Alain PROST
 A.PROST
Williams Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Ford Cosworth
Damon HILL
 D.HILL
Williams Renault

548th Grand Prix

LVIII Australian Grand Prix
Cloudy
7 november 1993 - Adelaïde
79 laps x 3.780 km - 298.620 km
Course prévue pour 81 tours, réduite à 79 suite à deux annulations de la procédure de départ.
Affiche
F1

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Constructor
Engine
Le professeur et Magic Senna, dernier podium pour deux légendes de la Formule 1.

Clap de fin pour Prost

Alain Prost aborde son 199ème et dernier Grand Prix avec une émotion palpable. Sans vouloir revenir sur sa décision de retraite, il comprend aussi à quel point la compétition va lui manquer. « Au fond, j'aurais pu courir encore deux ans... » confie-t-il à ses proches. Aussi pour chasser la morosité se concentre-il vers son dernier objectif: remporter une 52ème et dernière victoire au GP d'Australie. En préambule, il se ressource pendant quelques jours à Bali, avant de retrouver le jeudi 4 novembre tous les techniciens de Williams-Renault dans un restaurant du cœur d'Adélaïde pour célébrer son départ. Après l'inévitable karaoké, ses mécaniciens lui offrent en guise de cadeau d'adieu... un embrayage ! « La preuve qu'ils ont de l'humour, et moi aussi ! » note le champion du monde qui aura cette année manqué beaucoup de départs...

 

Jean Alesi ne cache pas son désarroi face au départ de celui qu'il considère en quelque sorte comme un grand frère d'adoption. L'Avignonnais ne manque pourtant pas d'amis dans le paddock, et entretient même une relation chaleureuse avec Ayrton Senna. Mais il a tellement appris auprès de Prost, qui fut son maître chez Ferrari, qu'il se laisse aller à une franche mélancolie: « Si Alain monte son écurie, je pars avec lui », assène-t-il devant la presse. Des propos qui ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd...

 

Adieux de Senna à McLaren

Ayrton Senna s'apprête lui à disputer sa dernière course avec McLaren avec un pincement au cœur. « C'est une nouvelle vie qui commence », lâche-t-il devant les journalistes, sous le regard de sa compagne Adriane. Pour ne pas changer, il arrive en Australie au cœur d'une polémique. Le coup de poing qu'il a asséné à Eddie Irvine après le GP du Japon a fortement déplu à Max Mosley. Les deux intéressés sont invités à comparaître le 9 décembre devant le Conseil mondial de la FIA (*). Mais ici, Senna se moque d'Irvine. Il appréhende – sans l'avouer – la retraite d'Alain Prost, son grand rival et donc sa principale source de motivation. Car, en dépit de tous les conflits qui les ont opposés, les deux hommes éprouvent l'un pour l'autre une profonde estime. Les journalistes le savent et aimeraient qu'ils se réconcilient à l'occasion de ce dernier Grand Prix. Prost le souhaite, mais il a été rebuté par la froideur de Senna à son endroit au Japon. « Je lui ai tendu la main plusieurs fois, cela n'a pas marché. Je n'ai donc plus rien à lui dire ! » lâche-t-il avec quelque dépit. En fait, Senna est prêt à faire ce geste, mais il ne veut surtout pas qu'on lui force la main. Aussi envoie-t-il promener ceux qui lui suggèrent de faire le premier pas. Il agira comme bon lui semble.

 

En attendant ce dénouement, Senna vit intensément ses derniers instants chez McLaren. Il fait bonne figure à Ron Dennis en dépit de leurs altercations de ces derniers mois. Au cours du dernier repas en commun, Dennis se fend même d'un émouvant message d'adieu et souhaite à son pilote... « de bonnes vacances à Didcot ! » Senna s'esclaffe de bon cœur.

 

(*) Ils écoperont tous deux de six mois de retrait de licence avec sursis, avec plusieurs courses de mise à l'épreuve.

