Retraite forcée pour Jean Alesi
FIA: Max Mosley réélu pour quatre ans
Le 5 octobre 2001, Max Mosley est réélu pour un troisième mandat de quatre ans à la tête de la Fédération internationale de l'automobile, à l'occasion de l'assemblée générale de celle-ci qui se tient à Cologne. L'avocat anglais, âgé de 61 ans, n'a rencontré aucun opposant, même si certains journalistes avaient un temps imaginé une candidature rivale du président de l'ACM Michel Boeri. Au cours de sa campagne, Mosley a mis en avant la résolution à l'amiable des conflits juridiques avec l'Union européenne lors des deux dernières années. Pour ce nouveau quadriennat, il s'entoure de deux nouveaux vice-présidents, l'Américain Robert L. Darbelnet, président de l'AAA, désormais chargé du tourisme et des véhicules de série, et l'Italien Marco Piccinini qui s'occupera de la compétition automobile. Mosley pourra ainsi se concentrer sur son cheval de bataille, la sécurité routière. Bernie Ecclestone prend pour sa part le titre nouveau de vice-président d'honneur de la FIA, et abandonne le « portefeuille » des affaires promotionnelles. Une concession de principe à l'Union européenne qui voyait dans les deux casquettes du « Supremo », également président de la FOM, un léger conflit d'intérêts...
Claps de fin pour Alesi et Häkkinen
Après avoir annoncé sa retraite le 10 octobre, Jean Alesi organise une grande soirée d'adieux le lendemain au restaurant Vingt-Cinq de Suzuka. Presque tous ses collègues pilotes sont présents, ainsi que ses patrons successifs Jean Todt, Flavio Briatore, Peter Sauber et Eddie Jordan. Fidèle à ses racines, Alesi a organisé un buffet à l'italienne, arrosé de son propre vin, un tavel du « Clos de l'Hermitage ». L'ambiance est très chaleureuse. « J'avais depuis longtemps l'envie d'un tel dîner. Il me manquait l'occasion », rigole le futur retraité. Puis Alesi est célébré comme il se doit par ses nombreux fans japonais. Dans les tribunes de Suzuka fleurissent les banderoles à son effigie, tandis que la télévision française interroge plusieurs supporteurs revêtus d'une panoplie complète reprenant le casque, les gants et la combinaison de leur idole ! Alesi reçoit en outre un bel hommage de son ami Michael Schumacher: « Je suis très triste de voir Jean partir, alors qu'il est encore en pleine forme et très rapide. Je pense que d'autres pilotes feraient mieux de prendre leur retraite avant lui !... »
Mika Häkkinen est un peu moins expansif pour ce qui est officiellement un au-revoir et non un adieu, même si chacun devine que le Finlandais dispute bien là son dernier Grand Prix. « C'est en tout cas ma dernière course pour un moment... et peut-être pour toujours ! » lâche-t-il dans un sourire. Häkkinen affiche comme à Indianapolis une grande décontraction. On pourrait (presque) le trouver volubile ! Il élude cependant toute question sur son avenir à moyen terme: « Je ne sais pas de quoi demain sera fait. On verra bien. » Respectant la volonté de son pilote, Ron Dennis n'organise pas de grande cérémonie d'adieux. Dimanche, les mécaniciens se contentent d'offrir à Häkkinen l'attirail du parfait vacancier: raquettes de tennis, bouées, seaux et ballons de plage pour jouer avec le petit Hugo.
Présentation de l'épreuve
Le circuit de Suzuka a subi cette année une cure de jouvence, avec notamment un paddock rénové et élargi, où les écuries s'installent plus à leur aise. Ce nouvel aménagement ne fait pas que des heureux: Michelin et Bridgestone sont repoussées loin des constructeurs, tandis que le centre réservé aux télévisions hertziennes se retrouve à hauteur de la grande courbe après les stands. Le tracé en lui-même est retouché pour des raisons de sécurité. Le second « S » possède un tournant à gauche nettement moins prononcé pour élargir le bac à graviers. Les travaux vont continuer dans les mois à venir et le grand gauche avant la courbe Degner sera aussi émoussé en 2002.
