Lewis HAMILTON
 L.HAMILTON
Mercedes
Max VERSTAPPEN
 M.VERSTAPPEN
Red Bull Honda
Carlos SAINZ
 C.SAINZ
Ferrari

1057. Großer Preis

XIII Abu Dhabi Grand Prix
Nacht
Yas Marina
Sonntag, 12. Dezember 2021
58 Runden x 5.281 km - 306.183 km
(Offset: 115 m)
info
Affiche
F1
Coupe

Wussten Sie es?

Fahrer
Max VERSTAPPEN ist Weltmeister
Konstruktor
Mercedes ist Weltmeister
Motor
  • 89. und letzt Sieg für Honda
  • 90. und letzt Pole-Position für Honda
  • 223. und letzt Podiumsplatz für Honda
  • 76. und letzt Schnellste Runde für Honda
  • 481. und letzt Großer Preis für Honda
Premier titre de Champion du Monde pour Max Verstappen.

Finale de la saison 2021: un Max de tension

Pour la première fois depuis 1974, deux prétendants au titre mondial atteignent l'ultime épreuve du championnat ex æquo (369,5 pts). Ainsi, après 21 Grands Prix, Max Verstappen et Lewis Hamilton se retrouvent dans la même situation que neuf mois plus tôt à Bahreïn ! Verstappen aborde cependant cette ultime étape avec un avantage minime, puisqu'il compte une victoire de plus que son adversaire (9 à 8). Aussi, un score nul et vierge titrerait le pilote Red Bull. Dès lors, de pénibles souvenirs remontent à nos esprits: Suzuka 1989, Suzuka 1990, Adélaïde 1994, Jerez 1997... Comme Alain Prost, comme Ayrton Senna, comme Michael Schumacher jadis, Verstappen est-il capable de « balancer » son adversaire afin de s'emparer de la couronne ? Les péripéties du dernier Grand Prix d'Arabie saoudite inclinent à répondre par l'affirmative. Jusqu'alors, le duel entre les deux prétendants avait été très âpre, comme en témoignent leurs frictions qui ont émaillé toute cette saison 2021: Imola, Silverstone, Monza (deux fois), São Paulo... Mais sur les bords de la Mer Rouge, Verstappen a dépassé les bornes en pratiquant contre Hamilton un « break test » à plus de 200 km/h. Saura-t-il accepter une éventuelle défaite ? Le Hollandais a beau prétendre que « perdre le titre cette année ne signifierait pas pour lui la fin du monde », beaucoup redoutent qu'il n'ose des manœuvres de dépassement ou de défense intempestives.

 

Pour Lewis Hamilton, l'enjeu est tout autre. Le Britannique est déjà une légende vivante du sport automobile et ne vise rien d'autre qu'une huitième couronne qui lui permettrait de dépasser Michael Schumacher et de trôner seul sur l'Olympe de la Formule 1. Du reste, voilà quatorze ans qu'il se bat chaque année, ou presque, pour le titre mondial. Il est de fait plus serein que son adversaire, mais non moins déterminé. Hamilton ne fera aucun cadeau à Verstappen et ne lui cédera (peut-être) qu'à la limite du raisonnable. Déjà, à Silverstone, le vieux guerrier a fait montre de son abnégation. En a résulté un terrible accrochage dans lequel Verstappen aurait pu perdre bien plus qu'une victoire. Bis repetita à Monza où, cette fois, c'est Hamilton qui faillit se faire très mal, à cause d'une manœuvre trop hardie de son rival. Verstappen sait que son aîné jettera toutes ses forces dans cette bataille. C'est pour cela que le Néerlandais, assuré du soutien aveugle et inconditionnel de Red Bull, est lui-même prêt à tout pour vaincre et qu'une collision est envisagée. Aussi, la fédération préfère prévenir le mal et rappelle qu'il lui est tout à fait possible de retirer des points après cette dernière manche, comprendre d'ôter la couronne à celui qui l'aurait conquise de façon indigne.

 

Le titre des constructeurs est aussi toujours en jeu mais ne suscite aucune passion. Sans surprise, il devrait revenir pour la huitième saison consécutive à Mercedes qui jouit d'une large avance de 28 points sur Red Bull-Honda (587,5 pts contre 559,5). La cinquième place du championnat des pilotes, soit la position de « meilleur des autres » est pour sa part convoitée par Charles Leclerc (158 points), Lando Norris (154 pts) et Carlos Sainz (149,5 pts).

 

Présentation de l'épreuve

Beaucoup regrettent que la finale de cette fantastique saison se tienne sur un circuit aussi fade que celui d'Abou Dhabi, où les dépassements sont une denrée rare. Toutefois ce dernier a été retouché afin de favoriser les bagarres en piste. L'ancien enchaînement lent des ex-virages n°5 à 7 laisse la place à une courbe rapide et inclinée. Celle-ci doit permettre aux pilotes de prendre plus de vitesse avant d'actionner l'aileron arrière mobile dans la grande ligne droite. De même, une autre courbe rapide (le nouveau virage n°9) succède à l'espèce de chicane qui terminait la troisième grande accélération. Enfin, les virages n°18, 19, 20, autour de l'hôtel, présentent un angle d'attaque plus ouvert. Le tracé de Yas Marina devient ainsi beaucoup plus rapide, faisant gagner aux pilotes 12 à 14 secondes par rapport aux chronos de 2020.

