pour le contourner, le jeune Brésilien se déporte vers l'extérieur, soit sur le côté sale de la piste. Ses pneus ramassent ainsi de la poussière et génèrent un gros survirage qu'il ne peut contrôler. Barrichello sort dans les graviers et atterrit à vitesse réduite dans la barrière de vieux pneus. Ravitaillement de Morbidelli.

 

21e: Schumacher retrouve son rythme d'avant sa pirouette et tourne une seconde au tour plus vite que Coulthard et Hill. Blundell attaque Verstappen pour le gain de la sixième place.

 

22e: Schumacher devance Coulthard (17.4s.), Hill (18.2s.), Häkkinen (24.1s.), Brundle (45.1s.), Verstappen (58.4s.), Blundell (59.3s.), Irvine (1m. 03s.), Panis (1m. 39s.) et Martini (1m. 46s.). Arrêt de Gounon.

 

24e: Hill suit Coulthard comme son ombre mais sans pouvoir le doubler. Fittipaldi ravitaille une seconde fois.

 

25e: Häkkinen observe un deuxième arrêt de dix secondes et demeure quatrième. Son compère Brundle escalade le vibreur aux Combes et part en tête-à-queue dans le dégagement. Il cale et doit mettre pied à terre.

 

26e: Hill prend un tour à de Cesaris dans la descente de Pouhon et rattrape magnifiquement un début d'embardée. Il perd néanmoins un peu de temps sur Coulthard.

 

28e: Schumacher est premier devant Coulthard (14s.), Hill (16s.), Häkkinen (40s.), Verstappen (1m 05s.) et Blundell (1m. 06s.). La commande de gaz de de Cesaris reste ouverte en arrivant sur l'Arrêt de Bus. Le Romain se met en tête-à-queue et parvient à s'immobiliser dans le gazon sans avoir heurté quelque chose.

 

29e: Schumacher opère son second et dernier ravitaillement (7.2s.) et laisse ainsi la première place à Coulthard. Hill s'arrête chez Williams dans la foulée pour prendre de l'essence et des pneus neufs. Blundell et Martini passent aussi par les stands.

 

30e: Après avoir bouclé le premier tour en tête de sa jeune carrière, Coulthard effectue son deuxième ravitaillement (8.3s.). Le jeune Britannique redémarre de nouveau devant Hill. Arrêts aussi pour Bernard et Herbert.

 

31e: Schumacher a retrouvé les commandes de la course, dix secondes devant Coulthard. Second pit-stop de Verstappen qui repart devant Blundell. Irvine et Brabham stoppent aussi une seconde fois.

 

32e: Ravitaillements de Panis et Alboreto. Cela se passe mal pour le jeune Français qui cale et perd ainsi une trentaine de secondes. Aux Fagnes, Brabham perd sa roue arrière-gauche mal fixée et percute les glissières en marche arrière.

 

33e: Schumacher précède Coulthard (10.4s.), Hill (11.4s.), Häkkinen (38.8s.), Verstappen (1m. 02s.), Blundell (1m. 07s.), Irvine (1m. 17s.), Morbidelli (-1t.), Panis (-1t.), Martini (-1t.), Fittipaldi (-1t.) et Alboreto (-1t.).

 

35e: Schumacher contrôle parfaitement la situation en tête de la course. Coulthard garde Hill une seconde derrière lui. Fittipaldi renonce avec un bris de moteur. Décidément, l'épidémie frappant les V8 Ford-Cosworth HB se poursuit...

 

37e: Coulthard laisse passer Hill au début de tour, puis est rappelé à son stand, sur ordre de Patrick Head, pour faire vérifier les attaches de son aileron arrière, et ce bien qu'il n'ait détecté aucune vibration ! Après un court examen qui se révèle négatif, l'Écossais reprend la piste en quatrième position, derrière Häkkinen.

 

39e: Onze secondes séparent Schumacher et Hill. La boîte de Coulthard se bloque en quatrième vitesse à l'abord du Raidillon. Le pilote Williams poursuit sa route malgré tout. Verstappen et Blundell le rattrapent aisément.

 

40e: Verstappen prend l'avantage sur Coulthard. Puis c'est Blundell qui attaque son jeune compatriote au passage de la ligne de chronométrage.

 

41e: A cause de sa boîte bloquée, Coulthard ne parvient pas à ralentir suffisamment à l'abord de l'épingle de la Source et touche Blundell qui lui faisait l'intérieur. Celui-ci pirouette et se retrouve face au rail. Les commissaires repoussent la Tyrrell vers le sens de la marche et Blundell peut repartir. Sa sixième place est sauvée par l'abandon d'Irvine, victime d'une panne d'alternateur. Hill s'empare du meilleur chrono de la journée (1'57''117''').

 

42e: Schumacher mène devant Hill (12s.), Häkkinen (50s.), Verstappen (1m. 08s.), Coulthard (1m. 40s.), Blundell (-1t.), Morbidelli (-1t.), Panis (-1t.), Martini (-1t.) et Alboreto (-1t.).

 

44ème et dernier tour: Michael Schumacher coupe la ligne d'arrivée en vainqueur. Hill se classe second. Häkkinen donne à la McLaren-Peugeot son quatrième podium de la saison. Verstappen termine quatrième, Coulthard cinquième. Blundell récolte le dernier point. Suivent Morbidelli, Panis, Martini, Alboreto, Bernard, Gounon et Herbert.