 

Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix a failli ne pas avoir lieu à cause d'une loi anti-tabac nouvellement votée dans l'État d'Australie-Méridionale. Mais la direction du circuit a trouvé un accord pour contourner la législation jusqu'en 1995. Après quoi le GP d'Australie pourrait disparaître ou être contraint de déménager dans un autre État plus tolérant envers la publicité pour les cigarettiers. Cette dernière épreuve comporte encore quelques enjeux. Damon Hill (65 points) et Ayrton Senna (62 pts) se disputent le rang de dauphin d'Alain Prost. La seconde place du classement des constructeurs est convoitée par McLaren (74 pts) et Benetton (72 pts), tandis que la quatrième position fait l'objet d'une âpre bataille entre Ferrari (23 pts) et Ligier (22 pts).

 

Les pourparlers autour du règlement technique de 1994 sont sur le point d'aboutir. Max Mosley a tenu bon face aux pressions de McLaren et de Williams. Les aides électroniques au pilotage seront bien bannies des futurs bolides, à l'exception de la boîte de vitesses semi-automatique et de la télémétrie dans le sens voiture – stand. Quant à la révolutionnaire transmission CVT développée par Williams, elle est en tout logique proscrite. Les quatre roues directrices introduites par Benetton en cette fin de saison passent également sous le couperet suite à un article ajouté au cours des ultimes négociations. Par ailleurs, Bernie Ecclestone obtient gain de cause en imposant le retour des ravitaillements en essence, et ce malgré l'opposition de nombreuses écuries, en particulier Sauber.

 

Ce week-end, Alain Prost n'est pas le seul à faire ses adieux à la Formule 1. Déçu par les résultats médiocres de Footwork (qui n'a par ailleurs toujours pas de motoriste pour 1994), Derek Warwick a décidé de tirer un trait sur la discipline et dispute son dernier Grand Prix. Riccardo Patrese devrait pour sa part prendre son 256ème et dernier départ. Viré comme un malpropre par Flavio Briatore, le vétéran du paddock n'a pas de contrat pour la prochaine saison et semble vouloir se tourner vers l'Endurance ou le Tourisme, formules qu'il connaît très bien.

 

Malgré ses démêlés judiciaires, Cyril de Rouvre assure qu'il n'a pas l'intention de vendre Ligier. Flavio Briatore abandonne donc (provisoirement) son projet de rachat de l'équipe française et de partenariat avec Renault. Il confirme que les Benetton seront bien propulsées en 1994 par un nouveau V8 Ford-Cosworth. En outre, on ignore encore le nom du futur coéquipier de Michael Schumacher. Briatore annonce qu'il va éprouver de jeunes pilotes en décembre: l'Italien Luca Badoer, jusqu'ici essayeur pour Benetton, le Hollandais Jos Verstappen, ainsi que les deux Français Olivier Panis et Éric Bernard, soutenus par Elf. Autre candidat: JJ Lehto, toujours poussé par son manager Keke Rosberg, que l'on voit longuement papoter avec Briatore à Adélaïde. Enfin, Rubens Barrichello est également une cible de Benetton, mais Eddie Jordan le tient avec un contrat en béton.

 

Maintenant qu'il est certain de bénéficier du V10 Peugeot en 1994, Ron Dennis cherche un coéquipier à Mika Häkkinen. Il discute ainsi avec Rubens Barrichello et avec son ex-essayeur Mark Blundell. Mais Dennis ne doute de rien et tente de convaincre Alain Prost de demeurer en F1 pour aider au développement de la future McLaren-Peugeot ! Le Forézien est flatté mais refuse catégoriquement de revenir sur sa décision. Par ailleurs, Peugeot pourrait promouvoir un de ses protégés. On parle de Yannick Dalmas et de Philippe Alliot, voire de Laurent Aïello.