 

Kimi Räikkönen dispute ici son 350ème et dernier Grand Prix avant de prendre à 42 ans une retraite bien méritée. Pour l'occasion, le champion du monde 2007 recoiffe le casque blanc et bleu qu'il portait lors de sa première saison de Formule 1, il y a vingt ans, chez Sauber. « Iceman » ne se départ pas de sa placidité ordinaire et ne laisse place à aucune nostalgie. « Ma femme sera plus émue que moi ! » lâche-t-il entre deux grognements. En vérité, l'homme à la voix de mélécasse paraît pressé de plier les gaules. Interrogé en conférence de presse sur les embrouillaminis qui ont scandé le GP d'Arabie saoudite, il s'épanche sur l'évolution de la discipline: « Il y a trop d'absurdités et de politique dans notre sport ! Je pense que c'est devenu ridicule. On dirait que c'est de pire en pire.... » Räikkönen n'envisage pas de revenir dans les paddocks, même comme simple consultant, et annonce vouloir se cantonner au simple bonheur familial: « Certaines personnes commencent à me dire que je vais m'ennuyer à la maison. Je leur réponds que si elles ont un foyer si ennuyeux, il faut qu'elles changent de maison ou de partenaires ! Je n'ai pas de tels problèmes. » Alfa Romeo adapte les livrées de ses monoplaces pour y inscrire des messages de remerciement pour ses deux pilotes. Antonio Giovinazzi quitte également la Formule 1 au soir de ce Grand Prix, mais contre son gré. L'Italien se prépare à disputer la prochaine saison de Formule E, mais ambitionne de revenir un jour en F1. Il pourra en discuter avec ses nouveaux camarades Pascal Wehrlein, Jean-Eric Vergne, Sébastien Buemi, Stoffel Vandoorne ou Lucas di Grassi, qui comme lui ont migré vers la compétition électrique sans jamais pouvoir faire demi-tour...

 

Valtteri Bottas vit quant à lui son dernier Grand Prix chez Mercedes après cinq ans de bons et loyaux services. L'heure n'est toutefois pas à l'émotion pour le pilote finlandais qui a ici pour mission d'aider Lewis Hamilton à conquérir sa huitième couronne. Pour ce faire, il se dit « prêt à sacrifier sa course », et c'est justement ce que pourrait bien lui demander Toto Wolff comme ultime service. Quelques jours plus tard, sur ce même circuit de Yas Marina, Bottas passera de l'Étoile au Trèfle puisqu'il pilotera pour la première fois l'Alfa Romeo abandonnée par Kimi Räikkönen, à l'occasion d'essais organisés par Pirelli. A cette occasion, son successeur George Russell quittera son cocon chez Williams pour appréhender la Mercedes W12, en attendant d'affronter Hamilton en 2022.

 

Honda se retire à l'issue de cette saison 2021, du moins officiellement, puisque les moteurs hybrides nippons seront toujours entretenus au pays du Soleil Levant en 2022, en attendant que la nouvelle entité Red Bull Powertrains soit opérationnelle en 2023. Les Red Bull et les AlphaTauri rouleront toujours Honda l'année prochaine mais sans les logos flanqués du H. Pour l'heure, les Japonais sont entièrement concentrés sur la conquête d'une couronne mondiale à laquelle ils aspirent depuis trente ans et le dernier sacre d'Ayrton Senna, en 1991. Mais ils savourent déjà une belle revanche: qui aurait pensé, il y a seulement trois ans, après le fiasco du partenariat avec McLaren, que Honda pourrait de nouveau triompher en F1 ?  « Honda est revenu en 2015 et le projet ne s'est pas déroulé sans heurts, avec beaucoup de hauts et de bas », rappelle Masashi Yamamoto, directeur du programme Honda F1. « Quand je repense à ces premiers jours, je suis très fier qu'aujourd'hui nous entamions la dernière course de notre dernière année sur le point de nous battre pour le championnat. Gagner les titres était notre rêve. Seulement, je ne sais pas si nous sourirons ou si nous pleurerons dimanche soir... Nous suivrons nos rêves jusqu'au drapeau à damiers ! » Il ne croit pas si bien dire...

 

McLaren et son partenaire Vuse dévoilent ce week-end une livrée spéciale élaborée par l'artiste égyptienne Rabab Tantawy, dans le cadre du programme « Driven by Change » qui permet aux artistes des pays émergents de présenter leurs travaux via le sport automobile. Le coloris papaye reste cependant dominant sur la MCL35M. C'est la première fois qu'une femme conçoit un design graphique pour une monoplace de F1.

 

Jack Aitken participe à la première séance libre au volant de la Williams de George Russell. L'écurie de Grove offre cette opportunité à son réserviste, grièvement blessé en juillet dernier dans un accident survenu aux 24 heures de Spa. Le jeune Anglais, qui avait remplacé Russell un an plus tôt lors du GP de Sakhir, envisage désormais de courir en IndyCar et effectue peut-être ici ses derniers tours en Formule 1. Aitken se montre en tout cas son son meilleur jour puisqu'il parvient à devancer Latifi de six millièmes.