La deuxième place du championnat des pilotes est toujours en jeu avant cette ultime manche, même si David Coulthard (61 points) possède une nette avance de sept unités sur Rubens Barrichello (54 pts). Pour devenir vice-champion, le Brésilien doit impérativement gagner la couse et espérer que son adversaire ne fasse pas mieux que cinquième. Il n'est toutefois pas dit qu'il puisse bénéficier encore du soutien de Michael Schumacher qui considère sans doute que son lieutenant a gâché ses chances à Monza et Indianapolis. Remis de sa mauvaise passe post-11 septembre, le quadruple champion du monde réapparaît gonflé à bloc. « On n'a pas vu le vrai Schumacher depuis Spa, mais cela va changer ! » proclame-t-il. Au classement des constructeurs, les trois premières places sont désormais octroyées à Ferrari, McLaren et Williams. Sauber (22 pts) devrait finir quatrième, tandis que les deux écuries motorisées par Honda, BAR et Jordan sont à égalité au cinquième rang (17 pts). Néanmoins, leur position finale est soumise à l'appel déposé contre la disqualification de Jarno Trulli à Indy, et qui sera examiné après ce Grand Prix. Enfin, Benetton-Renault et Jaguar-Ford sont ex-æquo (10 pts) à la septième place, mais l'équipe britannique pourrait perdre un point si d'aventure Trulli était réintégré au classement du GP des USA. C'est pourquoi Niki Lauda souhaite que Pedro de la Rosa et Eddie Irvine finissent ici parmi les six premiers.
Honda joue à domicile et espère au moins grappiller quelques points avec ses deux écuries clientes. Toutefois, le directeur technique Kazutoshi Nishizawa s'étend surtout sur la prochaine arrivée chez Jordan de Takuma Sato qu'il présente comme un futur champion, élevé dans la pépinière Honda. On remarque aussi la présence discrète de Tsutomu Tomita, l'initiateur de l'arrivée de Toyota en F1, flanqué de Mika Salo qui sera l'an prochain le pilote-leader de l'autre constructeur japonais. Les deux hommes ne font aucune déclaration à la presse. L'identité de l'équipier de Salo n'a pas encore été officialisée, mais il s'agira de l'autre pilote de développement Allan McNish qui aura ainsi enfin l'opportunité de piloter en Grand Prix, après une déjà longue carrière en monoplace, GT et Endurance. Le choix de l'Écossais ne convainc guère le board de Toyota, mais Ove Andersson, patron de Toyota Motorsport (TMG), a insisté pour faire confiance à ce dernier. Tsutomu Tomita s'est incliné.
Alain Prost a renoncé à faire le déplacement au Japon. Il cherche en effet désespérément des investisseurs pour sauver son écurie et fait pour cela l'impasse sur cette dernière épreuve, ce qui bien sûr est rien moins que rassurant. Les dettes sont telles que l'on parle de dépôt de bilan imminent. Joan Villadelprat assure ici la direction des opérations et tente d'envoyer quelques signaux positifs. Il assure que les négociations avec le prince Khaled Ben Al-Walid ne sont pas rompues et que ce dernier est toujours prêt à investir massivement dans l'équipe. Prost discuterait aussi avec des sponsors tchèques, Tomáš Enge lui servant de caution. Il doit aussi rencontrer prochainement le ministre des Sports, Mme Marie-George Buffet, pour faire le point sur la situation. Sans grand espoir: depuis quatre ans, le gouvernement de Lionel Jospin s'est totalement désintéressé du sort de Prost-le-chiraquien....
Peter Sauber a choisi le successeur de Kimi Räikkönen. Après avoir repoussé les candidatures de Giancarlo Fisichella, d'Alexander Wurz et du Suisse Marcel Fässler, il poursuit dans la veine des « bébés pilotes » en recrutant le tout jeune Brésilien Felipe Massa (20 ans). Natif de São Paulo, comme Emerson Fittipaldi et Ayrton Senna, celui-ci s'est révélé en karting avant de remporter en 2000 le championnat d'Europe de Formule Renault, puis cette année le championnat d'Italie de F3000. Convié par Sauber à des essais privés au Mugello fin septembre, Massa a surpris tout le monde en battant le record de la piste ! Très impressionné, Peter Sauber croit tenir une nouvelle graine de champion. Reste à la faire éclore, et c'est pourquoi Massa est soumis à un entraînement intensif: il parcourt en ce mois d'octobre plus de 1000 km au volant de la C20, toujours au Mugello.
Kimi Räikkönen et son manager Steve Robertson vivent une singulière aventure en débarquant à Tokyo. Ils avaient en effet prévu de se rendre à Suzuka avec un véhicule de location. Problème: la loi nippone interdit la conduite de ce type de voitures aux moins de 25 ans, coureurs automobiles compris ! Et Robertson n'a pas son permis de conduire ! Penauds, les deux hommes téléphonent à Agnès de Laborderie-Carlier, l'attachée de presse de Sauber, pour trouver une solution. Celle-ci leur indique qu'un train relie justement Tokyo à Suzuka. Mais Räikkönen a la phobie des transports en commun et ne veut pas en entendre parler ! Après avoir épuisé toutes les alternatives possibles, le jeune Finlandais est finalement contraint de prendre sur lui et d'emprunter le chemin de fer. C'était ça ou il n'arrivait jamais à destination...