 

Tyrrell achève une saison cauchemardesque: pour la première fois dans sa longue histoire, l'écurie d'Ockham conclut une saison sans avoir inscrit le moindre point. Pourtant, elle utilisera toujours en 1994 le médiocre V10 Yamaha-Judd. Ukyo Katayama sera toujours de l'aventure, en dépit de ses piètres performances. Andrea de Cesaris, qui a trouvé en la personne du Japonais son maître ès-sorties de route, se cherche pour sa part un autre baquet, comme toujours avec l'appui de Philip Morris Italie.

 

Certains coureurs achèvent cette saison en petite forme. Andrea de Cesaris s'est crevé les tympans en faisant de la plongée sous-marine et perd par moment le sens de l'équilibre, ce qui n'est pas très pratique quand on roule à 250 km/h... Derek Warwick débarque pour sa part en Australie avec une grippe carabinée. Il est si mal en point que le Dr. Watkins, redoutant une pneumonie, lui interdit de prendre le volant vendredi. Jackie Oliver contacte alors Christian Fittipaldi pour remplacer l'Anglais au pied levé. Mais samedi matin, Warwick l'éternel dur-à-cuire est à pied d'œuvre dans le paddock ! « J'ai pris des pilules par poignées entières ! » dit-il en riant à Jabby Crombac. Il tousse encore beaucoup mais pour rien au monde ne manquerait son dernier Grand Prix.

 

A noter que pour cette épreuve McLaren revient au V8 Ford-Cosworth « série VII », jugé plus souple que le « série VIII » auquel demeure fidèle Benetton. Enfin, Goodyear apporte ici un nouveau pneu D très tendre qui fait merveille vendredi lors de la première séance de qualification, où le temps est assez frais. En revanche, le lendemain, la chaleur s'abat sur Adélaïde et les pneus s'altèrent très rapidement. En outre, les courses annexes du samedi matin laissent sur le bitume un important dépôt de gomme. Aussi, peu de pilotes améliorent leurs chronos de la veille.

 

Essais et qualifications: Senna retrouve la pole

Senna réalise sa première pole position en 1993, la 62ème de sa carrière, grâce à un tour de rêve bouclé vendredi après-midi (1'13''371'''). Il met une « valise » de sept dixièmes à Häkkinen (5ème), moins fringant qu'à Estoril ou Suzuka. Le Brésilien met ainsi fin à l'incroyable série de 24 poles consécutives réalisée par Williams-Renault. Les FW15 sont très délicates à régler sur ce tracé. Prost (2ème) est frappé par une panne de suspension active. Hill (3ème) cherche longtemps le bon set-up mais n'échoue qu'à 19 millièmes de son équipier. Schumacher (4ème) n'est pas très satisfait de sa Benetton. Patrese (9ème) rend deux secondes à son équipier et met cela sur le compte du trafic. Les Ferrari (Berger 5ème, Alesi 6ème) occupent la troisième ligne. L'Avignonnais de la n°27 se signale par une touchette et un moteur explosé.

 

Brundle place sa Ligier au 8ème rang, loin devant Blundell (14ème) qui gâche ses chances vendredi dans un tête-à-queue. A. Suzuki (10ème) est rapide au volant de sa Footwork-Mugen mais part tout de même à la faute. Le courageux Warwick, très souffrant, obtient le 17ème chrono. Les Sauber (Wendlinger 11ème, Lehto 12ème) sautent excessivement sur les bosses. Chez Jordan, Barrichello (13ème) fait de son mieux en dépit de maux de ventre. Irvine (19ème) est moins brillant qu'à Suzuka, mais à sa décharge est ralenti vendredi par une panne électrique. Les Tyrrell-Yamaha réalisent des performances honnêtes. De Cesaris (15ème) effectue quelques pirouettes à cause de son problème d'oreille interne. Katayama (18ème) ne rend qu'un dixième à son équipier. Martini place sa Minardi au 16ème rang. Gounon, bien plus en forme qu'au Japon, aurait devancé son équipier s'il n'avait pas été gêné par Berger dans son tour le plus rapide. Il se contente de la 22ème place. Les Lotus (Herbert 20ème, Lamy 23ème) manquent totalement de grip et de stabilité. Les essais tournent à la purge chez Larrousse: Comas (21ème) et T. Suzuki (24ème) subissent une cascade de pannes, notamment au niveau du différentiel.