 

Abou Dhabi marque aussi le dénouement de la saison de Formule 2 avec le sacre d'Oscar Piastri, jeune pilote australien de l'écurie Prema, membre de l'Académie Alpine et protégé de Mark Webber. Déjà titré l'an passé en F3, Piastri méritait sans doute un volant de titulaire en F1 pour 2022, mais il a été « doublé » par son rival Guanyu Zhou, recruté par Alfa Romeo-Sauber. Il devra patienter l'an prochain dans le costume ingrat de réserviste chez Alpine-Renault, en attendant peut-être de rouler en course pour le constructeur français en 2023, si Fernando Alonso vient à prendre sa retraite.

 

Essais et qualifications

Vendredi après-midi, Verstappen réalise le premier chrono de référence lors de la séance libre n°1 (1'25''009'''), avec 2/10e d'avance sur Bottas et 3/10e sur Hamilton. Hamilton riposte lors de la session nocturne en réalisant le meilleur temps (1'23''691'''), six dixièmes devant son rival. Ocon intercale son Alpine en seconde position, pendant que Bottas, victime d'une embardée, frôle la correctionnelle. Son compatriote Räikkönen a moins de chance: le futur retraité percute les glissières par l'arrière au virage n°14. Samedi après-midi, Hamilton se montre de nouveau le plus rapide lors de la dernière séance libre de la saison, avec 2/10e d'avance sur Verstappen.

 

Le soir, une rude bataille oppose Hamilton et Verstappen en qualifications. Le Britannique prend l'ascendant en Q1 (1'22''845'''), mais Verstappen, doté d'une voiture moins chargée aérodynamiquement, se saisit des commandes en Q2 (1'22''800'''), puis réalise la pole position (1'22'''109''') avec trois dixièmes d'avance sur Hamilton (1'22''480'''), en partie grâce à son équipier Pérez qui lui a offert l'aspiration dans son dernier tour Les deux prétendants au titre mondial s'élanceront en première ligne, mais pas avec les mêmes gommes. Verstappen a commis un méplat sur son train de gommes médiums en Q2, et a dû achever cette séance en pneus tendres. Il partira donc avec cette monte tandis que Hamilton sera chaussé de médiums. Leurs équipiers respectifs sont en retrait. Pérez (4e) offre l'aspiration à Verstappen. Bottas (6e) se contente d'éprouver des réglages en vue de la course. Norris décroche une superbe troisième place avec sa McLaren et pourrait jouer les trouble-fêtes le lendemain. Son collègue Ricciardo (10e) chausse en Q3 des pneus neufs qu'il qualifiera de « m*rdiques ». Sainz hisse sa Ferrari à une excellente cinquième place malgré quelques défauts d'équilibre. Leclerc (7e) attaque fort pour vaincre son équipier et achève la Q3 avec des pneus arrière détruits.

 

Pour la première fois en 2021, Tsunoda (8e) devance son équipier Gasly (12e) en qualifications. Le Français déplore un manque d'appui sur son AlphaTauri-Honda. Ocon (9e) conduit son Alpine-Renault en Q3, mais il est convoqué chez les commissaires pour avoir bloqué Vettel à la fin de Q1, lorsque plusieurs pilotes ont ralenti de concert dans le dernier secteur avant d'entamer leur ultime tour lancé. Le Normand est blanchi par les commissaires, mais son équipe écope d'une amende de 10 000 dollars pour ne pas lui avoir demandé d'être plus vigilant. Alonso (11e) est pour sa part éliminé au cours de ce micmac et estime avoir été gêné par Ricciardo. Les Aston Martin sont trop instables: Stroll (13e) tâtonne dans ses régalages et Vettel (15e) subit le trafic en Q1 comme en Q2. Chez Alfa Romeo, Giovinazzi (14e) parvient à franchir la première étape des qualifications, contrairement à Räikkönen (18e) qui commet une nouvelle erreur dans son dernier tour lancé. Les deux Williams sont très vite éliminées. Latifi (16e) précède Russell (17e) qui ne parvient pas à bien exploiter ses gommes. Les Haas ferment la marche, et Schumacher devance cette fois Mazepin de huit dixièmes.

 

Le Grand Prix

Dimanche soir, la chaleur (30°C) règne sur Abou Dhabi, mais nul n'y prête attention devant le suspens créé par cette finale du championnat du monde. Max Verstappen, très tendu, est bruyamment soutenu par l'Oranjegekte qui a pris place dans la tribune bordant la plus longue ligne droite du circuit. Lewis Hamilton paraît à peine plus serein. Il s'entretient avant le départ avec Ola Källenius, le président de Daimler-Benz, et Jim Ratcliffe, patron d'Ineos et copropriétaire de l'écurie Mercedes, avant de grimper dans sa monoplace quinze minutes avant le départ, pour faire le vide autour de lui. Tels deux cerbères, Toto Wolff et Christian Horner veillent sur la tranquillité de leurs champions. La stratégie devrait jouer un rôle crucial dans cette ultime bataille. Hamilton, Bottas, Tsunoda, Stroll, Vettel, Latifi, Russell, Giovinazzi et Räikkönen s'élancent en pneus médiums (C4). Verstappen, Pérez, Norris, Sainz, Leclerc, Ocon, Ricciardo et Schumacher sont en pneus tendres (C5). Alonso et Gasly partent en pneus durs (C3). Un peu plus tôt dans la journée, Haas a annoncé que Mazepin avait été resté positif à la Covid-19. Bien que ne présentant aucun symptôme, le jeune Russe doit s'isoler et déclare forfait pour cette dernière épreuve. Il n'y aura donc que 19 bolides au départ.