Paul Stoddart et Giancarlo Minardi espéraient garder dans leurs rangs le jeune prodige Fernando Alonso pour la saison 2002. Mais Flavio Briatore a décidé que son poulain serait l'an prochain pilote d'essais et de réserve chez Renault, en attendant un volant de titulaire pour 2003. Selon lui, une année d'essais intensifs avec une équipe d'usine sera plus profitable à l'Espagnol qu'une seconde saison en fond de grille. Alonso remercie tout de même chaleureusement Minardi de lui avoir donné sa chance, et même de briller en quelques occasions, même si hélas les points étaient inaccessibles. « Je suis très reconnaissant à cette équipe, elle a été géniale ! » lâche-t-il. Paul Stoddart doit dorénavant lui trouver un remplaçant d'un bon niveau, car il ne pourra guère compter sur le riche mais très falot Alex Yoong. Flavio Briatore a peut-être celui qu'il recherche, un autre de ses protégés: l'Australien Mark Webber, vice-champion de F3000 et essayeur chez Benetton cette saison.
Mild Seven annonce la poursuite de son engagement en F1 avec l'actuelle écurie Benetton, en passe de devenir Renault F1. Le cigarettier japonais aurait pu prendre prétexte du rachat de l'équipe d'Enstone pour quitter la discipline. Sa direction entendait en effet réduire son budget de sponsoring. De plus, la publicité pour le tabac sera bannie de la Formule 1 en 2006, soit dans peu de temps. Flavio Briatore et Jean-François Caubet, directeur des relations publiques de Renault, ont su toutefois convaincre leurs interlocuteurs japonais de l'opportunité de prolonger leur partenariat. Après tout, Mild Seven peut gagner beaucoup en associant son image à celle d'un des premiers constructeurs automobiles mondiaux. Un nouveau contrat pluriannuel de sponsoring a donc été conclu, au prix d'une légère réduction de l'enveloppe allouée par Mild Seven.
M. Schumacher utilise ce week-end un nouveau châssis, le neuvième de la série des Ferrari F2001, allégé de 5 kg, qui extérieurement se distingue par une entrée d'air de pontons plus carrée. McLaren continue d'éprouver en essais privés une nouvelle boîte de vitesses, mais celle-ci n'apparaîtra qu'en 2002, faute de fiabilité. Williams prépare sa future FW24 en testant de nouveaux diffuseurs derrière les roues avant. Comme de juste, Honda apporte une « version Suzuka » vitaminée de son moteur, confiée à BAR et Jordan. Chez BAR, la 003 arbore désormais les écopes de freins type Ferrari. Jaguar bénéficie d'une évolution du V10 Ford-Cosworth, une préfiguration du bloc qui sera utilisé l'an prochain. Enfin, Benetton utilise une nouvelle version du V10 Renault, là encore un prototype du modèle 2002.
Bridgestone désire ardemment triompher à domicile, et pour cela confie à Ferrari des pneus spécialement étudiés pour la piste de Suzuka. Ses autres clients se contenteront des produits standards, y compris McLaren, qui de toute façon est en passe de signer avec Michelin pour 2002. Et si les deux manufacturiers concurrents entretiennent officiellement des relations « cordiales », cela n'empêche pas les petits coups de dague. Le responsable technique de la FIA Jo Bauer a ainsi été avisé par on-ne-sait-qui que les rainures des pneus Michelin ont décidément tendance à s'effacer bien vite, ce qui transforme ceux-ci en « slicks » très performants. Y aurait-il ruse de la part de Bibendum ? Dimanche matin, Bauer rend une visite « de courtoisie » au stand Williams-BMW. Pas dupe, Patrick Head l'éconduit en lui suggérant de s'occuper des Bridgestone « spéciaux » entreposés chez Ferrari...
Essais et qualifications
Les essais du vendredi se déroulent par beau temps (23°C). Pour son week-end d'adieu, Alesi se surpasse en signant sur le fil le meilleur chrono de la journée (1'35''454''') devant Montoya et de la Rosa. Deux drapeaux rouges interrompent cette séance. Le matin, Enge pulvérise sa Prost dans le mur de pneus à la sortie du 130R. Puis l'après-midi, Heidfeld heurte violemment les barrières avant Degner. Son châssis devra être reconstruit en hâte. Samedi matin, toujours sous le soleil, R. Schumacher signe le nouveau record de la piste (1'33''969'''). Il précède Montoya et Coulthard.