 

Le Grand Prix

Moment d'émotion dimanche matin: Roland Bruynseraede conclut le briefing d'avant-course par un petit mot à l'adresse de Prost: « Alain, merci pour tout ce que tu as fait et bonne chance dans ta vie. » Les 23 autres pilotes saluent le quadruple champion du monde par une salve nourrie d'applaudissements. Très ému, Prost remarque qu'Ayrton Senna, assis trois rangs derrière lui, se lève pour le saluer.

 

Le ciel est chargé et l'atmosphère fraîche dimanche à la mi-journée, ce qui incite les participants à sélectionner les pneus Goodyear D super-tendres. Cal Lint annonce une course avec un seul arrêt. Mais ces prévisions sont contrariées par le soleil qui apparaît au moment du départ. Le mercure remonte et un second changement de gommes sera finalement nécessaire.

 

Tour de formation: Brundle cale son moteur et doit s'élancer en fond de grille.

 

Premier départ: Katayama ne parvient pas à démarrer son moteur. Roland Bruynseraede renvoie les coureurs pour un nouveau tour de formation. Le Japonais partira depuis la dernière place. Brundle reçoit l'autorisation de reprendre sa huitième position, en conformité avec le règlement.

 

Deuxième départ: Cette fois, c'est Irvine qui cale ! La procédure est de nouveau annulée et l'Irlandais va rejoindre Katayama en dernière ligne. La course est réduite de deux tours.

 

Troisième départ: Bons envols des leaders qui conservent leurs positions: Senna devant Prost, Hill et Schumacher. Häkkinen perd en revanche deux places. A la sortie de la petite chicane, Katayama heurte la Lotus de Lamy qui se soulève et se retrouve en tête-à-queue. Irvine fait un gros écart pour éviter le Portugais.

 

1er tour: Senna mène devant Prost, Hill, Schumacher, Berger, Brundle, Häkkinen, Alesi, Suzuki et Wendlinger. Lamy abandonne, suspensions brisées.

 

2e: Senna compte une petite seconde d'avance sur Prost. La voiture de Lamy est garée en travers de la piste, mais hors trajectoire. Les drapeaux jaunes sont agités.

 

3e: Senna roule une seconde au tour plus vire que Prost. Häkkinen prend la sixième place à Brundle. La Lotus de Lamy est ôtée.

 

4e: Schumacher pourchasse Hill. Il glisse sur une flaque d'huile au virage de Rundle Road et perd ainsi de précieux dixièmes. Gounon exécute un tête-à-queue sans gravité.

 

5e: Senna mène devant Prost (2.7s.), Hill (5.2s.), Schumacher (6.5s.), Berger (12.8s.), Häkkinen (14.4s.), Brundle (16s.) et Alesi (17s.).

 

6e: Alesi double Brundle. Martini regagne les stands pour renoncer à cause d'une fourchette de boîte cassée.

 

8e: Prost tente de garder le contact avec Senna. Trois secondes les séparent. Schumacher recolle à Hill. Häkkinen se rapproche de Berger.

 

10e: Senna accroît un peu son avantage sur Prost. Herbert rejoint son stand pour mettre pied à terre. L'arbre d'entraînement de la pompe hydraulique de sa suspension active est hors d'usage.

 

11e: Irvine tire tout droit au virage n°13 suite à un blocage de freins et heurte la barrière de pneus. Il peut ramener la Jordan aux stands, mais c'est pour renoncer.