 

Départ: Verstappen fait patiner ses roues arrière alors que Hamilton démarre en flèche et vire en tête au premier virage. Pérez dépasse Norris qui part au large dans le premier tournant, mais se réinsère devant Sainz et Leclerc.

 

1er tour: Verstappen se place dans la roue de Hamilton et prend son aspiration après la première épingle. Il se porte à la hauteur de la Mercedes et se jette à l'intérieur au virage n°6. La manœuvre est hardie, mais réussie. Cependant Hamilton est envoyé vers l'échappatoire et coupe alors tout simplement la chicane. Le Britannique revient en piste avec une nette avance sur Verstappen ! Au même endroit, Sainz dépasse Norris. En fin de tour, Hamilton devance Verstappen, Pérez, Sainz, Norris, Leclerc, Tsunoda, Bottas, Ocon et Ricciardo.

 

2e: A la surprise générale, les commissaires de course n'ouvrent aucune enquête sur la manœuvre de Hamilton décrite plus haut. Ils considèrent en effet que celui-ci a suffisamment levé le pied à la fin du premier tour pour annuler l'avantage dont il a bénéficié en coupant le virage n°6. Cette décision scandalise Verstappen et le clan Red Bull. Jonathan Wheatley alerte Michael Masi qui se contente de valider le verdict des commissaires.

 

3e: Hamilton s'enfuit facilement devant Verstappen, déjà repoussé à plus d'une seconde et demie. Norris résiste aux assauts de Leclerc.

 

4e: Hamilton est premier devant Verstappen (1.8s.), Pérez (3.6s.), Sainz (6.7s.), Norris (8.6s.), Leclerc (9.6s.), Tsunoda (10.6s.), Bottas (11.5s.), Ocon (12.3s.), Ricciardo (12.8s.), Alonso (14.3s.) et Gasly (15.3s.).

 

5e: Deux secondes séparent désormais les deux prétendants au titre mondial. Si les choses en restent ainsi, Hamilton sera sacré.

 

7e: Hamilton réalise un meilleur chrono provisoire (1'28''550''') et creuse régulièrement l'écart sur Verstappen qui déplore déjà une certaine usure sur ses pneus arrière.

 

8e: Norris, Leclerc et Tsunoda sont en bagarre pour la cinquième place. Bottas s'accroche à ce groupe sans pouvoir vraiment le menacer.

 

10e: Hamilton devance Verstappen (2.8s.), Pérez (6.6s.), Sainz (16.7s.), Norris (19.1s.), Leclerc (20.4s.), Tsunoda (21.6s.), Bottas (22.8s.), Ocon (25.6s.), Ricciardo (26.8s.), Alonso (28.9s.) et Gasly (30.2s.).

 

11e: Hamilton s'envole et tourne en 1'28''134'''. Verstappen concède maintenant quatre secondes et demie à son rival. Schumacher est le premier pilote à chausser les pneus durs.

 

13e: La situation devient critique pour Verstappen qui rencontre du sous-virage et rend une seconde par tour à Hamilton. Red Bull s'apprête à le rappeler aux stands.

 

14e: Verstappen fait escale chez Red Bull et chausse les gommes dures (2.1s.). Il reprend la piste juste devant Leclerc qui, surpris par cette irruption, glisse vers le dégagement à 250 km/h. Le Monégasque se réinsère derrière Tsunoda qui le déborde par l'extérieur à la première épingle.

 

15e: Mercedes couvre la stratégie de Red Bull: Hamilton pénètre dans la pit-lane et se saisit des pneus blancs (2.4s.). Le Britannique redémarre onze secondes derrière Pérez, nouveau leader. Sainz s'est intercalé entre Hamilton et Verstappen.

 

16e: L'objectif de Pérez est bien entendu de demeurer le plus longtemps possible en piste pour ralentir Hamilton. Verstappen escalade le vibreur de l'avant-dernier virage et commet un écart qui lui fait perdre quelques dixièmes. Leclerc et Ocon s'emparent des Pirelli durs.

 

17e: Hamilton tourne deux secondes au tour plus que Pérez. Verstappen déborde Sainz par l'intérieur au virage n°6. Norris et Giovinazzi chaussent les pneus durs.

 

18e: Hamilton revient à quatre secondes de Pérez. Ricciardo effectue son changement de gommes.

 

19e: En fin de tour, Hamilton recolle à Pérez. Sainz passe chez Ferrari pour mettre les enveloppes blanches et redémarre entre Gasly et Vettel.

 

20e: Hamilton prend l'aspiration de Pérez dans la seconde pleine charge, ouvre son aileron arrière et tente de se décaler à droite, puis à gauche, mais le Mexicain résiste. Hamilton prend l'ascendant à la réaccélération mais son adversaire bénéficie alors du DRS. Pérez plonge à l'intérieur, retarde son freinage et repasse devant le champion du monde aux abords de la seconde épingle. Il le bouchonne ensuite dans la portion sinueuse, ce qui permet à Verstappen de revenir à tire-d'aile.