M. Schumacher survole les qualifications. Il affole le chrono en seulement trois tours rapides et réalise une exceptionnelle pole position, sa 11e en 2001, en 1'32''484''', reléguant très loin toute concurrence. « Nous construisons notre avantage dans le premier secteur grâce à nos excellents pneus Bridgestone », révèle le pilote Ferrari. Son équipier Barrichello (4e) est moins heureux dans ses réglages et déplore trop de sous-virage. Montoya se bat comme un lion pour hisser sa Williams-BMW au deuxième rang, à 7/10e de M. Schumacher. R. Schumacher se classe troisième. Tous deux se plaignent d'une FW23 instable dans les Esses. Les McLaren-Mercedes manquent de grip sur le train avant. Häkkinen (5e) précède Coulthard (7e), toujours peu à l'aise sur ce circuit. Les Benetton profitent de leur V10 Renault vitaminé. Fisichella (6e) réalise sa meilleure qualification de la saison. Button (9e) pointe un peu trop de survirage. Chez Jordan-Honda, Trulli (8e) déplore du trafic et Alesi (11e) ne retrouve pas l'équilibre de la veille.
Sauber a travaillé d'arrache-pied pour réparer la voiture d'Heidfeld, valeureux 10e. Räikkönen (12e) regrette trop de trafic et de sous-virage. Les Jaguar-Ford (Irvine 13e, de la Rosa 16e) sont loin du compte pour battre les Benetton. Désabusés, Villeneuve (14e) et Panis (17e) sont toujours en quête de grip avec leur BAR-Honda. Chez Prost, Frentzen (15e) fait ce qu'il peut avec une AP04 très sous-vireuse et Enge (19e) utilise le mulet après son « carton » de la veille. Alonso (18e) tire encore une fois le meilleur de sa Minardi-European. Yoong (22e), repoussé à près de deux secondes de son équipier, prétend avoir été gêné par... Häkkinen. Il est temps que la saison se termine pour des Arrows-Asiatech (Bernoldi 20e, Verstappen 21e) totalement hors du coup.
Le Grand Prix
Aucun incident n'est à déplorer lors d'un warm-up de routine. Le meilleur chrono revient à M. Schumacher (1'36''231''') devant Coulthard et Heidfeld.
L'après-midi, la course se déroule sous un ciel voilé, tandis que le mercure dépasse les 26°C dans l'atmosphère, des conditions assez inhabituelles pour cette saison au Japon. A priori, cette chaleur devrait favoriser Michelin. Tous les pilotes partent pour deux arrêts, sauf Barrichello qui se distingue encore, cette fois avec une stratégie à trois pit-stops. Suite à une panne électrique, Yoong démarre depuis les stands avec la Minardi de réserve, non dotée de la nouvelle boîte de vitesses. De la Rosa part sur le mulet Jaguar après une panne détectée sur sa voiture de course. Enfin, chez Arrows, Verstappen prend la voiture de réserve suite à un défaut de direction assistée.
Tour de formation: Bernoldi cale son moteur. Il parvient finalement à démarrer mais prendra le départ depuis la voie des stands.
Départ: M. Schumacher coupe aussitôt la trajectoire à Montoya et reste en tête devant les deux Williams. Barrichello est quatrième devant Fisichella et les McLaren.
1er tour: M. Schumacher s'envole dans le premier secteur et prend trois secondes et demie d'avance sur Montoya. Barrichello déborde R. Schumacher par l'intérieur du 130R. Viennent ensuite Fisichella, Häkkinen, Coulthard, Trulli, Button et Räikkönen.
2e: Heidfeld assaille Villeneuve par l'intérieur de la première courbe. Les deux pilotes se frôlent et le Canadien garde l'avantage. En tête, M. Schumacher prend une incroyable avance de cinq secondes. Barrichello déborde hardiment Montoya en plongeant à l'intérieur à la chicane. À la chicane Casio, Frentzen tire droit et endommage son aileron avant en voulant éviter de la Rosa.
3e: Montoya prend l'aspiration de Barrichello dans la ligne droite principale et reprend l'ascendant dans la première courbe. Pressé par Häkkinen, Fisichella exécute un spectaculaire demi-tête-à-queue à Degner. Le Romain parvient à se redresser et se relance en 12e position. Frentzen perd son aileron endommagé sur la ligne, puis passe aux stands pour remplacer celui-ci. En fin de tour, M. Schumacher possède huit secondes d'avance sur Montoya, un gouffre !
4e: M. Schumacher précède Montoya (8.9s.), Barrichello (9.5s.), R. Schumacher (11s.), Häkkinen (12.6s.), Coulthard (13.8.), Trulli (15.6s.), Button (17.4s.), Räikkönen (19.1s.) et Alesi (19.7s.).
6e: Räikkönen part en tête-à-queue à la sortie de la très rapide courbe Dunlop. Il tournoie devant Alesi qui ne peut l'éviter et le percute à l'arrière-droit. La Sauber est projetée contre le mur qu'elle heurte très violemment, tandis que la Jordan échoue contre le rail qu'elle longe sur plusieurs dizaines de mètres. Les roues arrachées volent dans tous les sens, et par bonheur les poursuivants parviennent à les éviter. Les deux pilotes sortent indemnes de leurs épaves.