 

Après la course: la balade de Schumi

A l'issue de cette course, la cause du championnat du monde des conducteurs 1994 semble entendue. Michael Schumacher jouit de trente-six points d'avance sur Damon Hill et ne devrait donc pas trop souffrir de son absence à Monza et à Estoril. Par ailleurs, le jeune Allemand a délivré une nouvelle prestation éblouissante. Sur cette piste qui, a priori, devait favoriser ses adversaires de Williams-Renault et de Ferrari, sa domination fut implacable. Un festival digne des plus grands dont Schumacher fait d'ores et déjà incontestablement partie.

 

Chez Williams, on s'avoue vaincu. « Schumacher mérite son titre de champion du monde », lâche Bernard Dudot. « Michael a fait du super boulot et nous a vaincu une nouvelle fois », soupire Damon Hill. « Je dois le féliciter. Que faire ? La Benetton était une seconde plus rapide que nous... » Par ailleurs, la presse anglaise ne manquera pas d'égratigner une fois de plus le pilote anglais qui a été sérieusement malmené par son jeune équipier David Coulthard. Certes, leurs réglages étaient différents: Hill était parti avec peu d'appuis à l'arrière, ce qui a altéré sa tenue de route. Reste que Coulthard démontre course après course qu'il est non seulement digne de piloter pour un top-team, mais qu'il n'a rien à envier à un Hill plus expérimenté. Sur ce juge de paix qu'est Spa-Francorchamps, il aurait fini second s'il n'avait été rappelé à son stand à sept tours de la fin sous un prétexte obscur. Coulthard, pas dupe, soupçonne une manœuvre de Patrick Head.

 

Du côté de Ferrari, l'euphorie d'Hockenheim est oubliée. Pour la seconde fois consécutive, aucune 412 T1B n'a rallié l'arrivée. Une grave défaillance paraît affecter la distribution pneumatique des nouveaux V12 043. Jean Todt tonne pour remobiliser les troupes alors que Jean Alesi est si désabusé qu'il refuse de s'exprimer devant la presse. De longues journées de travail attendent les hommes en rouge avant Monza.

 

Schumacher disqualifié - Hill vainqueur sur tapis vert

Michael Schumacher a aussi suscité l'admiration pour son numéro d'acrobatie du 19ème tour, lorsqu'il a magnifiquement rattrapé une embardée dans la très délicate courbe de Pouhon. « La trajectoire que j'empruntais a peu à peu été envahie par les saletés », narre-t-il. « Un moment vint où ce fut trop. Je n'ai pas pu tourner. La voiture s’est embarquée... il fallait la laisser faire. Je savais qu'elle allait sauter sur la bordure et je m'imaginais déjà dans le bac à graviers. Mais dès qu'une roue arrière s'est retrouvée sur l'herbe, j'ai commencé à pivoter. Je suis parti dans un 360° parfait ! Par chance je n'ai pas ruiné mes pneus, mais la direction a été quelque peu endommagée. Je ne pouvais plus piloter comme je le faisais jusque-là. »

 

Cette jolie figure a des conséquences bien plus importantes. Dimanche soir, à 20h10, le collège des commissaires sportifs prononce, à la stupéfaction générale, la disqualification de la Benetton n°5. La raison ? Il manque 2,4 millimètres d'épaisseur à son patin, cette planche de bois qui doit obligatoirement composer le soubassement des Formules 1 depuis le GP d'Allemagne, alors que le seuil de tolérance octroyé par la FIA est d'un seul millimètre. Schumacher a peut-être ébréché cette pièce lors de sa pirouette. Mais ce n'est pas l'avis de Charlie Whiting, le délégué technique fédéral, et des commissaires qui constatent que les dégâts provoqués par cet incident ont laissé des traces transversales, alors que la zone incriminée a été rabotée longitudinalement. Il y aurait donc eu négligence de la part de Benetton dans le montage de cette pièce. Ce qui paraît fort peu vraisemblable. Ross Brawn allègue ainsi que Schumacher l'a sans aucun doute abîmée en escaladant les vibreurs. Du reste, d'autres érosions, certes plus minimes, sont constatées sur d'autres bolides, signe que les pilotes ne se sont pas privés d'arpenter allègrement les bordures. Brawn indique aussi d'autres causes techniques indépendantes de la volonté humaine: léger affaissement de la suspension avant après le double tête-à-queue, baisse de la pression des pneus etc.

 

Quoiqu'il en soit, cette sanction paraît complétement disproportionnée. Certes, comme le soulignera plus tard un Damon Hill intéressé, abaisser le fond plat au plus près du sol permet d'accroître l'appui aérodynamique. Mais Schumacher n'a pu tirer aucun avantage substantiel d'un patin plus mince de deux millimètres. « On se demande ce qu'on a fait au bon Dieu pour mériter ça ! » s'emporte « Schumi ». Selon lui, la FIA cherche clairement à relancer de façon artificielle un championnat du monde qu'il était en passe de remporter haut la main. Et elle y parvient, puisque Damon Hill est donc déclaré vainqueur de ce GP de Belgique devant Mika Häkkinen et Jos Verstappen. L'Anglais ne concède plus que vingt-et-un points à l'Allemand, retard qu'il pourra aisément combler lors des deux prochains Grands Prix, en l'absence de celui-ci ! Hill apprend sa bonne fortune d'Ann Bradshaw, l'attachée de presse de Williams, lorsqu'il arrive à l'aéroport de Bruxelles. Si gagner une course sans avoir mené un seul tour n'apporte rien à sa gloire, il ne va pas dédaigner cette opportunité de conquérir la couronne mondiale... Pendant ce temps-là, Flavio Briatore et Tom Walkinshaw, exaspérés par ce qu'ils considèrent comme une véritable persécution, annoncent leur intention de faire appel de cette disqualification. Cela ne fera que la quatrième « affaire Benetton » de l'année...

 

 

Affaires Schumacher - Benetton, suite et fin

Tony