 

21e: Hamilton esquisse une attaque contre Pérez dès la première ligne droite, en vain. A la première épingle, le pilote Red Bull freine très tôt, mais dans le bout droit suivant, Hamilton actionne son DRS et le contourne par l'extérieur. Le Britannique se rabat ensuite devant le Mexicain pour parer toute attaque. Mission accomplie, Pérez s'efface devant Verstappen et regagne les stands pour mettre les pneus durs. Changements d'enveloppes aussi pour Stroll et Räikkönen.

 

22e: Grâce à Pérez, Verstappen est revenu à une seconde et demie de Hamilton. Mais l'Anglais semble de toute façon plus véloce que le Hollandais. Tsunoda et Vettel remplacent leurs gommes.

 

23e: Hamilton mène devant Verstappen (2.5s.), Bottas (19s.), Pérez (27.6s.), Alonso (30s.), Gasly (30.7s.), Sainz (33.5s.), Norris (36s.), Leclerc (37.7s.), Tsunoda (40.1s.) et Ocon (46s.).

 

24e: La nuit est tombée sur Abou Dhabi. Hamilton reprend sa marche en avant et précède Verstappen de trois secondes et demie.

 

25e: Räikkönen est victime d'une défaillance de ses freins électriques au bout de la plus longue ligne droite. Il part en toupie et abîme son train avant contre les glissières. Le Finlandais parvient à repartir mais regagne aussitôt son stand.

 

26e: Pérez se rapproche de Bottas qui n'a pas encore changé de gommes. Räikkönen met pied à terre et conclut ainsi vingt ans de carrière en Formule 1. Russell renonce également: il ne parvient plus à passer les rapports suite à une surchauffe de sa transmission.

 

28e: Hamilton devance Verstappen (3.7s.), Bottas (25.8s.), Pérez (28.5s.), Alonso (38.3s.), Gasly (40s.), Sainz (42s.), Norris (44.7s.), Leclerc (47.1s.), Tsunoda (49.3s.), Ocon (54.2s.) et Ricciardo (57s.). Arrêt de Latifi.

 

30e: Hamilton améliore régulièrement le meilleur temps et possède maintenant plus de quatre secondes de marge sur Verstappen. Bottas fait escale chez Mercedes pour chausser des pneus durs et se réinsère entre Leclerc et Tsunoda.

 

32e: Hamilton roule en 1'27''144''' et repousse Verstappen à plus de cinq secondes. Bottas est lancé aux trousses de Leclerc.

 

33e: Bottas prend l'avantage sur Leclerc au virage n°6 et conquiert ainsi la huitième place.

 

35e: Giovinazzi est frappé d'une panne hydraulique aux abords du virage n°9. L'Italien gare son Alfa Romeo sur le bas-côté, en sortie de courbe. Toto Wolff supplie Michael Masi de ne pas envoyer la Safety Car en piste... Leclerc est appelé chez Ferrari pour chausser des gommes médiums.

 

36e: Michael Masi déclenche la « voiture de sécurité virtuelle » pour permettre l'évacuation de la voiture de Giovinazzi. Verstappen entre alors aux stands et s'empare gommes dures (2.6s.). Pérez l'imite dans la foulée. Alonso et Gasly profitent de ce drapeau jaune pour troquer les pneus durs contre des médiums.

 

37e: Le drapeau vert est agité alors que Hamilton achève ce tour. Il possède désormais 17 secondes d'avance sur Verstappen, mais celui-ci bénéficie de pneus neufs. L'Anglais s'inquiète: n'aurait-il pas dû lui aussi changer de gommes ? Tsunoda attaque Alonso pour la septième place. L'Espagnol se défend férocement, quitte à emprunter les dégagements dans la portion tortueuse. Tsunoda finit par s'imposer au virage n°6.

 

39e: Verstappen fait le forcing avec ses pneus neufs et s'empare du meilleur tour de la course (1'26''109'''). Mais il concède seize secondes à Hamilton et ne pourra tenir ce rythme jusqu'au bout.

 

40e: Gasly prend l'avantage sur Alonso. Hamilton est premier devant Verstappen (15s.), Pérez (43s.), Sainz (56s.), Norris (58s.), Bottas (59.5s.), Tsunoda (1m. 07s.), Gasly (1m. 09s.), Alonso (1m. 10s.), Ocon (1m. 12s.), Ricciardo (1m. 13s.) et Leclerc (1m. 15s.).

 

42e: Verstappen ne reprend plus que quelques dixièmes par tour à Hamilton qui se rapproche de plus en plus de sa huitième couronne.

 

43e: Hamilton signe son meilleur chrono de la soirée (1'26''419'''). Loin de là, Alonso, Ocon, Ricciardo et Leclerc bataillent pour les derniers points.

 

45e: Hamilton mène devant Verstappen (13.9s.), Pérez (36s.), Sainz (58s.), Norris (1m. 01s.), Bottas (1m. 02s.), Tsunoda (1m. 09s.), Gasly (1m. 13s.), Alonso (1m. 17s.), Ocon (1m. 18s.), Ricciardo (1m. 19s.) et Leclerc (1m. 20s.)

 

47e: Hamilton arrive sur le quatuor Alonso – Ocon – Ricciardo – Leclerc dont il va se défaire sans peine en deux tours. Verstappen lui reprend de nouveau quelques dixièmes à cette occasion.