7e: Schumacher accroît toujours son avance en tête. Le drapeau jaune est déployé dans le premier secteur. Les commissaires retirent les roues et les débris. Deux grues évacuent les bolides accidentés. Très choqué, Räikkönen s'est quasi-effondré sur une chaise. Alesi vient lui serrer la main, puis salue la foule japonaise. Ainsi s'achève sa carrière en F1.
8e: M. Schumacher précède Montoya (11.5s.), Barrichello (12.6s.), R. Schumacher (15.6s.), Häkkinen (17.3s.), Coulthard (18.3s.), Trulli (23.3s.), Button (26.8s.), Fisichella (31s.), Irvine (35s.), Villeneuve (36s.) et Heidfeld (37s.).
9e: Schumacher bloque une roue à Spoon, puis coupe la chicane Casio. Cela ne l'empêche pas de gagner encore un dixième sur Montoya dans ce tour. Barrichello ne parvient pas à menacer le Colombien, ce qui ruine sa stratégie à trois arrêts.
10e: Montoya tourne en 1'37''551'''. Il est pour la première fois plus rapide que Schumacher. Ce dernier est toutefois sorti large du second Degner.
12e: Dix secondes séparent Schumacher et Montoya. Fisichella double son équipier Button. Panis pourchasse Verstappen pour la 14e place, mais doit se garder d'Alonso, étonnement compétitif avec sa Minardi.
14e: M. Schumacher mène devant Montoya (10.2s.), Barrichello (12.3s.), R. Schumacher (15.8s.), Häkkinen (21.7s.), Coulthard (25s.), Trulli (32s.) et Fisichella (33s.).
15e: En fin de tour, Barrichello effectue son premier pit-stop, puis repart derrière Trulli et Fisichella.
16e: Trulli et Fisichella subissent leur premier ravitaillement et ressortent dans cet ordre. Arrêt aussi pour Panis qui perd dix secondes à cause d'un coupleur d'essence défectueux.
18e: Schumacher compte onze secondes d'avantage sur Montoya. Verstappen effectue un premier pit-stop.
19e: M. Schumacher stoppe chez Ferrari, reprend de l'essence et des pneus neufs (8.8s.), puis repart en quatrième position, entre Häkkinen et Coulthard. Montoya prend la tête.
20e: Montoya devance R. Schumacher (4.8s.), Häkkinen (14.8s.), M. Schumacher (15.3s.), Coulthard (19.5s.), Barrichello (26.4s.), Button (42s.) et Irvine (50s.). Villeneuve, Heidfeld, Bernoldi et Yoong subissent leurs premiers arrêts.
21e: Schumacher est aux trousses d'Häkkinen. Il prend son aspiration à la sortie de la chicane et tente de le déborder par l'intérieur au passage devant les stands. Cependant Häkkinen retarde son freinage en arrivant à la grande courbe, et reste devant son vieux rival. Button effectue son premier ravitaillement et repart derrière Fisichella. Premiers arrêts aussi pour Alonso et Enge.
22e: Montoya passe chez Williams pour ravitailler (8.8s.), puis se réinsère derrière Coulthard. R. Schumacher recueille le commandement. Treize secondes derrière lui, Häkkinen contient toujours M. Schumacher.
23e: R. Schumacher effectue en fin de tour son premier arrêt (9s.) et repart derrière Barrichello. Coulthard se plie aussi à son premier ravitaillement (7s.). Irvine atteint le stand Jaguar mais sa pompe à carburant ne fonctionne pas. Il est renvoyé en piste avec des pneus neufs mais sans avoir ravitaillé.
24e: Häkkinen mène un Grand Prix pour la dernière fois avant de rejoindre les stands. M. Schumacher retrouve le commandement. R. Schumacher coupe la chicane Casio, ce qu'il effectuera à nouveau au tour suivant.
25e: Häkkinen subit son premier pit-stop (7.5s.) et retrouve la cinquième place. Irvine retrouve son stand où ses mécaniciens enclenchent la deuxième « seringue »... qui refuse aussi de fonctionner ! Leurs efforts restant vains, l'Irlandais n'a plus qu'à mettre pied à terre, faute de carburant.
26e: M. Schumacher est en tête devant Montoya (6.5s.), Barrichello (8s.), R. Schumacher (12s.), Häkkinen (23s.), Coulthard (27s.), Trulli (59s.), Fisichella (1m.), Villeneuve (1m. 01s.) et Button (1m. 04s.). De la Rosa est le dernier pilote à ravitailler.