 

12e: Senna devance Prost (4.7s.), Hill (6.6s.), Schumacher (7.8s.), Berger (23.5s.), Häkkinen (24.3s.), Alesi (26s.), Brundle (32s.), A. Suzuki (33s.), Wendlinger (42s.), Lehto (43s.) et Patrese (45s.).

 

13e: Häkkinen double Berger. Katayama sort de la route dans la courbe qui mène sur Brabham Straight et tape le mur. Le Nippon renonce avec des suspensions avant pliées.

 

15e: Schumacher menace assez sérieusement Hill. Finalement le jeune Allemand choisit d'effectuer son premier changement de pneus. L'arrêt ne dure que cinq secondes et lui permet de reprendre la piste toujours quatrième.

 

16e: Senna précède Prost (4.3s.), Hill (7.2s.), Schumacher (21.1s.), Häkkinen (27.7s.), Berger (32.2s.) et Alesi (33.2s.).

 

18e: Senna rencontre du trafic et son avance sur Prost tombe à deux secondes et demie. Alesi menace la sixième place de Berger.

 

19e: Grâce à ses pneus neufs, Schumacher tourne une seconde au tour plus vite que les leaders. Alesi prend l'avantage sur Berger.

 

20e: Le moteur de Schumacher se tait sans crier gare sur Jones Straight. L'Allemand se gare sur le bas-côté.

 

21e: Senna devance Prost (3.9s.), Hill (7.8s.), Häkkinen (27.4s.), Alesi (34.8s.), Berger (36.8s.), Brundle (42.4s.), A. Suzuki (43.5s.), Wendlinger (51.3s.) et Lehto (52.3s.).

 

22e: La chaleur éprouve les Goodyear D: la plupart des écuries basculent sur une stratégie à deux arrêts. Brundle change ses pneus. Gounon effectue un second tête-à-queue au virage n°10 mais parvient à reprendre sa route.

 

23e: Trois secondes séparent Senna et Prost. Hill s'arrête au stand Williams pour effectuer son premier changement de pneus (6s.). Il laisse la troisième place à Häkkinen. Berger, Patrese et Blundell remplacent aussi leurs gommes.

 

24e: Senna entre dans les stands pour changer de train de pneus (5.3s.). Prost est en tête. Hill talonne Häkkinen. Changement de pneus pour Alesi qui conserve la cinquième place.

 

25e: Hill essaie de dépasser Häkkinen dans les courts enchaînements, sans succès. Il retente sa chance à l'épingle de Dequetteville mais le Finlandais ferme la porte. Lehto et de Cesaris remplacent leurs enveloppes.

 

26e: Hill prend l'aspiration d'Häkkinen au passage de la ligne et le déborde à la chicane. Warwick pirouette avant Brabham Straight, mais il maîtrise son embardée, se redresse et reprend sa route.

 

27e: Prost tombe sur des attardés et perd du temps. Häkkinen prend des pneus neufs (5.8s.) et retrouve le circuit en quatrième position. Arrêts pneus également pour Warwick et Wendlinger.

 

28e: Prost est bloqué derrière Patrese. Il ne compte plus que sept secondes d'avance sur Senna alors qu'il doit changer de pneus. Encore une erreur stratégique de Williams...

 

29e: Prost apparaît dans les stands et fait changer ses gommes (7.4s.). Lorsque le Français reprend la piste, Senna est passé depuis longtemps. Häkkinen s'aperçoit que sa pédale de frein devient molle. Il retourne aux stands pour faire examiner ce problème.

 

30e: Senna compte quinze secondes de marge sur Prost. Häkkinen est à son box. Ses mécaniciens décèlent une rupture de pompe de frein à l'arrière-gauche. C'est terminé pour le Scandinave.

 

32e: Senna devance Prost de treize secondes, Hill de seize secondes. Berger menace Suzuki qui n'a pas changé d'enveloppes. Arrêt de Comas.

 

34e: Berger double Suzuki au bout de Brabham Straight.