 

48e: Norris regagne le stand McLaren avec une crevaison à l'avant-gauche. Le jeune Anglais repart entre les deux Alpine. Il doublera facilement Alonso. Voilà une alerte pour Hamilton qui doit tenir encore dix tours avec des pneus usés.

 

50e: Hamilton précède Verstappen (11s.), Pérez (40s.), Sainz (1m. 05s.), Bottas (1m. 08s.), Tsunoda (1m. 15s.), Gasly (1m. 18s.), Norris (-1t.), Alonso (-1t.), Ocon (-1t.), Ricciardo (-1t.), Leclerc (-1t.), Vettel (-1t.) et Stroll (-1t.).

 

51e: Verstappen parvient à son tour sur le groupe de retardataires et perd du temps derrière Leclerc. Les supporteurs hollandais, dépités, se préparent à la défaite de leur idole...

 

52e: Latifi attaque Schumacher pour conquérir l'avant-dernière position. Les deux hommes se tamponnent en entrant dans la dernière épingle. Quelques secondes plus tard, Latifi part en tête-à-queue au virage n°14 et percute le rail par l'arrière à vive allure. La Williams accidentée se retrouve en pleine piste et, qui pis est, ses freins s'embrasent !

 

53e: Pendant que Latifi s'extrait de sa monoplace, la direction de course envoie en piste la voiture de sécurité. Voilà qui peut changer l'issue de la course !

 

54e: La Safety Car apparaît. Mercedes choisit de laisser Hamilton en piste, mais Red Bull rappelle Verstappen et lui donne des gommes tendres qui lui permettront d'attaquer au maximum quand la course reprendra... si elle reprend ! Pérez, Tsunoda, Ricciardo, Stroll et Schumacher changent aussi d'enveloppes. Gasly fera de même au passage suivant.

 

55e: Les commissaires s'affairent pour évacuer la Williams de Latifi le plus vite possible. Verstappen constate, fort marri, que pas moins de cinq attardés (Norris, Alonso, Ocon, Leclerc et Vettel) le séparent de Hamilton. Mais en théorie, ceux-ci devraient être autorisés à se dédoubler...

 

56e: Surprise: Michael Masi interdit pour l'heure aux retardataires de récupérer leur tour de retard ! Si les choses en restent ainsi, jamais Verstappen ne pourra rattraper Hamilton ! Le Néerlandais peste dans sa radio contre « une décision typique » du directeur de course, référence à son apathie devant le passage au large de Hamilton lors du premier tour. Cependant Christian Horner intervient auprès de Masi pour demander une explication. Pendant ce temps-là, Pérez rejoint son garage pour abandonner suite à une chute de pression d'huile. Sainz grimpe ainsi au troisième rang.

 

57e: Nouveau rebondissement: Masi autorise le quintet Norris – Alonso – Ocon – Leclerc – Vettel à se dédoubler, mais il n'attendra pas, comme le prévoit le règlement, que ceux-ci accomplissent leur tour et rejoignent le peloton pour relancer la course. Quant aux autres attardés, ils n'ont pas le droit de bouger ! La Safety Car s'effacera à l'issue de cette boucle pour un dernier tour décisif ! C'est une catastrophe pour Hamilton qui voit Verstappen le recoller avec des pneus tendres tous frais. Le Batave est ainsi en mesure d'avaler tout cru le Britannique. Toto Wolff appelle Michael Masi pour lui faire part, en termes vifs, de sa désapprobation... Dans les derniers virages de cette boucle, franchis à très faible allure, Verstappen se porte déjà à la hauteur de Hamilton pour l'intimider.

 

58ème et dernier tour: Le drapeau vert est agité. Verstappen se glisse dans le sillage de Hamilton, se laisse aspirer dans le court bout droit menant à la première épingle et plonge à l'intérieur. Hamilton lui laisse peu d'espace, mais le pilote Red Bull s'impose. Celui-ci louvoie ensuite dans la longue ligne droite afin d'empêcher son rival de prendre l'aspiration. Verstappen franchit difficilement l'enchaînement suivant, ce qui permet à Hamilton, aileron arrière ouvert, de tenter une riposte avant le virage n°9. Le Britannique se décale à droite, se porte à la hauteur de Verstappen mais sans le doubler. Hamilton n'a pas assez d'adhérence pour retarder son freinage et doit s'incliner. Verstappen roule vers le titre mondial. Un peu plus loin, Tsunoda et Gasly, en pneus tendres, dépassent Bottas qui a gardé ses vieilles chausses, comme son équipier.

 

Max Verstappen remporte le Grand Prix d'Abou Dhabi et devient champion du monde de Formule 1. Hamilton se classe deuxième. Sainz (3e) grimpe sur son quatrième podium de la saison et conquiert ainsi la cinquième place du championnat des pilotes, devant Norris et Leclerc. Une belle prouesse pour sa première année chez Ferrari. Les AlphaTauri de Tsunoda (4e) et de Gasly (5e) réalisent un excellent tir groupé. Bottas achève sa carrière chez Mercedes par une médiocre sixième place. Norris finit septième devant les Alpine-Renault d'Alonso et d'Ocon. Le dernier point revient à Leclerc. Suivent Vettel, Ricciardo, Stroll et Schumacher.