27e: Barrichello tente de prendre Montoya en chasse. R. Schumacher écope d'un « stop-and-go » de dix secondes car il a court-circuité à trois reprises la chicane.
29e: M. Schumacher garde six secondes d'avance sur Montoya. Barrichello est à une seconde et demie du pilote Williams.
30e: Barrichello fait halte chez Ferrari pour son deuxième pit-stop. Hélas, il cale son moteur au redémarrage, et ne repart qu'au bout de douze secondes. Au même instant, R. Schumacher arrive aux stands pour subir sa punition. Il redémarre derrière Barrichello qu'il déborde juste à la sortie de la pit-lane. L'Allemand a profité d'une courte de défaillance du limiteur de régime de la Ferrari.
31e: M. Schumacher précède Montoya (6s.), Häkkinen (24s.), Coulthard (31s.), R. Schumacher (42.7s.), Barrichello (43.3s.), Trulli (1m. 03s.), Fisichella (1m 05s.), Villeneuve (1m. 06s.), Button (1m. 08s.), Heidfeld (1m. 11s.) et de la Rosa (-1t.).
32e: Barrichello assaille R. Schumacher par l'intérieur à la chicane, mais R. Schumacher coupe encore une fois celle-ci et reste devant.
33e: Barrichello déborde R. Schumacher par l'extérieur de la première courbe. L'Allemand résiste un peu, mais capitule vite car il risquait une seconde pénalité en ne rendant pas cette position. Trulli et Heidfeld ravitaillent pour la seconde fois, de même que Panis. Verstappen se plie à une pénalité de dix secondes pour avoir doublé Enge durant le tour de formation.
34e: Six secondes et demie séparent M. Schumacher et Montoya. Häkkinen est à vingt-cinq secondes du leader.
35e: Villeneuve apparaît pour la seconde fois aux stands, puis repart quelques dixièmes derrière Trulli, et juste devant M. Schumacher, qu'il laisse passer rapidement.
36e: M. Schumacher devance Montoya (6.4s.), Häkkinen (26.4s.), Coulthard (32s.), Barrichello (46s.) et R. Schumacher (49s.). Fisichella ravitaille pour la deuxième fois et glisse derrière son équipier Button. Ayant lu un panneau destiné à une Minardi, Enge entre aux stands pour ravitailler alors que Prost GP n'est pas prête. Il est renvoyé pour un tour supplémentaire et stoppera ensuite.
37e: M. Schumacher opère son deuxième pit-stop (9s.). L'Allemand repart troisième, juste derrière Häkkinen. Montoya retrouve le commandement provisoire. Seconds arrêts aussi pour Verstappen et Yoong.
38e: Montoya est pris dans le trafic juste avant de ravitailler. Il compte vingt secondes sur Häkkinen et Schumacher. Alonso ravitaille pour la seconde fois et repart 14e. Deuxième arrêt pour Bernoldi.
39e: Montoya fait escale chez Williams pour son second pit-stop (7.6s.) et reprend la piste en deuxième position, car Häkkinen ravitaille aussi dans la foulée (7.6s.). Le Finlandais se retrouve derrière Barrichello. M. Schumacher reprend la tête. Button passe pour la seconde fois par les stands et repart derrière Fisichella, mais devant Trulli.
40e: Coulthard se plie à son deuxième pit-stop (6.8s.) et repart cinquième. R. Schumacher subit son second ravitaillement (9.2s.) et demeure au sixième rang.
41e: M. Schumacher compte six secondes et demie de marge sur Montoya. Barrichello est à vingt secondes et s'apprête à s'arrêter.
42e: Barrichello effectue son troisième pit-stop (7s.). La stratégie de Ferrari est un échec total puisque le Brésilien glisse au cinquième rang, derrière les McLaren. Second arrêt pour de la Rosa.
43e: M. Schumacher précède Montoya (8s.), Häkkinen (24s.), Coulthard (29s.), Barrichello (44s.), R. Schumacher (49s.), Fisichella (1m. 26s.), Button (1m. 28s.), Trulli (1m. 35s.) et Villeneuve (1m. 38s.).
45e: Schumacher revient sur le trio Trulli - Villeneuve - Heidfeld, en bagarre pour la neuvième place. Coulthard se rapproche d'Häkkinen. R. Schumacher presse Barrichello. Enge abandonne à cause d'une panne de freins.
46e: Villeneuve assaille Trulli au freinage de la chicane de façon peu orthodoxe: freinage ultra-tardif, une roue sur l'herbe et « tout-droit » inévitable ! Le Québécois rend logiquement la position dans la foulée. R. Schumacher signe le meilleur tour de la course (1'36''944'''). Montoya avait auparavant tourné en 1'36''450''', mais en coupant la chicane. Ce temps lui sera logiquement retiré.