 

35e: Senna mène devant Prost (13.2s.), Hill (15.7s.), Alesi (41.9s.), Berger (54.5s.), A. Suzuki (55.5s.) et Brundle (59s.).

 

36e: Prost perd du temps derrière Blundell, ce qui permet à Hill de faire la jonction avec son équipier.

 

37e: A. Suzuki chausse des pneus neufs. Gounon exécute un nouveau tête-à-queue au virage n°9, juste devant les deux Williams. Il cale et cette fois doit renoncer.

 

39e: Prost et Hill roulent de concert. Changement de gommes pour T. Suzuki.

 

40e: Senna précède Prost (8.8s.), Hill (10.4s.), Alesi (36.2s.), Berger (52.2s.), Brundle (1m.), A. Suzuki (-1t.), Wendlinger (-1t.), Lehto (-1t.), Patrese (-1t.), Blundell (-1t.) et Warwick (-1t.).

 

41e: Wendlinger prend la huitième position à A. Suzuki.

 

42e: Prost tombe sur un quatuor d'attardés composé de Wendlinger, Suzuki, Lehto et Patrese. Il perd ainsi plusieurs secondes.

 

44e: Senna tourne en 1'17'' et est le plus rapide en piste. Hill est aux stands pour effectuer un deuxième changement de pneus (6.3s.) et demeure troisième.

 

45e: Senna mène devant Prost (14.8s.), Hill (34.9s.), Alesi (44.6s.), Berger (58.9s.) et Brundle (1m. 08s.). Sur la murette de McLaren, Ron Dennis et Giorgio Ascanelli se disputent au sujet de la consommation de Senna. L'Anglais craint que l'Italien ne se soit trompé dans ses calculs. Ascanelli envoie son patron sur les roses avec sa rudesse coutumière.

 

47e: Un commissaire imprudent traverse la piste au niveau de la ligne de chronométrage pour ramasser un débris. Par bonheur, aucune voiture ne se trouvait dans les parages...

 

48e: Prost effectue son second changement de pneus, le dernier de sa carrière (7s.), puis redémarre deux secondes devant Hill.

 

50e: Senna compte maintenant trente secondes d'avance sur Prost. Hill abaisse le record du tour (1'16''818''').

 

51e: Hill n'est plus qu'à une demi-seconde de Prost. Patrese prend des Goodyear neufs.

 

52e: Berger et Blundell s'emparent de leur troisième train de pneumatiques.

 

53e: Senna devance Prost (28.5s.), Hill (29.7s.), Alesi (48.8s.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Wendlinger (-1t.) et A. Suzuki (-1t.).

 

54e: Senna observe son deuxième changement de gommes. Il repart après cinq secondes d'arrêt et conserve le commandement.

 

55e: Senna possède dix-huit secondes d'avance sur Prost qui est longtemps gêné par A. Suzuki. Hill évolue juste derrière son coéquipier.

 

56e: Lehto change de pneus et cède la neuvième place à Patrese.

 

58e: Lehto aborde la première chicane avec un accélérateur bloqué. Il heurte un vibreur qui sert de tremplin à sa Sauber. Celle-ci exécute un petit vol plané, retombe durement au sol et part en toupie. Lehto parvient finalement à se garer et s'extrait sans peine de son habitacle.

 

60e: Senna est leader devant Prost (20.6s.), Hill (21.4s.), Alesi (53.4s.), Berger (1m. 16s.), Brundle (-1t.), Wendlinger (-1t.), A. Suzuki (-1t.), Patrese (-1t.), Warwick (-1t.) et Blundell (-1t.).

 

62e: Senna reprend un tour à Berger. Hill tente de faire l'intérieur à Prost au bout de Brabham Straight, mais le quadruple champion du monde ferme la porte.