 

L'avènement de Max Verstappen

L'allégresse envahit le stand Red Bull qui attendait une consécration mondiale depuis huit ans. Max Verstappen accomplit en pleurs son tour d'honneur avant, une fois descendu de monture, de partager une longue étreinte avec son père « Jos the boss », lequel a failli déserter le circuit devant la victoire annoncée de Lewis Hamilton ! Christian Horner y va lui aussi de sa petite larme, de même que l'essayeur Alexander Albon. Seul le glacial Dr. Helmut Marko conserve son éternel flegme, non sans savourer ce nouveau triomphe: dix ans après Sebastian Vettel, une autre de ses « créatures » accède au pinacle du sport automobile.

 

Premier Néerlandais à devenir champion du monde de Formule 1, à vingt-quatre ans et deux mois, Max Verstappen ne se laisse pas envahir par l'émotion. S'il laissé libre cours à sa joie dans son cockpit, c'est l'œil sec qu'il narre sa soirée aux journalistes, après la cérémonie du podium. « Je n'ai pas compris ce qui s'est passé au départ, la voiture n'a pas répondu à l'accélération et a patiné », explique-t-il. « J'ai vu Lewis me déborder sur la gauche. J'ai vite perdu mes pneus tendres et je n'ai guère été plus rapide avec les durs. Hamilton était plus performant, nous n'avions pas le rythme pour le rattraper. Je ne voyais aucun moyen d'inverse la tendance, mais j'étais décidé à attaquer jusqu'à la fin. Et puis il y a eu cette voiture de sécurité qui nous a offert un changement de pneus gratuit. J'ai repris les gommes tendres qui m'ont offert l'adhérence nécessaire pour attaquer et dépasser Hamilton. » Bien entendu, Verstappen estime que Michael Masi a bien fait de relancer la course pour le dernier tour: « La piste était dégagée, donc pourquoi faire un tour de plus derrière la voiture de sécurité ? Quand la voie est libre, il faut relancer l'épreuve. C'est une décision juste. Évidemment, le scénario m'a souri, mais il aurait pu également m'être défavorable. » Il remercie aussi très chaudement Sergio Pérez qui a opposé à Hamilton une résistance aussi virile que correcte, permettant à son leader de grappiller de précieuses secondes. « Sans lui, l'écart avec Lewis aurait été plus important avant la Safety Car. Checo a pilote de manière incroyable. C'est une légende ! »

 

Cette fin de course exceptionnelle, dans tous les sens du terme, n'a pas fini de faire parler. L'initiative de Michael Masi a incontestablement permis à Max Verstappen de conquérir un titre qui lui a paru hors d'atteinte pendant 57 des 58 tours de ce Grand Prix d'Abou Dhabi. Mais le jeune Hollandais ne méritait pas moins la couronne que Lewis Hamilton. Certes, le personnage ne suscite pas une grande empathie. Froid, un peu arrogant, parfois puéril, il franchit souvent les limites de la bonne conduite en piste et reconnaît rarement ses torts. Reste qu'il est incontestablement un surdoué du volant et sera probablement le grand pilote de la décennie 2020. Passé en 18 mois du karting à la F1, vainqueur de son premier Grand Prix à 18 ans, le jeune Batave a battu tous les records de précocité, mais a attendu ses 24 ans pour devenir champion du monde. Pendant cinq ans, de 2016 à 2020, il s'est contenté d'assez mauvaise grâce du rôle de « poil à gratter » face aux invincibles Mercedes. Cette saison, bénéficiant enfin d'une Red Bull capable de remporter le titre mondial, Verstappen n'a pas laissé passer sa chance et a défié sans trembler Lewis Hamilton, la référence absolue de la discipline. Ce premier succès, bien qu'acquis dans les conditions que l'on sait, marque peut-être le début d'une « ère Verstappen » qui, selon le souhait de ce dernier, pourrait durer « dix ou quinze ans ».

 

Enfin, le sacre de Verstappen récompense également les incroyables efforts fournis par Honda. Le « moteur de GP2 » décrié par Fernando Alonso en 2015 a fini par vaincre Mercedes, référence en la matière, au moins au classement des pilotes. Honda quitte la F1 par la grande porte. « Nous avons lancé notre programme hybride après nos rivaux » rappelle Masashi Yamamoto. « Notre temps de développement était relativement court et, en partie à cause de cela, nous nous avons touché le fond dès les premiers jours. Cependant, même si au cours de notre dernière saison nous avons dû faire face à des difficultés logistiques, en partie dues à la pandémie, nous nous sommes battus avec des rivaux très puissants et nous avons dominé le monde de la Formule 1. Et cela grâce à nos hommes qui ont mené un travail acharné. A eux, ainsi qu'à nos partenaires, nous disons: Domo arigato ! » Toute la fierté japonaise résumée en quelques mots.