47e: M. Schumacher se défait de Heidfeld, puis de Villeneuve. Montoya revient ainsi à cinq secondes du leader. Coulthard rejoint Häkkinen.
48e: Schumacher prend un tour à Trulli. Häkkinen laisse passer son équipier Coulthard. De la Rosa s'immobilise au stand Jaguar avec une fuite d'huile. En piste, Fisichella est au ralenti car il ne parvient plus à passer ses rapports.
49e: M. Schumacher mène devant Montoya (4.5s.), Coulthard (28s.), Häkkinen (31s.), Barrichello (40s.), R. Schumacher (41s.), Button (1m. 35s.), Trulli (-1t.), Villeneuve (-1t.) et Heidfeld (-1t.). Fisichella abandonne à son stand.
50e: Villeneuve tente de faire l'extérieur à Trulli avant la chicane, mais il monte sur ses freins et exécute un tête-à-queue magistral. Le Québécois se relance derrière Heidfeld.
51e: Montoya est à son tour tombé sur les attardés. Son retard sur M. Schumacher grimpe à six secondes. R. Schumacher est dans les roues de Barrichello.
53e et dernier tour: Michael Schumacher remporte sa neuvième victoire de la saison devant Montoya et Coulthard. Häkkinen achève son dernier Grand Prix au quatrième rang. Barrichello se classe cinquième, R. Schumacher sixième. Suivent Button, Trulli, Heidfeld, Villeneuve, Alonso, Frentzen, Panis, Bernoldi, Verstappen et Yoong. Pénalisé de 10 secondes pour avoir coupé la chicane, Bernoldi ne perd aucune place.
Après la course
Après deux Grands Prix en demi-teinte à Monza et Indianapolis, Michael Schumacher a remis les pendules à l'heure en survolant ce rendez-vous de Suzuka, dernière épreuve de la saison 2001. Il égale ainsi son propre record de victoires en une année (9), celui des podiums (14) sur une saison codétenu avec Alain Prost, améliore sa propre référence en matière de points annuels (123 pts). Surtout, il bat le record du nombre de points inscrits en une carrière jusqu'alors détenu par Prost (801 contre 798,5). « Voilà une saison parfaite ! » claironne-t-il. Ce week-end, Schumacher n'a souffert aucune concurrence, avec une pole magistrale et une victoire écrasante. Les pneus Bridgestone ont joué leur part dans ce triomphe. « Nos pneus jouissaient d'un net avantage lorsqu'ils étaient neufs, mais cet ascendant s'émoussait au fil des tours, raconte Schumacher. J'en ai profité et j'ai attaqué au maximum en début de course, d'autant que je ne savais pas si les Williams étaient parties pour un ou deux arrêts. Par ailleurs, le pneu Bridgestone était particulièrement fort dans les Esses. Jadis, cela glissait toujours un peu dans cet enchaînement, mais désormais l'adhérence y est extraordinaire ! » De fait, Schumacher a volé sur la piste au cours des premiers tours, alors qu'il était pourtant plus lourd en essence que son équipier Rubens Barrichello, lequel s'est révélé incapable d'effacer Juan Pablo Montoya. Faut-il seulement en conclure que l'Allemand est bien meilleur que le Brésilien ? « Les chronos de Schumacher étaient ahurissants, presque incompréhensibles... » lâche Pierre Dupasquier, un brin soupçonneux. Quoiqu'il en soit, la stratégie décalée imposée à Barrichello n'a encore une fois pas marché, comme l'admet Jean Todt: « Nous avons tenté trois arrêts pour essayer de sortir Rubens des griffes de Montoya, mais cela n'a pas fonctionné. Il n'a rien à se reprocher. Sûr que Rubens aurait aimé gagné une course cette saison, il a fait son possible sans y parvenir. Il a néanmoins beaucoup aidé l'équipe. »
Juan Pablo Montoya conclut sa première saison en F1 avec une deuxième place qui ne le satisfait nullement. La Williams-BMW était encore une fois moins bien équilibrée que la Ferrari, et surtout Michelin s'est inclinée face à Bridgestone qui a donné à Ferrari « le » pneu pour gagner en terre nippone. « Il va falloir travailler cet hiver pour savoir si l'on peut vraiment être rapides en pneus neufs, note le Colombien. Les Michelin peuvent être très bons, à condition qu'ils soient rodés un minimum. Or ici Schumacher, Ferrari et Bridgestone nous ont surclassés avec leurs pneus neufs. J'ai passé mon dimanche à tenter de polir mes gommes... » Ralf Schumacher termine lui l'année avec une modeste sixième place, après avoir été pénalisé pour avoir coupé la chicane à trois reprises. Pas très glorieux. En outre, le jeune Allemand a été nettement dominé par Montoya au cours de ces trois derniers Grands Prix. Une tendance qu'il devra inverser en 2002.
