Au soir du Grand Prix de Miami, tout le monde s'attend à voir tomber un communiqué officiel d'Alpine. Celui confirmant le remplacement attendu de Jack Doohan par Franco Colapinto. Celui-ci est bien publié le mardi 6 mai, deux jours après l'épreuve floridienne. Mais entretemps, l'écurie franco-britannique a surtout annoncé la démission-surprise de son team principal Oliver Oakes, arrivé seulement neuf mois plus tôt ! Flavio Briatore, « conseiller exécutif » de l'Alpine F1 Team, récupère immédiatement ses fonctions. Cette nouvelle ne laisse pas d'étonner. Aucun journaliste n'ayant approché ou interrogé Oakes ces dernières semaines n'attendait pareil dénouement. Le jeune manager anglais était-il en désaccord avec la politique de Briatore ? Contestait-il le remplacement de Doohan ? Possible, mais rien ne vient corroborer pareille hypothèse. Au contraire, à Miami, Oakes, interrogé par Jean-Michel Desnoues, journaliste d'Auto Hebdo, ne tarissait pas d'éloges sur Briatore qu'il assimilait à une « figure paternelle ». Il révélait même surnommer affectueusement celui-ci « Gaga », petit nom trouvé par sa fillette... Bref, tout semblait aller pour le mieux entre les deux dirigeants des Bleus et Roses.


Hélas, il semblerait que cette démission n'ait guère de liens avec le sport. Vingt-quatre heures après cette annonce étonnante, The Telegraph révèle que Williams Oakes, frère cadet d'Oliver, vient d'être arrêté le 1er mai dernier en possession d'une (trop) importante somme d'argent liquide. Soupçonné de transfert d'avoirs criminels, il a été immédiatement placé sous les verrous. De son côté, après l'étape de Miami, Oliver Oakes s'est littéralement enfui à Dubaï, sans même passer par Enstone pour dire au revoir à son équipe. Les deux événements sont liés sans le moindre doute. Williams Oakes est en effet l'associé de son frère pour leur écurie Hitech Racing, notamment présente en Formules 2 et 3. C'est d'ailleurs sur le parking de l'usine de celle-ci, à Silverstone, qu'il a été « cueilli » par les policemen. Quelques-uns font le lien entre cette affaire et la récente réapparition sur les grilles de l'ancien partenaire des frères Oakes, le milliardaire russe Dmitry Mazepin. Celui-ci aurait-il révélé quelques informations à la police britannique ?... Mais ce n'est évidemment que pure spéculation. En tout cas, pour l'heure, Oliver Oakes ne fait pas l'objet de poursuites, et il sera même présent au Grand Prix d'Emilie-Romagne pour surveiller les activités d'Hitech en F2 et F3 !


Du côté d'Alpine, tout laisse à penser que la démission d'Oakes fut exigée dans la précipitation, dès que l'arrestation de son frère fut connue. Luca de Meo, directeur général du Groupe Renault, ne pouvait décemment laisser à la tête de l'écurie un homme qui pourrait bientôt lui aussi faire l'objet de poursuites judiciaires. Ou qui à tout le moins devra prouver n'avoir aucun lien avec les activités présumées illicites de son frère. D'où son éviction, et l'arrivée-éclair de Flavio Briatore aux fonctions de team principal, alors que l'Italien affirmait jusqu'ici se contenter de son poste déjà éminent de conseiller exécutif. Le Groupe Renault précisera d'ailleurs dans les jours à venir que Briatore n'occupe ces fonctions qu'à titre provisoire et qu'un autre team manager est recherché. De toute évidence, le vieux matamore, âgé de 75 ans, devra s'appuyer sur de solides lieutenants pour maintenir à flots une équipe déjà très secouée depuis de nombreuses années. Le directeur technique David Sanchez et le directeur des activités en piste Dave Greenwood sont amenés à davantage s'impliquer dans la gestion du team. C'est qu'Alpine est en pleine restructuration: recrutements massifs à Enstone, abandon du moteur Renault, arrivée en 2026 du nouveau groupe propulseur Mercedes, recherche d'un second pilote de bon niveau... « Je file droit comme un train, avec 2026, 2027, 2028 comme objectif ! » assène Briatore. Une nouvelle tâche s'inscrit à son agenda: trouver un manager de l'étoffe d'Oliver Oakes pour passer le relais le moment venu, lorsque enfin le A fléché aura retrouvé quelques couleurs en Formule 1.


Sources :

- Auto hebdo n° 2511 et 2512, 7 et 14 mai 2025

Tony