 

64e: Hill réalise le meilleur tour de la course (1'15''381''') et continue de presser Prost. Quatrième, Alesi poursuit sa route alors qu'il n'a effectué qu'un seul arrêt. Apparemment, ses gommes tiennent le choc.

 

65e: Senna abandonne quelques secondes derrière les Larrousse attardées. Il devance le duo Prost – Hill de seize secondes. Une lutte sévère oppose Warwick à Blundell pour la dixième place.

 

67e: Blundell commet une faute au premier virage et part au large. Cela profite à Warwick, ainsi qu'à Senna qui suivait les deux Anglais. Puis Warwick ouvre largement la porte au Brésilien. Celui-ci tombe ensuite sur de Cesaris qui lui coupe dangereusement la route dans l'avant-dernière courbe.

 

68e: De Cesaris laisse passer Senna. Hill attaque Prost et s'infiltre à l'intérieur au bout de Brabham Straight. Mais il s'aperçoit qu'il n'a pas la place pour s'imposer, monte tard sur ses freins et part en tête-à-queue. Il enclenche la marche arrière puis repart en ayant laissé vingt secondes dans cet incident.

 

70e: Senna est premier devant Prost (13.1s.), Hill (34.5s.), Alesi (1m. 06s.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Wendlinger (-1t.), A. Suzuki (-1t.) et Patrese (-1t.). Blundell passe devant Warwick.

 

72e: Senna rappuie sur le champignon et repousse Prost à quinze secondes. Patrese pourchasse Suzuki avec en vue la huitième place.

 

74e: Wendlinger casse un disque de frein. Comme son équipier, il tire droit à la première chicane et décolle sur un vibreur, de manière moins spectaculaire que Lehto. Néanmoins la Sauber est endommagée et l'Autrichien l'abandonne sur un bas-côté.

 

76e: Senna prend un tour à Alesi qui doit préserver ses pneus et voit revenir Berger.

 

78e: Senna compte douze secondes d'avance sur Prost, trente-cinq secondes sur Hill.

 

79ème et dernier tour: Patrese stoppe sa Benetton à cause d'un problème d'alimentation. Il ne sera donc pas à l'arrivée de sa dernière course.

 

Ayrton Senna remporte sa 41ème victoire pour sa dernière course avec McLaren. Prost achève son ultime Grand Prix à la deuxième place. Hill complète ce beau podium. Ferrari finit la saison en beauté en plaçant Alesi et Berger aux quatrième et cinquième rangs. Brundle obtient le dernier point. A. Suzuki est septième et précède Patrese, tout de même classé, Blundell, Warwick, Barrichello, Comas, de Cesaris et T. Suzuki.

 

Grâce à ce succès, Senna empoche le titre de vice-champion du monde et McLaren obtient la deuxième place au championnat des constructeurs devant Benetton qui a pourtant utilisé un moteur Ford plus puissant que sa rivale pendant la première moitié de la saison. Ferrari termine quatrième de cette compétition devant Ligier-Renault. Sauber achève sa première saison à une honorable sixième place.

 

Après la course: Senna et Prost se réconcilient

Ayrton Senna boucle son tour d'honneur en brandissant un drapeau brésilien. Il exulte de quitter McLaren sur une victoire, qui plus est la 104ème de l'écurie de Ron Dennis, chiffre qui lui permet de dépasser Ferrari au palmarès. Puis, les moteurs se taisent, les monoplaces pénètrent dans le parc fermé. Ayrton Senna, Alain Prost et Damon Hill retrouvent Ron Dennis dans l'antichambre du podium. Dennis salue Prost et lui glisse quelques mots à l'oreille. Puis il fait de même avec Senna. Hilare, le Brésilien révèle à la cantonade que son patron lui a demandé s'il n'avait pas changé ses plans pour 1994. « C'est aussi ce qu'il vient de me dire ! » s'écrie Prost. La bonne humeur est générale. Senna tend la main à Prost qui, après une courte hésitation, accepte de la serrer. Le geste est on ne peut plus sincère car les deux hommes ignorent qu'ils sont filmés par une caméra.