Mika Häkkinen tire sa révérence avec élégance: il a généreusement offert la troisième marche sur le podium à son équipier David Coulthard pour le remercier de l'aide que celui-ci lui a apporté lors de leur longue collaboration. « Rien n'était planifié, assure le Finlandais. Il était seulement prévu que je m'écarte si la deuxième place de David au championnat était en danger. Cette dernière étant acquise, j'aurais pu poursuivre tranquillement ma route, mais je ne l'ai pas fait. C'est ma modeste façon de remercier David ! » Häkkinen n'a pas oublié que ce dernier lui avait offert ses deux premières victoires en F1, à Jerez en 1997 et Melbourne en 1998. Coulthard est néanmoins surpris par ce geste. La veille encore, il plaisantait Häkkinen sur les « gueuletons » que celui-ci lui devait depuis ses « cadeaux » précités ! « J'ignorais qu'il ferait ça », dit le nouveau vice-champion. « Vous savez, Mika est un gars discret, peu démonstratif. Cela ne m'étonnerait pas non plus qu'il ait voulu ainsi échapper aux interviews d'après-course, lui qui a tant été sollicité ces derniers jours ! » L'Écossais ajoute qu'il compte sur Häkkinen pour l'aider à mettre au point la future MP4/17. Une remarque qui fait sourire l'intéressé, lequel met en garde Coulthard contre son successeur: « David pense que Kimi Räikkönen sera un peu tendre au début, mais je crois qu'il se trompe. Ce garçon va rapidement lui donner du fil à retordre. David va devoir défendre sa position de n°1 ! » Häkkinen pourra en tout cas prodiguer ses conseils à son jeune compatriote. Mais il laisse un grand vide chez McLaren. Ce dimanche soir, Ron Dennis cache mal son vague à l'âme. Il discute sans cesse avec Erja Häkkinen... pour qu'elle persuade Mika de revenir ? « Il est parti, et pour longtemps ! » coupe court Mme Häkkinen.
Ce même Kimi Räikkönen a bien failli se faire très mal lors de l'épouvantable accident dans lequel il a entraîné Jean Alesi. Ce dernier aurait souhaité se retirer sur une meilleure image, mais il peut lui aussi s'estimer heureux d'être entier. Alors qu'il regagne les stands sous les ovations de la foule japonaise, Alesi remarque que son casque est entaillé. Son dernier Grand Prix aurait pu tourner au drame. « L'important est que nous ne soyons pas blessés Kimi et moi », énonce-t-il, visiblement soulagé. Pour l'anecdote, c'est la première fois de la saison que Jean Alesi n'est pas classé à l'arrivée d'un Grand Prix ! Où est le « crétin » roulant « à fond, à fond, à fond » pour échouer invariablement dans les graviers ?...
Sauber achève sa meilleure saison depuis son arrivée en F1 avec 21 points et la quatrième place du championnat des constructeurs. Une jolie réussite pour cette écurie aussi discrète que rigoureuse, servie par un très bon châssis, un excellent moteur Ferrari et une paire de brillants jeunes pilotes. Toutefois, Peter Sauber ne se laisse pas aller à la fantaisie. Il demande au directeur sportif Beat Zehnder de réunir l'équipe pour une photo souvenir... et c'est tout. Pas de champagne, pas de mousseux suisse ! Après l'annulation de la disqualification de Jarno Trulli au GP des Etats-Unis, Jordan (5e) devancera finalement BAR (6e) de deux points au championnat des constructeurs, mais cette saison reste une profonde déception pour les deux écuries motorisées par Honda. Jordan n'a jamais su aligner une machine fiable et BAR s'est complétement égarée dans le développement de la 003. Après une première partie de saison calamiteuse, Benetton (7e) a su remonter la pente en toute fin de championnat, au point de s'affirmer ici au Japon comme la quatrième force du peloton. La future écurie Renault suivra-t-elle cette pente ascendante ? Jaguar-Ford (8e) rend encore une fois une copie indigeste malgré ses énormes moyens. Pour Arrows, Minardi et Prost GP, il s'agit désormais de passer l'hiver, surtout pour l'écurie française, au bord de la faillite. Enfin, la Formule 1 accueillera en 2002 Toyota, le géant japonais de l'automobile débarquant pour la première fois en F1 avec des moyens et des ambitions illimités.
La fin de Prost GP
Sources :
- Luc Domenjoz, L'année Formule 1 2001-02, Chronosports Editions, 2001
- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2001, Paris, Solar, 2001
- Sport auto, novembre 2001
- Auto hebdo, 17 octobre 2001
- Archives Autosport
Tony