 

Mercedes conteste le dénouement

Lewis Hamilton reste longtemps prostré à côté de sa monoplace avant de se confier au micro de Jenson Button. Le pilote Mercedes félicite Max Verstappen de sa consécration, avant de faire bonne figure – quoique masqué – sur le podium. Mais en vérité, le Britannique bouillonne de rage. N'a-t-il pas confié à son ingénieur Peter Bonnington que le résultat de cette course avait été « manipulé » ? Hamilton n'accorde ensuite aucun entretien, comme Toto Wolff et tous les membres de l'équipe Mercedes. Ceux-ci s'estiment, sans doute à bon droit, victimes d'une prodigieuse iniquité. Lewis Hamilton survolait cette épreuve et avait maîtrisé l'usure de ses gommes avec sa science habituelle. Jamais Max Verstappen n'aurait pu le rattraper et le doubler sans cette interruption provoquée par Nicholas Latifi et, surtout, sans ce redémarrage précipité qui a mis face à face un leader aux gommes défraîchies et un challenger doté d'une monte tendre neuve. Certes, quelques uns, et notamment Hamilton lui-même, suggèrent que celui-ci aurait pu également changer de pneus lorsque la voiture de sécurité est entrée en piste. Mais il était alors trop près de la ligne pour se décider, et un arrêt un tour plus tard lui aurait coûté la première place.

 

Aussi, Mercedes ne se contente pas de son huitième titre des constructeurs, glanée dans l'indifférence générale. Le P-DG de Daimler-Benz Ola Källenius prend lui-même l'affaire en main et sollicite Me Paul Harris, un ténor du barreau présent sur place. Ce dernier se présente au bureau des commissaires flanqués de Ron Meadows, directeur sportif, et de James Vowles, stratège en chef. Surviennent quelques minutes plus tard, pour le compte de Red Bull, Christian Horner et Adrian Newey, ruisselants de champagne. Me Harris dépose alors deux réclamations: la première concerne Max Verstappen, soupçonné d'avoir légèrement dépassé Lewis Hamilton lors de ses manœuvres d'intimidation avant le drapeau vert. Faute de preuve, cette objection sera rapidement écartée. La seconde plainte est nettement plus sérieuse: l'avocat constate que la direction de course a relâché la meute alors que les attardés autorisés à se dédoubler n'avaient pas accompli le tour leur permettant de rattraper le peloton, ce qui contrevient au règlement. Toutefois, Horner sort de sa poche quelques exemples de faits similaires survenus par le passé, des contournements de la règle qui feraient en quelque sorte jurisprudence. Les commissaires sportifs tranchent en faveur de Red Bull. Mais Mercedes ne s'avoue pas vaincu et annonce, tard dans la nuit, sa volonté de faire appel de cette seconde décision.

 

Il est bien certain que le choix de Michael Masi de relancer la course pour le dernier tour a fait choir la couronne du front de Lewis Hamilton sur celui de Max Verstappen. S'il avait scrupuleusement respecté le règlement, le directeur de course aurait dû d'une part autoriser tous les attardés à se dédoubler, d'autre part attendre que ceux-ci raccrochent le peloton pour brandir le drapeau vert. Compte tenu de l'imminence de l'arrivée, la course se serait en fait achevée derrière la voiture de sécurité et Hamilton serait devenu champion du monde. Pour beaucoup, Masi a cédé à l'obligation de « faire le spectacle » coûte que coûte bien propre à Liberty Media. Ce dernier tour très excitant a fait grimper l'adrénaline des téléspectateurs et les réalisateurs de Netflix bénéficieront de superbes images pour illustrer ce « duel des titans »... en oubliant que l'un d'eux a fini le combat avec une main attachée dans le dos.

 

Mercedes concède, Hamilton boude

Reste que Mercedes n'a rien à gagner d'un bras de fer juridique avec la FIA, tout simplement parce que celle-ci ne peut pas se déjuger, annuler le résultat du GP d'Abou Dhabi et donner le titre sur tapis vert à Lewis Hamilton. En outre, dans l'hypothèse où Masi aurait maintenu le statu quo, comment affirmer que le Britannique, toujours leader, ne se serait pas crashé dans le dernier virage ? Bref, Mercedes entend reculer, mais sans perdre la face. Jean Todt, dans les dernières heures de son mandat présidentiel, s'emploie à arrondir les angles. Le mercredi 15 décembre, la FIA publie un communiqué dans lequel elle annonce l'ouverture d'une enquête sur les événements d'Abou Dhabi et s'engage à ce que pareil imbroglio ne se reproduise pas dans le futur. C'est le geste attendu par Mercedes. Le lendemain, 16 décembre, la firme allemande déclare renoncer à son appel et reconnaît la consécration de Max Verstappen.

 

Selon Mercedes, ce recul a été décidé en bonne intelligence avec Lewis Hamilton. Il est permis d'en douter. Dans les jours qui suivent Abou Dhabi, le septuple champion du monde se mure dans le silence. Il ne répond à aucun journaliste, ne publie rien sur Twitter. Le 16 décembre, il se rend au château de Windsor afin d'être officiellement anobli par le prince Charles. Mais le lendemain, Sir Lewis boude le gala de fin de saison de la FIA, auquel il était pourtant tenu d'assister en sa qualité de vice-champion du monde. Cette absence éloquente lui attire les foudres de Mohammed Ben Sulayem, le tout nouveau président de la FIA, qui le menace de sanctions. De toute évidence, Lewis Hamilton n'aura pas trop d'un hiver pour digérer ce qu'il considère, sans doute avec raison, et sans dénigrer son heureux vainqueur qui n'y est pour rien, comme un vol pur et simple.

Tony