 

La cérémonie du podium est très émouvante. A deux reprises Senna invite Prost à le rejoindre sur la plus haute marche, sous les applaudissements de la foule. Ils échangent une seconde poignée main. La paix est faite entre les deux champions. Prost n'est pas vainqueur mais il conclut sa carrière en beauté. Quant à Senna, il peine à cacher les larmes qui embrument ses yeux. Il comprend que c'est tout un pan de sa carrière sportive qui disparaît en ce 7 novembre 1993.

 

Senna et Prost se retrouvent quelques instants plus tard en conférence de presse. Tout sourire, les deux champions affichent presque une certaine complicité. Ils conviennent de tirer un trait sur le passé. « Il faut privilégier cette image sportive, assure Prost. Ayrton et moi avons vécu de bons moments ensemble, spécialement en 88. Avec mon départ, il est préférable de ne retenir que les bons souvenirs, les bons aspects de notre rivalité sportive. » Senna le coupe: « Chez McLaren, le plus gros problème que nous avons connu est simple: Alain voulait partir du circuit au plus tôt pour aller jouer au golf ! Impossible, moi, je poussais dur, les briefings duraient des heures ! Il me disait sans arrêt: « Allez, finis-en là, je veux aller au golf ! » Je m'en souviens parfaitement ! » Le Pauliste se fait ensuite un peu plus sérieux: « Que dire aujourd'hui ? Notre attitude a parlé plus que tous les mots que nous pourrions dire plus ou moins adroitement. Seuls les gestes comptent réellement. Ce fut un beau podium. Il a reflété mes sentiments. Les siens aussi, je crois. »

 

Ainsi se clôt l'un des chapitres les plus passionnants de l'Histoire de la Formule 1. Il est inutile de revenir en détail sur les multiples épisodes de ce duel Prost – Senna, sans conteste le plus beau, le plus intense, le plus violent aussi, de ce sport. Désormais, les deux hommes vont suivre leur propre voie. Prost, un peu déboussolé, hésite sur la forme que prendra sa reconversion. Senna, non moins ébranlé par le départ de son « meilleur ennemi », trône dorénavant seul au sommet de la F1. Il devra se remotiver pour affronter la génération montante des jeunes loups, les Mika Häkkinen, Jean Alesi, Damon Hill, et surtout cet Allemand surdoué et obstiné, prêt à le mordre, à le déchirer sans le moindre complexe, Michael Schumacher.

 

Mais en attendant l'heure est au repos. Senna et Prost s'envolent chacun de leur côté mais prévoient de se revoir un mois plus tard en France, à Paris-Bercy, pour participer aux Masters de Karting organisés par Philippe Streiff. Pour assister à cette compétition amicale qui doit les réunir une dernière fois, Senna écourtera ses vacances au Portugal. Ainsi donc la camaraderie affichée sur le podium d'Adélaïde n'était pas feinte. Au soir de ce Grand Prix, Senna rejoint Jo Ramirez, Giorgio Ascanelli et tous ses mécanos au restaurant « la Trattoria » pour fêter ses adieux, avant de se rendre à un concert de la chanteuse Tina Turner, laquelle l'invite sur scène et interprète en son honneur le célèbre tube « Simply the best ». Des moments magiques.

 

Place désormais à la saison 1994 qui verra la Formule 1 entrer dans une nouvelle ère. Sans suspension active, sans d'antipatinage, sans A.B.S les voitures seront plus délicates à piloter. Avec les ravitaillements en essence, la stratégie risque en outre de prendre le pas sur la vitesse pure. Cela relancera-t-il le spectacle ? Quelqu'un pourra-t-il ébranler le redoutable tandem Senna/Williams-Renault ? Scrutant avec intérêt les chiffres des audiences, Bernie Ecclestone l'espère de tout son cœur...

Tony